- il y a 12 ans
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00:03Marie Hortin
00:04Marie Hortin, c'est le nouveau film de Jean-Pierre Améris,
00:06à qui l'on doit notamment les émotifs anonymes.
00:08Dans Marie Hortin, il retrouve Isabelle Carré,
00:11avec qui il fait son troisième film,
00:12et dans Marie Hortin, il raconte une histoire vraie,
00:15celle d'une jeune sourde aveugle
00:16qui, à la fin du XIXe siècle, était considérée
00:18comme une sorte d'enfant sauvage
00:20et sa vie a été transformée après sa rencontre
00:22avec Sœur Marguerite.
00:24J'ai rencontré toute l'équipe de ce film très émouvant,
00:27Isabelle Carré,
00:28Ariana Rivoire, qui fait ses débuts au cinéma,
00:31et le réalisateur Jean-Pierre Améris.
00:39Aujourd'hui, j'ai rencontré une âme,
00:41une âme toute petite, toute fragile,
00:44une âme emprisonnée,
00:45mais une âme que j'ai vue briller de mille feux
00:47à travers les barreaux de sa prison.
00:49Comment communiquer avec cette petite enfermée
00:51dans la nuit et le silence ?
00:53Comment parvenir à lui parler, à l'écouter,
00:56ensemble ?
00:57Comment est-ce de vivre dans l'obscurité la plus totale
01:00et le silence absolu ?
01:02Marie Hortin, c'est une jeune fille qui naît en 1885.
01:05Elle naît sourde et aveugle.
01:06Et pendant les dix premières années de sa vie,
01:08elle vit comme l'enfant sauvage de François Truffaut.
01:10Elle est aimée par ses parents, par son père notamment,
01:13mais elle vit dans le jardin, pieds nus,
01:14elle refuse de se laver, elle monte aux arbres.
01:17Et un médecin a dit à son père,
01:18mais voilà, le problème de votre fille,
01:20c'est pas qu'elle soit sourde aveugle,
01:21c'est qu'elle est débile,
01:22il faut la mettre à l'asile psychiatrique,
01:23il va avoir l'asile psychiatrique de Nantes,
01:24c'est tellement horrible, il ne peut pas s'y résoudre.
01:26Et heureusement, il entend parler de religieuse à Poitiers,
01:28qui s'occupe de filles sourdes,
01:30qui leur apprennent la langue des signes.
01:32Il y va avec sa fille, la mère supérieure lui dit,
01:34mais monsieur, on ne peut pas lui apprendre la langue des signes,
01:36elle est aveugle aussi.
01:37Enfin, le 19ème, on ne savait pas encore
01:38comment communiquer avec les sourds aveugles.
01:40Et heureusement, une petite religieuse,
01:42je dis petite avec affection,
01:43mais parce qu'elle s'occupait plutôt du jardin
01:45que d'autres choses,
01:46a dit, ben moi je vais essayer.
01:47C'est Sœur Marguerite,
01:48c'est le rôle que joue Isabelle Carré,
01:50et on la voit donc dans le film,
01:52sur la base vraiment de tout ce que j'ai pu trouver de réel,
01:54au plus près du réel,
01:56essayer tant et si bien que, voilà,
01:58Marie Hortin, comme Hélène Keller dans l'histoire célèbre américaine,
02:00va réussir à vivre pleinement, à le converser,
02:04et Marguerite a inventé avec elle la langue des signes dans la main.
02:10Il va falloir la laisser maintenant.
02:19Je sais.
02:36Marie Hortin, elle est très instinctive en fait,
02:38elle ressent les choses, les émotions.
02:42Sœur Marguerite, par exemple, parfois,
02:45elle forçait Marie Hortin, elle forçait Marie Hortin à faire les choses,
02:49et puis elle ne répondit pas.
02:54Mais quand elle était sur le point d'abandonner Sœur Marguerite,
02:58Marie Hortin, elle le pressentait, elle le sentait,
03:00c'est incroyable quand même, sans la voir,
03:02sans pouvoir voir son expression du visage,
03:04elle ressentait les choses, elle sentait l'abandon qui pointait.
03:10Et voilà, donc elle a décidé de faire un pas avec ce fameux couteau en lui,
03:14en faisant le signe.
03:16Donc voilà, c'est incroyable, incroyable.
03:19Ma mère ! Ma mère !
03:22Ma mère, vous devez, vous devez venir, ma mère.
03:25Mais venir où ?
03:26Venir voir Marie !
03:27Oh !
03:29Ça fait huit mois maintenant que cette petite est dans nos murs, n'est-ce pas ?
03:31Oui, ma mère, et...
03:33Je le trouve admirable, Sœur Marguerite.
03:35Ah oui ?
03:36Tant d'efforts pour si peu de résultats...
03:38Mais j'ai des résultats, ma mère, j'ai des résultats,
03:39Marie a fait des progrès incroyables.
03:41Il faut que vous veniez voir ça de vos propres yeux, ma mère.
03:45Regardez.
03:57Ça y est ?
03:58Essayez quoi ?
03:59Mais là, elle signe le mot « couteau », ma mère.
04:05Oui.
04:18Elle me demande, ma mère.
04:20Fourchette, elle me demande des signes.
04:22Fourchette ?
04:25Ça, c'est le signe pour Fourchette, ma mère.
04:32Fourchette !
04:35Oui ?
04:37Pour jouer cette Sourde Aveugle, moi je suis très pragmatique.
04:40Je me suis dit, il faut une fille Sourde Aveugle.
04:41Je ne me pose vraiment pas la question de la difficulté.
04:44Ça n'en est pas une.
04:45Et puis, je n'ai pas trouvé.
04:46Il y avait une fille au centre de Poitiers que je trouvais formidable,
04:49une adolescente qui travaillait à son ordinateur,
04:51qui j'avais vu faire un spectacle de danse, Sourde Aveugle.
04:54Et je lui ai proposé, je lui ai dit, est-ce que ça t'intéresserait ?
04:56Elle m'a dit non.
04:57Elle n'avait pas envie de jouer.
04:58Pas parce qu'on est Sourde Aveugle, qu'on a envie de jouer le rôle d'une Sourde Aveugle.
05:01À partir de là, je me suis dit, il vaut mieux une fille Sourde qu'une fille Aveugle,
05:04parce que c'est quand même dans cette histoire la langue des signes qu'il emporte.
05:08Donc, plutôt une fille Sourde qui jouerait l'Aveugle.
05:10Et à partir de là, on a cherché, on a fait tous les lycées, collèges pour adolescents sourds de France,
05:15jusqu'à arriver un jour à Chambéry, voir des filles toute la matinée, sans avoir cette étincelle.
05:20Le casting, c'est comme Marguerite et Marie dans l'arbre au début du film, c'est la rencontre.
05:25Vous savez, quand un réalisateur fait un casting, il ne cherche pas qui joue mieux qu'un autre ou qu
05:29'une autre.
05:29Il cherche la rencontre, qui j'ai envie de filmer.
05:32Là aussi, c'est de l'affect.
05:33C'est pour ça qu'il y a un lien avec l'histoire que raconte le film.
05:36C'est quand même, qu'est-ce qui passe entre nous ?
05:37Et qui va avoir envie d'être filmé par moi ?
05:40Et comment va s'établir cette confiance ?
05:42Et je vois Ariane arrivoir à la cantine, au CELF.
05:45Elle dégage, je vais vers elle, je lui dis, mais pourquoi tu ne viens pas au casting ?
05:49Elle me dit, c'est horrible, j'ai oublié de m'inscrire.
05:51Et je lui dis, c'est pas grave, elle vient entre deux rendez-vous, ce qu'elle a fait.
05:54Et de la voir en face de moi, mais immédiatement, j'ai su que c'était elle.
05:58Et comment vous, vous y prendriez-vous ?
06:00La langue des signes ?
06:01Mais elle est aveugle !
06:02Tu ferais les signes dans la main ?
06:03Cette petite est sourde et aveugle de naissance.
06:05A force, son intelligence s'est certainement raccordée.
06:08Couteau.
06:10Couteau.
06:12Couteau.
06:13C'est quelqu'un qui a une énergie extraordinaire, qui a eu un parcours qui était vraiment difficile.
06:21J'ai beaucoup d'admiration pour elle.
06:23C'est un petit bout de femme complètement extraordinaire.
06:26Et elle avait jamais joué.
06:28Le fait de jouer la cécité, ça la mettait dans un truc et réellement, parfois, elle ne voyait pas grand
06:34-chose.
06:36C'était vraiment touchant de la voir faire ça et son courage.
06:40On s'est pas mal bastonnées aussi, toutes les deux.
06:43On faisait un concours de bleu à la fin.
06:46Parce que c'est quelqu'un qui n'a jamais joué, donc elle ne jouait pas.
06:50Elle vivait la scène.
06:51Et Jean-Pierre aussi attendait un peu ça d'elle et parfois nous poussait dans quelque chose de très réaliste.
06:59C'est un animal sauvage que j'ai en face de moi et qu'il faut domestiquer, à qui il
07:05faut apprendre des règles.
07:06D'ailleurs, c'est ça aussi que j'ai aimé dans mon personnage.
07:08C'est que c'est pas une bonne sœur éthérée comme ça, toute en douceur et en béatitude.
07:14C'est pas ça du tout.
07:15C'est quelqu'un qui se trompe, qui emploie des méthodes parfois assez rudes.
07:21Et à certains moments, on se dit, mais il faut lui la paix, laisse-la tranquille, laisse-la vivre.
07:29Et avec vos problèmes de santé...
07:31Mes poumons causeront certainement ma mort.
07:32Enfin, d'ici là, il faudrait terminer ma tâche avant de quitter ce monde.
07:38Je me suis nourri de son histoire, de l'histoire de Marie Heurtin.
07:42Et ça m'a permis d'incarner le rôle.
07:44Et je me suis ensuite senti prête pour passer devant la caméra.
07:50Par contre, pour avoir ce regard caractéristique des sourds aveugles,
07:57j'ai porté des lentilles et puis on m'a dit, non, mais t'as l'air d'un fantôme,
08:02ça va pas, ça convient pas.
08:04Donc j'ai cherché en moi-même à avoir ce regard.
08:08Il y a eu d'autres rendez-vous, j'ai rencontré des personnes avec qui j'ai préparé le...
08:15Justement, le fait d'avoir, d'incarner vraiment, d'avoir ce regard caractéristique des sourds aveugles,
08:22ça a été long, ça a été laborieux et à la fin, j'ai réussi à le trouver.
08:25Ça a été comme un déclic.
08:27Ça s'est fait d'un coup.
08:30Alors j'étais dans le flou, j'ai enfin réussi à trouver ce fameux regard.
08:35Il fallait que je le garde.
08:38C'est vrai qu'il fallait pas non plus que ce soit trop exagéré, il fallait avoir le bon rythme.
08:45Réussir à avoir ce regard qui balaye de gauche à droite comme ça.
08:50Donc voilà, ensuite on a travaillé séquence par séquence.
08:55Donc j'étais bien, bien préparé.
08:59On a bien travaillé avec toute l'équipe, avec l'interprète.
09:03Et voilà, ça a été vraiment un tournage très, très humain.
09:06C'était très concret.
09:07Il y avait tout le confort nécessaire.
09:11Après, voilà, on a travaillé avec les cadreurs pour la mise en scène.
09:17Et non, non, ça s'est vraiment très, très bien passé avec tous les comédiens, avec toute l'équipe.
09:24Oli !
09:34Toutes, vous êtes méchantes.
09:36Merci beaucoup.
09:37Je vais vous raconter.
09:39Vous allez voir.
09:40Je vais être dessus.
09:45Parler couramment la langue des signes, là vraiment, il faut du boulot.
09:47Il faut deux ans.
09:50Mais commencer à communiquer et se sentir à l'aise avec une personne sourde
09:54et pouvoir vraiment communiquer avec la langue des signes d'une façon quand même un petit peu libre.
09:58Mais ça va très, très, très, très, très vite.
10:01Très vite.
10:01Et c'est tellement beau.
10:03C'est une langue tellement belle.
10:04Riche avec des mots qui sont de la poésie.
10:08Il y a des mots.
10:09Il y a des mots.
10:11Je ne sais pas ce que je pourrais te dire comme mots.
10:16Arbre.
10:17C'est joli quand même.
10:19Nuage.
10:20Ce n'est pas facile quand même pour les sourds de jouer au cinéma.
10:26Mais c'est important qu'il y ait eu ce film pour peut-être qu'il y en ait d
10:33'autres ensuite.
10:36La société accepte mal le handicap, aussi bien les sourds que les sourds aveugles.
10:41Et donc ce genre de film permet quand même de faire évoluer conscience.
10:45Et ça, c'est très important.
10:46Elle vous dit qu'elle est contente.
10:50Et qu'elle vous aime.
10:56Je suis tellement heureuse.
10:59Elle est ma joie.
11:00Elle est la fille de mon âme.
11:02La lumière de ma vie.
11:16Elle est la fille de mon âme.
11:16Elle est la fille duaste.