- il y a 3 ans
Pascal Praud revient pendant deux heures, sans concession, sur tous les sujets qui font l'actualité. Aujourd’hui, l'attaque au couteau dans un lycée d'Arras. Vous voulez réagir ? Appelez-le 01.80.20.39.21 (numéro non surtaxé) ou rendez-vous sur les réseaux sociaux d’Europe 1 pour livrer votre opinion et débattre sur grandes thématiques développées dans l'émission du jour.
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00:00 - Europe 1, 11h, 13h, Pascal Praud et vous.
00:06 - De 11h à 13h, vous écoutez Pascal Praud.
00:08 Vous pouvez témoigner aussi et réagir au 01-80-20-39-21.
00:12 Pascal.
00:12 - Je vous rappelle qu'un homme armé d'un couteau a tué un enseignant et fait deux blessés graves
00:16 dans un lycée à Arras, dans le Pas-de-Calais.
00:19 Ce vendredi, a pris la FP auprès de la préfecture et de sources policières.
00:24 Les faits ont eu lieu au lycée Gambetta.
00:27 - Nous sommes avec Pierre-Henri Dumont, qui est précisément député du Pas-de-Calais.
00:31 Bonjour, Monsieur Dumont.
00:32 - Bonjour.
00:34 - Je voulais connaître votre première réaction.
00:37 - C'est l'incompréhension, l'effroi.
00:40 On attend d'avoir plus d'informations, mais un enseignant qui meurt sous les coups de couteau,
00:48 c'est ce qui semble être un attentat interprété par un islamiste,
00:52 puisque il semblerait que des cris à la guard aient été criés par l'assaillant au moment de commettre son acte.
01:00 Ça ne doit pas arriver, et encore moins dans un lycée où on est là pour transmettre le savoir
01:05 et pas laisser place à la barbarie.
01:07 - Monsieur Dumont, vous êtes député du Pas-de-Calais.
01:09 Vous connaissez ce lycée Gambetta ?
01:12 - Alors, c'est pas dans ma circonscription, mais c'est un des grands lycées d'Arras,
01:15 qui est la préfecture du Pas-de-Calais, un grand lycée public,
01:20 et où on a un nombre très important d'élèves qui sont scolarisés.
01:26 En effet, mais qu'importe l'endroit, on est face à une émotion aujourd'hui qui nous dépasse tous.
01:32 Et on a surtout l'impression qu'on est dans une succession de drames,
01:36 que ce soit en France ou à l'étranger, qui ne voient pas la fin.
01:41 - Est-ce que vous avez pu avoir des renseignements précis ?
01:45 Est-ce que vous avez appelé le lycée Gambetta ? Est-ce que vous avez eu des parents, pourquoi pas, d'élèves ?
01:50 - J'ai des contacts avec des sources de polices,
01:53 et je suis en train de récupérer quelques informations,
01:56 et si on a le droit, je les transmettrai très vite.
01:59 - Évidemment, cet attentat et cette mort d'un professeur,
02:03 qui arrive trois ans, quasiment jour pour jour, après la mort de Samuel Paty,
02:07 va créer une forme de psychose en France.
02:11 Les mots, hier, du président de la République, d'ailleurs, étaient très forts,
02:13 et on sentait chez lui cette inquiétude lorsqu'il a dit "restons unis",
02:17 comme si précisément nous ne l'étions pas.
02:20 Et moins de 24 heures après les mots du président de la République,
02:22 vous avez sur le sol de France un professeur qui est tué,
02:26 et sans doute deux élèves qui sont en urgence absolue.
02:29 Cette psychose qui va gagner la population française.
02:33 Comment comptez-vous y remédier, ou comment comptez-vous la combattre ?
02:39 - C'est, je pense, tout l'enjeu des prochaines semaines, des prochains mois, voire des prochaines années.
02:44 La question, c'est de savoir si aujourd'hui on fait encore société.
02:48 Ce qui fait une société, c'est la civilisation d'un côté, la barbarie de l'autre.
02:52 Et quand on est dans la civilisation, on ne peut pas tolérer, accepter, avoir peur
02:57 pour nos enfants quand ils vont à l'école, quand ils vont récupérer de savoir
03:03 que nous avons pu hériter, nous, de nos aïeux, des civilisations qui nous ont précédées.
03:08 Et ce sera l'enjeu au Parlement, très clairement, de pouvoir savoir
03:13 comment est-ce qu'on peut faire pour refaire société,
03:15 et se demander si concrètement on n'a pas une partie des personnes qui vivent aujourd'hui en France
03:19 qui font sécession, qui ne veulent pas, manifestement, faire partie de la société
03:25 dans laquelle nous sommes, et qui est celle de la France.
03:28 Et il y aura probablement des décisions à prendre.
03:31 En tout cas, il est surtout temps, aujourd'hui, que tout le monde ouvre les yeux
03:34 sur le fait qu'une partie, manifestement, des habitants de notre pays
03:38 cherchent à faire sécession et ne respectent pas la société dans laquelle nous vivons
03:42 et dans laquelle nous voulons que nos enfants vivent.
03:44 - Et quand je parle de psychose, c'est-à-dire que ce sont des élèves qui ont été touchés,
03:48 c'est un professeur qui est mort, je pense à tous les parents qui nous écoutent
03:53 et qui vont envoyer leurs enfants à l'école lundi.
03:58 Et la question de la sécurité de tous les établissements de France,
04:02 toutes les écoles de France, tous les lycées de France, tous les collèges de France,
04:06 cette question, elle va être au cœur du dispositif de sécurité, j'imagine,
04:10 de Gérald Darmanin et sans doute du député que vous êtes, M. Dumont.
04:13 - Oui, mais surtout, on s'aperçoit que le renforcement des mesures de sécurité
04:17 qui a été annoncé par le ministre de l'Intérieur,
04:20 qui était celui devant les écoles confessionnelles juives,
04:23 était évidemment déjà nécessaire, mais peut-être insuffisant
04:28 et qu'on se retrouve aujourd'hui dans une situation où les lycées,
04:33 qui sont des lycées publics non confessionnels, sont aussi de menace.
04:38 Et donc du coup, c'est aussi à chaque maire, à chaque élu de s'assurer,
04:44 quand ils ont par exemple des polices municipales,
04:46 de renforcer la présence devant les établissements scolaires.
04:50 Mais je pense que le mal aujourd'hui est extrêmement profond.
04:53 Et les manifestations, par exemple, qu'il a pu y avoir il y a quelques jours,
04:59 de soutien à la Palestine aux mains d'un pogrom,
05:02 le pire pogrom depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale,
05:06 toi aussi nous questionnais sur la question de la volonté
05:09 d'une partie de la population française, je vous dis,
05:10 de vouloir vivre et faire société avec le reste.
05:13 - Alors quand vous dites une partie de la France, de la population française,
05:19 c'est là que le débat commence.
05:21 Est-ce que... Combien sont ces gens qui veulent faire ces sessions ?
05:26 Hier, ils étaient peut-être 3 000, 4 000 places de la République.
05:29 Je l'ai dit tout à l'heure, on était avec M. Slama.
05:31 Moi, j'ai été extrêmement choqué de ce que j'ai vu à places de la République,
05:35 ce que j'ai entendu également, Israël assassin, sioniste, terroriste,
05:38 ce que je ne mesure pas, M. Dupont,
05:41 c'est le nombre de personnes qui sont radicalisées en France
05:46 et qui font ces sessions.
05:47 Parce que je crois aussi, et je dois le dire,
05:50 un grand nombre de musulmans, avec qui je travaille d'ailleurs,
05:54 dans cette maison à Europe 1, dans la maison de CNews,
05:58 qui eux-mêmes sont parfois effrayés de ce qu'ils voient et de ces actes-là
06:06 et combien leur religion est instrumentalisée.
06:09 Donc je ne connais pas le nombre de personnes radicalisées.
06:13 - Aujourd'hui, personne ne peut connaître.
06:15 C'est vrai que l'heure n'est pas au débat et à ce débat.
06:18 L'heure aujourd'hui est à, d'abord, la compassion,
06:21 le remerciement aux forces de l'ordre et aux équipes pédagogiques
06:23 qui ont pu intervenir pour empêcher qu'il y ait plus de morts
06:26 dans ce lycée Gambetta d'Arras.
06:29 L'heure ensuite, ce sera de renforcer les mesures de sécurité,
06:33 évaluer les menaces devant les établissements
06:36 qui reçoivent du public, les établissements scolaires,
06:37 en effet, pour ne pas faire place à la psychose.
06:40 Et puis, il arrivera, d'ici quelques semaines,
06:43 je l'espère, la prise de conscience globale de tous,
06:46 que, comme je le disais, il y a des personnes qui veulent faire ces sessions,
06:48 mais ce n'est pas qu'une question de personnes et de religion.
06:51 Il y a des personnes qui sont sans aucune religion
06:55 et qui ont, par exemple, manifesté place de la République
06:57 puisque vous l'évoquiez,
06:59 et qui n'ont aucune racine étrangère.
07:03 Donc, c'est une vraie question qui va se poser.
07:05 - Merci, M. Dumont, et les heures graves que nous traversons
07:11 nous inquiètent fortement, bien sûr.
07:12 Merci d'avoir réagi au micro d'Europe 1.
07:15 Pierre-Henri Dumont, député des Républicains du Pas-de-Calais.
07:20 On va marquer une pause.
07:21 Louis de Raguenel est là,
07:23 et évidemment, Louis de Raguenel, on pense
07:26 aux paroles du président de la République hier soir,
07:28 comme s'il y existait une sorte de prolongement
07:31 avec ce qui se passe aujourd'hui,
07:32 comme si son inquiétude, en tout cas,
07:34 qu'on avait perçue hier,
07:36 était validée par ce qui s'est passé ce matin.
07:39 Et puis, William Mollinier reste avec nous, bien sûr.
07:42 Nous allons consacrer jusqu'à 13h,
07:44 et j'imagine qu'entre 13h et 14h,
07:47 Céline Géraud également,
07:48 on va consacrer maintenant les deux prochaines heures d'information
07:51 à ce drame absolu, je vous le rappelle,
07:53 un professeur tué dans sa classe
07:56 et des élèves grièvement blessés.
07:58 À tout de suite.
07:58 - De 11h à 13h, vous écoutez Pascal Praud sur Europe 1.
08:01 - Europe 1.
08:01 - Pascal Praud et vous.
08:02 11h-13h, vous êtes avec Pascal Praud sur Europe 1,
08:05 et on revient sur le drame qui vient de se dérouler à Arras, Pascal.
08:08 - Un homme armé d'un couteau a tué un enseignant
08:10 et fait deux blessés graves dans un lycée à Arras.
08:12 Je disais tout à l'heure que c'était des élèves,
08:15 et je pense que je me suis trompé.
08:16 Ce sont des membres du personnel enseignant
08:19 qui sont également blessés.
08:21 Peut-être un agent de sécurité,
08:23 en tout cas un autre membre du corps enseignant.
08:27 Nous sommes avec Maxime Repère.
08:29 Bonjour.
08:30 - Bonjour.
08:31 - Bonjour M. Repère, je ne vous entends pas très bien.
08:33 - Vous m'entendez bien ?
08:34 - Ah là, je vous entends parfaitement.
08:35 Vous êtes vice-président du syndicat national des lycées et collèges, M. Repère.
08:40 - Et des écoles aussi.
08:42 - Et je disais que trois ans, quasiment jour pour jour,
08:45 après la mort de Samuel Paty, tué par un terroriste tchétchène,
08:50 nous apprenons à l'instant de nouveau un enseignant qui est décédé.
08:54 Je ne sais pas s'il était professeur,
08:56 s'il était professeur de sport, Louis Dragnel.
08:59 - Sport.
08:59 - Professeur de sport.
09:00 - Absolument.
09:01 - C'est un homme qui est décédé ?
09:03 - Oui.
09:03 - Est-ce qu'on a le profil de cet homme ?
09:05 Est-ce qu'on...
09:07 - Pour l'instant, on sait juste qu'il est professeur d'EPS,
09:10 éducation physique et sportive.
09:11 - Donc trois ans, jour pour jour, quasiment,
09:14 et c'est un drame absolu,
09:16 et nous voulions entendre votre première réaction, M. Repère.
09:20 - Écoutez, je l'ai appris il y a quelques minutes,
09:25 vraiment sous le choc, moi-même,
09:28 les membres de mon syndicat également.
09:30 Mes pensées vont bien entendu à sa famille,
09:34 également aux collègues de l'établissement,
09:37 et puis naturellement aux élèves qui doivent être en état de choc.
09:43 Ce n'est pas la première fois qu'un enseignant meurt.
09:46 Ça va poser de toutes les façons la question de la sécurité
09:49 à les établissements scolaires.
09:51 Et voilà, on est sous le choc.
09:56 Malheureusement, la sécurité, c'est un thème qui revient assez souvent.
10:01 On parle de sécurité des établissements,
10:04 de sécurisation des élèves,
10:07 et on se rend compte que l'école n'est pas un sanctuaire.
10:12 Les élèves, mais également les personnels, sont à l'abri.
10:19 - Mais personne n'est à l'abri aujourd'hui, sans doute en France.
10:22 Restez avec nous, M. Repère, parce que Maxime Morel est là,
10:25 il est secrétaire national délégué Est-Nord pour Alliance Police.
10:29 Bonjour M. Morel et merci d'être avec nous.
10:31 À l'instant, M. Repère, qui est vice-président du syndicat national des lycées, des collèges et des écoles,
10:36 il dit que la sécurité n'est pas au cœur des établissements scolaires.
10:43 C'est vrai que c'est quelque chose qui va être en revanche une demande très forte,
10:48 à la fois des parents, d'élèves, et évidemment des enseignants, M. Morel.
10:53 - Effectivement, on peut le comprendre.
10:55 Et encore aujourd'hui, ce drame qui vient de se produire,
10:58 moi je me joins totalement aux propos qui viennent de venir.
11:00 Forcément, nous sommes tous au niveau national dans le deuil à cet instant, sous choc.
11:06 Maintenant, effectivement, on peut se poser la question.
11:08 Après, la difficulté, c'est comment mettre en œuvre une sécurité imperméable
11:12 à ces faits dramatiques d'attentats, de terrorisme, etc.
11:17 Forcément, il faut essayer de trouver des solutions.
11:19 Mais quelle est la solution ?
11:21 Ça, forcément, c'est plus compliqué à mettre en œuvre qu'à dire.
11:23 - Je suis d'accord avec vous, mais je le disais avec M. Dumont,
11:26 il va se créer une psychose, il va monter une psychose, sans doute, en France.
11:31 J'imagine les parents d'élèves qui nous écoutent,
11:34 et qui lundi matin vont envoyer leurs élèves à l'école.
11:37 J'imagine les professeurs qui nous écoutent, le monde enseignant qui nous écoute,
11:42 puisque manifestement, l'école est une cible.
11:45 Et l'école est une cible pour plein de raisons,
11:47 parce qu'effectivement, on peut y entrer facilement,
11:49 parce qu'il y a beaucoup de monde dans une école.
11:51 Paradoxalement, dans les entreprises,
11:53 j'ai l'impression que c'est plus difficile parfois de pénétrer dans une entreprise aujourd'hui,
11:57 qui est gardée, qui a des séries de badges, de choses comme ça.
12:05 J'ai l'impression que l'école est plus ouverte, bien souvent,
12:08 et qu'on peut y entrer plus facilement.
12:10 - Ce n'est pas faux, vous avez entièrement raison, effectivement.
12:13 Donc, même nous, dans les commissariats,
12:15 on peut s'apercevoir que certains accès sont relativement faciles.
12:18 Donc, on rencontre également les mêmes difficultés.
12:21 Donc oui, la question à se poser, c'est comment faire pour protéger nos enfants ?
12:24 Comment faire pour protéger le corps de l'enseignement ?
12:27 Oui, il faut se poser cette question,
12:29 et il faut que le gouvernement mette le doigt dessus,
12:31 et s'y intéresse fortement.
12:33 - Bon, est-ce qu'on peut imaginer, par exemple, dans ces cas-là,
12:35 c'est souvent l'armée, on parle souvent de l'armée,
12:38 qui peut sécuriser des endroits, qui peut rassurer,
12:41 qui peut également empêcher, dissuader d'entrer,
12:45 même si l'armée n'est pas là pour assurer des missions de l'ordre.
12:50 Mais est-ce que vous pensez que ça peut être une piste,
12:52 et que lundi, par exemple,
12:54 où beaucoup de collèges, de lycées de France
12:56 puissent être gardés par des sentinelles de l'armée française ?
13:01 - Alors, ça peut être une solution, effectivement.
13:04 Maintenant, est-ce que l'armée a vocation à travailler en milieu urbain ?
13:06 Je n'en suis pas persuadé.
13:07 Alors, après, je ne suis pas forcément un spécialiste dans le domaine.
13:11 Donc, il y a les forces de l'ordre qui sont là pour ça.
13:12 Alors certes, il y a toujours des manques d'effectifs.
13:14 Ça, c'est quelque chose qui est indéniable.
13:16 Maintenant, y mettre un pansement impalliatif,
13:20 en y mettant des sentinelles, en augmentant les rondes, etc.,
13:22 enfin, les patrouilles, ça peut être effectivement une solution.
13:25 Maintenant, est-ce que c'est une solution sur du plus ou moins long terme ?
13:27 - Ça peut être dissuasif.
13:28 - Ça peut être discutable, effectivement.
13:30 Mais par contre, ça peut être quelque chose qui pourra venir renforcer la sécurité.
13:34 Parce qu'effectivement, aujourd'hui,
13:35 et on l'a malheureusement encore à la preuve aujourd'hui,
13:37 il y a un sujet.
13:38 - Ça peut être à la fois dissuasif,
13:40 et puis ça peut être aussi psychologiquement intéressant,
13:43 parce que les parents peuvent être rassurés.
13:45 Et c'est vrai que ce climat de psychose, il va peser aussi,
13:48 et il va falloir combattre cette psychose,
13:51 parce que c'est jamais une bonne chose, M. Morel.
13:54 Je vous remercie d'être intervenu.
13:57 Vous êtes secrétaire national délégué SNERP pour Alliance Police.
14:00 M. Repere, je vous propose de rester encore quelques secondes avec nous,
14:04 parce qu'une nouvelle fois, le monde enseignant est touché.
14:06 À tout de suite.
14:07 - Europe 1, Pascal Praud.
14:09 - 11h13h, vous écoutez Pascal Praud.
14:10 Vous pouvez aussi réagir au 0180 20 30 9 21.
14:13 Nous revenons sur le drame, Pascal, qui vient de se dérouler à Arras.
14:16 - Louis Dragnet est resté avec nous, bien sûr,
14:18 et William Molinique, je vais l'interroger dans une seconde.
14:20 L'Assemblée nationale a suspendu ses travaux.
14:22 - Chers collègues, nous venons de prendre connaissance
14:25 d'événements terribles qui se sont déroulés
14:27 dans un établissement scolaire de la ville d'Arras.
14:29 Nous attendons de savoir ce qui s'est passé,
14:31 mais d'ores et déjà, l'Assemblée nationale exprime
14:34 sa solidarité et ses pensées à l'égard des victimes,
14:39 de leurs proches, de la communauté éducative dans son ensemble,
14:42 puisque nous apprenons qu'un enseignant a été tué
14:45 et qu'il y aurait plusieurs blessés.
14:47 L'Assemblée nationale réagira comme il se doit
14:49 dès que nous aurons confirmation de ce qui s'est produit,
14:53 eu égard aux circonstances et après avoir consulté les groupes
14:56 et le ministre pendant la suspension.
14:58 Je vais lever la séance qui reprendra donc à 15 heures
15:01 et je donne la parole à monsieur le ministre.
15:03 - Louis Dragnet, l'exécutif, évidemment,
15:07 va réagir ces prochaines heures.
15:08 J'imagine que Gérald Darmanin est en partance pour Arras.
15:11 - Absolument, il est déjà en route.
15:13 Le président de la République aussi va se rendre à Arras.
15:17 Donc je pense que c'est aussi une illustration du fait que
15:20 tout ça intervient dans un contexte extrêmement sensible.
15:24 On a beaucoup parlé de la locution du président hier
15:27 et puis de la situation dans le conflit israélo-palestinien.
15:31 Et donc voilà, pour Emmanuel Macron, c'est important,
15:34 je pense, à la fois de venir pour soutenir les victimes
15:38 et aussi montrer la présence de l'État, la force de l'État
15:42 et essayer quand même de rassurer les Français,
15:44 tous les parents d'élèves.
15:46 Parce qu'il y a quelque chose quand même qui est intéressant,
15:48 qui est d'ailleurs très inquiétant,
15:50 c'est que cet attentat, cette attaque,
15:54 n'est pas intervenu dans une école juive,
15:56 c'est intervenu dans une école publique.
15:58 Donc c'est vrai que pour beaucoup de parents d'élèves
16:01 qui ont des enfants à l'école publique,
16:03 ils se sentent inquiets pour leurs enfants.
16:06 - Vous parlez de psychose qui va monter dans ce pays.
16:08 Le président de la République qui s'était déplacé de la même manière,
16:11 me semble-t-il, lorsque Samuel Paty était décédé,
16:15 il était allé de la même manière dans ce collège.
16:19 Est-ce qu'on a des informations précises
16:22 sur l'assaillant qui a été interpellé
16:24 et sur son profil, William Molinier ?
16:26 - Oui, donc l'assaillant qui a été interpellé,
16:30 il s'agit d'un tchétchène,
16:33 un individu de nationalité tchétchène
16:36 qui, on ne sait pas encore s'il était en situation régulière
16:40 ou irrégulière sur le territoire.
16:43 Toujours est-il que selon nos informations,
16:45 il est fiché S,
16:48 au titre de l'islam radical.
16:51 Ce serait un ancien élève de l'établissement scolaire,
16:57 âgé d'une vingtaine d'années.
16:59 Ce que je peux vous dire aussi,
17:00 c'est que le frère de cet individu
17:04 a lui aussi été interpellé.
17:06 Il est en ce moment même entre les mains des enquêteurs.
17:09 - Donc c'est une famille tchétchène qui était sur le sol de France.
17:13 Il sans doute était arrivé via l'OFPRA
17:17 qui donne des visas.
17:19 Sans doute avait-il quitté le pays
17:21 et était-il réfugié ?
17:23 Sans doute.
17:25 On peut imaginer d'ailleurs qu'ils étaient
17:26 dans une forme de légalité,
17:29 leur présence sur le sol de France,
17:32 puisque vous me dites qu'il était scolarisé
17:34 dans ce lycée Gambetta.
17:35 On observera également que celui qui a tué
17:38 Samuel Paty était également un tchétchène.
17:41 - Un tchétchène. Et ce qui est terrible, c'est que
17:43 pas plus tard qu'hier encore,
17:46 une source Place Beauvau
17:49 m'expliquait sur le contexte
17:51 de l'atmosphère ambiante du moment.
17:55 Ils faisaient déjà hier ce parallèle avec la situation
18:00 au moment de la republication des caricatures de Mahomet
18:04 à la rentrée 2020, donc il y a trois ans.
18:07 Voilà un niveau d'une atmosphère tendue,
18:11 pesante, lourde, similaire à ce moment-là.
18:14 Et rappelons-nous, à ce moment-là,
18:16 s'étaient suivis quatre attentats
18:19 islamistes par la suite dans les semaines, les mois
18:22 qui ont suivi.
18:23 - William Mollinet du service Police Justice,
18:26 vous êtes sur Europe 1, il est 12h27.
18:28 Est-ce qu'on peut revenir sur les conditions
18:31 de cette agression que les
18:34 écrans, que les réseaux sociaux
18:38 plus exactement diffusent, puisque j'ai vu
18:41 cette image effrayante
18:44 de ce professeur agressé qui tente de se défendre
18:47 avec une chaise. Est-ce qu'on sait à quelle heure ça s'est passé
18:50 et comment ça s'est passé ?
18:52 - Donc ça s'est passé peu après 11h,
18:55 un homme armé d'un couteau
18:58 a fait irruption dans la cour
19:01 de l'établissement, il s'en est pris à plusieurs personnes.
19:04 Donc un professeur qui s'est interposé
19:07 à son entrée dans l'établissement
19:10 a été mortellement blessé puisqu'il est
19:13 décédé. Un autre professeur a été
19:16 blessé, mais lui ces jours ne sont pas en danger.
19:19 Et enfin, en revanche, un agent de sécurité,
19:22 lui, est en urgence absolue, il a été transféré à l'hôpital.
19:25 - William, je vous propose de laisser passer
19:28 une pause et je pense que nous allons
19:31 pouvoir être en direct avec un élève
19:34 qui est dans ce lycée Gambetta
19:37 et qui est confiné puisque les élèves, si je comprends bien,
19:40 n'ont pas eu le droit de sortir depuis ce drame.
19:43 A tout de suite. - Vous écoutez Pascal Praud de 11h à 13h sur Europe 1.
19:46 - Europe 1. - Pascal Praud et vous.
19:49 - 80 20 39 21, c'est le numéro que vous composez pour témoigner.
19:52 Jusqu'à 13h, vous écoutez Pascal Praud et nous revenons sur le drame
19:55 qui s'est déroulé à Arras, Pascal. - Avec un professeur qui a été tué
19:58 par un assaillant tchétchène, il y a deux blessés
20:01 graves et ça s'est passé dans le lycée Gambetta
20:04 d'Arras, ce lycée qui est
20:07 confiné avec des jeunes lycéens, collégiens et nous sommes
20:10 avec Enzo. Bonjour Enzo. - Bonjour.
20:13 - Enzo, vous êtes en classe de première, vous êtes
20:16 un lycéen et vous êtes un lycéen de ce
20:19 lycée Gambetta d'Arras. - Alors oui,
20:22 je suis dans la cité scolaire de Gambetta,
20:25 je suis à Carnot, je suis en première STMG.
20:28 - C'est-à-dire que vous êtes dans le même établissement
20:31 que ce professeur qui a été assassiné ?
20:34 - Oui. - Vous connaissiez
20:37 ce professeur d'éducation physique, Enzo ?
20:40 - Euh, non, pas vraiment.
20:43 - Pourquoi les autorités
20:46 vous ont-elles demandé de rester pour le moment
20:49 dans ce lycée ? - Bah, je sais pas
20:52 du tout, je crois qu'ils sont en train d'un peu
20:55 boucler le périmètre, mais ils sont en train d'évacuer
20:58 les étages aussi.
21:01 Pour l'instant, on doit attendre. - Vous êtes
21:04 où physiquement en ce moment ? Vous êtes dans une classe, vous êtes à l'extérieur
21:07 dans une cour ? - Alors, on est dans une classe,
21:10 on est 60 dans une classe parce que, bah, on est tous
21:13 confinés dans la même classe et on est au 3ème étage.
21:16 - Bon, est-ce que vous avez vu cette agression
21:19 qui est déjà diffusée sur les réseaux sociaux ?
21:22 - Non, pas du tout, en fait, on allait en cours d'anglais
21:25 et on a eu tout de suite l'alerte confinement.
21:28 Du coup, on s'est tous réfugiés dans une classe
21:31 de première STMG.
21:34 - Et est-ce qu'il y a des autorités de l'établissement
21:37 qui sont venues vous voir ? Peut-être le proviseur ?
21:40 - Non, pour l'instant, on est juste avec un professeur
21:43 de mathématiques. - Qui a pris la parole et j'imagine
21:46 qui a eu des mots pour apaiser
21:49 ou des mots... - Oui, oui, oui.
21:52 - Une situation qui est particulière et qui doit vous
21:55 mettre en très grande tension, j'imagine, Enzo ?
21:58 - En effet, au début, ça m'a beaucoup stressé,
22:01 ça nous a beaucoup stressés. Ensuite, quand on a su pourquoi il y a eu cette
22:04 alerte, on a tous été choqués et on est
22:07 toujours sous le choc. - J'imagine, j'imagine.
22:10 Et puis, là, vous êtes ensemble dans une
22:13 classe, donc vous pouvez encore
22:16 d'une certaine manière être sous le coup de l'émotion, mais ce sont
22:19 des choses qui se diffusent lentement et qui,
22:22 plus le temps et plus les minutes vont passer dans la journée
22:25 et plus le choc, je pense, va être important pour vous.
22:28 Les réactions à chaud sont toujours
22:31 surprenantes de ce point de vue-là, mais j'imagine que quand vous allez
22:34 retrouver votre famille ce soir, je sais pas si vous avez des frères
22:37 ou des sœurs, Enzo, mais
22:40 de venir dans un établissement scolaire et d'y trouver la mort,
22:43 c'est un drame absolu et vos familles,
22:46 j'imagine, vont être inquiètes. D'ailleurs, je ne sais pas si vous avez eu
22:49 voix vos parents tout à l'heure. - Si, j'ai eu mes proches au téléphone,
22:52 ma mère a eu très peur. - Bien sûr. - Mais ça va, j'ai réussi
22:55 à la rassurer. - Mais dans ces cas-là, Enzo, tout le monde réagit
22:58 pareil. Vous avez 16 ans, 17 ans, j'imagine ?
23:01 - Comment ? - Je dis dans ces cas-là, tout le monde réagit
23:04 pareil. Vous avez 16 ans ou 17 ans, j'imagine ?
23:07 - J'ai 17 ans, mais ouais, ça m'a fait très peur.
23:10 - Eh bien, je comprends votre mère. Vous savez, le soir
23:13 de l'attentat du 13 novembre,
23:16 moi j'avais quatre filles dans Paris et
23:19 évidemment, le père que je suis passait des coups de fil
23:22 pour être rassuré. Votre mère, sans doute, était
23:25 dans cet état-là. C'est elle qui vous a appelé ou c'est vous qui l'avez appelé ?
23:28 - Alors, c'est un de vos journalistes qui m'a appelé.
23:31 - Non, je parle de votre mère. C'est votre mère qui vous a
23:34 appelé ou c'est vous qui l'avez appelé ? - Oui, non, c'est moi qui l'ai appelé directement.
23:37 - Et c'est vous qui lui avez appris ? Elle était au courant
23:40 de ce drame ? - Non, elle était pas au courant,
23:43 mais ouais, je lui ai appris du coup. Elle a eu très peur.
23:46 - Est-ce que vous savez précisément à quelle heure ça s'est passé ?
23:49 Là, il est 12h35, on a eu l'information
23:52 vers 11h40, 11h45. À quelle heure
23:55 vous avez... À quelle heure a eu lieu ce drame ?
23:58 - Alors, l'alerte, elle a commencé à 10h, à peu près.
24:01 Et...
24:04 Non, elle a commencé à 11h, pardon.
24:07 - D'accord. Donc, on peut imaginer que ça s'est passé entre
24:10 10h45 et 11h. - Voilà.
24:13 - Bon. Est-ce que, à Arras, vous sentez
24:16 aujourd'hui un climat
24:19 plus insécur sur ce sujet aussi sensible
24:22 que la radicalisation de certains ?
24:25 - Pas spécialement, parce qu'Arras, c'est une ville très paisible
24:28 où j'ai toujours vécu, et c'est la première fois
24:31 que je vois une chose comme ça, et ça m'a choqué.
24:34 Mais non, il n'y a jamais eu de chose comme ça à Arras.
24:37 - C'est important de le dire aussi, parce que dans le lycée,
24:40 j'imagine que c'est un lycée public, et donc
24:43 forcément, il y a des jeunes gens
24:46 de toutes origines qui sont dans ce lycée Gambetta-Enzo.
24:49 - Bien sûr.
24:52 - Et il n'y a pas de tensions particulières
24:55 entre vous, des discussions ?
24:58 On sait ce qui s'est passé en Israël la semaine dernière.
25:01 Comment cette semaine, de ce point de vue-là, j'imagine que vous
25:04 en avez peut-être parlé en cours, quel regard vous portez
25:07 sur ce qui s'était passé en Israël, et est-ce que
25:10 vous y avez vu des conséquences sur le sol de France ?
25:13 - Ah, Enzo, malheureusement,
25:16 la liaison a été coupée.
25:19 Enzo, ils sont une soixantaine
25:22 dans une classe, c'était peut-être pas facile pour lui
25:25 de prendre la parole, on entendait un brouhaha
25:28 derrière lui, son témoignage à chaud est extrêmement
25:31 intéressant, bien sûr, et puis c'est intéressant de dire
25:34 qu'il n'y avait pas vu de tensions
25:37 ni à Gambetta, ni dans la société
25:40 d'Harras, parce qu'à un moment où on parle de psychose
25:43 et où on va parler de psychose, c'est important aussi de rappeler
25:46 cela. Il est 12h37, à tout de suite.
25:49 - Et vous écoutez Pascal Praud de 11h à 13h sur Europe 1.
25:52 - Europe 1, Pascal Praud. - 11h13, vous écoutez Pascal Praud
25:55 sur Europe 1, il est 1h20, nous revenons sur le drame
25:58 qui s'est déroulé à Harras ce matin. - Entre
26:01 sans doute 10h45 et 11h, puisqu'on était avec
26:04 Enzo, qui est un lycéen, qui nous disait que la sirène
26:07 de l'établissement avait retentit vers 11h du matin.
26:10 Il se trouve que ça a été également filmé, que c'est
26:13 diffusé sur les réseaux sociaux, et je vais vous proposer
26:16 d'écouter quelques secondes de ce qu'on peut entendre
26:19 sur les réseaux sociaux, et on entend notamment des élèves
26:22 qui commentent ce qui se passe,
26:25 et notamment cette phrase, "il est en train
26:28 de s'attaquer au proviseur". Écoutez.
26:31 - Non, la vérité, non, la vérité. - Ça se voit, les gars.
26:34 - Il y a une chaise, ils ont des couteaux.
26:37 - Il y a un couteau, les gars, il y a un couteau. - Il y a le proviseur adjoint.
26:40 Ils vont se battre. - Au nom de Dieu, il y a un couteau. - Ils ont fait évacuer tout le monde.
26:43 - Je vous jure, tout le monde a évacué. - Tout le monde court.
26:46 - Oh là là, oh là là. - Oui. - C'est filmé, ça,
26:49 sur Telegram, ça. - Oui.
26:52 - C'est un malade, ça. - C'est une dingue.
26:55 - C'est quoi, cet ennui ? - C'est le proviseur adjoint.
26:58 - Ouais, c'est le proviseur adjoint.
27:01 - Donc voilà, il y a effectivement de la sidération
27:04 pour ces jeunes élèves qui découvrent
27:07 en même temps et qui étaient en train de filmer
27:10 cette scène abominable.
27:13 Est-ce que nous pouvons donner
27:16 des renseignements ? Vous disiez, Louis de Raguenel,
27:19 ce matin, que vous étiez avec le patron
27:22 - Avec un policier. - Un des policiers
27:25 avec qui vous pouviez échanger sur le climat
27:28 d'insécurité, en tout cas de tension et d'inquiétude
27:31 qui peut régner en France. - Oui, plusieurs personnes
27:34 de la direction générale de la sécurité intérieure,
27:37 donc la DGSI, qui hier et encore ce matin
27:40 nous disaient, voilà, il n'y a pas de menace de haut du
27:43 spectre sur le territoire national, c'est-à-dire la menace
27:46 de l'attentat préparé depuis l'étranger, une menace projetée.
27:49 Et là, voilà, on est dans le cas de figure du passage
27:52 à l'acte, très difficile à parier. - Qui est toujours très difficile, bien sûr.
27:55 Même s'il était fiché S. - Même s'il était fiché S, et on sait que
27:58 depuis plusieurs années, la DGSI fait tout
28:01 pour nettoyer très régulièrement le fichier des fiches
28:04 S, précisément pour avoir un fichier le plus restreint
28:07 possible, afin d'avoir vraiment
28:10 une population d'individus qu'ils soient en mesure de surveiller
28:13 de près, donc forcément il y aura des questions qui seront posées
28:16 sur le suivi de cette personne-là, qui rappelons-le
28:19 est arrivée très jeune sur le territoire français et manifestement
28:22 était en situation régulière. - Nous repartons pour Arras
28:25 parce que nous sommes avec Vincent, qui est gérant de la pizza.
28:28 Je crois que votre pizzeria,
28:31 bonjour Vincent, est juste à côté du lycée
28:34 Gambetta, c'est bien ça ? - C'est ça, à quelques pas du lycée.
28:37 On ne voit pas grand-chose, mais il y a un énorme
28:40 dispositif de sécurité mis en place autour du lycée.
28:43 Moi-même qui ai dû accéder au restaurant
28:46 en fin de matinée, on a eu beaucoup de mal à
28:49 circuler. - Est-ce que vous avez vu des
28:52 élèves sortir et pourquoi pas échanger
28:55 avec vous du lycée Gambetta ?
28:58 - Du lycée Gambetta, je ne pense pas que j'ai eu des élèves, mais pas
29:01 du lycée Gambetta. - Donc ils sont tous confinés pour le moment
29:04 avec ce périmètre de sécurité qui est
29:07 assuré en ce moment ? - C'est ce qu'il se laisse dire, oui.
29:10 - On était tout à l'heure avec Enzo et je lui posais la
29:13 question, est-ce que vous avez senti une tension
29:16 dans la société d'Arras ces derniers jours ?
29:19 Une forme de radicalisation de certains qui pourraient se mettre
29:22 en place ? Pourquoi pas, même, est-ce que vous avez eu peur vous-même
29:25 dans l'exercice de votre métier ?
29:28 Je vous pose de la même manière la question à vous.
29:31 - Non, pas du tout. On se pose
29:34 beaucoup de questions aujourd'hui avec ce qu'il se passe.
29:37 Arras, c'est une ville qui est relativement calme
29:40 d'habitude. Et là, on tombe
29:43 vraiment des nus. - C'est-à-dire que dans la pizza qui est la vôtre,
29:46 dans la pizzeria qui est la vôtre, vous n'avez jamais eu à faire
29:49 à une forme de violence,
29:52 évidemment pas aussi dramatique que celle de ce matin,
29:55 mais des individus qui auraient pu vouloir
29:58 faire passer des messages politiques ou
30:01 agresser, pourquoi pas, des
30:04 clients chez vous. Ça ne s'est jamais produit ?
30:07 - Ça ne s'est jamais produit. On a toujours une très bonne clientèle sur
30:10 Arras. - Et ce lycée Gambetta,
30:13 c'est un lycée, moi je ne connais mal la ville
30:16 d'Arras, je connais cette grande place d'Arras,
30:19 extrêmement célèbre, mais c'est un lycée qui est
30:22 public, qui est un des plus importants d'Arras ?
30:25 - C'est ça. C'est l'un des plus grands
30:28 du secteur. - Et un des plus prestigieux peut-être ?
30:31 - C'est ça. - Merci beaucoup,
30:34 Vincent. J'imagine que vous êtes en train d'accueillir à 12h44
30:37 des gens qui avaient prévu de déjeuner chez vous ?
30:40 - On a eu des annulations de réservation pour ce midi,
30:43 bien sûr. - Les gens sont traumatisés,
30:46 sans doute, j'imagine ? - De par l'accès
30:49 et par ce qui se passe.
30:52 Et la police nous a même conseillé de faire que de la
30:55 vente en portée pour ce midi. - Écoutez,
30:58 merci de ce témoignage, Vincent, qui nous
31:01 a évidemment mis
31:04 dans la grande tristesse ce matin, et nous avons
31:07 appris cette information avec effroi.
31:10 Il est 12h45, Thibault de Montbrial entre à l'instant
31:13 dans ce studio, et il était hier avec
31:16 Sonia Mabrouk, et je pense... Bonjour,
31:19 Thibault de Montbrial. - Bonjour. - Je pense à ce que vous disiez
31:22 hier, bien sûr, et pour vous écouter régulièrement
31:25 depuis de nombreux mois, souvent,
31:28 vous soulignez la radicalisation de
31:31 certains individus. Ce que disait Louis Dragnel
31:34 tout à l'heure est juste aussi, c'est-à-dire que c'est un individu
31:37 seul, avec un couteau, qui passe à l'acte
31:40 et forcément, pour les services de sécurité,
31:43 c'est extrêmement difficile à prévoir
31:46 et à déjouer. - D'abord, on a beau
31:49 ne pas être surpris, pour des raisons
31:52 à la fois structurelles et conjoncturelles, sur lesquelles je vais revenir,
31:55 c'est toujours à chaque fois un moment
31:58 d'intense émotion, que de voir nos compatriotes
32:01 les uns après les autres se faire attaquer par des islamistes,
32:04 par des gens qu'on a accueillis chez nous, par des gens qu'on a
32:07 éduqués, puisque d'après les informations, si j'ai bien compris,
32:10 c'est un ancien élève du lycée
32:13 qui se serait livré à cet acte abominable.
32:16 Et il y a
32:19 un islamisme structurel, dont
32:22 les études d'opinion montrent qu'il est très majoritaire chez les
32:25 jeunes musulmans de moins de 25 ans et encore plus chez les
32:28 lycéens. Ça ne veut pas dire que tous sont prêts à passer à l'acte,
32:31 mais à l'évidence, quelques-uns le sont.
32:34 Et le risque terroriste latent, qui a augmenté
32:37 depuis quelques mois avec le retour d'un risque d'attaque structurée,
32:40 c'est-à-dire d'attaque beaucoup plus compliquée que d'attaque
32:43 avec un couteau, c'est à monter
32:46 de plusieurs crans, avec l'appel du chef du Hamas
32:49 il y a deux jours à un djihad mondial à partir
32:52 d'aujourd'hui. Nous étions nombreux à craindre des passages
32:55 à l'acte dans ce contexte, avec cette incitation,
32:58 parce qu'en fait l'appel du chef du djihad, il peut constituer
33:01 un effet de déclenchement de passage à l'acte
33:04 pour des individus qui étaient déterminés, mais qui attendaient
33:07 la bonne occasion. Cet appel, malheureusement,
33:10 c'est manifestement la bonne occasion pour ce jeune Tchétchène.
33:13 Et ce qu'il faut espérer quand on voit la très mauvaise ambiance,
33:16 parce qu'on va se dire les choses clairement, en Europe,
33:19 non seulement en France, mais en Europe, avec des manifestations
33:22 non seulement pro-palestinienne, ce qui est une chose,
33:25 mais pro-Hamas, ce qui en est une autre, dans la plupart
33:28 des grandes villes européennes, ce qu'il faut espérer, c'est que nous ne sommes
33:31 pas au début d'un effet d'entraînement et de mimétisme
33:34 qui pourrait très vite mettre notre cohésion sociale
33:37 en grand danger. - Thibaud de Montbrial, qui est président
33:40 du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure, qui est également
33:43 avocat, et que vous connaissez et que vous écoutez régulièrement.
33:46 J'en ai parlé tout à l'heure, cette manifestation
33:49 hier à Paris, je ne sais pas comment vous la décodez,
33:52 est-ce qu'elle entre dans le cadre d'une manifestation
33:55 pro-palestinienne ou pro-Hamas ? J'ai entendu Israël assassin,
33:58 j'ai entendu sioniste terroriste,
34:01 on en a parlé tout à l'heure avec Mathieu Slama, qui était là, j'étais même surpris
34:04 ce matin que cette manifestation ne fasse pas
34:07 la une de tous les journaux, tellement
34:10 elle a pu me surprendre, parce qu'il y avait beaucoup de monde sur la place
34:13 de la République, ce n'était pas 50 ou 100 personnes, c'était peut-être
34:16 3 ou 4 000 personnes. - Vous avez complètement raison,
34:19 et il faut remettre en perspective cette manifestation,
34:22 les propos qui y ont été tenus, avec
34:25 l'effet d'incitation que constitue le fait qu'une force
34:28 politique malheureusement majeure dans notre pays, électoralement,
34:31 qui est la France insoumise, incite par les propos
34:34 qui sont tenus, et par ceux qui ne sont pas tenus,
34:37 à de tels soutiens,
34:40 en refusant de considérer que le Hamas
34:43 n'est non pas un mouvement de résistance politique, mais un mouvement terroriste,
34:46 en refusant de rappeler que sa charte
34:49 non seulement appelle à la destruction de l'État d'Israël,
34:52 mais cite une hadith, c'est-à-dire un texte sacré musulman
34:55 qui invite à massacrer les Juifs,
34:58 eh bien la France insoumise rentre dans une logique
35:01 qui permet de décomplexer ceux qui
35:04 mal informés, ou peut-être déjà mus par la haine
35:07 intrinsèquement, décident de
35:10 prendre une position dans un conflit qui n'est pas un conflit français
35:13 mais dont il ne faudrait pas qu'il serve
35:16 de détonateur à nos propres fractures et
35:19 aux propres conflits déjà latents que nous avons chez nous malheureusement
35:22 depuis plusieurs années. Donc je crois qu'on ne peut pas déconnecter,
35:25 dissocier ce qui s'est passé hier de ce discours politique
35:28 et j'ajoute, vous faisiez référence à des slogans qui ont été proférés,
35:31 que des slogans proférés, en particulier à Londres,
35:34 ont été plus virulents encore, puisque à Londres, dans la rue, tranquillement,
35:37 un cortège a appelé à tuer les Juifs
35:40 et à violer leurs filles. - A Sinez également, gazer les Juifs.
35:43 - Je pense que nous sommes aujourd'hui
35:46 au bord de quelque chose
35:49 qu'il va falloir contrôler de très près
35:52 parce que nous sommes, d'après ce que j'ai compris
35:55 à la veille ou à l'avant-veille d'une entrée de l'armée israélienne dans Gaza,
35:58 que le fait que le Hamas historiquement
36:01 place des femmes et des enfants pour protéger
36:04 ses cibles stratégiques et ses stocks, c'est-à-dire dans les hôpitaux,
36:07 les écoles et les mosquées, fait que nous allons inéluctablement
36:10 avoir des images qui seront exploitées par la propagande
36:13 pro-Hamas, commettant
36:16 des crimes de guerre, je mets des guillemets bien sûr,
36:19 parce que ce sont les termes de la propagande, des crimes de guerre israéliens
36:22 et, vous savez, pour tout vous dire,
36:25 ce que je disais après les émeutes cet été, c'est que
36:28 le gouvernement avait repris la main grâce aux
36:31 bonnes décisions du ministre de l'Intérieur, grâce au courage de nos forces de l'ordre,
36:34 mais aussi grâce au fait que les trafiquants
36:37 avaient considéré qu'il était de leur intérêt d'intervenir pour faire
36:40 cesser les troubles, pour relancer le business, et que notamment,
36:43 ils s'étaient opposés à ce que les émeutiers aient accès aux stocks
36:46 nombreux d'armes de guerre dont ils disposent. Et j'avais ajouté
36:49 que ce qu'il fallait craindre, c'est qu'un jour il y ait un élément
36:52 qui, par l'émotion qu'il déclenche, transcende cette espèce
36:55 de rationalité de business et fasse en sorte que
36:58 soit les trafiquants soient dépassés par l'émotion des gens qui vivent
37:01 autour d'eux, soit les trafiquants eux-mêmes considèrent que leur
37:04 prisme identitaire primait désormais leur intérêt de business.
37:07 J'espère juste que nous ne sommes pas au début de ce phénomène.
37:10 - La pause et on revient pour les dernières minutes à Egout.
37:13 - Vous écoutez Pascal Praud, 11h-13h sur Europe 1.
37:16 - Europe 1. - Pascal Praud et vous. - 11h-13h, vous écoutez Pascal Praud sur
37:19 Europe 1. On vous retrouve, Pascal, avec Thibaut de Montbrial, avocat et président
37:22 du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure.
37:25 - Et Thibaut de Montbrial qui restera à partir de 13h
37:28 avec Céline Géraud quelques minutes. Emmanuel
37:31 Blairy, vous êtes avec nous, vous êtes député du Rassemblement
37:34 National Pas-de-Calais. Bonjour. - Oui, bonjour,
37:37 Pascal Praud, bonjour. - Votre première réaction,
37:40 c'est un lycée que vous connaissez, c'est dans votre
37:43 circonscription, c'est pas dans votre circonscription d'ailleurs,
37:46 mais c'est dans votre département. - J'ai des
37:49 gosses de ma circo qui sont dans ce lycée,
37:52 il y a des parents qui s'y déplacent, je suis très
37:55 affecté, très ému par ce qui arrive.
37:58 Je viens d'avoir le cabinet du ministre de l'Intérieur,
38:01 évidemment qu'on est tous affectés,
38:04 il y a justement un mort, au moins deux blessés.
38:07 L'assaillant, vous le savez, a été interpellé. - Il n'y a pas d'élèves de blessés,
38:10 c'est important de le dire, ce sont des personnes
38:13 du monde enseignant ? - Non mais oui, ils n'ont pas été
38:16 blessés physiquement, mais ils seront blessés à tout jamais parce qu'ils ont eu...
38:19 Ça nous rappelle naturellement Samuel Paty,
38:22 le parquet antitouriste, je disais, a été
38:25 saisi, donc on a affaire évidemment à un crime
38:28 islamiste sur le territoire français, je suis
38:31 vraiment profondément inquiet pour notre pays
38:34 encore une fois ce jour, je suis profondément inquiet.
38:37 - Vous êtes inquiet, mais au-delà de l'inquiétude,
38:40 je parlais tout à l'heure d'une psychose qui peut s'installer
38:43 en France, est-ce que vous considérez que l'exécutif
38:46 doit prendre des mesures fortes
38:49 ces prochaines minutes, ces prochaines heures ? - L'exécutif
38:52 doit prendre des mesures fortes, il aurait dû prendre des mesures fortes depuis déjà
38:55 très longtemps, ils ont fait des propositions de loi
38:58 par rapport à ça pour lutter contre l'islamisme.
39:01 On se doit impérativement de prendre à bras le corps
39:04 ce qui arrive là dans notre pays, on doit regarder les choses en face.
39:07 Il faut arrêter de détourner, je veux dire,
39:10 avec des mots sourds, avec des mots qui ne servent strictement à rien
39:13 la situation, la situation est telle qu'aujourd'hui
39:16 je le disais, le pays est en danger, en réel danger.
39:19 C'est un jour particulier, on a su
39:22 qu'il y avait effectivement des menaces
39:25 pour cette journée, on le vit aujourd'hui dans nos territoires.
39:28 On parle d'Arras, une commune de 40 000 habitants,
39:31 c'est une commune urbaine, effectivement,
39:34 mais autour c'est un milieu rural, nous sommes quasiment au milieu rural.
39:37 Aujourd'hui, l'islamisme trappe partout dans notre pays.
39:40 Je ne fais pas de différence entre eux,
39:43 évidemment, la ruralité au lieu de milieu urbain, c'est pas la question,
39:46 mais aujourd'hui ça se retrouve partout.
39:49 Excusez-moi, je suis un peu ému dans... - Non mais je vous comprends, et comme nous le sommes tous.
39:52 Merci beaucoup Emmanuel Bleyrige, vous êtes député du Rassemblement National
39:55 du Pas-de-Calais, c'est vrai que les exécutifs
39:58 vont devoir réfléchir pour protéger les Français
40:01 de quelle manière, les lycées, les collèges,
40:04 j'ai dit tout à l'heure, je pensais aux parents qui vont envoyer leurs enfants
40:07 lundi dans les collèges, dans les lycées, je pense évidemment
40:10 au monde enseignant et tous les Français qui aujourd'hui
40:13 vont vivre avec une peur.
40:16 Qu'est-ce que l'exécutif doit faire ?
40:19 Et là je posais la question à Thibaud de Montbrial, merci beaucoup
40:22 M. Bleyrige, merci d'être intervenu sur l'antenne d'Europe.
40:25 - L'attentat de ce matin, qui encore une fois
40:31 n'est pas en soi une surprise pour les gens qui suivent
40:34 ces sujets de près, va rappeler
40:37 à toutes les forces de sécurité publique, c'est-à-dire les forces qui sont
40:40 de la police et de la gendarmerie, qui sont dans les patrouilles du quotidien,
40:43 pas du tout les unités d'élite, ce peuvent être le RAID ou le GIGN
40:46 mais vraiment le policier ou le gendarme de terrain qui patrouille
40:49 qu'à tout moment, elles sont susceptibles
40:52 de se retrouver nez à nez avec des individus de ce genre
40:55 qui veulent tuer au nom de l'islamisme
40:58 et il est évident, on l'a vu ce matin
41:01 mais qu'il y a des cibles symboliques, que sont
41:04 les établissements scolaires, que sont bien sûr les établissements religieux
41:07 que sont aussi, soit dit en passant, les médias, vont devoir
41:10 sans doute à nouveau être protégés
41:13 encore une fois, tout ça s'inscrit dans un contexte
41:16 en ce moment d'hystérisation par le Hamas
41:19 mais la menace terroriste était en train de remonter, donc il va falloir
41:22 que les choses changent à nouveau
41:25 malheureusement, et puis à terme, il faudra quand même aller
41:28 éradiquer les islamistes en France. - Thibaud Demontbrial va rester
41:31 évidemment avec Céline Géraud. Bonjour Céline.
41:34 Actualité dramatique. - Oui, bonjour Pascal, évidemment édition
41:37 spéciale entièrement consacrée à ce drame, donc Thibaud Demontbrial
41:40 bien sûr, vous l'avez dit, Pierre Martinet, aussi ancien
41:43 du service d'action de la DGSE, sera avec nous, tout comme
41:46 Julien Giovacchini, principal des collèges et secrétaire général
41:49 du syndicat Interdépendance et Direction FO
41:52 nous aurons également Éric Delbecq et Grégoire Ancel
41:55 président de la Fédération des parents d'élèves.
41:58 - Je remercie Louis Dreignel et William Molinier qui vont rester avec vous
42:01 bien sûr, je remercie toute la rédaction d'Europe 1 qui s'est mobilisée
42:04 immédiatement lorsqu'on a eu cette information dramatique
42:07 je remercie Fabrice Laffitte qui était à la réalisation
42:10 aujourd'hui et Olivier Guenet qui était avec nous
42:13 merci et rendez-vous lundi, merci à Florian bien sûr
42:16 qui nous a beaucoup aidé pour monter cette spéciale ces dernières minutes
42:19 à lundi, je vous laisse, Céline.
42:22 C'était Pascale Pro, que vous retrouvez aussi sur Europe 1.fr