« Le temps passe, il ne sait faire que ça » :
est un court métrage vécu de l’intérieur de la banlieue.
Le travail de Philippe Tagli est un travail qu’aucun documentariste, sociologue ou photographe venu de l’extérieur, n’aurait pu pousser aussi loin dans l’intimité et
la singularité des personnages qui peuplent les nuits de cette cité.
Tagli nous donne à lire un monde, le sien, que l’on regarde trop souvent à travers le prisme
déformant des médias. Vision de l’intérieur empreinte de poésie de tendresse et de révoltes
existentielles malgré la banalité de l’architecture et du lieu, un décor souvent décrié et pour
lequel les tentatives de réhabilitation sont souvent synonyme de destruction pure et simple.
Pourtant, chaque cité détruite, détruit la mémoire de ses habitants et les déracine un peu plus.
Paul Chemotov, architecte de renom et grand constructeur de banlieues s’insurge contre ces destructions de bâtiments qu’il dénonce comme une destruction de la mémoire populaire.
Ce travail est un travail de réhabilitation des banlieues, de ses cités et de l’affirmation des mémoires qu’elles détiennent. Pour que l’on sache que les destructions des barres et autres tours ne sont pas que du béton que l’on abat mais aussi la mémoire de ceux qui y sont nés et qui y ont vécu.
Dans une société qui utilise ses peurs pour alimenter ses légendes, la problématique n’est pas l’insécurité mais l’ennui… Dit très justement Philippe Tagli.
Avec son travail, Philippe Tagli veut casser cette image de racaille qui colle à une certaine partie de la jeunesse des banlieues, alléger aussi la caricature, qu’eux mêmes, aiment à entretenir sur leur cité.
Son travail raconte la vie d’une cité, sans nostalgie, sans concession, ses galères, ses joies, ses drames et ses désillusions. On y vit la nuit, on s’aime, on se marie, on s’éclate, on se défonce, on meurt, on s’ennuie, on espère, on survit.
Comme le dit Philippe Tagli « Pour certain le plus dur n’est pas de survivre mais de vivre ».
Marion Scemama,
Directrice adjointe des Galeries photo de la Fnac 1993 à 2005