00:00 - Jérôme, il s'est créé un problème, dit Deschamps ?
00:01 - Non, de toute façon, ça me paraît logique.
00:04 Il a pris une décision, il fallait qu'il en prenne une,
00:06 qu'il mette un capitaine, un vice-capitaine ou 3-4 joueurs
00:11 leaders dans tous les cas, parce que je pense qu'il n'y a pas
00:14 que deux joueurs qui vont représenter ce groupe pendant
00:19 maintenant un an et demi, jusqu'à l'Euro.
00:22 - C'est symbolique, la preuve, Griezmann l'a mal pris.
00:27 - En fait, je vais te dire, je peux comprendre la déception de Griezmann.
00:30 Ça me rassure ce que dit Fabrice sur le fait qu'il ne mette pas un terme
00:34 à la sélection, parce que là, pour de bon, je n'aurais pas compris
00:38 que ça aille jusqu'à là.
00:40 Maintenant, qu'il l'ait mal pris, oui, parce qu'il y a un critère
00:43 qui est important, je pense que quand tu es capitaine,
00:45 c'est déjà le VQ en bleu.
00:48 Le VQ, il est plus âgé.
00:49 Donc, s'il n'est pas capitaine aujourd'hui, il ne le sera pas dans deux ans.
00:53 Ça, c'est sûr, c'est clair et net.
00:56 Qu'il a déjà porté le brassard
00:57 quand il y avait des blessés ou des suspendus.
01:04 - Griezmann, c'est 117 sélections.
01:06 - Non, mais c'est pour ça.
01:06 Donc, le VQ est important.
01:08 L'importance dans le groupe, je pense qu'il est écouté, très écouté.
01:11 Qu'il a la confiance aveugle même.
01:13 Et ça lui a valu pas mal de critiques de ma part.
01:18 Quand il n'était pas au niveau en équipe de France,
01:20 il a toujours eu la confiance de Didier Deschamps.
01:24 Qu'il a réalisé en plus une très belle Coupe du Monde.
01:27 On est tous, et moi le premier, à dire que sa Coupe du Monde était exemplaire
01:32 parce qu'il s'est fondu dans le collectif
01:34 au détriment de son jeu offensif.
01:37 C'est la réalité, c'est ce qui s'est passé.
01:39 Donc, tout ça réuni, je pense qu'il a un rôle intéressant,
01:44 important en équipe de France et qu'il s'est dit
01:46 peut-être que c'est encore trop tôt pour qu'il ait d'imbappé
01:48 par rapport à tout ce que je t'avais dit la semaine dernière,
01:52 Jean-Louis et puis même à Manu,
01:54 où Didier Deschamps aime avoir des capitaines qu'il maîtrise à 100%.
01:59 Avec Kylian Mbappé, c'est sûr qu'il prend des risques.
02:02 Avec Antoine Griezmann, je pense que ça serait rentré dans l'ordre assez facilement.
02:07 Donc, tout ça réuni fait qu'il est déçu.
02:10 Après, la déception, ça passe.
02:12 Je pense qu'il échangera, mais c'est naturel.
02:15 Tu sais, nous, on a l'avantage...
02:17 - C'est important d'être capitaine ?
02:19 Enfin, je ne sais pas les gars...
02:20 - C'est quoi, c'est pour l'égo ?
02:22 - C'est un but ultime pour un joueur d'être capitaine ?
02:28 - Non, mais capitaine en sélection, ça représente quelque chose quand même, non ?
02:31 - Tu n'arrives pas à comprendre que Griezmann soit déçu, Manu ?
02:33 - Je peux comprendre qu'il soit déçu,
02:35 mais on a l'impression que c'était quelque chose qu'il attendait
02:38 avec impatience après le départ de Varane et de Lloris.
02:41 - Moi, j'ai l'impression, oui.
02:42 - Manu ?
02:42 - Je ne sais pas.
02:43 Enfin, moi, je n'ai jamais été intéressé par Capitana.
02:46 De toute façon, on ne me l'aurait peut-être jamais donné.
02:47 - Non, mais toi, peut-être que d'autres...
02:49 - Mais les joueurs qui sont intéressés par ça, c'est quoi le truc ?
02:53 - C'est d'être le leader du groupe ?
02:55 De représenter...
02:56 - Donc, il y a un côté personnel, égocentrique ?
02:59 - Non, non, non, Manu, Manu, non, non, non, j'ai été capitaine.
03:02 - Mais bon, on ne demande pas le Capitana.
03:03 Le Capitana, ça se donne.
03:04 Enfin, je ne sais pas.
03:05 - Attends, il y a Pascal qui voulait te répondre, Manu.
03:06 - Vas-y, Pascal.
03:07 - Non, Manu, Manu, moi, j'ai été pratiquement capitaine partout où je suis passé.
03:12 Pourquoi ?
03:12 Parce qu'en tant que gardien de but, on a le dernier regard.
03:15 Et après, c'est ce qui se passe, la vie du vestiaire.
03:19 - Pascal, toi, tu voulais le Capitana ?
03:20 Tu le revendiquais ?
03:22 - Non, je ne le demandais pas d'office.
03:23 Non, c'était à la personne qui ressort un peu plus du groupe,
03:27 qui a peut-être un caractère, qui a cette envie d'arriver tous les matins avec le sourire,
03:34 de porter un brassard, c'est de porter ton équipe.
03:37 Voilà, après, c'est pour ça qu'aujourd'hui...
03:41 - Oui, mais Pascal, quand tu as été capitaine à l'OM,
03:44 ce n'est pas toi qui est allé voir l'entraîneur ou qui a discuté avec les joueurs ?
03:47 Il y a eu une discussion au Parlement au début de saison,
03:50 et l'entraîneur est venu te voir avec son stade,
03:51 ils ont dit "on va là, on va voir tous les joueurs".
03:53 - Oui, mais en club, c'est différent qu'en sélection, Manu,
03:54 moi, je ne te comprends pas là-dessus.
03:55 - Non, ce que je ne comprends pas, c'est...
03:56 - Être capitaine de l'équipe de France, ce n'est pas n'importe quoi, bordel !
03:59 - Mais ce n'est pas ce que je suis en train de te dire !
04:01 - Tu es en train de dire "bon, ce n'est pas grave d'être capitaine" !
04:04 - Je ne sais pas pourquoi, il en fait une déception, en fait.
04:07 - Parce qu'il a 117 sélections, il a quasiment tout gagné en sélection,
04:12 qu'il a un rôle très important...
04:13 - Donc ça voudrait dire que dans sa tête, il pense que lui,
04:16 c'est le plus méritant, il le mériterait justement devant tout le monde à l'heure actuelle ?
04:20 - Sans doute, c'est ce que Didier Deschamps...
04:21 - Parce que c'est l'ancien à l'heure actuelle de la sélection ?
04:23 - Les choix de Didier Deschamps laissent transpirer ça.
04:26 - Moi, je pensais qu'on donnait un capitana,
04:28 parce que ça ne se prend pas un capitana, ça se donne.
04:31 - Oui, mais alors, à la réalité...
04:32 - C'est le contraire, justement.
04:34 Ça ne se donne pas, ça se prend, le capitana.
04:36 Le pouvoir, ça se prend, ça ne donne pas.
04:38 - Oui, c'est une façon de parler, d'accord, ça se prend dans ton chapitre.
04:41 Ça se prend, mais ça ne se réclame pas.
04:43 - Tu vois la différence ?
04:44 - Mais Kylian, c'est la même chose.
04:45 Kylian, il l'a demandé, Kylian, il voulait absolument un capitana.
04:48 - Mais c'est ça que je n'arrive pas à comprendre, moi.
04:49 - Eh ben non, mais...
04:50 - Tu ne comprends pas que ce soit un but pour un joueur ?
04:52 - Non, parce que c'est quelque chose pour moi,
04:55 ça doit revenir naturellement à un joueur, de façon unanime,
05:01 parce qu'il fait l'air de tout le monde en investir.
05:03 Et de là de réclamer et d'en faire un caca nerveux après,
05:06 excuse-moi,
05:07 au contraire, tu nous donnes vraiment le parfait exemple
05:10 pourquoi il ne faut pas te le donner justement,
05:12 parce que tu en fais un rapport égocentrique,
05:14 comme si c'est à toi de soulever le trophée si on gagne quelque chose,
05:18 d'être le premier sur la photo,
05:19 d'être à l'étalé d'un jeu dans l'éternité.
05:21 Mais c'est ça que j'arrive,
05:22 mais je n'aime pas moi cette approche du décapitaine.
05:24 - Ça a toujours existé, ça m'a...
05:26 - J'étais un décapitaine qui était loin d'avoir ce côté égocentrique.
05:29 - T'as vu Didier Deschamps ?
05:30 Didier Deschamps.
05:31 Moi j'ai le souvenir de vous en 98,
05:33 celui qui lève la Coupe du Monde c'est Didier Deschamps.
05:36 Et ça marque les esprits, tu rentres dans l'histoire,
05:38 t'es capitaine de l'équipe de France qui gagne la Coupe du Monde.
05:40 - Mais c'est ce que je te dis.
05:42 Donc si t'as cette approche-là, pour moi, tu mérites pas d'être le capitaine.
05:45 - Mais non c'est pas vrai, j'étais un décapitaine qui était loin de tout ça moi.
05:48 - Ah en équipe de France, vas-y alors, cite-moi.
05:50 - Ah bah tu me parles de l'équipe de France.
05:51 - Ah bah moi je te parle de l'équipe de France parce que...
05:53 - J'étais en équipe de France, Didier, du début jusqu'à la fin,
05:56 donc j'ai écrit lui comme capitaine.
05:57 - Et bah voilà, bon bah alors, c'était un bon capitaine ou pas ?
05:59 - Bah oui c'était un bon capitaine.
06:00 Mais est-ce qu'il était capitaine parce que, lui, sa idée c'était de soulever le trophée,
06:05 ou c'était celui de fédérer tout le monde dans le vestiaire
06:07 et de faire le lien avec l'entraîneur ?
06:09 - Je pense que c'est plus ça, de faire le lien avec...
06:11 - Parce que quand il était joueur il avait ce rôle-là sur le terrain.
06:13 - Et bah donc ça revient à la même chose pour Griezmann, ce qu'il pense lui,
06:17 c'est que le joueur qui fait plus le lien, le terrain, avec l'entraîneur aujourd'hui,
06:22 c'est Antoine Griezmann, c'est pas Guilhem Mbappé.
06:25 - Comment ?
06:25 - Tu vois Griezmann à l'heure actuelle avoir ce rôle-là de fédérer les joueurs,
06:30 de replacer les joueurs, d'avoir cette communication...
06:34 - Bah non mais Manu, t'étais le premier à dire, et moi je te suivais...
06:37 - Non, j'ai trouvé qu'il était remarquable dans ses performances.
06:39 - Il a été incroyable...
06:41 - Oui mais ne mélange pas tout, Jérôme !
06:43 - Parce que là tu me parles de...
06:44 - C'était un leader dans ses performances,
06:46 parce que c'était un leader justement dans sa façon d'imprégner les autres,
06:50 d'emmener tout le monde autour de lui,
06:52 des joueurs en difficulté d'aller les voir,
06:54 de prendre des postures, de prendre la presse...
06:56 - Alors Zidane qui a été capitaine, il était comment ?
06:58 - Tu penses qu'il était comme ça ?
06:59 - Zizou c'était un capitaine sans avoir le brassard autour du bras,
07:01 c'était notre capitaine technique, mais c'était un capitaine dans le vestiaire,
07:05 parce qu'il parlait pas beaucoup, mais quand il parlait, tout le monde l'écoutait.
07:07 - Il a eu le capitana en 2006.
07:08 - Oui, mais il le réclamait pas, il l'a jamais réclamé.
07:11 - Je te dis pas...
07:11 - Tu vois la différence ?
07:12 - L'Oris non plus l'a jamais réclamé.
07:14 - Tu vois la différence ?
07:15 - Oui, mais attention, Manu...
07:16 - Mais tout le monde était unanime derrière lui.
07:17 - Manu, nous on dit "ils l'ont réclamé".
07:20 Moi j'ai pas entendu...
07:21 - Moi je comprends pas ces nouvelles générations.
07:22 - Attends, Manu, réponds à ça.
07:25 J'ai pas entendu Antoine Griezmann dire "quand le goliori s'est arrêté,
07:30 s'est arrêté et Varane qui a suivi, dire "je veux être capitaine".
07:34 Il l'a pas dit.
07:34 Par contre, il a dû avoir des échanges avec Didier Deschamps,
07:37 parce que pour lui, c'est d'un naturel que ça soit lui qui ait le brassard.
07:41 - Bah voilà !
07:41 - Mais... et donc...
07:43 Donc si lui pense...
07:44 - Tu vois la nuance ?
07:45 - Non mais lui...
07:46 - Peut-être que c'est les attaquants qui n'ont rien à voir avec les défenseurs.
07:49 - Mais moi je pense que sa déception elle est là, Manu.
07:51 - C'est ça le problème, il est là.
07:52 - Il y a toujours ce côté égocentrique des attaquants tout le temps.
07:54 - Mais les gars, je veux parler des gens...
07:55 - Non Pascal, attends...
07:56 - Je veux marquer des buts, je veux...
07:57 - Pascal, attends une seconde.
07:58 Juste, connaissant Didier Deschamps, moi je le connais très bien,
08:02 je l'ai eu en tant qu'entraîneur.
08:04 Derrière, je vois, on parle avec les joueurs aussi à l'heure actuelle,
08:07 il est dans son management, il ressemble très clairement à ce qu'on était avec lui en 2002,
08:13 à Monaco, et ça a duré trois ans.
08:15 Il est à peu près pareil dans sa gestion du capitana aujourd'hui.
08:19 Antoine Griezmann le connaît encore mieux que moi,
08:21 parce que ça fait plus de dix ans qu'il l'a en sélection.
08:23 D'accord ?
08:24 Donc la relation elle est très forte entre les deux.
08:26 La preuve c'est qu'il a eu, tu l'as dit Jean-Louis, 74 sélections de suite.
08:31 Alors qu'il n'était pas forcément terrible.
08:33 Donc c'était un relais important pour Didier Deschamps.
08:35 - On est d'accord.
08:36 - Donc pour lui, naturellement, toute sa déception,
08:38 pour lui, il se dit, vu la vision des choses de Didier Deschamps,
08:42 comment il voit le capitana, j'aurais dû être capitaine.
08:45 Et c'est là qu'il est déçu parce que...
08:47 - Sans que ce soit une revendication selon toi.