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  • il y a 3 ans
De plus en plus d'étudiants sont contraints d'aller à l'aide alimentaire à cause des ravages de l'inflation, selon les conclusions d'une enquête de l'association Linkee.

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Transcription
00:00 -Et avec nous pour en parler, Julien Mémon, le président de l'association Linkee,
00:04 qui lutte contre le gaspillage alimentaire en récupérant des invendus pour les distribuer à des étudiants.
00:10 Vous allez nous révéler les chiffres ahurissants de l'enquête que vous avez menée auprès de 5 000 étudiants,
00:16 que vous avez interrogés sur leurs habitudes alimentaires, leurs renoncements aussi,
00:21 alors que l'on découvre les images de cette distribution alimentaire qui avait lieu à Paris.
00:27 C'est vous, Julien Mémon, qui avez fait ces images dans cette file d'attente qui s'enfin.
00:32 -Cette file d'attente est tellement longue qu'on n'aurait pas dû accélérer ces images.
00:36 Parce que, Julien, c'est vous qui vous les avez tournées, ces images.
00:39 Ce sont des files d'attente de plusieurs centaines de mètres, on est d'accord ?
00:43 -Oui, tout à fait. Alors là, c'est un site sur lequel on attend traditionnellement 200, 200, 300 personnes.
00:50 Et on était plus de 500 étudiants hier qui sont en grave précarité alimentaire.
00:54 Le problème, c'est que c'est un site, mais que dans toutes les villes de France où on intervient,
00:58 on observe exactement le même phénomène, c'est-à-dire une augmentation alarmante de la précarité alimentaire.
01:04 -Alors, vous avez commandé, réalisé une enquête basée sur 5 000 entretiens d'une heure dans 10 villes françaises avec les étudiants.
01:12 Et les résultats, franchement, font froid dans le dos.
01:15 Les étudiants sont d'abord très en dessous du seuil de pauvreté.
01:19 Près de la moitié perçoivent moins de 400 euros par mois.
01:23 Et quand on parle de 400 euros par mois, Julien, c'est tout revenu confondu.
01:27 -Oui, absolument. Alors on voit d'ailleurs que la principale source de dépense des étudiants, c'est le logement.
01:32 C'est là qu'ils dépensent quasiment tout. Et donc, ils n'ont plus rien pour pouvoir se nourrir, se soigner, s'habiller
01:39 et puis prendre en charge toutes les fournitures nécessaires pour la rentrée universitaire.
01:45 Mais effectivement, vous le soulignez, vous avez raison, et c'est extrêmement grave.
01:48 On a des étudiants qui sont dans un État qui est beaucoup plus loin que la précarité.
01:52 On est dans un État de misère aujourd'hui en France pour un bon nombre d'étudiants.
01:56 Et c'est extrêmement grave et extrêmement inquiétant pour l'avenir.
02:00 -Pierre Barbin, vous êtes aux abords du cruise de Paris où les étudiants que vous rencontrez dès ce matin ne disent pas le contraire, en fait.
02:08 -Non, et c'est ce qui est très intéressant quand on rencontre ces étudiants.
02:11 On comprend bien à quel point il est difficile d'étudier lorsqu'on est en France et notamment de vivre en parallèle de ces études,
02:19 parce que c'est vrai qu'il y a beaucoup de dépenses. On l'a entendu, le loyer, les transports, des dépenses diverses.
02:26 Mais il y a aussi et surtout les courses, parce que ce sont les premières victimes, en fait, de l'inflation.
02:31 En fait, il y en a beaucoup qui nous disent qu'ils doivent supprimer certains repas, qu'ils doivent oublier la viande.
02:37 Certains nous expliquent qu'en fait, on ne vit pas, on survit. Écoutez-les. Ils étaient au micro de Camille Martin.
02:43 -Avant, si on pouvait faire les courses en totalité pour, je ne sais pas, 200 euros par mois, là, on a 300 euros pour deux sacs, alors qu'on n'a pas grand-chose.
02:53 C'est assez triste, en vrai, parce que je pense que pour bien étudier, il faut bien manger, il faut être dans de bonnes conditions.
02:58 Mais sauf que là, on ne peut pas vraiment le faire, en fait, parce qu'on n'a pas les moyens.
03:03 -Moi, je trouve que typiquement, la viande, je trouve que c'est limite pas possible. J'ai complètement arrêté.
03:09 Là, de temps en temps, je vais chez mes parents, je pique du poisson dans le congèle et voilà, c'est ce que je fais.
03:14 -Je vais vous donner enfin deux chiffres pour bien comprendre la situation. Il y a 73 % des étudiants qui, aujourd'hui, ne peuvent plus s'acheter de viande en France
03:22 parce qu'ils n'ont plus les moyens. Et surtout, il y a plus d'un étudiant sur deux qui saute des repas. C'était 43 % l'année dernière.
03:29 -Et 21 %, Julien, disent qu'ils ne mangent pas à leur faim. On est en France. Ça réagit du côté du gouvernement ou pas ?
03:38 Puisque vous avez remis cette enquête au gouvernement. -Oui, absolument. Alors je crois que le gouvernement est très inquiet.
03:45 Alors c'est des chiffres qu'on mène... Enfin une étude qu'on mène chaque année. Et c'est une étude, c'est pas juste un sondage.
03:50 Donc c'est très important. Ça doit nourrir les politiques publiques. Je crois qu'il y a une forte inquiétude. Maintenant, il y a une dimension budgétaire à régler,
03:58 c'est-à-dire la possibilité pour le gouvernement de trouver des solutions pour que nous puissions leur apporter une aide, c'est-à-dire un filet de sécurité
04:06 qui leur permette de faire leurs études correctement. Parce que c'est ça, l'enjeu. Ce sont des étudiants qui sont menacés dans la possibilité de poursuivre
04:13 leurs études. Et s'ils sortent du système scolaire, s'ils sortent du système d'éducation dans lequel ils sont rentrés, à ce moment-là,
04:18 ils ne pourront pas apporter leur force et toute leur connaissance au pays, ce dont tout le monde a besoin. Donc c'est très important de leur apporter
04:24 maintenant une aide. -Mathieu Croissando. -Il y a un problème d'information aussi, parce que le gouvernement dit qu'il y a des dispositifs d'aide
04:29 qui existent, mais que les étudiants n'y font pas appel parce qu'ils ne savent même pas, pour certains, qu'ils y ont droit.
04:34 -C'est ce qu'on appelle le non-recours, Julien. -Oui, tout à fait. Alors ça, c'est sensible dans toutes les politiques sociales. On sait bien
04:41 qu'il y a des gens qui ont droit à un certain nombre d'aides et qui, parfois, l'ignorent. Mais là, en l'occurrence, en ce qui concerne les étudiants,
04:47 effectivement, certains ignorent les droits qu'ils ont. Mais on a peu d'étudiants boursiers, en fait, très peu d'étudiants qui sont bénéficiaires
04:55 d'aides sociales. On a des étudiants qui sont juste au-dessus du seuil et qui sont en grande précarité, voire en misère. Donc il y a un problème aussi
05:02 sur le périmètre des aides qui sont données aux étudiants. -Moi, j'ai une autre inquiétude pour vous, en fait, pour votre association et les autres.
05:09 Est-ce que vous allez réussir à tenir ? Et est-ce qu'au bout d'un moment, vous ne risquiez pas de dire « On n'a plus les moyens, en fait, d'aider tout le monde » ?
05:18 -Je vous remercie de votre inquiétude. Effectivement, il y a une forme d'alarme chez nous et dans toutes les équipes et parmi tous les bénévoles.
05:25 Et c'est des milliers de bénévoles et c'est des étudiants précaires qui sont mobilisés pour assurer les distributions. Vous l'avez vu sur les images.
05:31 Et oui, il y a une très grande inquiétude chez nous parce qu'on ne sait pas comment on va continuer. Une grande association, les Restos du cœur, disait
05:38 « On ne sait pas comment on va faire dans 3 ans. Nous, on ne sait pas comment on va faire dans 3 semaines. Et on a besoin d'un fort soutien,
05:43 d'un fort soutien des pouvoirs publics, d'un fort soutien aussi des professionnels de l'alimentaire qui peuvent nous donner des invendus alimentaires.
05:50 Nous, on va les récupérer tous les jours. Et on fait un appel aussi en direction de tous les professionnels pour qu'ils nous confient leurs invendus
05:57 pour qu'on puisse organiser ces distributions. Et puis, tous ceux qui peuvent aider. » Effectivement, on est extrêmement inquiets sur les possibilités
06:04 pour nous de faire l'action qu'on a menée, qui est une action particulière. Ce n'est pas juste distribuer des colis. C'est des colis de 7, 8, 9 kg.
06:11 Ce sont des colis qui permettent de remplir la totalité d'un frigo. Et ce sont des colis qui permettent, parce qu'ils sont donnés régulièrement,
06:17 pas une fois par mois, qui permettent à l'étudiant de sortir de sa charge mentale la question de l'alimentation. C'est extrêmement important
06:23 si on veut pouvoir poursuivre correctement ses études. » Lorsqu'on a du mal à se nourrir, lorsqu'on a du mal très simplement à vivre,
06:31 est-ce qu'on le paye dans le résultat des études, dans la poursuite même des études ? Est-ce que c'est une notion que vous pouvez mesurer
06:37 à travers les témoignages des étudiants ? « Absolument. Et on voit que 2 étudiants sur 5 soit ont arrêté leurs études, soit envisagent de les arrêter
06:45 faute d'avoir les moyens de manger chaque jour à leur faim. Voilà. Ça, c'est un vrai problème. Et eux le payent. Mais la société le paye aussi.
06:52 Parce que tous ces jeunes qui ne peuvent pas poursuivre leurs études, ce sont des forces en moins pour le pays et pour plus tard.
06:57 Donc c'est extrêmement grave. Et quand on dit qu'on tire le signal d'alarme, on a remis les conclusions à la ministre.
07:04 Maintenant, elle n'a pas les cordons de la Bourse. C'est plutôt du côté du ministère de l'Économie et des Finances.
07:09 Et puis je crois qu'il y a une question de choix politique aussi en direction de l'éducation et notamment pour les étudiants,
07:15 donc de l'enseignement supérieur, mais pour leur assurer un filet de sécurité qui est indispensable. »
07:21 « Pierre Barbin, on entendait le désarroi des étudiantes que vous avez rencontrées ce matin aux abords du Cruz de Paris.
07:26 Comment elles envisagent la poursuite de leurs études aujourd'hui ? »
07:29 « En fait, ce qui est assez impressionnant lorsqu'on croise ces étudiants et qu'on leur demande de parler de leur situation,
07:37 ils sont presque, on va dire, fatalistes. Ils sont presque décontenancés par notre question parce que, en fait,
07:44 depuis plusieurs mois maintenant, ils ont l'habitude de se priver de certains aliments, de la viande notamment.
07:50 On en parlait il y a quelques instants et ils expliquent qu'il va falloir faire avec, qu'on va supprimer certains loisirs.
07:57 La plupart nous disent qu'il reste quelques dizaines d'euros pour finir le mois, mais ils tentent de se débrouiller.
08:03 Ils remplacent les aliments qu'ils ne peuvent plus acheter par d'autres, notamment, c'est simple, par des pâtes, par du riz.
08:09 Mais c'est vrai que la plupart nous disent aimer et ils souhaitent avoir une aide du gouvernement. »

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