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- il y a 11 ans
C’était le tueur à gages de Lino Ventura. A 85 ans, le comédien Venantino Venantini, raconte dans un livre ses souvenirs. Il parle de son admiration pour Lautner, Oury et de Funès mais avoue avoir eu peu d’estime pour Montand qu’il juge hypocrite.
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00:00– On ne parle que de ça, c'est le dernier des Tontons Flingueurs
00:13et il est avec nous au Figaro aujourd'hui.
00:15Bonjour Venantino, Venantini.
00:17– Bonjour, bonjour, guten Morgen.
00:20– Merci d'être ici au Figaro.
00:22Vous venez de faire publier pour la première fois vos mémoires dans cet ouvrage,
00:27le dernier des Tontons Flingueurs.
00:29C'était vous, Pascal, le tueur à gage de l'Innoventura et du Mexicain.
00:34Quand vous repensez à cette époque-là, est-ce que vous êtes nostalgique ?
00:38– Si on vit de nostalgie, on merve de nostalgie.
00:42Il faut la chasser la nostalgie, mais c'est plus fort que tout et il n'y a rien à
00:47faire.
00:47On revient toujours à ça.
00:49C'est toujours le moment, la magie de ce film, l'Otteneur, l'Innoventura, Bernard Blier, tout ça.
00:57On ne peut pas les oublier.
00:59Mais je m'efforce de ne pas y penser, parce que sinon, tu sais, quand on écrit un bouquin,
01:04après, il n'y a pas beaucoup à vivre, ils s'en vont tous là-haut.
01:08Alors je fais le plus tard possible.
01:11– À 85 ans ? – Pardon ?
01:13À 85 ans, c'est votre âge.
01:14– À 85 ans, 85 ans, mamma mia.
01:18Mais on déconne un peu moins, on est plus imbéciles, peut-être.
01:24Il y a des trucs de mémoire, les neurones, ils s'en vont, ils se baladent ailleurs, ils parlent,
01:29ils restent là, ils voulaient ramasser, maintenant ils s'en vont quand même, les neurones.
01:34Et voilà, on est là, on est…
01:36– Et vous êtes bien là, alors, ce film, Les Tontons Flingueurs,
01:39ont fait de vous un personnage mythique parmi les mythiques du cinéma,
01:43et vous êtes à jamais pour beaucoup, Pascal, le porte-flingue.
01:47Pourtant, vous racontez dans le livre que quand votre impresario vous a proposé le film
01:51et vous a montré le titre du film, vous avez pensé que c'était un nanar.
01:55Est-ce que c'est vrai ?
01:56– Mais ça sent drôle, c'est un nanar, j'aime bien un nanar.
01:59Qu'est-ce que ça veut dire, un nanar ?
02:00– Un nanar, c'est un mauvais film.
02:01– Ah oui, il y a un flop, oui, une cacada, en italien, un fiasco.
02:06– Voilà, c'est ce que vous avez pensé quand on vous a parlé du scénario ?
02:09– Non, soyons honnêtes, tu sais, à cet âge-là, quand il y a 30 ans,
02:13tu travailles seulement pour vivre ou survivre.
02:17C'est un métier, la vie, c'est un métier.
02:19Donc mon agent m'a dit, Valentino, c'était l'époque où il y avait l'Europe,
02:23l'Europe vraie, c'était parce que c'était la famille,
02:26la coproduction en France-Italie, c'était très important,
02:29parce que la France envoyait chez nous où soient les comédiens,
02:32on s'allait mettre en scène, et nous on faisait la même chose,
02:34aller et retour, aujourd'hui, c'est pas comme ça, malheureusement.
02:38Il y avait les grands producteurs, Paul, Té-de-la-Ré, Tissa, Kim,
02:41ici en France, etc., etc.
02:43Mon agent m'a dit, Valentino, c'est quoi ?
02:44Je lui ai dit, il y a du boulot, oui.
02:47J'étais à Paris, à quoi faire ?
02:49Moi, je viens à Paris, et sa fille s'appelle un français,
02:52le tonton flinguère.
02:53Je lui ai dit, moi, je ne comprends rien, c'est de l'argot.
02:55Il a dit, tu dois jouer un beau gangster, jeune,
02:58et c'est le portefeuille de l'innoventura.
03:00J'avais entendu déjà de l'innoventura.
03:03Bon, on m'a dit, on va voir, c'est un film,
03:05comme ça, moyen, on disait, c'était un chef d'oeuvre.
03:07Non, ça va être là.
03:08Bon, je pars, je vais à Paris, et j'arrive à Paris,
03:10je raconte Georges Bottenner, alors il faut raconter,
03:13Georges, escoutez-moi, excusez-moi, si ça me trompe,
03:16parce qu'il raconte Georges, et tout d'un coup,
03:19je vois arriver une boîte en carton immense,
03:21avec un roman, où il y a cet italien qui sort de la boîte,
03:25ah, comme quoi, bonjour à tout, de tout le monde, tout ça.
03:29Et Georges, il m'a dit, tu parles français ?
03:30Pas du tout, je parle à peine la langue italienne.
03:34Non, je ne parle pas très bien la langue italienne.
03:37Et alors, il était là, on commence,
03:39mais alors, dans le tournage,
03:40on ne pensait jamais, personne de nous,
03:42aucun de vous, que ce film,
03:44c'était comme un film routine, tu sais,
03:46moi, j'étais très ému,
03:48parce que c'était la première fois
03:49que j'allais tourner en France,
03:51mais j'avais fait des petites choses
03:52avec Vadim pendant 7 ans, jamais.
03:54Roger Vadim.
03:55Une connerie terrible, incroyable.
03:57Mais c'est là que j'ai connu M. Bardot, quand même.
03:59Oui.
04:01Il ne faut pas le dire.
04:02Alors, ce film, finalement,
04:03est devenu mythique aujourd'hui encore.
04:05Et pourtant, vous dites,
04:06vous dites que ça n'est même pas
04:07votre film préféré
04:08parmi tous ceux que vous avez tournés.
04:10Non, si, il l'est.
04:12Forcément, il l'est.
04:14C'est-à-dire, non.
04:14Vous préférez Galia.
04:16Galia, non.
04:17Galia, c'était un film,
04:18même pour moi,
04:19pour un comédien,
04:20c'était un premier rôle,
04:21un grand rôle.
04:22Très beau, parce que Mireille
04:24était très belle.
04:25Mireille d'Arc.
04:25Il y avait aussi un côté érotique.
04:28Et puis, en plus, c'était un film
04:29qui avait avancé pas mal le temps, l'époque.
04:32Parce que George O'Temmer,
04:33quoi qu'on en dise,
04:34peut-être qu'il fait des films commerciaux
04:36très drôles, très sympas.
04:37Mais il avait avancé pour l'époque.
04:39Les féministes, tout ça,
04:41ils se souviennent.
04:43Et il avait avancé.
04:45Tout ce qui s'est passé,
04:46c'était tout avantage de la femme.
04:50On a tourné ça à Venise.
04:52Et c'était un film
04:56très intéressant.
04:57Et puis, il y a un trillant aussi.
04:58C'était un très beau film.
05:01Un film d'amour,
05:03de passion,
05:04de sang aussi.
05:06Il y a le sang final.
05:07Dans votre livre,
05:08on découvre que ce n'est pas tant
05:09les films que vous avez joués
05:11qui vous ont marqués.
05:12C'est aussi les rencontres
05:13que vous avez faites.
05:14Et elles sont nombreuses
05:15parmi les grands du cinéma.
05:16Et vous parlez en particulier
05:18de Louis de Funès,
05:19dont vous dites que c'est un nannou.
05:21Louis, tu m'écoutes aussi.
05:25Louis, c'était un géant.
05:26Un géant.
05:27C'était le géant du cinéma.
05:29C'était Merci à Léaï Corneau,
05:32de Gérard Dury.
05:32Et puis, le géant de Gérard Dury,
05:34vous ne le savez pas,
05:35il était chauve.
05:36Presque chauve.
05:37Il y avait trois ou quatre chevets.
05:38La première fois que je le rencontre,
05:40il s'était à Naples.
05:41Il m'a dit bonjour, monsieur,
05:41bonjour, monsieur.
05:43Il y avait sa femme extraordinaire,
05:45Michel Morgan.
05:47Desièr, une splendeur.
05:49Et alors, il était à Naples.
05:50Donc, il m'a dit,
05:51Valentin, je lui dis, c'est bien,
05:53vous êtes le rôle parfait
05:54pour un film que je tourne
05:55avec Louis de Funès.
05:56Bon, il dit, mais il faut
05:58qu'il y ait un petit détail,
06:00il faut bégayer.
06:01Avant, dans la vie,
06:02je bégaye vraiment.
06:04Surtout quand il plaît,
06:05je bégaye.
06:06D'ailleurs, tout le monde,
06:07il m'a dit, aujourd'hui,
06:08je parle, demain, il ne plaît pas.
06:10C'est très drôle.
06:12Alors, je devais bégayer
06:13et ce film avec Funès était génial.
06:16Génial, génial.
06:17J'ai dit qu'il n'avait pas de chevets.
06:19Alors, j'étais très frappé
06:20parce que, de temps en temps,
06:21il sortait de la pochette
06:22de sa veste en peigne
06:24et il s'est peigné.
06:25Mais je me disais,
06:26mais ce mec, ce peigne,
06:28il n'a pas de chevets.
06:29C'est très drôle.
06:30Un grand seigneur.
06:32Moi, je pense que dans le cinéma français,
06:34Georges Lothénère et...
06:36Et Louis de Funès ?
06:37Non, non, lui aussi.
06:39Georges Lothénère et Gérard Roury
06:40sont les derniers
06:42et les ultimes grandes seigneurs françaises.
06:44Vraiment extraordinaire tous les jours.
06:46Une classe énorme.
06:48Alors, je parlais de votre amitié
06:49avec Louis de Funès
06:50parce que vous avez passé
06:51beaucoup de temps avec lui,
06:52notamment à visiter les églises.
06:54Les églises.
06:54Oui, il était presque bigot.
06:56Pas bigot, mais presque.
06:57Il est tous les matins à l'église,
06:59tous les matins.
06:59Je ne sais pas comment il faisait.
07:01Il était très croyant.
07:02Et moi, j'ai dit bravo.
07:04Et tout cela.
07:05En revanche, il y a un autre comédien
07:07que Louis,
07:07vous ne portiez pas trop dans votre cœur.
07:09Ce n'était pas votre ami,
07:10c'était Yves Montand
07:11dont vous dites
07:11que c'était un hypocrite.
07:15Vous l'aviez rencontré sur la folie des grandeurs.
07:18Oui, légèrement hypocrite.
07:19Parce que d'abord,
07:20il ne voulait pas tourner en Espagne
07:22parce qu'il y avait Franco.
07:24Donc, c'est le dictatère.
07:24Pour la folie des grandeurs.
07:25C'est la folie des grandeurs.
07:28Et Louis, c'était un personnage,
07:30bien sûr.
07:30Il a une voix extraordinaire.
07:32Alors, il ne voulait pas tourner.
07:34Il n'y a rien à faire.
07:35Il ne voulait pas.
07:35Il faisait partie du Parti communiste français
07:38avec Torres, tout ça.
07:40C'est merveilleux.
07:41Et puis, tout d'un coup,
07:43il m'a appelé Fiston à moi en Espagne.
07:46Il ne voulait pas tourner
07:47parce qu'il y avait Franco.
07:48Mais quand même,
07:50je crois que la production
07:51est un peu plus déçue.
07:53Il a donné un peu plus d'argent.
07:54Oui, oui, en Espagne.
07:55Et quand on tournait en Espagne,
07:57les soirs, on tournait,
07:58il n'y avait rien à faire,
07:59tout ça, les filles, tout ça.
08:00Il me disait, Fiston,
08:02mais ici, les gens s'amusent.
08:03Mais bien, pensez,
08:04on n'est pas en la guerre.
08:05On n'est pas, tu comprends ?
08:07Et ce n'est pas les gens
08:08d'emprisonnement ici.
08:11Et je n'aime pas beaucoup lui
08:12parce que tout le temps
08:13il est donné avec le nom qu'il a,
08:15le renommé qu'il a,
08:16la réputation qu'il a.
08:18Et ce n'est pas un seigneur.
08:20Il ne faut pas...
08:20Parce que j'ai eu une scène
08:22très forte avec lui
08:24à Séville.
08:25Il faisait 42, 43 degrés.
08:28J'avais une scène d'escrime
08:29avec lui
08:30et je l'en avais préparé
08:31tous avec Carliès,
08:33un très grand maître d'armes.
08:36Et on fait cette scène
08:37avec Gérard Dulliassi,
08:39allez, allez, tournez,
08:39pa, pa, pa, pa,
08:40on a fini quinzaine de scènes
08:42et ça ne marchait pas.
08:44Depuis, ça ne marchait pas.
08:45Tout d'un coup,
08:46il se pique une colère énorme,
08:48il me regarde,
08:48il prend les fleuris,
08:49ce sont les siennes,
08:51et je le jette dans l'air
08:52et il me disait,
08:52faites-les répéter !
08:54Il y a Vénantino.
08:55Moi, je suis resté
08:56comme un...
08:57Il vous reprochait ?
08:58Il humilie.
09:00Et Gérard Dulliassi saute
09:01de sa chaise,
09:02il s'approche,
09:03mais c'est mon temps,
09:03venez là !
09:04Mon temps, regarde,
09:05qu'est-ce que c'est ?
09:07C'est assez payé
09:08pour tourner cette scène,
09:10il faut la faire 60 fois,
09:11vous la ferez 5 ans,
09:1260 fois.
09:13Parce que ce n'est pas Vénantino
09:15qui s'est trompé,
09:16c'est vous.
09:17Mais, mais, mais, mais,
09:19mais, mais, mais,
09:19c'est terrible.
09:22Tu te rends compte ?
09:23Qu'est-ce que vous voulez savoir ?
09:24Revenons au toton-flingueur.
09:26Est-ce que vous pensez
09:27qu'un remake du film,
09:28aujourd'hui,
09:29ce serait une bonne idée ?
09:30Alors, je vous dis une chose importante,
09:31d'abord,
09:32Lino Ventura,
09:33il ne voulait pas tourner ce film.
09:36Parce que Lino Ventura,
09:37le mec comme il est,
09:39c'était classique,
09:42naturel,
09:43qui devienne la suite
09:44de Jean Gabin.
09:46Je dis comme,
09:47Jean Gabin,
09:49il est une mère,
09:50pour dire,
09:50il y a Lino Ventura
09:52qui prend sa place.
09:53Les autres,
09:54on était là,
09:54on ne pensait jamais.
09:56Pourquoi il pensait
09:56que ça allait desservir
09:57son plan de carrière ?
09:58Oui, parce que lui,
09:59c'est un costaud,
10:01un costard,
10:03granitique,
10:03tu sais,
10:04du marbre.
10:08Alors, lui,
10:09je ne sais pas,
10:10c'est un très professionnel.
10:12Je crois qu'il vivait
10:13pour le cinéma.
10:14Si je vous donne
10:15deux, trois noms
10:16de comédiens français,
10:17vous les verriez bien
10:18dans les Tontons Flingueurs
10:19si un jour,
10:20un remake se faisait.
10:21Si je vous donne
10:22le nom de Laurent Gérard,
10:24si je vous donne
10:24le nom de Cadmérade
10:27ou bien celui...
10:29Oui.
10:30On verrait bien
10:30Jean Dujardin aussi.
10:32Si.
10:32Vous pensez que ça serait bien ?
10:33Je les apprendrai tous.
10:35Vous prendriez les trois ?
10:36Toute la famille,
10:37tous ensemble.
10:38Tous ensemble.
10:39Merci beaucoup,
10:40Benantino, Benantini.
10:42On va préciser que le clap de fin,
10:44ce n'est pas tout de suite pour vous
10:45puisqu'on vous retrouvera bientôt
10:47justement aux côtés de Jean Dujardin
10:48dans le prochain film de Lelouch
10:50qui sort en décembre,
10:511 plus 1.
10:51Et puis,
10:52on vous retrouvera aussi
10:53sur les grands écrans au cinéma
10:55dans un film de Cadmérade.
10:57Ciao,
10:58merci.
10:58Merci beaucoup.
10:59Je rappelle donc le titre
11:00de votre livre,
11:00le dernier des Tontons Flingueurs.
11:02Ah, ça c'est bien là.
11:02C'est chez Michel Laffont.
11:04Moi, je suis gaucher là.
11:05C'est bien là.
11:06Avec les pistolets.
11:07Ah oui,
11:07parce qu'il y avait la porte.
11:08Je ne me souviens pas.
11:10Monsieur Fernand,
11:11doucement,
11:12chez nous c'est la règle,
11:14santé, sobriété.
11:16J'habite chez ma mère.
11:18Merci beaucoup
11:19pour cet entretien.
11:20Merci au Figaro
11:20que j'achète en Italie
11:22de tous ensemble.
11:23Ciao.
11:30Sous-titrage Société Radio-Canada