00:00 Mathieu Croissant, le gouvernement a donc échappé de peu à la motion de censure hier, ça s'est joué à 9-9.
00:06 Elisabeth Porn peut-être dans ces conditions rester à Matignon et l'exécutif peut-il continuer à réformer comme il le souhaite ?
00:14 Sur le papier, oui. On ne va quand même pas inverser la logique des institutions.
00:18 C'est quand même si la motion de censure avait été adoptée que le gouvernement aurait été renversé automatiquement.
00:23 La première ministre, selon l'article 50 de la Constitution, aurait été contrainte de remettre sa démission au président de la République.
00:29 Rien ne l'oblige donc à le faire aujourd'hui.
00:31 Puis on peut se dire que ce n'est jamais que la 15e motion de censure à laquelle elle échappe depuis sa nomination à Matignon,
00:36 parce qu'il y a eu beaucoup de 49.3 et beaucoup de motions de censure, donc une de plus.
00:40 Et puis poussons même la logique institutionnelle jusqu'au bout.
00:43 Après tout, au sortir de ce feuilleton des retraites, sa réforme, même contestée, est considérée depuis hier soir comme adoptée.
00:50 La transformation du vote sur la motion de censure en vote pour ou contre la réforme a failli lui coûter très cher, mais c'est passé.
00:58 La première ministre a la satisfaction du devoir accompli, faisait donc savoir hier Matignon.
01:03 Elle reste déterminée à continuer à porter les transformations nécessaires à notre pays avec son gouvernement.
01:08 Bon, pourtant, l'opposition réclame depuis hier soir sa démission. C'est une lubie ?
01:13 On l'a vu avec le Rassemblement national, par exemple, Marine Le Pen qui dit qu'elle doit partir, ou Mathilde Panot que ce gouvernement est mort.
01:19 Pourquoi ? Parce qu'il y a la logique institutionnelle dont je viens de vous parler, et puis il y a aussi autre chose, c'est la logique politique.
01:24 Et là, le tableau n'est pas tout à fait le même, parce qu'Elisabeth Borne ressort complètement essorée de cette bataille sur les retraites.
01:31 Le score très serré d'hier l'affaiblit politiquement. C'est simple, aux yeux de ses opposants, comme d'une partie de la majorité d'ailleurs, c'est une première ministre en sursis.
01:39 Et ça, quand vous êtes fini dans l'esprit de vos interlocuteurs, c'est très compliqué de réasseoir votre autorité.
01:44 C'est très compliqué de retrouver un poids politique qui vous permette en position de force pour négocier, pour porter un projet.
01:51 Et puis surtout, c'est sa méthode, Elisabeth Borne, qui a été prise en défaut. La concertation que prenait la première ministre, ça n'a pas fonctionné.
01:57 Elle s'est fait rouler dans la farine par les républicains qui ne tenaient pas leur troupe. Le texte a été adopté, je le disais, c'est vrai, mais dans des conditions vraiment baroques et brutales.
02:05 - Elisabeth Borne a été reçue hier soir à l'Elysée, elle le sera d'ailleurs de nouveau ce matin à partir de 9h avec les chefs de la majorité.
02:11 Qu'est-ce qui se trame à l'Elysée ? Le président peut lui demander de faire ses valises ?
02:15 - Oui, mais alors il s'est toujours refusé, jusqu'à présent en tout cas, d'agir sous la pression.
02:19 D'abord, il n'a pas intérêt à s'en séparer tout de suite avant la toute fin de l'histoire.
02:22 Vous savez, elle a saisi hier le Conseil constitutionnel, il faut qu'on sache...
02:25 - Un mois, c'est ça ?
02:26 - Voilà, ça peut être plus court. Il faut qu'on sache ce qu'il advient de ce texte sur le fond, au final.
02:31 Ensuite, s'il s'en sépare, il faut quand même trouver quelqu'un pour la remplacer.
02:34 Ça a l'air idiot comme ça, mais souvenez-vous du mal qu'a eu Emmanuel Macron à trouver quelqu'un pour son casting de Premier ministre en mai dernier et même au mois de juillet.
02:44 Enfin et surtout, Elisabeth Borne, c'est peut-être plus le problème d'une certaine façon.
02:48 À quoi bon changer de casting si c'est pour faire face aux mêmes difficultés ?
02:52 Ce n'est peut-être pas changer de Premier ministre, dont Emmanuel Macron a besoin, mais peut-être changer sa façon de présider.
02:57 - Une parenthèse, ça vous a choqué hier après-midi que les bancs de la majorité soient aussi clairsemés pendant la motion de censure, pendant le débat ?
03:02 - Il faut savoir que pendant la motion de censure, on ne prend en compte que les votes pour, donc il n'y a pas de vote contre.
03:07 Il n'était pas obligé d'aller voter.
03:08 - Elle n'aurait pas eu besoin du soutien de la majorité ?
03:10 - C'est vrai qu'autour d'elle, elle aurait eu besoin sans doute un peu de soutien, surtout au moment où elle a pris la parole pour demander le rejet de cette motion de censure.
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