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  • il y a 19 ans
L'éveil chez Stephen Jourdain

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00:00...
00:13Steve, éveillé à 16 ans, ayant atteint ce que d'aucun nomme l'ultime à un âge encore très tendre,
00:18très précoce,
00:19tu as continué à jouer au billard, à jouer au golf, à courir les filles,
00:24ensuite tu t'es marié, tu as eu 4 enfants, tu as aujourd'hui 4 petits-enfants,
00:28et tu as passé professionnellement la majeure partie de ta vie comme agent immobilier rue Vavin à Montparnasse.
00:35Donc par conséquent, quel rapport entretiens-tu avec ta propre vie, ta propre histoire, ta biographie ?
00:42Eh bien, j'entretiens des très bons rapports, les rapports sont excellents,
00:47ils étaient déjà excellents et fraternels du temps de mon enfance, avant que cette chose me tombe dessus,
00:53mais ils sont encore meilleurs et plus intimes et plus heureux depuis que cette chose m'est tombée dessus.
01:01Donc contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, cette chose ne coupe pas de la vie de tous les jours,
01:06ne coupe pas de l'humble vie terrestre, mais au contraire met de plein pied dans cette vie terrestre.
01:15Tu as fait un jour la comparaison du roman et du lecteur,
01:19en disant que ta vie, tu l'apercevais comme un roman, donc tu serais le lecteur.
01:22C'est ça, c'est-à-dire que l'effet que le jaillissement de l'éveil, de cette chose, entre
01:29guillemets,
01:29a eu sur ma vie ou sur mes rapports avec ma propre vie,
01:33c'est d'assainir ma propre vie, d'expulser de ma propre vie tout ce qui était négatif
01:39et prétendait exister en soi, hors de moi, hors de mon esprit.
01:45Et donc, ma vie désormais, depuis que cette chose a jaillé en moi,
01:51ma vie est vécue pleinement et je suis totalement engagé dans ma vie, dans mon humanité.
01:56Ce n'est pas un engagement pour rire, je ne vis pas du bout des lèvres,
01:59enfin, je vis pleinement, je suis totalement engagé,
02:03mais en même temps, je bénéficie de ce recul magique
02:06qui est celui du lecteur par rapport au livre qu'il lit.
02:10Ce n'est pas parce que l'on sait que l'on est en train de lire un livre,
02:14et donc une fiction, que le cœur ne se met pas à battre
02:18quand le héros auquel on s'identifie devient imperdument amoureux
02:23et arrive à séduire son aimé, on marche, on marche pleinement,
02:28eh bien moi je marche, je marche pleinement,
02:30mais je n'oublie pas qu'il s'agit d'un livre, d'un roman,
02:33et donc d'une fiction.
02:36Tu fais parfois un certain éloge de la médiocrité, entre guillemets,
02:39c'est-à-dire de la petite humanité,
02:41Dieu étant, comme tu le dis souvent, tout petit.
02:44Oui, je crois que c'est très très important.
02:47Il y a une certaine conception qui me paraît perverse,
02:50qui présente l'éveil, qu'on appelle l'éveil réalisation,
02:55dont cette chose ou autrement, ou Dieu,
02:57qui le présente comme une sorte d'aristocratie
03:01qui toiserait de haut, avec une certaine condescendance
03:04et un certain mépris, la petite chose terrestre sans importance.
03:08Mais toute l'importance du monde est dans la petite chose sans importance.
03:11Et effectivement, il faut faire très très attention
03:15à ne pas écraser Dieu par mégarde,
03:17parce qu'il est tout petit.
03:20Et en fait, le berceau, la dimension du sacré,
03:28c'est la dimension la plus humble qui soit.
03:31Et donc, c'est vrai que le sacré est sacré,
03:34que Dieu a l'altitude et la grandeur de Dieu,
03:37si on emploie ce langage-ci.
03:40Mais on ne peut rencontrer cette chose démesurée
03:43que dans des toutes petites choses.
03:45Et donc, Dieu est au ras des pâquerettes, dans ce sens-là.
03:50Est-ce que c'est parce que Dieu est au ras des pâquerettes
03:52que tu as une passion pour le ménage, pour les tâches ménagères ?
03:55C'est une des raisons.
03:57C'est une des raisons.
03:58J'aime beaucoup passer l'aspirateur, comme vous le savez.
04:00J'adore passer l'aspirateur.
04:03Je suis un assez bon homme de ménage.
04:05Et ce sont des choses humbles, triviales, misérables,
04:10que n'importe quel philosophe, ou surtout spiritualiste digne de ce nom,
04:16regarderait avec condescendance.
04:18Moi, je ne regarde pas du tout ça avec condescendance.
04:21Et je suis sûr, quand je passe l'aspirateur,
04:22je fais corps avec moi-même, passant l'aspirateur.
04:28En deux mots, finalement, qu'est-ce que c'est que cet éveil,
04:32que cette réalisation dont les traditions nous ont tant parlé ?
04:35Eh bien, en deux mots, ou en dix mots,
04:41cela signifie, au beau milieu des clartés de l'état dit vigilant,
04:49s'éveiller en sursaut, comme si cet état vigilant
04:53n'était en réalité que sommeil et rêve.
04:58Pour se rapprocher, si on peut dire, de cet éveil,
05:02est-ce qu'il n'y a pas certains gestes intérieurs à accomplir ?
05:06Tu insistes beaucoup sur la distinction entre conscience et pensée.
05:09Si, il existe des gestes intérieurs, des comportements intérieurs
05:14qui favorisent l'éclosion de cette chose.
05:18Et c'est essentiellement, quelle est la nature essentielle de cette chose ?
05:24Quel est le mot qui s'applique à elle ?
05:26C'est conscience.
05:27Et on peut considérer que l'état de conscience habituel,
05:31cet état soi-disant vigilant,
05:34est une syncope de la faculté de conscience.
05:38Nous croyons veiller, et en réalité, notre faculté de vigilance
05:42est comparable, par rapport à ce qu'elle pourrait être,
05:45est comparable à un rayon de lune par rapport au plein soleil de midi.
05:50Alors, cette chose-là est donc conscience.
05:54Et la nature des comportements qui peuvent rapprocher,
05:58permettent de se rapprocher de cet embrasement-là,
06:02c'est l'usage constant et entêté de la faculté de conscience.
06:09Mais à partir de ça, la question se pose,
06:12qu'est-ce que la faculté de conscience,
06:14et comment la distinguer de l'envahissante faculté de pensée ?
06:20C'est vrai que c'est une grande question.
06:23Alors, ce que l'on peut dire rapidement à propos de cette question,
06:29c'est que le propre de la connaissance pensante,
06:33par la pensée de la connaissance pensante,
06:35est une connaissance à distance,
06:37qui appréhende, très loin d'elle-même,
06:40à l'extérieur d'elle-même,
06:43une donnée qui n'est pas moi,
06:46qui par essence n'est pas moi,
06:47qui donc par essence est un non-moi pur.
06:49Alors que la connaissance consciente
06:52est une connaissance sans distance, immédiate,
06:55qui appréhende une donnée
06:57qui est à l'intérieur,
06:59fondamentalement à l'intérieur,
07:01et qui fondamentalement est moi.
07:04Si on admet ce que tu viens de dire,
07:07ça suppose que tu entretiens maintenant
07:08un rapport tout à fait différent
07:10avec tout ce qui fait une vie d'homme.
07:14Par exemple, ta propre mort
07:16t'apparaît tout à fait différemment.
07:19Eh bien, ma propre mort m'apparaît différemment.
07:21Elle m'apparaît dans sa véritable nature
07:23comme une pensée qui est en train d'éclore
07:28tout au fond de moi-même.
07:31Que resterait-il de ma propre mort
07:34ou de celle des autres,
07:35ou de la mort en général,
07:37si je lui enlevais cette chair
07:41qui est la matière dont elle est faite,
07:45sa foire,
07:46que resterait-il de la mort
07:47si elle n'était pas pensée ?
07:48Il n'en resterait rien.
07:49La mort est une pensée.
07:51Et tout objet effrayant
07:54et prétendant se situer
07:55à l'extérieur de ma conscience,
07:57si je le regarde attentivement
07:59et sans préjugés,
08:00je suis bien obligé de convenir
08:02que cet objet effrayant,
08:06selon moi, terrifiant,
08:07est réductible à une pure pensée.
08:08et une pure pensée,
08:10c'est juste une extension
08:11de mon propre principe,
08:13un peu de ma vapeur, rien.
08:16Donc la mort n'existe pas ?
08:17La mort n'existe pas,
08:19mais cette allégation elle-même
08:21est très suspecte,
08:23car on pourrait voir
08:24le fondement d'une doctrine,
08:26or il n'y a ni fondement,
08:27ni doctrine.
08:29Il n'y a non plus personne
08:31pour formuler la non-doctrine.
08:33Il n'y a personne pour formuler
08:35la non-doctrine,
08:36mais n'est-ce pas déjà fondée
08:38une doctrine.
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