00:00 Vincent Ripeuche, bonjour. Vous dirigez le service de surveillance de l'atmosphère au sein de Copernicus précisément.
00:06 Merci d'avoir accepté l'invitation de France 24.
00:09 Avant tout, expliquez-nous quelles sont les données que vous avez collectées et qui vous ont permis d'établir ce constat.
00:15 Dans le cadre de Copernicus, au Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme,
00:21 on réalise ce que l'on appelle une réanalyse qui nous permet d'utiliser l'ensemble des données d'observation météorologique disponibles,
00:28 de celles depuis le sol, depuis les avions et les satellites depuis les années 70,
00:33 et donc d'avoir une base très fiable pour comparer ce qui se passe un mois donné ou un jour donné par rapport à la période depuis 1940.
00:41 C'est une information qui est assez unique au monde et qui nous permet très rapidement d'établir et de mettre en évidence ces records,
00:53 à la fois pour ce qui est des températures de l'air, mais également pour les océans, comme c'était rappelé dans le sujet.
00:58 Est-ce qu'on est sûr que le réchauffement climatique est à l'origine et responsable de ce triste record ?
01:06 Oui, il n'y a absolument aucun doute.
01:08 Le GIEC, depuis un certain nombre de décennies maintenant, les lois de la physique sont têtues.
01:14 On sait très bien que l'augmentation des concentrations de gaz à effet de serre,
01:18 en particulier du CO2 et du méthane dans l'atmosphère, ne peut que se traduire par cette augmentation.
01:23 Il n'y a absolument aucun doute.
01:25 Là où arrive peut-être l'élément de surprise un peu, c'est la vitesse à laquelle ces changements se font.
01:32 Et comme était rappelé dans le sujet, 0,3 degré d'augmentation par rapport au précédent record,
01:39 qui est très récent, 2019, c'est un élément qui est à la fois dramatique et surprenant
01:49 dans la différence avec le précédent record.
01:57 Alors il y a ces épisodes de sécheresse, d'inondations, de tempêtes.
02:01 Est-ce que ce qui nous attend, c'est finalement que ces dérèglements climatiques deviennent la norme
02:06 et qu'ils soient plus fréquents et plus intenses ?
02:10 Malheureusement, oui.
02:12 Tout à nouveau, le GIEC et l'ensemble des scientifiques du monde s'accordent à penser
02:20 qu'un certain nombre de phénomènes extrêmes, notamment les vagues de chaleur,
02:26 également les phénomènes extrêmes comme ceux qui étaient présentés dans le sujet d'avant,
02:30 qui vient du fait qu'il y a des conflits entre des masses d'air qui sont plus chaudes et plus froides,
02:35 ce qui fait des phénomènes plus intenses.
02:38 Malheureusement, il y a peu de bonnes nouvelles à l'horizon.
02:41 Les seules bonnes nouvelles viendraient si on arrivait à la neutralité carbone,
02:45 c'est-à-dire pas seulement arrêter d'augmenter les émissions année après année,
02:49 mais à réduire les émissions jusqu'à zéro, les émissions de carbone,
02:54 qui est la seule chose qui pourra de façon définitive endiguer cette tendance que l'on observe.
03:01 Parce que précisément, si je vous entends bien, c'est impossible de toute façon d'inverser la tendance,
03:07 on ne peut que limiter la casse si je puis dire ?
03:10 C'est très lent, c'est-à-dire qu'une molécule de dioxyde de carbone qui est émise aujourd'hui,
03:14 elle va rester dans l'atmosphère une centaine d'années.
03:17 Donc ça veut dire que les décisions qui sont faites ou qui ne sont pas faites
03:20 de réduire les émissions de CO2, ça va impacter les 100 prochaines années.
03:26 Et donc si on arrive à la neutralité carbone, la France et l'Europe ont des objectifs ambitieux,
03:32 et un certain nombre de pays du monde ont des objectifs ambitieux dans ce domaine-là.
03:36 Ça n'aura malheureusement pas d'effet immédiat parce que ça pourra stabiliser la situation
03:43 avant que très lentement la situation revienne, on l'espère, à l'époque pré-industrielle.
03:49 Donc quand on parle d'impact sur les générations futures, c'est tout à fait important.
03:56 Si on arrêtait les émissions de dioxyde de carbone aujourd'hui,
04:00 on ne changera pas le climat tout de suite, il faudra attendre une centaine d'années
04:04 pour revenir à la situation pré-industrielle.
04:09 Merci beaucoup Vincent Henripeuche, directeur du service de surveillance de l'atmosphère de Copernicus,
04:14 d'avoir été l'invité de France 24 aujourd'hui.