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  • il y a 3 ans

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Transcription
00:00 Moi, j'arrive comme éleveuse de chèvres, présidente du marché,
00:03 et on m'a quand même déjà demandé de mettre un T-shirt mouillé,
00:06 d'enlever mon string...
00:07 C'est complètement déstabilisant, en fait. Je trouve ça hyper violent.
00:09 Avec mon associé Marceline, on a racheté une ferme
00:11 qui existe depuis 30 ans, en Ardèche.
00:13 Au début, les gens retenaient surtout qu'on était deux femmes.
00:17 Ce fait de ne pas être vue comme une professionnelle,
00:19 mais comme une femme avant tout, ça, c'est la base, déjà.
00:22 -Les gens disent "Ah, c'est bien agréable d'avoir des jolies jeunes femmes.
00:27 Ah, ça doit mieux vendre."
00:29 -C'est complètement dénigrant par rapport à notre travail.
00:30 C'est-à-dire que si on vend bien,
00:32 c'est pas parce que les fromages ou le miel sont bons,
00:34 c'est uniquement parce qu'on a mis une jolie robe.
00:36 Une nana qui voulait acheter un tracteur, elle lui a montré les modèles réduits.
00:39 Cette copine qui était rentrée dans un magasin
00:40 pour chercher du matériel pour nettoyer la machine à frère,
00:43 elle lui a répondu "On vend du matériel que pour les professionnels."
00:46 Enfin...
00:48 Et après, il y a des phrases assez violentes
00:49 dans le sous-sexisme malheureusement ordinaire,
00:50 comme à une réunion de Kuma...
00:52 -C'est une coopérative d'utilisation du matériel agricole.
00:55 Tout le monde sait pas ce que c'est.
00:56 -C'est très masculin comme ambiance,
00:58 parce qu'en fait, c'est pour les grosses machines.
01:00 -Il y avait une femme qui était là et qui avait dit
01:02 qu'elle avait pas pu faire les comptes
01:03 parce qu'elle a dû s'occuper de ses enfants,
01:05 et on lui a répondu "La prochaine fois, t'avaleras,
01:06 t'éviteras faire des enfants."
01:08 Une autre nana qui va voir le maire pour une demande de financement
01:13 pour je sais plus si c'était un marché associatif,
01:16 et elle avait signé Julia avec son numéro de portable,
01:19 et le maire lui a dit "Quand vous signez Julia 06,
01:21 ça me fait penser au numéro des prostituées sur les feux rouges."
01:26 -On n'arrête pas de dire que la profession agricole se féminise,
01:28 seulement quand même aujourd'hui,
01:29 il y a uniquement 24 % des chefs d'exploitation qui sont des femmes.
01:32 Et c'est très peu, parce que c'est le seul statut
01:35 qui vous donne droit de cotiser à la retraite,
01:36 qui vous donne droit à une vraie couverture maladie, etc.
01:39 Et aujourd'hui, il y a 5 000 femmes qui travaillent dans des fermes
01:41 qui sont pas du tout déclarées.
01:42 L'organe décisionnaire d'une ferme, c'est le monsieur,
01:45 et le monsieur voit le fait de déclarer sa femme qui travaille sur la ferme
01:50 ou, encore pire, de la mettre chef d'exploitation comme une charge,
01:54 parce qu'il va avoir des cotisations sociales et affiliées,
01:57 plutôt que comme un droit.
01:58 -Nous, on a notre petite exploitation à côté.
02:01 On est un collectif, donc il y a pas de patron,
02:03 et ce collectif, il est mixte.
02:05 On suppose qu'il y a un chef d'exploitation,
02:08 et en plus, on suppose que c'est un homme.
02:11 Il faut un peu batailler ou se regonfler pour dire "si, si, tu peux me demander à moi".
02:17 On disait même des fois un peu devoir en faire plus
02:20 ou surtout pas accepter de l'aide,
02:22 parce qu'on doit vraiment montrer qu'on peut le faire toute seule.
02:25 Si les autres croient pas en nous, des fois, c'est un peu plus dur.
02:28 Des fois, on a beau se dire "si, si, je suis capable".
02:30 En fait, conduire un tracteur, tout le monde peut le faire,
02:32 c'est comme conduire une voiture, et c'est pas physiquement plus difficile.
02:35 Oui, des fois, c'est physique, c'est dur, c'est fatigant,
02:37 je vais demander de l'aide
02:39 ou je vais essayer d'améliorer l'outil ou changer d'outil.
02:43 -On avait une stagiaire qui était venue dans notre ferme.
02:46 Elle nous avait dit en arrivant "ce métier, c'est pas pour moi".
02:48 Elle avait été dans des fermes où tout le monde bourrinait,
02:51 donc physiquement, elle n'y était pas arrivée.
02:52 Mais le fait d'avoir passé un mois avec Marceline et moi,
02:56 elle s'est dit "si, en fait, je peux y arriver".
02:58 -Depuis que j'ai commencé,
03:00 j'ai eu assez confiance dans le fait que j'étais capable,
03:04 parce que j'avais déjà rencontré des copines qui l'avaient fait.
03:07 On peut en discuter, on peut partager,
03:09 et on peut essayer de réagir,
03:12 de se donner des outils, de faire bouger les choses
03:15 et de se donner de la force.
03:16 Moi, j'ai l'impression que ça m'aide à avoir toujours envie de faire ça,
03:20 parce qu'il y a aussi plein de côtés chouettes, en fait.
03:21 Hop, et on le retourne ?
03:23 -On le retourne, oui.
03:24 ♪ ♪ ♪

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