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  • il y a 3 ans
Chirurgienne-dentiste à Clermont-Ferrand depuis 10 ans, Alice Modolo lâche tout pour vivre sa passion pour l’apnée et, cet été, devient vice-championne du monde en atteignant les 100 mètres de profondeur en 2 min 56 secondes… Elle nous montre que la passion permet d’ouvrir des portes inattendues : actrice dans un clip de Beyoncé, relai de la flamme olympique sous l’eau...

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Transcription
00:00 [Générique]
00:04 Et maintenant, j'ai eu le grand joie d'accueillir Alice Maudelon,
00:08 4x championne de France et 8x championne du monde d'apnée.
00:12 Elle va nous montrer que la passion permet d'ouvrir des portes inattendues.
00:17 Actrice dans Yaclib de Beyoncé,
00:19 relais de la flamme au Lapire Tom L'Hivertrat Choulou.
00:23 Alice, tu étais chirurgien d'assist' depuis 10 ans,
00:27 au plein milieu de la France,
00:29 et d'un coup, tu te passionnes pour l'apnée.
00:31 Tu peux nous raconter ce virage ?
00:33 - Oui, ma voie était toute tracée,
00:36 mes parents sont chirurgiens dentistes
00:38 et je devais emboîter le pas et reprendre leur cabinet.
00:42 J'ai eu le coup de foudre pour l'apnée à 23 ans,
00:44 dans une piscine à Clermont-Ferrand.
00:46 Ce coup de foudre va me faire chavirer,
00:50 je vais quitter ma région
00:52 et après quitter mon métier pour devenir apnéiste professionnelle,
00:56 et la suite, tu l'as déjà dite,
00:58 j'ai vécu des aventures incroyables.
01:00 - Reprendre le contrôle de ta vie,
01:04 qu'est-ce que ça a fait pour toi ?
01:06 - J'ai compris assez vite que si je ne remplissais pas ma vie,
01:12 de ce qui était important pour moi,
01:14 les autres allaient le faire à ma place.
01:16 Alors de prendre le contrôle de ma vie,
01:18 ça m'a rendue heureuse et vivante.
01:20 - D'accord.
01:22 Qu'est-ce que ça veut dire ?
01:24 - Ça veut dire que je me sens à ma place,
01:26 et ce que je souhaite, c'est justement,
01:30 inspirer d'autres personnes à être elles-mêmes,
01:34 et à assumer ce qu'elles sont,
01:36 et vivre leur vie pleinement.
01:38 - Il faut comprendre que tu ne remplissais aucun des critères habituels pour l'apnée,
01:46 c'est-à-dire que tu as le mal de mer,
01:48 tu n'es pas particulièrement sportive,
01:50 tu as des ressources respiratoires assez limitées,
01:53 tu as peur, retrait, etc.
01:57 Comment es-tu devenue vice-championne du monde ?
02:01 - C'est un peu intriguant,
02:03 et en fait, tous ces handicaps que je semblais présenter,
02:08 petite capacité respiratoire,
02:10 vraiment je n'étais pas sportive quand j'étais jeune,
02:14 mais justement, de me rendre compte que j'étais douée dans cette discipline,
02:18 ça m'a permis de révéler mes compétences,
02:21 et ça m'a permis de les assumer,
02:23 et en tout cas d'ouvrir ma voie dans ce sport,
02:25 et donc j'ai tout misé sur le mental et la respiration,
02:29 mon métier, mes études de chirurgien dentiste m'ont beaucoup aidée
02:33 pour repercevoir le potentiel du corps humain,
02:35 et d'ouvrir ma voie, mon souhait après, c'était que d'autres puissent s'y engouffrer,
02:40 et ça commence à être le cas, et c'est un plaisir fou,
02:43 c'est ma victoire.
02:45 - Et d'ailleurs, comment as-tu géré justement,
02:48 par rapport aux autres, l'hôpital être complètement atypique,
02:53 t'as tous ces critères que tu ne crois pas ?
02:56 - Ça n'a pas été facile, je ne vais pas te mentir,
02:59 parce que bien sûr, on est montré du doigt en permanence,
03:02 tu ne fais pas ce qu'il faut faire, tu ne comprends rien,
03:05 fais ce qu'on te dit, t'es feignante,
03:08 donc c'est assez violent,
03:11 mais quand on arrive à le prendre du bon côté,
03:14 on se dit "Ah, ça paraît tellement improbable pour les autres,
03:18 mais moi je le ressens tellement fort,
03:20 c'est vraiment, je suis sur ma voie,
03:22 et ça m'a donné le courage de persévérer,
03:26 et d'aller voir ce qui se cachait derrière.
03:28 - Et d'ailleurs, comment gères-tu que des personnes soient un petit peu agressives,
03:33 pour qu'elles ne comprennent pas comment tu fais ?
03:36 - Ça m'a longtemps blessée,
03:39 et du coup j'avais tendance à réagir,
03:42 mais finalement,
03:45 la principale chose, c'est de se dire que
03:49 la personne ne comprend pas en face,
03:51 et de la respecter,
03:53 et de nous continuer notre voie,
03:55 ça l'incite à avoir la belle facette des choses,
03:59 et on l'embarque avec nous,
04:01 donc c'est une force.
04:03 - D'accord, donc quelque part, tu transformes ça au rôle modèle ?
04:06 - Exactement, transformer ça pour lui dire
04:09 "je vois que ça te perturbe, mais viens,
04:12 je t'emmène avec moi, je t'accompagne".
04:15 - Génial.
04:16 Et comment fais-tu pour concilier
04:19 justement cette notion de liberté d'être soi,
04:22 avec le cadre du sport de haut niveau,
04:25 notre performance ?
04:27 - Alors, c'est vrai que pour moi,
04:30 la performance, elle est vraiment d'être soi-même,
04:33 parce que c'est pas facile,
04:35 et du coup, c'est d'être soi-même
04:38 dans n'importe quel cadre,
04:40 c'est ça la liberté pour moi.
04:42 Et donc une fois qu'on a compris le cadre sportif,
04:46 professionnel dans lequel on évolue,
04:49 on se doit d'être soi-même,
04:51 parce que c'est comme ça qu'on atteint la performance.
04:54 Et donc, voilà,
04:57 il faut réussir à se respecter et à être soi,
05:01 dans n'importe quel cadre.
05:03 Et souvent les gens me disent
05:05 "tu as de la chance, t'as une passion",
05:07 et c'est pas vraiment vrai.
05:09 En fait, je vis tout avec passion,
05:11 que ce soit ma vie de chirurgien dentiste
05:13 ou ma vie d'apnéiste,
05:15 j'en fais mon aventure,
05:17 et c'est pour ça que ça marche.
05:19 - Extraordinaire.
05:21 Et maintenant, j'aimerais bien,
05:23 si tu veux bien, que tu nous emmènes
05:25 dans une pluie avec toi.
05:27 Que tu pourrais nous expliquer
05:29 ce qui se passe au fur et à mesure
05:31 quand il pleut dans nos grandes bouches.
05:33 - Oui, alors ce qui est très marrant,
05:35 c'est qu'au fur et à mesure qu'on plonge,
05:37 bien sûr, on se prive de respirer,
05:39 on est seul,
05:41 il fait parfois très froid,
05:43 il fait sombre,
05:45 et pourtant, on se sent libre.
05:47 Parce que ça nous fait percevoir
05:49 nos ressentis,
05:51 on apprend énormément de choses sur notre corps,
05:53 la gestion de nos émotions,
05:55 et on ressent une certaine puissance.
05:59 On se sent tout puissant et invincible
06:01 au fond de l'eau,
06:03 avec beaucoup d'humilité,
06:05 parce qu'on sent bien que c'est un univers
06:07 qui n'est pas le nôtre et qu'il faut qu'on remonte.
06:09 Mais ces instants de toute puissance,
06:11 c'est quelque chose
06:13 qui nous tient en haleine
06:15 pendant des semaines et des semaines,
06:17 des mois, et c'est ce qui nous rend
06:19 vivants et heureux.
06:21 - Et comment fais-tu pour savoir
06:23 en fait, en termes de limite,
06:25 à quel moment tu peux dépasser
06:29 ce que tu avais prévu de faire
06:31 et à quel moment, au contraire, tu te dis
06:33 "je n'atteindrai pas l'objectif aujourd'hui
06:35 et c'est à toi".
06:37 - C'est pas facile de s'écouter.
06:39 C'est très subtil.
06:41 Il faut être très concentré sur soi
06:43 et sur l'environnement qui nous entoure
06:45 et être alerte sur les conditions
06:47 de courant
06:49 et de notre état.
06:51 Et ne pas laisser l'ego prendre le pas.
06:55 Et donc,
06:57 c'est ça qu'on va chercher,
06:59 c'est un équilibre un petit peu instable
07:01 et bien sûr, comme on se prive d'une fonction vitale,
07:03 si on va trop loin,
07:05 on perd connaissance.
07:07 Ça peut être vu un peu comme un accident
07:09 de l'extérieur, mais pour nous, c'est un incident.
07:11 C'est juste notre corps,
07:13 il est là pour nous protéger.
07:15 C'est comme un fusible qui fait tout disjoncter
07:17 pour nous garder justement vivants.
07:21 Et bien sûr, l'objectif,
07:23 c'est d'éviter cet incident.
07:25 Mais il est là et on en a bien conscience.
07:27 - D'accord.
07:29 Et à ton avis,
07:31 qu'est-ce que l'apnée pourrait apporter au Gopré ?
07:33 - L'apnée,
07:35 ou plus,
07:37 avant de faire de l'apnée,
07:39 il faut apprendre à respirer.
07:41 Et donc, moi, j'ai vraiment appris à respirer
07:43 quand j'ai commencé à faire de l'apnée.
07:45 Notamment, j'ai vraiment compris
07:47 comment respirer.
07:49 J'ai compris que c'était un muscle
07:51 qui nous permettait de respirer,
07:53 notamment le diaphragme.
07:55 Et comme je le dis, c'est un muscle,
07:57 on doit pouvoir l'entraîner
07:59 et surtout l'étirer.
08:01 Et donc,
08:03 d'étirer mon diaphragme tous les jours,
08:05 ça m'a apporté un tel bien-être
08:07 et une telle maîtrise de moi,
08:09 de mes émotions.
08:11 Et c'est des besoins qu'on a aussi dans le monde de l'entreprise
08:13 pour gérer le stress,
08:15 pour gérer la performance,
08:17 les objectifs.
08:19 Et donc, apprendre à respirer,
08:21 pour moi, est un enjeu majeur aujourd'hui
08:23 dans l'entreprise.
08:25 - Et comment fais-tu pour gérer
08:27 la gestion du stress
08:29 et la peur de ne pas atteindre
08:31 nos objectifs ?
08:33 - Il faut vivre l'instant présent.
08:35 - Tout à fait, bien.
08:37 - C'est quelque chose qu'on entend souvent,
08:39 mais justement,
08:41 c'est pas une fois qu'on est face au mur
08:43 qu'il faut se mettre à respirer.
08:45 C'est quelque chose qu'il faut inclure
08:47 dans une routine quotidienne
08:49 et qui allège vraiment ce stress
08:51 au quotidien,
08:53 qui nous permet de mieux interagir
08:55 avec nos collègues.
08:57 Et donc,
08:59 de mieux maîtriser son stress au quotidien,
09:01 ça nous préserve
09:03 et on devient plus performant.
09:05 Et quand on a vraiment besoin
09:07 d'aller puiser
09:09 cette force intérieure,
09:11 elle répond, parce qu'on s'est entraînée.
09:13 - Alors,
09:15 tu peux me parler de cette force intérieure ?
09:17 - Oui.
09:19 - C'est quoi ?
09:21 - C'est une espèce de boussole intérieure,
09:23 cette petite voix intérieure qu'on a depuis petit.
09:25 On sait depuis petit
09:27 ce qu'on est et ce qu'on vaut.
09:29 Et c'est vrai que petite,
09:31 on m'a dit, "Non, t'es pas capable
09:33 de faire médecine."
09:35 Quand j'ai dit que je voulais faire 100 mètres,
09:37 on m'a dit, "Tu rêves."
09:39 "N'importe quoi."
09:41 Et pourtant, cette petite voix intérieure,
09:43 elle me disait que si,
09:45 j'en étais capable.
09:47 C'est cette boussole intérieure
09:49 qu'il faut suivre.
09:51 Et cette voix, il faut surtout l'écouter.
09:53 De toute manière,
09:55 si on ne l'écoute pas, elle crie encore plus fort.
09:57 - Mais d'ailleurs, comment fais-tu
09:59 quand cette petite voix
10:01 t'emmène vraiment à l'opposé
10:03 de ce que font les autres ?
10:05 - Oui, alors au début, c'est perturbant,
10:07 parce que quand tu avances à contre-courant en permanence,
10:09 c'est déstabilisant.
10:11 Mais elle sait.
10:13 Notre corps sait mieux que nous.
10:15 Moi, j'ai l'impression d'être
10:17 la cavalière d'un pur sang.
10:19 Et des fois, c'est vertigineux,
10:21 mais je ferme les yeux et je me laisse guider.
10:23 Et je sais que mon corps,
10:25 il me veut du bien,
10:27 que la vie, elle est bienveillante.
10:29 Et qu'elle veut juste me permettre
10:31 de m'épanouir
10:33 et d'accéder aux personnes avec qui j'ai envie
10:35 de partager ma vie.
10:37 - Donc, elle vous dit encore un peu,
10:39 tu fais confiance à la vie.
10:41 - Je fais confiance à la vie, clairement.
10:43 Et quand elle me propose des challenges,
10:45 je sais que c'est pour mon bien.
10:47 Je sais qu'elle veut révéler mon potentiel.
10:49 Et elle veut que j'assume mes compétences.
10:51 - Ah, c'est une question d'assumer
10:55 tes compétences.
10:57 D'accord, intéressant.
10:59 (rires)
11:01 Je pensais que c'était une chose
11:03 qui concerne l'apnée,
11:05 c'est le rapport avec l'art, avec le beu.
11:07 Parce que quand tu vois une femme
11:09 faire de l'apnée, personnellement,
11:11 c'est magnifique.
11:13 Un peu comme une danse, sous l'eau.
11:15 - C'est vrai que la première chose
11:17 qu'on m'a dite quand j'ai battu mon record du monde,
11:19 c'est "sous l'eau, on dirait que t'es une danseuse".
11:21 Et ça m'a beaucoup touchée
11:23 parce qu'en effet, je pense
11:25 que quand c'est beau,
11:27 quand c'est fluide,
11:29 c'est performant.
11:31 Et donc, j'ai peut-être pas la même force
11:33 que certains coéquipiers,
11:35 mais d'avoir cherché
11:37 la beauté du geste,
11:39 la technicité,
11:41 ça m'a rendue performante.
11:43 Et du coup, ça m'a incitée
11:45 à aller chercher le geste parfait.
11:47 - Et quel est ton rapport au silence ?
11:53 - Au silence ?
11:55 Eh bien, c'est agréable, le silence.
11:57 C'est ce que je vais un peu chercher.
11:59 Parce que quand on vit à 100 à l'heure,
12:01 qu'on est un peu hyperactive,
12:03 on a besoin de calme.
12:05 C'est ce qu'on va chercher.
12:07 On a besoin de...
12:09 C'est ce qu'on va chercher sous l'eau.
12:11 On va chercher ce calme intérieur,
12:13 ce calme environnant,
12:15 même si c'est pas le silence parfait.
12:17 Ça fait énormément de bien.
12:19 - Je suis n'est pas un marqueux fédéral.
12:21 - Tu me confirmes.
12:23 - Et pour le mot de la fin,
12:25 quel message aimerais-tu envoyer
12:27 à toutes ces femmes
12:29 qui n'osent pas assumer
12:31 leurs compétences
12:33 par peur de l'entourage ?
12:35 - Je dirais à ces femmes
12:37 de penser à l'après.
12:39 La fierté qu'elles auront
12:41 de se respecter
12:43 et de se faire respecter.
12:45 C'est vrai que c'est jamais facile
12:47 et ça fait toujours peur,
12:49 mais une fois qu'on l'a fait la première fois,
12:51 on sait à quel point
12:53 c'est vertueux
12:55 et c'est libérateur
12:57 de se respecter.
12:59 Il faut toujours se dire que
13:01 quand une porte se ferme,
13:03 c'est le moment.
13:05 Et surtout, il faut oser y aller.
13:07 - Merci beaucoup, Aline,
13:09 pour cette preuve passionnante de ton univers.
13:11 - Merci Virginie.
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