00:00 C'est le 6/9 France Globe, c'est Tanny !
00:02 Nous sommes le jeudi 21 septembre.
00:05 21 septembre, ça vous rappelle peut-être une date, ça fait 22 ans que l'usine AZF a explosé.
00:10 Tu vois, en 31 personnes, en blessant des milliers aussi.
00:12 Et ce matin, on a un témoin exceptionnel pour venir nous en parler.
00:15 Clémence Fuleda.
00:16 Oui, elle ne s'est jamais exprimée à ce propos dans les médias.
00:18 Elle était la procureure de permanence le jour du drame.
00:20 Bonjour Claudie Viau.
00:21 Bonjour.
00:22 Merci beaucoup d'être avec nous ce matin.
00:23 Vous êtes désormais retraitée.
00:24 22 ans après, est-ce qu'il y a une image, un moment que vous retenez particulièrement
00:30 de ce 21 septembre 2001 ?
00:31 Alors moi, ça serait plutôt… Le 21, j'ai un souvenir très précis, comme beaucoup
00:34 de Toulousains.
00:35 Je crois que tout le monde est capable de vous dire où il était, qu'est-ce qu'il
00:38 faisait au moment où retentit l'explosion.
00:40 Mais mon souvenir le plus fort, moi, c'est deux jours après, puisque je suis de permanence.
00:44 C'est le hasard.
00:45 On est une quinzaine de magistrats au parquet et les permanences se tournent, et bien ça
00:49 tombe sur moi.
00:50 Et donc, c'est le lendemain où je suis sur les lieux, sur le site, avec les experts
00:55 qu'on vient de nommer, avec les enquêteurs, et j'ai ce sentiment d'être au milieu
01:00 d'un chaos complet, quoi.
01:01 Où que je regarde, derrière, c'est que des cailloux, des pierres, c'est vraiment…
01:05 Et l'impression qui me dit, ben la guerre c'est ça.
01:08 J'ai pas connu la guerre autrement, et je me dis, la guerre c'est ça.
01:10 J'ai l'image, pourquoi Beyrouth ? J'en sais rien, mais je pense à Beyrouth à ce
01:13 moment-là.
01:14 Et j'ai un sentiment de solitude, alors que je suis pas seule, de solitude, et puis de
01:19 désolation, quoi.
01:20 Avec un détail un peu dérisoire, si vous voulez, au milieu de tout cet amas de pierres,
01:26 de ferraille, de tout, et rester debout, un porte-manteau sur pied, tout seul, comme ça,
01:31 il a pas bougé, donc ce côté dérisoire en même temps avec ce drame, parce que pour
01:35 moi d'abord, AZF c'est un drame.
01:37 - Comment on fait d'ailleurs pour arriver à travailler, malgré tout ?
01:41 - Alors, on arrive à travailler parce que, ben, on est des professionnels.
01:44 C'est vrai qu'on a été très très critiqués dans ce dossier, dès le début, quoi.
01:49 Alors quand même, il faut savoir que la police judiciaire s'est mise en marche aussitôt,
01:54 et ce sont des professionnels, de bons professionnels, comme les experts, ce sont de bons experts.
01:58 Et si vous voulez, ils ont les réflexes du métier, ils ont su, parce que c'est pas évident
02:02 de lancer une enquête sur une zone aussi vaste, avec autant de victimes un peu partout.
02:06 D'emblée, il faut se mettre en place, et puis ça a été comme ça tout au long du
02:11 dossier.
02:12 - Et ce que l'on va expliquer peut-être pour les plus jeunes qui nous écoutent, qui
02:15 nous regardent, c'est que ça intervient dix jours après les fondements des tours jumelles
02:18 à New York.
02:19 Donc, beaucoup de voix disent que peut-être ce serait un acte terroriste.
02:22 Vous vous orientez très vite vers la piste de l'accident, qu'est-ce qui vous rendait
02:24 si sûr de vous ?
02:25 - Alors non, on s'est pas orienté très vite, comme toute enquête, dans n'importe quelle
02:29 enquête, on se méfie des évidences de toute façon, et on explore toutes les pistes.
02:33 Et c'est au fur et à mesure qu'on avance que la piste accidentelle s'est imposée.
02:36 Mais au départ, pourquoi pas un attentat ? Malheureusement, pourquoi pas un attentat ?
02:41 Parce qu'évidemment, on est dix jours après, et puis on est...
02:45 Enfin, tout ce qui nous arrive, parce qu'on est assaillis, il faut dire, on est assaillis
02:49 par les journalistes, par les hommes politiques, et puis tout le monde, attentat, attentat,
02:53 non.
02:54 On sait pas.
02:55 Et donc on va progresser de manière méthodique, de manière...
02:57 Comme on fait toute une enquête, qui est surdimensionnée, qui est exceptionnelle, mais en professionnel.
03:03 - On vous sent touchés encore peut-être par ces critiques de l'époque ?
03:06 - Ah oui, touchés, pas vraiment.
03:09 Je veux dire, elles ont pas résité le dossier.
03:10 Parce qu'il y a eu une partie de l'enquête où on s'est attachés à démontrer que ce
03:14 qu'on nous disait, c'était pas possible.
03:15 L'angin venu de l'au-delà ou j'en sais rien, la venue du ciel, le scud qui serait parti
03:22 du quartier du Mirail, enfin des choses...
03:24 - Pour vous, c'est un drame de la sous-traitance ?
03:25 - Alors, un drame de sous-traitance, vraiment en bout de course.
03:28 Je crois que c'est vrai qu'avec tout ce qui s'est dit, toutes ces attaques, ça fait du
03:33 mal, quoi.
03:34 En particulier, je pense aux salariés d'AZF, quoi.
03:36 Parce qu'on a dit, non, AZF, c'était pas l'usine mal tenue, qui un jour, fatalement,
03:42 a un accident, donc va arriver.
03:43 Pour nous, ceux qui sortent du dossier, les contacts qu'on a eus, c'était une usine qui
03:46 marchait bien, qui était tenue, qui avait un vrai savoir-faire, de vraies compétences,
03:51 les règles de sécurité étaient appliquées, il y avait une culture d'entreprise.
03:54 On sentait que c'était un organisme vivant qui marchait bien.
03:56 - Claudie Vieux, il y a eu trois procès, 2009, 2012, 2017.
03:59 La Cour d'appel qui a reconnu la culpabilité de Grande Paroisse, de l'ancien directeur
04:04 de l'usine.
04:05 La justice a-t-elle bien fait son travail ?
04:06 - Ah, pour moi, oui.
04:07 Avec difficulté.
04:08 Avec difficulté.
04:09 Parce que tout le long de ce dossier, il y a eu six ans à peu près d'instruction,
04:15 cinq, six ans, ça n'a été que des attaques, je crois.
04:17 Chaque avancée du dossier, on était attaqué.
04:20 Et même moqués, je veux dire, moi, ça faisait mal pour les experts, pour les enquêteurs,
04:24 qui, je le rappelle, sont de vrais, vrais professionnels.
04:26 Et c'est pas parce que les experts ont l'accent toulousain, certains qui sont moins compétents
04:29 que d'autres, quoi.
04:30 En fait, c'était des mesures de diversion, si vous voulez, on dévie sur ça, et pendant
04:35 ce temps, on ne parle pas du vrai sujet, que nous, petit à petit, on est arrivé à mettre
04:38 en avant, objectivement.
04:40 On a des éléments objectifs qui nous font dire que c'est un accident industriel.
04:47 - Donc vous n'êtes pas d'accord avec Daniel Soulez-Larivière, qui jusqu'à sa mort, il
04:49 y a un an, c'était l'avocat de Grande Paroisse, parlait d'un fiasco judiciaire.
04:53 - Oui, alors non, c'est pas un fiasco judiciaire.
04:55 C'est vrai que ça a été un peu long, et s'il y a eu quand même des moments trop
05:00 longs, c'est un peu leur faute à eux, quand même, parce qu'ils ne nous ont pas facilité
05:03 la tâche.
05:04 Il faut savoir que nous, quand on arrive dans cette usine, on sait ce qu'ils fabriquent,
05:06 on ne sait pas comment elles marchent, donc on a tout à étudier.
05:09 Les responsables de Grande Paroisse, pas au niveau local, au niveau national, arrivent
05:15 et de suite, ils vont de suite voir la personne qui pourrait être à l'origine de la maladresse,
05:21 enfin du mauvais comportement.
05:22 Nous, on va mettre trois, quatre mois à découvrir qu'effectivement, il y a eu ce mélange de
05:26 produits dans le sas.
05:28 On ne nous dit rien.
05:29 - Merci beaucoup, Claudie Viau, procureure de permanence à l'époque de l'explosion
05:32 de l'usine Azadef de Toulouse, de vous être exprimée pour la première fois sur Azadef
05:36 et c'était sur France Bleu et France 3 Occitanie ce matin.
05:39 Bonne journée.
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