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00:00 plus loin tout de suite avec notre invité de jour. C'est vous Farah Khostrouk-Avar.
00:03 Bonjour, merci d'être avec nous. Vous êtes sociologue franco-iranien, auteur de "Iran,
00:08 la jeunesse démocratique contre l'Etat, prédateur aux éditions fauves". Merci d'être avec
00:14 nous. La première question qu'on a envie de vous poser, évidemment, c'est un an après,
00:19 alors que l'on commence à célébrer cet anniversaire, que reste-t-il de cette révolte ? On a envie
00:24 de dire des images, évidemment. En fait, il en reste pas mal. Le mouvement avait deux visées
00:33 essentielles. D'une part, c'était le renversement du régime, Abba le dictateur. En second lieu,
00:39 femmes, vie, liberté. Pour ce qui est du renversement, évidemment, sur le plan politique,
00:46 le mouvement a échoué, mais sur le plan culturel, sur le plan social, il a réussi. C'est-à-dire,
00:52 pour la première fois, c'est les femmes qui ont pris le devant de la scène. Elles ont été des
00:57 actrices sociales, qui ont promu ce mouvement. Je crois que c'est le premier mouvement féministe
01:02 massif en Iran et vraisemblablement dans le monde musulman. C'est un mouvement où les hommes ont
01:08 suivi les femmes. Par la suite, on voit bien qu'avec la disparition des manifestations, sous
01:14 l'effet d'une répression féroce, il y a toujours des femmes qui refusent de porter le voile.
01:20 Et surtout, je crois que l'acquis de ce mouvement, c'est le constat quasiment universel de l'illégitimité
01:28 d'un régime politique qui se fonde sur la répression beaucoup plus que sur la persuasion
01:34 et le dialogue social. Dans d'autres mouvements sociaux qui vont suivre inévitablement en Iran,
01:39 les femmes seront désormais à égalité avec les hommes. Et là, je crois que l'Iran a joué un rôle
01:46 fondamental dans le fait que les femmes sont en quelque sorte non pas des partenaires des hommes,
01:53 mais sont des co-citoyens, sont des co-citoyennes. Et à ce titre-là, elles peuvent aussi mener des
02:01 mouvements de protestation et c'est le cas. Je crois que sur ce plan aussi, il y a comme une
02:06 sorte de prise de conscience en Iran que les femmes ne seront plus inertes, ne seront plus
02:11 passives, mais qu'elles participeront activement aux mouvements de protestation par la suite.
02:17 Si je vous suis bien, donc aujourd'hui, Farah Khostrokarvar, les femmes ont gagné des acquis.
02:22 Vous parliez de ce voile que certaines aujourd'hui ne portent plus. Est-ce que ça, c'est un phénomène
02:29 rare ou qu'il y a eu tendance à se multiplier et qui est considéré comme acquis par les Iraniennes ?
02:34 C'est surtout un phénomène, si vous voulez, de la jeunesse. C'est-à-dire les mères et les
02:40 grands-mères ont refusé de suivre le mouvement par peur de la répression, mais aussi parce qu'elles
02:46 ont eu pour charge, en quelque sorte, d'assurer la vie quotidienne matérielle de la famille dans
02:50 un Iran qui s'appauvrit à vue d'eux. C'est pour cette raison que ce mouvement, si vous voulez,
02:55 c'est la nouvelle génération. C'est la génération des filles d'entre 12 et, mettons, 25 ans. Et c'est
03:01 pour cette raison qu'elle a eu un écho extraordinaire dans le monde musulman et en Iran. Mais en même
03:09 temps, il ne faut pas perdre de vue que ce mouvement ne s'est pas généralisé à l'ensemble des femmes.
03:15 Par contre, ce qui est essentiel, c'est que les nouvelles générations ont montré qu'elles n'ont
03:22 pas peur de ce pouvoir et que par la suite, elles pourront aussi montrer dans des protestations la
03:29 remise en cause d'un pouvoir hyper répressif. On a pris un peu d'avance ici à France 24. On
03:34 commémore déjà les un an de l'arrestation. Il se trouve que ce week-end, trois jours après son
03:40 arrestation, Marsha Amini était déclarée morte. Ce sera donc l'anniversaire de son décès. Ce sera
03:44 samedi, un week-end. Est-ce que l'on s'attend à de nouvelles manifestations pour marquer cette date ?
03:52 Il va y avoir de nouvelles manifestations, mais en même temps, le pouvoir, si vous voulez,
03:56 s'est armé jusqu'au dent. Il a arrêté beaucoup de monde. Il a empêché beaucoup de monde,
04:02 en quelque sorte, de venir dehors. Sur ce plan-là, je crois que les manifestations,
04:09 à supposer qu'elles puissent avoir lieu à vaste échelle, seront réprimées férocement.
04:16 Mais ce qui est important, c'est dans la mémoire collective, c'est dans l'imaginaire collectif et
04:21 c'est surtout dans les nouveaux mouvements sociaux qui vont se dérouler en Iran dans un avenir pas
04:26 très éloigné parce que le pouvoir n'a aucune solution aux problèmes sociaux, du genre,
04:32 mais aussi économiques et politiques de la société iranienne.
04:35 Vous êtes d'accord avec ceux qui estiment que le pouvoir iranien,
04:40 les autorités sont dans une certaine période de nervosité ?
04:44 Ah oui, ils sont dans une période de nervosité et en même temps,
04:48 ils vont être hyper répressifs, si vous voulez, dans l'affrontement avec ce mouvement.
04:56 Ils se sont préparés et la police, on sait très bien, la milice du régime peuvent tirer à volonté
05:03 et par conséquent, le vrai régime ne fera aucun cadeau, en quelque sorte, à la protestation collective.
05:09 Mais ce qui est important, c'est vraiment que ces manifestations, même sporadiques,
05:14 révèlent en quelque sorte l'illégitimité d'un pouvoir qui ne peut compter que sur la répression
05:19 et non pas sur le dialogue social.
05:22 Puisque vous parlez de répression, les chiffres officiels communiqués par l'Iran Human Rights Organization,
05:31 on déplore plus de 500 morts dans la répression depuis l'an dernier,
05:36 plus de 80 000 détentions, là aussi officielles, parce qu'on sait bien que ce chiffre va bien au-delà.
05:42 Malgré cette répression féroce, la détermination un an après, elle reste intacte ?
05:48 La détermination des jeunes reste intacte.
05:52 Le problème essentiel en Iran actuellement, c'est un problème de génération.
05:55 À savoir, comment convaincre les parents et les grands-parents de participer en quelque sorte
06:03 aux manifestations dans la rue et comment les convaincre de ce que le régime, si tout le monde se rassemble,
06:11 ne sera pas capable de réprimer tout le monde.
06:14 C'est là le vrai problème en Iran.
06:16 La nouvelle génération est convaincue, si vous voulez, et moi je suis persuadé que dans l'avenir,
06:21 elles vont encore tenter d'agir et remettre en cause le régime parce que leurs aspirations sont vraiment
06:28 dans un rapport antagonique absolu avec le régime.
06:32 C'est une génération qui veut la joie.
06:35 C'est ce que j'ai appelé la joie de vivre.
06:38 Or, l'idéologie du régime est fondée sur le martyr, sur la mort, sur le deuil,
06:44 sur tout ce qui est triste, en quelque sorte, et le côté pleurnicheur, si vous voulez,
06:50 qui déteste la nouvelle génération.
06:52 Et puis la nouvelle génération veut la liberté des femmes.
06:55 Non pas seulement les femmes, mais aussi une grande partie des hommes sont convaincus du fait que
07:00 l'homme et la femme ne sont pas dans un rapport de dissymétrie et d'infériorité de la femme par rapport à l'homme,
07:07 mais dans un rapport d'égalité.
07:09 Il y a vraiment une nouvelle génération qui est en rupture avec l'ancienne
07:13 et je crois que cette rupture est la cause de l'échec politique de ce mouvement.
07:17 Mais en même temps, il est indéniable que le mouvement sur le plan culturel a eu un grand succès
07:24 parce qu'il a convaincu les nouvelles générations du fait de l'illégitimité d'un pouvoir
07:30 qui n'a plus aucune solution politique, économique et culturelle à offrir à la société iranienne.
07:37 Merci beaucoup Farhad Khosrooqavar d'avoir été notre invité du jour.

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