Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 11 ans
Chaque semaine, Ali Baddou et son équipe décryptent des phénomènes qui ont marqué l'actualité de la semaine.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:03Montreuil, mardi après-midi, derrière la porte de ce studio d'enregistrement, l'un des plus gros artistes du moment
00:09est au travail.
00:21Black M, 31 ans, vous connaissez forcément. Sous ses airs juvéniles, il a signé l'un des plus grands tubes
00:27de 2015.
00:30Sur ma route, c'est 96 millions de vues sur YouTube. Son album, c'est 630 000 ventes vertigineux.
00:39Sa tournée à peine bouclée, il travaille déjà son prochain disque prévu pour décembre. Attention exclue, cette mélodie pourrait être
00:46le futur carton de 2016.
00:48Bon, pour les paroles, il faudra encore attendre un peu.
00:56Du yaourt, mais plus pour longtemps, il a déjà des idées de paroles en tête.
01:00Je suis à peur de nous comme si nous, on était ébola. Je ne sais pas si je mets le
01:03mot ébola dans le train.
01:05On va mettre ébola dans le train.
01:06Non, parce qu'il y a trop de mots. C'est un sujet sensible.
01:08Celui que Black M écoute religieusement, c'est Dawala, son boss.
01:13Il a la capacité de vouloir aller toujours de l'avant. C'est bizarre, il se trompe rarement.
01:25À 41 ans, ce franco-malien dirige le label Watibé, l'une des plus grosses structures de musique urbaine d
01:32'Europe.
01:33Portrait d'un redoutable businessman.
01:43Très discret, Dawala se cache aussi derrière l'immense succès de maître Gims.
01:49S'il apparaît furtivement dans ses clips, le producteur préfère rester dans l'ombre.
01:53Comme un symbole de son ascension, il travaille à une adresse prestigieuse.
01:58Voilà, c'est le bureau Souni, au 6e étage.
02:04Ça vous fait quoi quand vous avez réussi le matin ?
02:06Bah, c'est... C'est la joie.
02:10Depuis 2012, Souni détient 30% de la branche musique du Watibé.
02:14Dans le hall d'entrée de la maison de disques, maître Gims parade en tête de gondole.
02:19Dawala, lui, pense déjà au coup d'après.
02:23Je m'invite au premier retour de performance.
02:26On va vous écouter, hein ?
02:30Prochain gros pari du label,
02:32le lancement de ce titre du groupe Shinsekai.
02:39Un titre sur l'amour, du chant plutôt que du rap.
02:42Voilà le secret de Dawala produire de la pop urbaine,
02:46loin, très loin du hip-hop dur.
02:52C'est pas du rap pour Midinette ?
02:55C'est du rap pour tout le monde, on va dire.
02:57Tout le monde peut l'écouter, tu sais, Midinette peut changer.
03:00Les gens de gondes, ils peuvent devenir doux, tu vois ?
03:10Tout n'a pas toujours été si simple dans la vie de Dawala.
03:14Retour avec lui dans la cité de son adolescence, les briques rouges, Paris 19e.
03:18Vous êtes arrivé en France à quel âge ?
03:20À 11 ans.
03:2111 ans ?
03:22Ouais.
03:23Vous gardez quel souvenir de ce moment, de l'arrivée en France ?
03:25Il faisait froid.
03:27Moi, j'étais en boubou.
03:28Sérieusement ?
03:29Oui, j'étais en boubou.
03:45Il le raconte volontiers, petit garçon, il ne voyait jamais de blanc, sauf une fois au Paris-Dakar.
03:51Forcément, l'arrivée à Paris fut un choc.
03:53Un seul coup, on l'envoie partout, on ne parlait pas français, on se cachait derrière les voitures.
03:58Pourquoi ?
03:59Parce que c'était la première fois qu'on voyait des blancs.
04:03Mais Dawala s'intègre très vite avec une arme, sa passion du football.
04:07Voilà, gymnase, l'entrée des stars.
04:10Dans cette salle du 19e arrondissement, Dawala est passé de joueur à éducateur sportif.
04:17Vous étiez prof de foot ?
04:18Ouais, j'étais prof.
04:20Donc je m'occupais des petits.
04:21Il y a beaucoup de jeunes ici qui venaient d'un peu partout.
04:23Tellement qu'il y avait du monde, il n'y a pas de tribune.
04:25Donc on se mettait tous assis ici.
04:28Le long du foie, il y avait deux lignes, tellement qu'il y avait du monde.
04:31Et c'est via le foot qu'il produit pour la première fois une compil de rap pour faire plaisir
04:36à ses élèves.
04:37Et en plus, j'ai une petite surprise.
04:39Parce que j'ai ramené en fait la cassette.
04:42Voilà, c'est la première cassette pure son ghetto.
04:46Voilà, 100% freestyle parisien.
04:47Il y avait Oxmo Puccino, 113, DJ Crime, Intouchable, MC Jean Gabin.
04:52Qu'est-ce que vous en faites après de cette mixtape ?
04:54Vous la distribuez, vous en faites quoi ?
04:56Cette mixtape, elle va dans les coffres de voitures.
05:00Et de bouche à oreille, on commence à le distribuer.
05:04On commence à aller au puce où il y a les touristes.
05:06On commence à vendre.
05:08De petits boulots en management de rappeurs, la débrouille dure 10 ans.
05:12Jusqu'à la rencontre décisive, celle des jeunes inconnus de la section d'assaut.
05:16Section d'assaut, le 75 en personne.
05:19Évidemment que l'ennemi en passe en personne.
05:20Ce groupe de 8 rappeurs dont Black M et Maître Gims, Dawala y a cru en premier.
05:26Il les cadre, les discipline.
05:28Fondat, chef, oui, chef.
05:30J'entends rien ?
05:31Chef, oui, chef.
05:32Et ce, jusqu'à l'explosion en 2012, 3 millions d'albums vendus dans le monde.
05:36Disque d'ordinaire ! Disque d'ordinaire ! Disque d'ordinaire !
05:43L'incroyable notoriété de son label, Dawala sait parfaitement comment l'exploiter.
05:48A Châtelet, il a ouvert une boutique de streetwear.
05:50On y trouve de tout.
05:51Là, on a la casquette vert-jaune-rouge, qui est les couleurs du Mali.
05:56Après, on a une collection de cahiers, de sacs qui sont là pour les étudiants.
06:02Là, on a les suites à capuche.
06:05Capuche avec le logo.
06:06On aime bien le numéro 10.
06:08Dawala a même lancé une boisson, surprise au nom de son label, évidemment.
06:13Ça, c'est la wati bulle.
06:15Donc, c'est comme une bouteille de champagne.
06:18Sans alcool.
06:19Sans alcool.
06:19Et pour vendre tous ses produits, il dispose d'une vitrine parfaite, ses propres artistes.
06:26Dans ses clips, Black M porte des t-shirts que l'on retrouve en boutique.
06:30Après ça, c'est un t-shirt spécial Black M.
06:33Et surtout, il a besoin de boire, plus souvent que de raison.
06:36Ramenez-moi un verre de wati bulle.
06:38J'ai soif.
06:43Laurent Rossi, qui a signé la section d'assaut chez Sony en 2009,
06:47définit Dawala comme un entrepreneur à l'américaine sans complexe.
06:51Il n'y a pas cette hypocrisie, toujours, qu'on peut retrouver, qui est très, très française,
06:56d'avoir un complexe, que ce soit avec l'argent ou avec la réussite.
07:00Dawala est un marchand et il l'assume complètement.
07:05D'un village du Mali au sommet du rap français,
07:08le parcours de Dawala est aussi passé par un endroit inattendu,
07:11un simple banc du 19e arrondissement.
07:14Si le banc, il pouvait parler, il aurait dû plein de choses.
07:15Bon, là, on venait, bon, quand c'était mouillé, on se mettait comme ça.
07:18On se mettait là, je me rappelle, tac.
07:20On se mettait comme ça, on regardait le ciel.
07:22Et il y avait tout le monde là.
07:24Il y avait Adama, il y avait Le Fa, il y avait Maître Gims.
07:27Avec ses amis du quartier, puis avec la section d'assaut d'avant les millions d'albums,
07:32c'est ici même qu'il refaisait le monde.
07:34Vous auriez pu imaginer, à cet âge-là, quand vous aviez, je sais pas, 20 ans, 25 ans ?
07:39Non, jamais.
07:39Ce que vous alliez devenir aujourd'hui ?
07:41Non, jamais.
07:42Jamais.
07:43Et c'est ça aussi qui fait le charme.
07:45L'année dernière, le Watibé a enregistré 12 millions de chiffres d'affaires.
07:52Et on a le plaisir d'accueillir Dawala dans le supplément.
07:58Salut et bienvenue.
08:03On a vu que vous étiez un champion du placement de produits dans vos clips,
08:08même sur ce plateau avec Watibé.
08:12Ça, c'est le business.
08:13C'est le business, mais après, je suis toujours habillé comme ça.
08:15Oui.
08:16Forcément, vous êtes toujours au business.
08:17Marchand ou producteur de rap ?
08:19On va dire les deux en même temps.
08:23Les deux en même temps ?
08:24Oui.
08:25Itinéraire exceptionnel, on l'a vu dans le reportage de Raphaël, du gamin qui débarque
08:29à Paris à 11 ans, qui ne parle que le Soninke, le Bambara.
08:33C'est ça.
08:34Et le foot.
08:34Voilà.
08:35C'était aussi une langue natale.
08:36C'est ça.
08:37Donc, en fait, moi, je suis né à Paris 12e.
08:40Après, j'ai fait le contraire.
08:41Un an.
08:42Un an, je suis parti au Mali et j'ai vécu pendant 10 ans là-bas.
08:46Et après, j'ai eu la chance de revenir.
08:48Et voilà, après, j'ai cascadé.
08:51Ce qui est arrivé...
08:52Oui, mais on a l'impression que...
08:54Ça veut dire quoi, cascader ?
08:54Cascader, ça veut dire que je suis passé par plusieurs étapes.
08:57Oui.
08:58Donc, déjà, la première étape, c'était d'apprendre à parler français.
09:01Après, c'est de s'adapter.
09:03Mais où est-ce que vous avez appris le business ?
09:06Le business, je pense que ça vient de mes parents.
09:09Oui ?
09:10Mes parents, je pense, voilà.
09:11Oui, mais qui n'étaient pas entrepreneurs, pourtant.
09:12Qui n'étaient pas entrepreneurs, mais par exemple, mon père, quand il est venu ici...
09:16Qu'est-ce qu'il faisait, votre père ?
09:17Il travaillait à la ville de Paris.
09:18Il était boueur, mais c'était l'un des premiers Maliens qui est venu en France.
09:21Donc, on sait comment chez les Soninke et les peuples, on fonctionne.
09:27On travaillait beaucoup en famille.
09:29Donc, c'est pour ça qu'aujourd'hui, c'est vrai que quand j'ai commencé avec la section d
09:32'assaut,
09:33il y avait quelques artistes comme Maître Gims et Black M qui étaient au-dessus du lot.
09:37Et on me disait toujours, c'est mieux que tu prends eux et eux,
09:40parce que 8 personnes, c'est difficile un peu à gérer.
09:42Et moi, comme j'étais habitué à travailler en famille,
09:44j'ai toujours voulu garder l'avancée en famille.
09:47Et je pense que c'est ça qui a fait cette réussite-là.
09:50Les reproches qu'on vous fait, qui est un reproche qu'on fait à tous les rappeurs
09:53qui ont un succès grand public, à savoir,
09:55classer-moi dans la variète, faire des tubes pour midi net, comme le disait Raphaël.
10:00Ça, ça fait mal ou c'est totalement assumé ?
10:02Non, moi, c'est assumé parce que je viens des quartiers un peu difficiles.
10:06Et à un moment, quand tu viens des quartiers difficiles, tu as envie de voir autre chose.
10:09Donc aujourd'hui, nous, on ne change pas, en fait.
10:11On vit, on chante ce qu'on vit et ce qu'on a envie de vivre aussi.
10:14C'est qu'on ne peut pas prôner quelque chose qu'on ne vit pas.
10:17On ne porte pas d'armes sur nous, donc on ne va pas parler d'armes.
10:20On vit, on a des frères, on a des sœurs, on a envie d'être exemplaires pour eux.
10:25Donc je pense que c'est une musique qu'il faut.
10:27Et on le fait tout naturellement.
10:28Et on n'a pas changé.
10:29Depuis le début, ça a toujours été comme ça.
10:31On a vu que vous saviez accompagner des artistes pas connus, les développer, les porter jusqu'au plus grand succès.
10:38Vous, ça ne vous a jamais tenté ? Vous êtes capable de chanter ou pas ?
10:41Non, moi, en fait.
10:42C'est comme un entraîneur.
10:44Aujourd'hui, un entraîneur, il ne va pas s'improviser les joueurs.
10:46C'est comme un joueur.
10:47Aujourd'hui, ce serait triste qu'il s'improviser les entraîneurs.
10:49L'inverse, on l'a vu notamment avec Zidane.
10:51C'est possible d'être joueur et devenir entraîneur.
10:54Oui, mais Zidane, ce qu'il a fait, je trouve que c'est intelligent et c'est stratégique.
10:58C'est qu'il a fait sa carrière, il a arrêté sa carrière, il a fait un apprentissage, on va
11:02dire, avec la réserve du Real.
11:05Et aujourd'hui, en tant que grand joueur, je pense qu'il devait avoir cette chance-là.
11:09Et il a eu cette chance-là.
11:10Et on est tous contents pour Zidane qu'il soit entraîneur du Real de Madrid.
11:13Tous, certains ont des doutes, comme Jacques Vendroux, sur le succès de Zidane comme entraîneur.
11:17Pas du tout.
11:18Aucun doute ?
11:18A priori, aucun doute.
11:20Le numéro 10 que vous mettez sur vos suites à capuche, Watibi, c'est celui de Zidane ou de Platini
11:24?
11:25Très, très belle question.
11:27Parce que vous êtes la génération qui a pu adorer les deux.
11:30Aujourd'hui, je ne vais pas dire Zidane, il n'a pas besoin de nous, je vais dire Platini.
11:33Allez, pas mal.
11:34Parce que Zidane, aujourd'hui, il n'a pas besoin d'entraîneur.
11:37Platini, aujourd'hui, il a besoin.
11:39Et Platini, vous ne pouvez pas oublier que Platini a rendu beaucoup de services en France.
11:43Et avec l'équipe de France, je me rappelle, moi, en étant petit, avoir fait des photos avec Platini à
11:48Clairfontaine,
11:49quand elle était à Nancy.
11:50Donc, voilà, en tant que footballeur...
11:53Bah, le voilà, le vrai avocat de Platini.
11:55Le voilà, celui qui sait assurer sa défense.
11:58J'ai une question qui brûle les lèvres de tous nos plus jeunes téléspectateurs.
12:01Est-ce que c'est vrai que la section d'assaut va se reformer en 2017 ?
12:04C'est vrai.
12:10Voilà une bonne nouvelle, enfin, telle qu'on attendait depuis l'émission.

Recommandations