00:00 Madame la Présidente de l'Assemblée nationale,
00:03 Monsieur le Secrétaire d'Etat
00:06 aux Affaires étrangères, aux Commonwealths
00:08 et au Développement,
00:10 Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
00:12 mes chers collègues parlementaires,
00:15 Sire,
00:16 c'est un moment inédit
00:19 que nous fait vivre votre majesté
00:22 en nous faisant l'honneur de s'adresser
00:24 dans cet hémicycle du Sénat
00:27 à la représentation parlementaire française.
00:30 Pour la première fois
00:32 dans l'histoire multiséculaire de nos deux pays,
00:36 un souverain britannique va prendre la parole
00:39 devant le Parlement français,
00:42 réuni dans sa composition bicamérale
00:45 et dans sa diversité politique.
00:48 Vous me permettrez de souhaiter la bienvenue
00:52 à la Présidente de l'Assemblée nationale
00:54 et à vous tous, chers collègues députés,
00:57 qui siégez aujourd'hui parmi vos collègues sénateurs.
01:01 J'ai le plaisir également de saluer les membres
01:04 de la Chambre des communes et de la Chambre des Lords,
01:07 qui se sont joints à nous ce matin.
01:22 Vous avez tenu, Cyr, à réserver au Parlement français
01:25 le discours public que vous prononcerez
01:28 dans votre visite d'Etat.
01:30 C'est dire l'estime nouée
01:33 entre la plus ancienne des nations parlementaires,
01:38 le Royaume-Uni, et le parlementarisme français.
01:42 De l'Habeas corpus à la Charte des droits,
01:46 le Royaume-Uni a ouvert la voie au parlementarisme moderne.
01:51 Il faut avoir assisté comme Châteaubriand
01:55 aux séances du Parlement britannique pour s'exclamer,
01:58 dans les mémoires d'outre-tombe, je le cite,
02:01 "la liberté contenue dans les limites de l'ordre
02:05 "semblait se débattre à Westminster".
02:08 Fin de citation, Châteaubriand.
02:12 La démocratie parlementaire,
02:14 et j'en suis persuadé, le plus sûr antidote
02:18 pour juguler les passions politiques.
02:21 Et entre nos deux pays, c'est bien de passions dont il s'agit.
02:26 Parfois ennemis,
02:29 souvent alliés,
02:31 longtemps concurrents,
02:33 le Royaume-Uni et la France ont des destins liés.
02:36 Dans les heures sombres, le Royaume-Uni fut un refuge
02:41 pour tous les Français contraints à l'exil.
02:44 Il fut même un temps, en juin 1940,
02:47 où la capitale de la France
02:49 s'était en quelque sorte transportée à Londres
02:53 pour édifier ensemble une digue commune
02:57 au totalitarisme et à l'empire de la brutalité.
03:01 Dont l'adversité se réalisait,
03:04 après bien des tumultes, la vision prophétique de Victor Hugo,
03:09 qui a siégé ici, sur ces bancs.
03:12 "L'Angleterre, toujours,
03:14 "sera sœur de la France",
03:17 écrivait Victor Hugo.
03:20 Aujourd'hui,
03:21 alors que nous nous apprêtons à commémorer,
03:25 au printemps prochain, le 80e anniversaire
03:28 du débarquement en Normandie,
03:32 le destin du Royaume-Uni demeure intimement lié
03:36 au continent européen.
03:39 Le Brexit, sire, n'y a rien changé.
03:43 Votre nation est un acteur primordial
03:47 de la sécurité en Europe.
03:49 Le Royaume-Uni et la France,
03:52 deux nations de tradition militaire,
03:55 dont l'une, la vôtre, n'a jamais été envahie,
03:59 sauf par Guillaume le Conquérant,
04:02 français avant l'heure.
04:04 Oui, le Royaume-Uni et la France
04:07 se sont à de multiples reprises éprouvées,
04:11 mais toujours respectées.
04:14 Depuis l'entente cordiale, il y aura bientôt 120 ans,
04:18 elles se tiennent côte à côte.
04:20 Elles sont toujours dits fidèles à leur vocation,
04:24 en se portant au secours de l'Ukraine,
04:26 agressées et meurtries.
04:29 Vous avez choisi, sire, comme la reine Elisabeth II,
04:33 lors de sa visite d'Etat en 2004, de vous rendre au Sénat.
04:37 Au-delà du respect porté à la reine,
04:40 dont je tiens à saluer la mémoire,
04:42 nous voulons y percevoir un hommage
04:44 au territoire de la République,
04:47 que les souverains britanniques ont si assidûment parcouru
04:51 et que le Sénat représente.
04:53 Un hommage à cette diversité de territoires et de paysages,
04:58 dont la préservation vous tient, sire, tellement à coeur,
05:02 et qui constitue l'une des grandes causes de notre temps.
05:07 Les collectivités territoriales de nos pays,
05:11 au travers notamment des communes,
05:13 ont noué tant de relations entre elles.
05:16 Elles sont le socle le plus solide de notre amitié.
05:22 À travers les territoires se forge le génie d'une nation.
05:27 Cette idée n'est pas mienne.
05:29 Elle provient du plus français des historiens britanniques,
05:34 Théodore Zeldin, dans l'histoire des passions françaises.
05:39 Et concédons-le...
05:41 Oui, concédons-le à notre fierté nationale.
05:44 Il faut bien un historien britannique de grand talent
05:48 pour réussir à décrypter les méandres des passions françaises.
05:53 Sire, sire,
05:57 rares sont les pays européens qui, comme le Royaume-Uni et la France,
06:01 ont préservé une même inspiration
06:04 à considérer le monde dans sa globalité
06:07 et tisser autant de liens de solidarité
06:09 avec les pays les plus vulnérables.
06:12 Avec un constat partagé,
06:15 l'exacerbation des fractures Nord-Sud
06:18 ne sert que les ambitions de puissance
06:21 des gouvernants qui les attisent.
06:23 Le néocolonialisme est le fait d'états prédateurs
06:27 et non des colonisateurs d'hier.
06:31 La France et le Royaume-Uni
06:34 disposent des ressorts nécessaires pour proposer un autre horizon.
06:39 Des coopérations équilibrées, la sécurité,
06:43 un développement qui soit durable
06:44 et une attention particulière à la jeunesse de ces pays.
06:50 Le moment me semble venu
06:53 de rassembler les grandes familles du Commonwealth et de la francophonie
06:57 pour qu'elles forgent une ambition et un langage commun.
07:03 Ce que préfigurait avec humour le général de Gaulle,
07:07 qui se confiait à Winston Churchill, et je le cite,
07:11 "Plus vous progressez en français,
07:13 "et plus vous comprenez mon anglais."
07:17 Cette formule me va assez bien aussi pour mon anglais.
07:21 (Applaudissements)
07:23 (...)
07:28 Sire,
07:31 Sa Majesté la Reine Elisabeth avait déclaré en 1996,
07:36 lors d'une autre visite d'Etat,
07:39 celle du président Jacques Chirac à Londres,
07:42 et je la cite,
07:43 "S'il est vrai que nous ne conduisons pas du même côté de la route,
07:48 "il est tout aussi vrai que nous avançons dans la même direction."
07:55 De ce trait d'esprit
07:57 qui nous paraît à nous, Français, si typiquement britanniques,
08:01 "so British",
08:03 nous distinguons une vérité essentielle.
08:06 Nos chemins peuvent être différents,
08:09 ils divergent même parfois,
08:11 mais par une constante qui défie les règles de la logique
08:14 et de la géographie,
08:16 de Londres, il nous ramène toujours à Paris,
08:20 et de Paris à Londres.
08:23 Ainsi s'incline le cartésianisme français
08:27 devant l'humour et l'esprit britanniques.
08:30 Sire, maintenant,
08:32 à travers les parlementaires réunis,
08:35 c'est la nation française toute entière qui vous écoute.
08:38 Merci.
08:39 (Applaudissements)
08:41 (...)
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