00:00 Avec nous l'historien et politologue Paul Vallée, chercheur associé au Centre de Sécurité Politique de Genève.
00:05 Bonsoir à vous.
00:07 Pour l'instant, concernant la circulation des bateaux en mer Noire,
00:11 on est sur du déclaratif de la part de Kiev et de Moscou.
00:13 Il y a loin des paroles aux actes ?
00:15 Ou est-ce qu'on peut réellement s'attendre à des attaques de bateaux circulant vers les côtes ukrainiennes ou russes ?
00:20 Pour l'instant, on n'a pas encore pu vérifier que ce soit le fait,
00:26 puisque le trafic maritime sur cette partie de la mer Noire est finalement assez réduit.
00:34 Je crois qu'avant la sortie de l'accord, le dernier navire à avoir emprunté la route était un cargo turc.
00:46 Et il n'y en a pas eu depuis, ensuite, depuis le début de la semaine.
00:50 Il faut savoir évidemment que mettre en place un blocus naval fort,
00:57 ça demande pas uniquement des mines, mais aussi des moyens navals et aériens.
01:04 Et on sait en fait que la suprématie maritime russe dans cette partie de la mer Noire
01:10 est quand même un petit peu disputée par les Ukrainiens,
01:14 qui, je vous rappelle, ont réussi à couler le croiseur Moskva il y a un peu plus d'un an.
01:20 Donc on peut s'attendre réellement à des combats en mer Noire, des combats de navale prochainement ?
01:28 Il faut aussi voir que de leur côté, les Ukrainiens ne disposent finalement que de moyens extrêmement limités.
01:36 On sait qu'ils font un usage de ces nouveaux drones maritimes.
01:42 Ce sont essentiellement des engins qu'ils peuvent utiliser pour monter des raids.
01:48 En particulier, ils l'ont fait contre apparemment le pont de Kerch pendant le week-end.
01:55 On sait aussi que la base navale de Sébastopol a aussi été attaquée.
02:00 Alors ce n'est peut-être pas le meilleur usage que les Ukrainiens peuvent faire de ces engins
02:06 par rapport aux navires qui circulent dans la mer Noire.
02:11 Il faut vraiment évidemment utiliser ces engins avec parcimonie
02:16 et pour porter des coups qui ont une réelle importance stratégique.
02:21 Vous parlez du pont de Kerch qui relie la Crimée au territoire russe.
02:26 Il a été attaqué le week-end dernier pour la deuxième fois depuis le début de cette guerre.
02:31 La Crimée, ce sera un champ de bataille important de cette guerre à venir.
02:35 On sait que l'Ukraine veut reconquérir la péninsule. Est-ce qu'elle en a les moyens ?
02:40 Il y a certainement un objectif stratégique et militaire.
02:46 L'Ukraine ne peut pas faire grand-chose d'autre que de mettre la Crimée sur la liste des ses cibles
02:53 parce qu'on sait bien que le conflit entre la Russie et l'Ukraine commence en 2014.
03:02 C'est la première entorse à la souveraineté et aux frontières internationales de l'Ukraine
03:08 qui a été commise par la Russie.
03:10 Il y a un discours ukrainien qui ne peut pas faire l'impasse sur la Crimée,
03:15 qui ne peut pas reconnaître ouvertement qu'on n'essaierait pas de reconquérir la Crimée.
03:22 Mais on le voit, c'est une entreprise militaire qui demande des moyens considérables.
03:28 À l'heure actuelle, les combats ukrainiens butent sur les lignes de défense russes.
03:34 On a vu dans le sujet précédent la ministre allemande des Affaires étrangères
03:39 parler de routes alternatives pour exporter les céréales ukrainiennes.
03:44 Est-ce que toutes les réserves ukrainiennes de céréales peuvent être exportées par le rail, par la route ?
03:51 On a justement le précédent qui avait eu lieu au printemps dernier, après la déclaration de guerre
03:59 et avant que le fameux accord ait été négocié par l'entremise de la Turquie et des Nations Unies.
04:07 Il y avait eu évidemment des efforts à la fois d'exportation par le rail.
04:12 Alors il faut savoir que ça s'était passé aussi dans des conditions un petit peu particulières
04:17 parce qu'il y avait aussi justement beaucoup de réfugiés qui empruntaient ces mêmes routes.
04:22 Mais on sait en fait, dès le lendemain de l'annonce de l'annulation de l'accord,
04:30 l'Ukraine a effectivement déjà évoqué la possibilité de faire charger ses cargos dans le port roumain le plus proche.
04:40 Évidemment pour essayer de se protéger également des frappes russes,
04:45 essayer de naviguer autant que possible dans les eaux territoriales,
04:49 qui ne sont pas les eaux internationales.
04:52 Mais évidemment pour des bateaux de cette taille, la mer Noire présente justement des canaux assez particuliers
04:58 et naviguer trop près des côtes n'est pas toujours très facile.
05:02 Merci beaucoup Paul Vallée d'avoir été avec nous pour cet éclairage sur France 24.
05:07 Je vous remercie.