00:00 - On va maintenant vers le Caucase.
00:02 Deux mois déjà que la région indépendantiste du Haut-Karabakh
00:05 est sous blocus de l'Azerbaïdjan.
00:06 Le corridor de la Chine, seule route qui relie le territoire à l'Arménie
00:10 et donc au reste du monde, a été coupée.
00:12 Conséquence, les 120 000 habitants arméniens du territoire,
00:15 parmi lesquels 30 000 enfants, n'ont plus accès aux biens et services essentiels.
00:19 Amnesty International dénonce dans un rapport une situation humanitaire
00:22 catastrophique. Je reçois justement son président, Jean-Claude Samoulier.
00:26 Bonjour. Merci d'avoir accepté notre invitation.
00:29 Quel est le quotidien des habitants du Haut-Karabakh sous blocus ?
00:32 - Les 121 personnes subissent des coupures d'électricité,
00:35 des coupures d'Internet, des coupures de gaz avec un impact sur le chauffage
00:38 et puis des pénuries d'alimentation grave, des pénuries de carburant.
00:42 Et les personnes qui souffrent le plus, ce sont les personnes les plus vulnérables,
00:46 c'est-à-dire les personnes âgées, les personnes porteuses de handicap,
00:49 les femmes enceintes.
00:51 Il y a quatre impacts très, très, très graves sur la population.
00:55 C'est d'abord tout ce qui est médical.
00:57 Un cardiologue de l'hôpital de Stepanaker nous disait
01:00 qu'il y a seulement 10% des opérations qui sont effectuées.
01:03 Ils recevaient entre 30 et 40 personnes par mois,
01:06 c'est plus que 5 ou 6 personnes par mois.
01:09 Dans les maternités, on manque de tout, les chambres ne sont pas chauffées,
01:13 on manque de couches, de lait, de soins pour les bébés.
01:16 Une maman nous a expliqué que la couveuse, c'était une couveuse pour trois enfants
01:21 et que les trois enfants, à tour de rôle, allaient dans la couveuse.
01:24 Donc tout manque, la situation est catastrophique.
01:29 Et puis, également, on a un impact sur le droit à l'éducation,
01:32 puisque sur les 27 000 enfants, au début, fin décembre, il n'y avait plus d'école.
01:37 Maintenant, certaines écoles réouvrent, mais c'est seulement quelques heures par jour.
01:41 Et puis, il y a des familles qui sont déchirées,
01:45 qui sont... - C'est pareil.
01:47 - On franchit le corridor de la Chine pour aller en Arménie,
01:49 par exemple, ne peut plus revenir, donc les familles sont déchirées.
01:53 Et puis, il y a les personnes porteuses de handicap qui sont cloîtrées chez elles,
01:56 avec le manque de carburant, elles ne peuvent pas sortir,
01:58 il n'y a plus de transport en commun.
01:59 Et une personne, notamment, qui avait amputé des deux jambes
02:02 parce qu'elle avait sauté sur une mine lors de la guerre de 1990, disait
02:05 "Je suis véritablement en prison, et en prison chez moi".
02:08 - Alors, comment tiennent-ils depuis deux mois ?
02:09 Est-ce que de l'aide humanitaire parvient quand même dans le Haut-Karabakh ?
02:13 - Très faiblement. Il y a très très peu.
02:15 Il y a quatre ou cinq camions du CICR ou des forces d'interposition russes
02:19 qui amènent de l'alimentation et des médicaments,
02:21 mais c'est très très insuffisant, donc vraiment, ces personnes survivent.
02:25 Il y a des tickets de rationnement qui ont été mis en place,
02:27 des tickets bleus pour les pâtes ou pour le riz,
02:30 c'est un kilo par personne et par mois, un ticket rouge pour les oeufs.
02:34 Les personnes ont droit à un litre d'huile par mois,
02:37 donc il n'y a plus de fruits et légumes, il n'y a plus de produits frais,
02:40 un peu de viande, mais pas tellement.
02:43 Donc la situation, on est au bord d'une catastrophe humanitaire.
02:47 - Le Premier ministre de la République autoproclamée demande un pont aérien.
02:51 Est-ce que ça peut être une solution d'urgence ?
02:53 - Oui, ça peut être une solution, mais la meilleure des solutions,
02:55 c'est de réouvrir le corridor de la Chine.
02:58 C'est la responsabilité de l'Azerbaïdjan
03:00 et des forces d'interposition russes depuis le cessez-le-feu de novembre 2020.
03:06 Donc c'est la responsabilité des Russes d'assurer la sécurité de ce corridor.
03:11 Donc avant tout, c'est là qu'on devrait agir.
03:14 - Que cherche l'Azerbaïdjan à travers ce blocus ?
03:17 - Il faut isoler complètement la population arménienne du Haut-Karabagh.
03:23 Il y a des discours qui sont glaçants.
03:27 Ilama Elieff, le chef du gouvernement azerbaïdjanais,
03:33 dit "ceux qui veulent s'en aller, qu'ils s'en aillent, la porte est ouverte".
03:37 On ne peut pas parler de nettoyage ethnique encore,
03:41 mais quand même les discours sont très révélateurs
03:44 de la volonté des forces azerbaïdjanaises.
03:46 - Vous évoquiez la mission russe de maintien de la paix,
03:48 qui a pour mandat d'assurer la sécurité du corridor de la Chine
03:52 depuis l'accord de cessez-le-feu entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan en novembre 2020.
03:56 On la sent pour le moins passive ?
03:57 - Absolument. Il y a 2000 soldats russes qui devraient assurer la sécurité
04:01 de la population des 120 000 personnes qui habitent le Haut-Karabagh.
04:05 On les sent très passives, notamment dans le corridor de la Chine.
04:09 C'est son travail, c'est sa mission d'assurer l'accès à cette région enclavée.
04:15 Le travail n'est pas fait, la mission n'est pas remplie.
04:17 - Paris, Berlin et Washington ont demandé la levée immédiate du blocus ces derniers jours.
04:22 Que demandez-vous à l'Azerbaïdjan et aux forces de maintien de la paix ?
04:25 - La même chose. On demande la levée du blocus.
04:27 Il faut que les produits de première nécessité puissent arriver dans le Haut-Karabagh.
04:32 Il faut sauver cette population qui est au bord de la famine
04:35 et qui a tellement besoin de médicaments, de fournitures médicales
04:39 et de toutes les choses essentielles à la vie, les biens de consommation les plus courants.
04:42 - Merci beaucoup Jean-Claude Samoulier pour votre intervention.
04:45 aujourd'hui sur France 29.