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  • il y a 3 ans
Le politologue Guillaume Bigot était l’invité de Face à l’info, ce jeudi 7 septembre, sur CNEWS. Il s’est exprimé sur la lettre d’Emmanuel Macron aux partis politiques : «Ces différents gadgets sont typiques du management, ce sont des techniques manipulatoires mais les décisions sont prises ailleurs».

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Transcription
00:00 D'abord, si on en croit Olivier Véran, qui est le porte-parole du gouvernement,
00:03 après les douze heures de réunion,
00:07 c'était un tournant majeur dans l'histoire politique française.
00:10 A lire les six pages de compte-rendu,
00:12 j'ai quelques doutes et je pense que les gens qui ont reçu la lettre,
00:15 aussi, à mon avis, sont un peu moins enthousiastes.
00:17 En fait, d'abord, il s'agit d'un relevé de conclusion.
00:20 Le terme "conclusion" en français, il y a une équivoque sur le sens.
00:24 Conclusion, c'est un peu comme dans...
00:28 C'est un peu comme "je vais conclure", comme Michel Blanc, vous voyez ?
00:31 On aboutit à une décision, quand même,
00:33 qui peut éventuellement jamais venir, mais enfin, grosso modo, il y a cette idée-là.
00:36 Ou alors, la conclusion, c'est une sorte de synthèse.
00:39 Là, c'est plutôt une recension de sujets,
00:41 une espèce de liste à l'après-vers.
00:43 La guerre en Ukraine, par exemple, le chef de l'État a dit que
00:46 tous les membres, les chefs de partis présents
00:48 étaient d'accord pour condamner l'invasion de Vladimir Poutine.
00:51 Oui, je pense qu'ils étaient aussi d'accord pour être contre le cancer, par exemple.
00:55 Il y avait d'autres sujets qui étaient un peu aussi, tout aussi consensuels et difficiles.
00:58 Les coûts d'État en Afrique.
00:59 Le chef de l'État a dit "écoutez, la prochaine fois,
01:03 non pas qu'il y ait des coûts d'État en Afrique, mais qu'il y ait une actualité,
01:05 il y aura un débat à l'Assemblée".
01:07 Pardon, mais enfin, les débats, les questions d'actualité à l'Assemblée nationale,
01:10 ça existe depuis longtemps.
01:11 Ensuite, encore plus surprenant, la déconcentration.
01:14 Sauf que là, c'était déjà dans le programme du président
01:17 et qu'il n'y a rien de nouveau, il n'y a rien de précis non plus.
01:20 Conférence sociale en octobre annoncée.
01:22 C'est un peu plus substantiel, la question du pouvoir d'achat, etc.
01:25 C'est très important.
01:26 Mais là, on sent qu'il va y avoir, ça va être à nouveau minimaliste.
01:29 De quoi s'agit-il ?
01:30 Que les salaires qui sont en dessous du SMIC dans certaines branches,
01:34 les branches puissent se réunir pour les élever éventuellement.
01:37 Donc vous voyez, ça va être du volontarisme de saut de puce.
01:38 Et en plus, ça regarde les partenaires sociaux.
01:41 Ah, il reste le référendum.
01:42 Vous avez raison, le référendum, le sujet qui fâche.
01:44 Attention.
01:45 Alors là, il a dit niait sur la question des retraites.
01:47 Pas de référendum, pas de surprise non plus.
01:49 Mais l'immigration, peut-être, il laisse la porte entre-ouverte,
01:53 il laisse planer le flou et il note quand même qu'il y a un désaccord.
01:56 Mais je pense qu'il y a un texte de cette lettre, six pages,
01:59 mais il y a aussi un contexte.
02:00 Si on n'a pas le contexte, on ne peut pas vraiment comprendre cette lettre.
02:03 Le contexte, c'est la rentrée parlementaire.
02:04 C'est-à-dire qu'il va y avoir un 49-3 inévitable sur la question du budget
02:08 et sur le projet de loi immigration.
02:10 Et ensuite, il y a une motion de censure assez probable.
02:13 Et donc, pourquoi le président a écrit ça ?
02:14 Pourquoi le président a réuni les chefs de parti ?
02:16 Pour montrer qu'il est à l'écoute, qu'il est à l'initiative
02:19 et que s'il y a une motion de censure, à ma foi, ce ne sera pas de sa faute.
02:23 Voilà le sous-texte ou le contexte.
02:25 Et Bon Prince, il conclut son texte en disant "je vous laisse répondre".
02:29 D'ailleurs, moi, j'ai pris sept jours pour écrire des six pages,
02:33 mais je vous laisse juste quatre jours, dimanche compris.
02:36 On ne va quand même pas rigoler, ça reste de mettre des horloges.
02:38 Donc dépêchez-vous, mais par contre, vous répondez comme vous voulez.
02:40 Projet de référendum, proposition de loi, règlement.
02:43 Dans tous les cas, c'est le président de la République
02:45 ou le gouvernement qui ont la clé.
02:47 Donc évidemment, c'est totalement une manipulation.
02:49 Donc selon vous, manipulation, une réunion qui sert un peu à gagner du temps.
02:55 C'est sûr.
02:55 Mais est-ce que ce n'était pas important quand même
02:58 de répondre à la crise de représentativité ?
03:00 Et est-ce que selon vous, c'est réussi ?
03:03 C'est un sujet grave, la représentativité.
03:06 On l'évoque souvent ici.
03:07 C'est l'abstentionnisme, la montée du vote contestataire, etc.
03:11 Mais après, disons, le grand débat, après les conventions citoyennes,
03:14 après les CNR, le nouveau machin, on pourrait dire le machin de Saint-Denis,
03:19 et supposer, vous avez raison, résoudre cette crise.
03:21 Moi, je pense que comme les schmilblick précédents,
03:24 comme les gadgets précédents, ça ne va faire que souligner cette crise.
03:27 Et ça va peut-être potentiellement l'aggraver.
03:29 Ça ne va en rien la résoudre.
03:31 Tout ce qui s'est passé avant, ça a permis aux citoyens de s'exprimer,
03:35 parfois d'exprimer leur mécontentement, un peu comme on relâche la vapeur.
03:38 Mais il n'y a aucune décision qui est sortie.
03:40 Et en plus, d'ailleurs, quand on a fait, quand ils ont fait,
03:42 le gouvernement a fait la convention citoyenne, le grand débat, etc.
03:45 Ça montrait quoi ?
03:46 Ça montrait que les élus ne sont pas assez grands pour décider tout seuls.
03:49 Donc, il faut amener des vrais gens autour, des échantillons de vrais citoyens.
03:52 Là, c'est pire parce qu'il réunit finalement les chefs de parti.
03:55 Et donc, il est en train de dire que pour avoir un débat au Parlement,
03:58 il faut réunir les chefs de parti.
03:59 Mais il y a un endroit où débattre, ça s'appelle précisément le Parlement.
04:03 Donc, c'est absurde.
04:04 En plus, les chefs de parti, évidemment, il leur tend un piège.
04:06 Il leur dit, on va parler d'intérêt général.
04:08 S'ils refusent de parler, ça veut dire que ça n'intéresse pas l'intérêt général.
04:11 Et s'ils acceptent de parler, ils se coupent de leur base.
04:13 Vous voyez, donc, ces différents gadgets sont totalement typiques du management.
04:17 C'est des techniques manipulatoires.
04:18 Les décisions sont déjà prises, elles sont prises ailleurs.
04:20 On réunit les gens, ils peuvent parler, ils peuvent se soulager.
04:23 Ça leur fait plaisir de parler.
04:25 Et donc, ça ressemble aux réunions d'entreprise, aux copiles, aux codires,
04:28 avec plus la réunion dure, moins elle est utile.
04:30 Plus le compte rendu est long, moins il y a de décisions à l'intérieur.
04:33 Et en réalité, ça ne sert à rien, sauf à ce que les participants se fassent mousser.
04:37 Et en général, le dirigeant lui-même s'écoute parler pendant ses réunions.
04:41 Voilà à quoi ça a servi, en fait.
04:43 Donc, d'ailleurs, ces réunions en général, des codires, des copies dans les entreprises,
04:47 ça débouche sur quoi ?
04:48 Sur des non-décisions, un calendrier.
04:49 On va se revoir, on fixe la date pour se revoir, pour suivre la non-application
04:53 des non-décisions.
04:53 C'est à ça que ça sert, en fait.
04:55 Eh bien là, c'est pareil.
04:56 Je cite le président de la République dans sa lettre.
04:58 D'ici là, dit-il, nous reviendrons collectivement
05:01 de donner une suite concrète à nos échanges sur la base de ce relevé de conclusions partagées.
05:05 Alors là, je ne sais pas ce que c'est comme langue.
05:07 Ce n'est pas de l'anglais, ce n'est pas du français non plus.
05:09 Il y a sans doute une faute de français.
05:11 En tout cas, c'est peut-être un lapsus parce que c'est qui ce "nous" ?
05:13 C'est un "nous", c'est le "nous", on va dire, souverain.
05:18 Nous, Emmanuel Macron, nous pensons que...
05:20 Où est-ce que c'est ?
05:21 Il est en train d'embarquer, en fait, les chefs de parti dans la "team Macron"
05:25 pour suivre dans un copil le relevé des décisions.
05:28 Vous voyez, donc, ça ressemble vraiment, évidemment, à une manipulation.
05:31 Et il est en train, mine de rien, peut-être qu'Olivier Véran a raison,
05:34 de noyer la République française dans les os somatres du management mondial.
05:39 [Musique]
05:42 [Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org]

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