- il y a 3 ans
Découverte du diagnostic, parcours de soin, naissance de sa fille... La journaliste météo de BFMTV, jeune maman d'une petite fille, témoigne de son combat contre un cancer du sein diagnostiqué après six mois de grossesse.
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00:00 Je reçois nouvelle fois notre consoeur Virgilia S.
00:02 Habituellement, elle vient nous présenter les prévisions météo ici sur BFM TV.
00:06 Mais rappelez-vous, Virgilia, bonsoir.
00:09 Vous étiez venue raconter votre combat contre le cancer du sein alors que vous étiez enceinte.
00:14 Depuis, vous avez accouché.
00:16 La petite Léna Rose va très bien.
00:18 Très très bien.
00:19 Elle a 4 mois.
00:20 Elle a 4 mois.
00:21 Et vous, vous continuez votre combat.
00:23 Voilà. Et moi, ça va aussi.
00:24 Alors, c'est durant.
00:26 Après quand même 5 mois de chimio.
00:28 Voilà, quasiment 6 mois.
00:30 J'ai eu ma dernière chimio la semaine dernière.
00:33 Normalement, la dernière.
00:35 Donc là, c'est une étape de franchi.
00:38 Je suis contente.
00:39 Je suis un petit peu fatiguée encore.
00:40 Il faut le dire, c'est des traitements qui sont très durs.
00:44 Mais quand on a le moral, il faut le dire aussi.
00:47 Et là, globalement, tout va bien.
00:49 Je me dis que c'est déjà une étape de passé.
00:51 Peut-être la plus dure.
00:52 Parce que la chimio, c'est très compliqué.
00:54 C'est des effets secondaires qui sont horribles.
00:57 Mais qui en même temps, c'est des traitements qui me guérissent.
01:01 Il faut peut-être revenir en arrière.
01:03 Nous rappeler ce qui s'est passé.
01:05 Vous apprenez que vous êtes enceinte.
01:07 Tout va très bien.
01:09 Et puis, la mauvaise nouvelle vous tombe dessus.
01:13 Voilà.
01:14 Alors, en fait, ce qui s'est passé, c'est que je faisais mon suivi de grossesse
01:17 de manière tout à fait classique, avec des rendez-vous médicaux régulièrement.
01:23 Et donc, en fait, c'est lors d'une visite chez l'obstétricienne
01:26 qu'elle a senti une masse dans mon sein.
01:29 Et elle était plutôt rassurante à ce moment-là.
01:32 Parce qu'effectivement, avec la grossesse, on peut avoir des petits kystes, mais bénins.
01:37 Ou même des tumeurs, mais bénines.
01:39 Et donc, à ce moment-là, elle était plutôt confiante.
01:42 Et de fil en aiguille, j'ai dû réaliser d'autres examens.
01:45 Notamment une échographie mammaire.
01:47 Et là, la radiologue était beaucoup moins sereine.
01:50 Et moi, tout de suite, j'ai senti à ce moment-là qu'il y avait un problème,
01:53 vu sa réaction.
01:55 S'en est suivie une biopsie.
01:57 Et les résultats de la biopsie, effectivement, ont montré que c'était un cancer du sein.
02:01 J'étais enceinte de 6 mois à ce moment-là.
02:04 Et on n'y croit pas, en fait. C'est irréel.
02:07 On est sur notre petit nuage. On est enceinte.
02:10 Moi, c'était ma première grossesse.
02:12 Et j'avais 32 ans.
02:14 Il y avait des antécédents dans votre famille ?
02:16 Non, pas d'antécédents.
02:18 Depuis, j'ai fait les tests génétiques.
02:20 A priori, il n'y a pas de gêne.
02:22 Je ne suis pas porteuse du gêne du cancer.
02:25 On ne peut pas l'expliquer.
02:27 On va dire que c'est la foute à la chance.
02:29 Vous êtes enceinte. Vous êtes jeune.
02:30 Vous apprenez que vous avez un cancer du sein.
02:32 Et surtout, on vous dit qu'on ne peut pas vous soigner tout de suite.
02:35 Parce que l'enjeu, c'est d'aller au terme de cette grossesse.
02:39 Alors, moi, on m'a dit qu'on pouvait me soigner tout de suite.
02:43 Mais pas avec de la chimio dure.
02:45 Si.
02:46 On a commencé la chimio à ce moment-là ?
02:47 J'avais la chance d'être en fin de deuxième trimestre.
02:50 Donc, c'était possible d'avoir tout de suite de la chimio.
02:54 Il fallait d'ailleurs que j'ai tout de suite de la chimio.
02:56 Parce que j'avais un cancer de grade 3.
02:59 Donc, avec une vitesse de prolifération très, très, très rapide.
03:02 Donc, en fait, on ne pouvait pas perdre de temps.
03:04 Il ne fallait pas perdre de temps.
03:05 Et je n'avais pas spécialement envie de faire de la chimio enceinte.
03:09 Mais la question ne s'est même pas posée.
03:11 On m'a rassurée tout de suite en me disant que, déjà, il n'y avait pas le choix.
03:14 Parce que, quand même, même s'ils ne nous donnent pas de pronostics.
03:18 Ils ne nous disent pas, voilà, vous allez mourir ou quoi que ce soit.
03:21 Quand même, ils nous font comprendre qu'à cet âge-là, 32 ans, enceinte en plus, grade 3,
03:27 c'est le grade le plus élevé pour la propagation du cancer.
03:32 Il fallait attaquer la chimio tout de suite.
03:34 Et, effectivement, quand on a une grossesse suffisamment avancée,
03:38 c'était possible de faire la chimio.
03:42 Donc, j'ai eu deux chimio-thérapies enceintes.
03:45 J'ai accouché entre deux chimios.
03:47 Et deux semaines après l'accouchement, je reprenais les chimios.
03:51 - Et comment vous avez fait ?
03:52 Parce que, quand on a un bébé, ça demande beaucoup de temps, d'attention, de soins, les nuits.
03:57 Comment on peut à la fois avoir ce bébé et puis continuer un traitement lourd ?
04:03 - Alors, je ne vais pas vous mentir.
04:05 Sur le coup, justement, je me suis dit, mais comment je vais faire ?
04:09 Pour moi, c'était impossible.
04:12 Déjà, on a plein d'examens avec la grossesse.
04:16 On est fatigué.
04:18 Le fait d'avoir plein d'examens ensuite par rapport au cancer...
04:22 Et moi, je suis quelqu'un d'assez sensible.
04:24 Je m'étais dit que je n'allais pas y arriver.
04:26 Au final, je pense que n'importe qui peut y arriver.
04:31 C'est pour ça que je suis là aussi aujourd'hui.
04:34 Je ne suis pas encore guérie.
04:35 Mais j'ai vraiment envie de dire que, certes, c'est un traitement très difficile.
04:40 Le cancer du sein peut bien se guérir, entre guillemets, s'il est pris à temps.
04:45 Mais par contre, c'est des traitements très difficiles.
04:48 Mais il faut à chaque fois se raccrocher aux petites choses positives.
04:54 Et je pense que c'est comme ça que j'ai réussi à relever la tête.
04:59 Mais ce n'était pas gagné.
05:01 Je ne vais pas mentir.
05:02 - Il y a l'entourage qui compte beaucoup.
05:03 - Et l'entourage compte énormément.
05:04 - Le papa qui est très présent aussi, qui vous permet de vous reposer après les séances de chimio,
05:09 d'être occupé de Léna Rose.
05:11 - Sur le moment, c'est vrai que quand on nous annonce qu'on a un cancer,
05:15 la première chose que j'avais envie, avant même de me protéger moi,
05:18 j'avais envie de protéger mon entourage.
05:20 Donc surtout mes parents, parce que c'est compliqué de voir son enfant malade.
05:27 Mon conjoint aussi.
05:29 Mais force est de constater qu'à un moment, on est obligé de déléguer
05:33 et dans cette maladie, ces traitements qui sont très durs,
05:37 c'est très important d'être entouré et d'avoir son entourage à proximité,
05:45 même si c'est très dur pour eux aussi et qu'on a envie de les préserver.
05:50 On n'a pas le choix.
05:52 - Vous m'avez dit tout à l'heure, en préparant cette interview,
05:55 que la petite Léna Rose faisait ses nuits, qu'elle était calme
05:59 et que vous pensiez qu'elle avait senti que maman devait se reposer.
06:02 - Je pense effectivement qu'il y a quelque chose comme ça,
06:05 où les bébés ont des pouvoirs magiques.
06:08 Je pense qu'elle sait que maman en a bavé pendant la grossesse
06:12 et même encore maintenant.
06:14 Du coup, elle est très calme.
06:17 C'est un bébé cool.
06:19 Elle n'a pas de...
06:21 Je touche du bois, mais tout se passe très bien.
06:24 - Vous êtes sortie d'affaires ?
06:26 - Pas encore, mais c'est en bonne voie.
06:28 - Qu'est-ce qu'il reste à faire ?
06:30 - Les chimiothérapies ont très bien marché.
06:34 Ce qui m'a permis de tenir, c'est d'avoir ces examens réguliers
06:39 qui ont montré que la chimiothérapie a bien agi sur la tumeur,
06:44 dans le sens où pour l'instant, il y a une bonne réponse radiologique.
06:49 On ne m'a pas encore dit que j'étais en rémission.
06:54 Il me reste la chirurgie à la fin du mois.
06:57 Je ne sais pas si je pourrais avoir la réponse après la chirurgie
07:01 et savoir s'il reste des cellules cancéreuses ou pas.
07:04 S'il n'en reste plus, je pourrais attaquer la radiothérapie.
07:07 C'est un traitement très long.
07:09 On a la chimiothérapie, l'opération, peut-être encore de la chimio
07:14 s'il reste des cellules cancéreuses.
07:16 S'il n'en reste pas, il y a de la radiothérapie.
07:19 Je parle pour mon cancer, parce qu'il y a plusieurs sortes de cancers.
07:23 Il n'y a pas qu'un cancer du sein.
07:25 Moi, en l'occurrence, HER2 positif, je vais devoir avoir
07:28 une thérapie ciblée pour éviter une récidive.
07:31 Pendant au moins un an, toutes les trois semaines, des injections.
07:34 Et comme il est un peu hormonodépendant,
07:36 de l'hormonothérapie pendant cinq ans.
07:38 Ça se soigne bien, mais c'est long.
07:40 C'est très, très long.
07:41 Depuis que vous avez pris la parole, ici même, sur BFM TV,
07:44 vous avez constaté, avec même étonnement,
07:47 que beaucoup de femmes vous ont remercié d'avoir parlé.
07:51 Elles vivaient la même chose que vous.
07:53 Vous avez eu une sorte de porte-parole de toutes ces femmes
07:55 qui vivent la même chose, notamment ce cancer du sein.
07:57 Malgré nous, c'est vrai qu'on devient un petit peu
08:00 la voix de toutes ces femmes.
08:02 Et Dieu sait qu'il y en a, parce que c'est une femme sur huit
08:05 qui, dans sa vie, est confrontée au cancer du sein.
08:08 Et en fait, effectivement, à la base,
08:11 quand j'en ai parlé sur les réseaux sociaux,
08:13 c'était aussi ma thérapie, à moi, pour me faire du bien,
08:16 pour expliquer aussi ce que j'étais en train de traverser.
08:20 Et très rapidement, je me suis rendue compte
08:22 que j'avais des témoignages de femmes de tout âge.
08:25 Ça concernait vraiment toutes les femmes, dans n'importe quelle situation,
08:27 pas que des femmes enceintes, mais ça pouvait toucher tout le monde,
08:30 n'importe où et n'importe quand.
08:32 Et même si je ne suis pas encore guérie,
08:34 je me suis dit, bon, là, Virgilia, c'est ta mission.
08:38 Il faut que je me préserve aussi, parce que j'ai encore des traitements,
08:41 il y a des moments où je suis fatiguée.
08:42 Mais les moments où je suis en forme,
08:44 j'avais vraiment envie que ça serve à quelque chose.
08:47 Je me suis dit, OK, tu as la chance d'être médiatisée.
08:50 Tu as la chance d'être entendue,
08:53 parce que je travaille ici en temps normal.
08:56 Et il y a plein de femmes qui vivent la même chose que toi
08:59 et qui ne peuvent pas être entendues,
09:01 qui n'ont pas cette chance-là.
09:02 Et le fait de justement retranscrire ce qu'elles vivent,
09:06 ça leur fait du bien.
09:07 Et du coup, ça m'a vraiment confortée dans l'idée de poursuivre.
09:11 - Mais on voit bien qu'il y a un mouvement de libération de la parole.
09:14 Alors, Florent Pagny et son livre rencontrent un succès considérable,
09:17 où il raconte sans tabou sa maladie.
09:19 Je pense également à notre consoeur Clémentine Verniaud,
09:21 journaliste à France Info, qui a lancé un podcast
09:24 où elle raconte sa vie avec le cancer.
09:27 On écoute un extrait.
09:29 - J'aurais dû faire une chigno le jour de mon 30e anniversaire.
09:32 J'ai dit, bon, on va peut-être décaler d'une journée quand même.
09:35 On va éviter que ce soit trop violent.
09:37 Et donc, je suis le lendemain de mon 30e anniversaire,
09:40 donc complètement déprimée,
09:42 dans cette chambre de l'hôpital de jour de Paul Brousse.
09:47 J'ai deux pompes qui diffusent, d'un côté, la chimiothérapie,
09:52 de l'autre, l'immunothérapie,
09:54 dans le petit boîtier qui est juste là, là, au-dessus de mon sein droit.
09:58 Et puis, ben, je... j'essaie de tromper l'ennui, quoi.
10:02 Je suis sur Instagram.
10:04 Et donc, c'est des photos de filles de mon âge
10:07 qui sont sur la plage en super maillot de pain,
10:10 qui boivent des cocktails,
10:12 qui voient un paysage paradisiaque,
10:15 qui font des activités nautiques,
10:18 du surf, des conneries comme ça.
10:21 Et moi, je suis dans ce lit d'hôpital,
10:23 j'ai mes deux pompes,
10:25 et j'ai l'impression qu'on ne vit plus dans le même monde, quoi.
10:28 - Clémentine avait 30 ans lorsqu'elle a appris qu'elle avait un cancer,
10:31 vous, 32 ans.
10:32 J'imagine que vous avez ressenti la même chose lorsque vous avez accouché.
10:35 Vous n'avez pas vécu l'accouchement que les femmes habituellement vivent,
10:39 une sorte de bonheur, ou d'insouciance,
10:42 ou en tout cas de plénitude,
10:44 vous aviez en tête ce combat qu'il fallait continuer à mener.
10:47 - C'est vrai que là, quand je l'entends,
10:50 j'aurais pu dire la même chose.
10:52 Je pense qu'on se reconnaît toutes là-dedans.
10:55 C'est irréel.
10:56 - On n'est plus dans le même monde ?
10:57 - On n'est plus dans le même monde, c'est irréel.
10:59 Alors déjà, effectivement, quand on a 30 ans,
11:02 moi, enceinte, et on m'a fait comprendre
11:05 que j'étais un ovni un petit peu,
11:07 mais c'était inconscient,
11:08 c'est-à-dire que là, elle parlait de sa première chimio,
11:10 moi, ma première chimio, je m'en rappellerai toujours
11:12 parce que je suis arrivée avec mon gros ventre de femme enceinte
11:15 et on me regardait bizarrement.
11:17 Les autres patientes se demandaient sûrement
11:19 qu'est-ce que je faisais là avec mon gros ventre ?
11:22 Et effectivement, oui, c'est en fait une grosse parenthèse.
11:29 On sait que ça va être au moins un an très difficile
11:34 et qu'il va falloir essayer de trouver les côtés positifs,
11:38 mais c'est dur, oui, quand on voit que la vie continue
11:41 autour, alors que pour nous, on a l'impression
11:44 que ça s'est arrêté.
11:45 Je vais vous dire quelque chose, moi, on m'a dit
11:47 la dernière fois, là, il y a encore deux semaines,
11:49 "Ah, ben c'est génial, ça y est, ça fait six mois,
11:52 t'as fini ta chimio, c'est passé vite."
11:55 Ben non, pour certaines personnes, c'est passé vite,
11:58 mais pour nous, c'est des traitements très durs
12:00 qui nous mettent à terre.
12:01 - Quand on dit traitements très durs, c'est qu'on est KO.
12:04 - On est complètement KO, on peut rien faire.
12:07 - On perd ses cheveux.
12:08 - Déjà, sur le plan moral, c'est très difficile
12:11 parce que, en tout cas, dans le cadre du cancer du sein,
12:14 les chimios que j'ai eus m'ont fait perdre les cheveux.
12:17 Donc, ça a été deux, trois semaines où ils tombaient,
12:20 j'avais un toc, je tirais dessus, ça partait.
12:23 J'ai dû, là, je disais tout à l'heure, c'est le prix
12:26 de ma vie sociale, c'est une perruque, mais qui a
12:29 un certain prix, quand même.
12:31 - Vous vous êtes aidée, est-ce que la Sécu rembourse
12:35 une partie, justement ?
12:36 - Une partie, mais pas suffisamment.
12:39 C'est à peu près, au total, si on a une bonne mutuelle,
12:41 c'est 700 euros pris en charge.
12:43 Là, je peux vous le dire, ça, c'est plus de 3000 euros.
12:46 - Ah bon, ça coûte pas 1000 euros.
12:47 - Parce que c'est du vrai cheveu, mais c'est le prix
12:49 de la vie sociale, c'est le prix pour, je sais pas,
12:51 certaines personnes, peut-être, pour garder leur travail.
12:53 - C'est le prix aussi de garder sa féminité.
12:55 - Il y a des perruques, voilà.
12:56 - Et peut-être aussi d'éloigner le regard des...
12:58 - Moi, exactement.
13:01 Moi, c'est pas que je n'assume pas de ne pas montrer,
13:04 même si mes cheveux, ils repoussent un peu,
13:06 c'est juste que j'ai pas envie de lire la pitié
13:08 dans le regard des gens, j'ai pas envie qu'on me trouve
13:10 changée, donc, pour le moment, je garde la perruque.
13:13 - Et que...
13:15 - Non, je disais, c'est vrai que même, voilà,
13:17 si on a un remboursement de 700 euros, c'est pas beau.
13:20 Enfin, il y a des perruques à quelques centaines d'euros,
13:23 mais elles sont pas belles.
13:25 Quand même, on a besoin d'avoir quelque chose
13:27 de beau sur la tête, déjà que c'est un cancer,
13:29 effectivement, qui touche à la féminité, le sein.
13:31 En plus, on perd nos cheveux, nos cils, nos sourcils,
13:34 ça fait beaucoup.
13:36 - Nous sommes avec la psychologue qui travaille
13:38 à l'Institut français du sein à Paris, Audrey Bouddharam.
13:40 Merci d'être avec nous.
13:42 La scène psychologique aussi, des conséquences du cancer.
13:44 Il y a le soin, bien sûr, mais tout ce qui entoure
13:47 cette maladie est le combat, le besoin d'être soutenu,
13:50 surtout quand on vient d'avoir un bébé,
13:52 et puis aussi l'apparence physique qui change.
13:55 - Il y a tout un remaniement psychique à laisser se faire.
13:58 Vous avez décrit d'un côté la grossesse
14:01 et de l'autre la maladie.
14:04 Il y a eu deux pulsions, finalement,
14:07 une pulsion de vie d'un côté, une pulsion de mort
14:09 qui se sont réveillées.
14:11 Vous parliez aussi de la sidération,
14:13 comme si on était dans un brouillard, un choc.
14:16 Il y a tout un travail de deuil à laisser se digérer.
14:20 Et ce que je trouve superbe, là, le fait que vous soyez debout,
14:24 c'est... Moi, ce que je vois dans mon métier,
14:27 c'est que finalement, c'est la vie qui gagne,
14:30 c'est la pulsion de vie qui gagne.
14:32 Là, encore plus, à travers la grossesse,
14:35 c'est de pouvoir exprimer, en effet,
14:38 cette pulsion de vie.
14:40 - Oui, mais quand on est jeune, quand on a 30 ans,
14:43 comme Clémentine, 32 ans, comme Virgilia,
14:45 qu'on apprend qu'on a un cancer du sein à un âge
14:48 où, a priori, on se dit que la maladie,
14:50 ça sera dans longtemps, ça ne nous concerne pas,
14:53 comment on peut aider et comment on peut surmonter cela ?
14:56 - Et je gérerais aussi une sorte de sentiment d'injustice ?
14:59 - Oui, alors, ça fait partie du travail de deuil.
15:02 Nous, on rencontre les gens à différentes étapes,
15:04 certaines qui sont choquées, d'autres qui sont en colère,
15:07 dans l'injustice, alors qu'ils peuvent attaquer l'univers,
15:10 les médecins, d'autres dans la colère.
15:13 Nous, on accueille les gens là où ils en sont
15:16 et on les accompagne à prolonger cette pulsion de vie,
15:20 en s'ajustant pour prolonger leur chemin.
15:22 - L'aspect psychologique a un rôle important dans la rémission ?
15:25 - Oui, oui, bien sûr.
15:27 - D'être bien entouré ?
15:29 - Il y a l'entourage.
15:32 Il y a surtout les ressources que l'on va se chercher au-dedans.
15:36 C'est-à-dire que les gens pensent que, bien sûr,
15:38 on peut aller chercher des outils au-dehors,
15:40 mais le plus important... - C'est soi-même.
15:42 - Oui, et nous, notre force, c'est de savoir que,
15:44 quand on voit les gens en face, on sait qu'ils ont les ressources
15:47 au-dedans, d'emblée.
15:48 - Et quand Virgilia parle, quand cette journaliste fait un podcast,
15:51 quand un chanteur comme Florent Pagny s'en détourne,
15:53 en toute transparence, parle de son cancer,
15:55 et parfois même qu'il avait arrêté son traitement,
15:57 qu'il avait fait une erreur, qu'il a repris,
15:59 on banalise aussi, ça permet aussi de briser le tabou,
16:02 de dire, voilà, ça arrive à tout le monde,
16:05 c'est pas la fin du monde, on peut s'en sortir, on peut se battre.
16:07 - Exactement, exactement.
16:09 - Margot de Frouville, justement, il y a une étude très intéressante
16:12 qui a été publiée mardi de cette semaine.
16:15 Les Françaises ne participent pas assez au dépistage du cancer.
16:18 - C'est le résultat d'une étude de Santé publique France
16:20 qui montre qu'il y a moins d'une femme sur deux invitée à se faire dépister
16:23 qui le fait, puisqu'on était à 50,6% en 2021.
16:26 Alors, évidemment, cette donnée est sous-estimée
16:28 puisqu'elle ne prend pas en compte les mammographies
16:31 qui sont réalisées en dehors de ce dépistage organisé,
16:34 comme ça a été le cas pour Virgilia, par exemple,
16:36 mais tout de même, on est loin des 70%
16:39 qui sont recommandés par les autorités européennes,
16:41 d'autant que si on prend un peu de recul,
16:43 on voit que cette participation au dépistage organisé,
16:46 elle décroît de façon constante depuis 2010.
16:49 As-tu une idée des raisons de cette baisse ?
16:53 - Les médecins voient plusieurs raisons possibles.
16:55 Il y a d'abord eu la polémique sur l'efficacité du dépistage
16:59 et le potentiel surdiagnostique qui aurait été entraîné
17:01 par ce dépistage organisé.
17:03 C'était plus au début des années 2010,
17:05 mais ça reste encore assez présent.
17:07 D'ailleurs, c'est pour ça que le ministère de la Santé
17:09 et l'Inca, l'Association nationale du cancer,
17:11 avaient lancé une concertation en 2015
17:13 pour savoir justement comment répondre à la polémique
17:15 et rappeler l'utilité de ce dépistage.
17:17 Une deuxième explication aussi, ça peut être
17:19 la baisse de l'offre de soins avec de moins en moins
17:21 de professionnels dans ce qu'on appelle la scénologie,
17:23 toute cette médecine spécialisée du sein,
17:25 et du coup un moins bon accès aux soins
17:28 avec une désertification médicale qui n'a échappé à personne,
17:31 notamment.
17:32 - Un chiffre, enfin, plusieurs chiffres peut-être,
17:34 le cancer du sein, ça touche combien de femmes chaque année ?
17:38 - C'est plus de 61 000 cas, 60 000 cas chaque année.
17:41 Il faut rappeler, Virgiliale évoquait,
17:43 que si on le détecte à temps,
17:45 c'est un cancer qui se guérit très bien.
17:47 Si on prend les dernières données de l'INCA,
17:49 de l'Institut national du cancer,
17:51 on a 88 % de taux de survie à 5 ans.
17:53 C'est 9 points de plus en 25 ans,
17:55 grâce au progrès de la recherche et des prises en charge.
17:57 Il faut garder cette note positive.
17:59 - Bon, Virgiliale, quand est-ce que vous rentrez ici à BFM TV ?
18:01 On vous attend.
18:02 - Le plus vite possible, ah bah j'ai hâte !
18:04 - Bon, tant mieux !
18:05 - Le plus vite possible, on croise les doigts,
18:07 mais ça devrait aller.
18:08 - Merci en tout cas d'être venue, une fois de plus,
18:10 témoigner en toute transparence et en toute simplicité
18:12 sur le plateau de BFM Story.
18:14 à vous toutes.