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  • il y a 3 ans
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00:00 [Musique]
00:15 Bonjour à tous et bienvenue.
00:17 Propulsé au pouvoir après la mort de son père,
00:20 tué en se rendant au front contre les rebelles le 20 avril 2021,
00:23 le général Mahama Déby avait dissout le Parlement,
00:27 limoger le gouvernement, abroger la constitution,
00:30 promettant aussitôt de rendre le pouvoir aux civils
00:32 dans des élections libres et démocratiques
00:34 après un dialogue de réconciliation nationale.
00:37 Mais il a porté un coup de canif à ses promesses.
00:40 En effet, Mahama Idris Déby a été officiellement investi
00:43 comme président de la transition ce lundi 10 octobre.
00:46 La cérémonie d'investiture a eu lieu à l'issue du dialogue national inclusif,
00:50 boycotté par une grande partie de l'opposition et de la société civile.
00:54 Alors pour quelles raisons le fils d'Idris Déby reste au pouvoir ?
00:57 Pourquoi ce silence des institutions régionales ?
01:00 Pour en parler, je reçois le professeur Bangalin Goran, historien.
01:05 Bonjour et bienvenue.
01:06 Bonjour Fatime, bonjour à tous nos amis téléspectateurs qui nous suivent.
01:10 Et Eddy Kipié, analyse politique.
01:13 Bonjour et merci d'être présent.
01:15 Bonjour Fatime, merci pour l'invitation.
01:17 Alors monsieur, depuis son indépendance de la France en 1960,
01:21 l'histoire du Tchad est pavée de coups d'État et d'offensives rebelles.
01:25 Et ce pays est souvent considéré comme à part en Afrique centrale.
01:29 Pour quelles raisons ?
01:31 Alors la première raison, ça pourrait être par le biais de cette violence politique, n'est-ce pas,
01:36 qui est considérée comme étant le mode exclusif ou quasi exclusif d'accession au pouvoir.
01:42 Nous avons eu la présidence d'Ngarta Tombalbay,
01:46 François Tombalbay qui s'est rebaptisé Ngarta par la suite.
01:49 Lui-même a été assassiné par un coup d'État qui a vu le général Félix Maloum prendre le pouvoir.
01:57 Ensuite ce dernier a été poutché par Goukouni Ouedeyé.
02:02 Il y a eu des dissensions entre Goukouni Ouedeyé et Hissène Abré.
02:06 Hissène Abré qui prend le pouvoir, Idriss Déby,
02:09 puis Idriss Déby fils en la personne du général Mahamad Kaka, Idriss Déby.
02:14 Donc c'est la violence politique, la violence armée de préférence qui devient le mode principal d'accession et de conservation du pouvoir.
02:22 En ce sens, on peut dire que oui, le Tchad apparaît comme étant, je ne dirais pas une exception,
02:28 mais en tout cas un cas assez particulier en Afrique.
02:30 Un État militaire, qui a clairement depuis toujours…
02:33 Un État militaire dont l'explication peut se trouver dans les valeurs culturelles de ce qu'on peut appeler les sociétés du désert.
02:38 Ce sont des sociétés organisées en petites entités très mobiles du fait de ce que ces peuples-là vivent en fonction des contraintes de l'élevage et tout ce qui est lié à la transhumance.
02:50 Et donc ces peuples-là, surtout les Toubous qui occupent le nord du Tchad dans la région de Tibétie,
02:55 mais aussi quelques peuples arabes qui sont également disséminés dans le nord du Tchad,
03:00 ont construit les valeurs culturelles autour des notions de honte et de bravoure.
03:04 Et donc, disons les valeurs aujourd'hui qu'on retrouve au sein de l'armée,
03:09 qui font que la société tchadienne, au-delà même de cette institution-là,
03:15 fonctionne selon des codes de valeurs liés à ces notions de bravoure,
03:20 qu'on essaie de démontrer à travers l'expression plus ou moins contrôlée de la violence.
03:24 Et donc ce sont ces valeurs ancestrales-là qui aujourd'hui se retrouvent au sein de l'armée,
03:28 qui font que pour laver l'affront ou encore pour démontrer son autorité, on a toujours recours à la violence.
03:36 – Justement, c'est vrai que l'armée tchadienne, elle a aussi quelques particularités,
03:40 elle est "plébiscitée" ou sollicitée par plusieurs pays pour des interventions.
03:47 Et sur le plan sécuritaire, quelle est la situation qui prévaut au Tchad depuis,
03:53 notamment le décès d'Idriss Per, mais au-delà ?
03:57 Puisqu'il n'y a pas de problème de terrorisme, comme on le voit dans…
04:01 – Le problème de terrorisme a été, je veux dire, le terrorisme d'obédience de Boko Haram,
04:07 au sud-ouest du Tchad a été endigué assez rapidement.
04:14 Vous avez vu même que Idriss Déby s'était permis une sorte de ce qu'on appelle en stratégie
04:20 "projection de force", vous vous rappelez, quand il est rentré au Nigeria,
04:25 avec un droit de poursuite pour poursuivre l'ancien chef de Boko Haram.
04:30 Donc le problème a été quand même circonscrit,
04:32 et ça avait conféré une sorte de légitimité à Idriss Déby en interne.
04:37 Alors, ce que vous êtes en train de dire, moi je dirais que l'armée tchadienne,
04:41 c'est ce qu'on pourrait qualifier d'hoste féodale,
04:43 parce que malheureusement, ma grille de lecture analytique,
04:46 elle est vraiment dans le cadre d'un État, à minima traditionnel,
04:49 ou bien a fortiori d'un État féodal.
04:51 Et l'armée tchadienne, je ne dirais pas que c'est une armée mexicaine, mais c'est tout comme,
04:57 c'est un assortiment, comme mon collègue l'a dit tout à l'heure, de personnes vraiment guerrières.
05:01 Il n'y a pas de peuple qui ne soit pas guéri au Tchad,
05:06 que ce soit au nord, comme il vient de le dire, mais aussi au sud,
05:08 où on a eu les sarahs, qui ont été, pendant la période coloniale,
05:12 utilisés comme des auxiliaires militaires.
05:15 Donc vous avez vraiment des réputations de bravoure et de guerriers.
05:19 Ce qui fait qu'on pourrait se dire qu'il ne faudrait pas que cette armée s'ennuie.
05:23 Il ne faudrait pas qu'elle soit comme une armée ordinaire en temps de paix.
05:26 On est chaque fois obligés de la déployer.
05:28 – Ce n'est pas une armée de casernes, vous voulez nous dire ?
05:30 – Pas du tout, c'est une armée où nous avons totalement,
05:33 où la légitimité, elle se conquiert sur le terrain, l'égalant aussi.
05:37 Vous avez vu le général Mahamat Idris Déby, a été général dès l'âge de 29 ans.
05:42 On pourrait accuser le fait que ce soit le fils de son père,
05:45 mais vous avez des généraux qui vont au front, ça se fait nulle part ailleurs,
05:48 parce qu'au front on y va jusqu'au grade de commandant à peu près, etc.
05:52 Après ça, on est dans un poste de commandement pour diriger les opérations dans la profondeur.
05:56 Mais ça n'a rien à voir au Tchad, et c'est justement par ce biais
05:59 qu'Idris Déby était décédé puisqu'il était quasiment à l'offront.
06:02 Et vous avez cette armée qui ne doit pas s'ennuyer,
06:04 qui doit être conduite à chaque fois sur des opérations,
06:07 pour éviter justement qu'elle ne trouve à l'intérieur ses propres ennemis
06:11 et ses propres démons pour faire un coup d'État, pourquoi pas ?
06:14 Oui, aujourd'hui au Tchad, on peut dire qu'il y a une sorte de situation de statu quo,
06:18 parce que c'est vrai qu'il y a eu les accords de Doha qui ont été, disons,
06:22 scellés entre le CMT, donc le pouvoir militaire, l'agent militaire,
06:27 et les différents groupes rebelles.
06:30 Mais on sait qu'il y a au total 47 groupes rebelles, anciens comme nouveaux,
06:33 mais sur les 47, seulement 42 ont signé ces accords-là.
06:36 Il se trouve que les cinq qui n'ont pas signé font partie des groupes militaires
06:41 qui sont les plus importants, qui sont les plus équipés,
06:44 et qui sont toujours en activité, dont le groupe Le Fact,
06:48 qui a été impliqué dans la mort de l'ancien président,
06:51 qui a réfugié de signer parce qu'il estimait que le processus qui est en cours là
06:54 avait une finalité déjà arrêtée, qui était donc biaisée,
06:57 et donc il ne voulait pas apporter la signature pour légitimer
07:00 une sorte de plan présidentiel qui était déjà arrêté d'avance.
07:02 Donc ils ont boycotté, et le commentaire qu'ils ont fait dans leur communiqué,
07:05 c'est qu'ils étaient en train d'observer la situation,
07:07 pour voir l'évolution avant de savoir s'ils devaient reprendre les armes
07:11 ou, disons, prendre le train en marche.
07:13 Et tel que les choses avancent aujourd'hui,
07:15 ils se sont plutôt prononcés dans le sens du rejet de tout ce qui se faisait.
07:18 Donc il faut s'attendre à ce que, dans les jours qui viennent,
07:21 certainement la situation de sécurité dans le pays soit retournue.
07:24 – On va revenir quand on va faire le bilan de ce dialogue.
07:27 Depuis le décès d'Idriss Déby, quelle est la situation qui prévaut au Tchad ?
07:33 – C'est une paix précaire, le front militaire est gelé,
07:36 le FACT n'a plus pu poursuivre, on va dire, sa grande offensive sur N'Djaména.
07:42 On va dire aussi, quelque part, qu'on essaie de donner une chance à la paix,
07:45 une vraie paix, qu'on essaie de regarder, voir un peu comment
07:48 le CMT conduit ce processus de transition,
07:51 même si, on va dire, quelque part, dans cette conduite,
07:54 on a des éléments de recurrence qui pourraient peut-être conduire vers une impasse.
07:58 Toujours est-il que la chance est donnée à la paix
08:00 et à la politique peut-être politicienne.
08:02 Sur le plan strictement militaire, les opérations sont peu ou prou gelées.
08:07 Il y a une sorte de paix, paix précaire, parce qu'on attend de voir,
08:10 de donner une nouvelle chance à Déby Fyss par exemple,
08:14 et de voir un peu comment il se comporte, etc.
08:16 – Alors, beaucoup ont parlé d'un coup d'État constitutionnel,
08:20 de sa prise de pouvoir, pour quelle raison ?
08:23 Parce qu'on n'a pas suivi la dévolution du pouvoir classique
08:27 institué dans les Unions de la Constitution ?
08:30 – Évidemment, selon la Constitution tchadienne,
08:33 c'est le président de la République dans ce genre de scénario-là,
08:37 pardon, le président de l'Assemblée nationale qui devait prendre la direction du pays,
08:42 mais il se trouvait que le concerné était en ce moment au pays,
08:45 mais dès que la nouvelle a été portée sur la place publique,
08:48 un détachement de l'armée a siégé son domicile
08:51 et il a reçu la consigne de se mettre en veille,
08:56 non seulement en termes de déclaration médiatique,
08:59 mais éventuellement en termes d'initiative,
09:01 à l'aide dans le sens de rentrer dans ses droits constitutionnels.
09:04 Donc, il y a eu une intention claire de l'armée,
09:06 disons des faits même bas sur le pouvoir.
09:08 Il y a eu 15 généraux qui représentent les 15 plus importants régiments de l'armée
09:12 qui se sont réunis et qui ont décidé que c'est à eux désormais,
09:16 c'est à eux que revenait la légitimité pour désigner le successeur du président.
09:20 Donc, ils ont mis, en quelque sorte si vous voulez, en veilleuse la Constitution,
09:24 et ils se sont, en tant que conseil de 15 généraux,
09:27 engagés cette légitimité-là de désigner le successeur
09:31 qui n'est plus un successeur constitutionnel,
09:33 mais un successeur militaire dans les conditions qu'on sait.
09:36 Mais je souhaiterais quand même qu'on revienne un peu sur la question précédente
09:39 concernant la situation au Tchad, après le décès du Tsebi,
09:43 parce que généralement quand on parle du Tchad,
09:45 on parle de la situation sécuritaire,
09:47 mais il y a une autre dimension de la situation au Tchad aujourd'hui
09:50 qui devrait inquiéter, disons l'Afrique et le monde,
09:53 c'est la situation de la sécurité alimentaire.
09:55 Depuis le 6 juin passé, le président du Tchad
09:58 a déclaré la situation d'urgence nationale en termes de sécurité alimentaire.
10:02 Aujourd'hui, pratiquement 2 millions de Tchadiens sont menacés
10:06 par une situation de famine.
10:08 Et à ce jour-là, l'Union européenne a dû décaisser en urgence
10:12 41 millions d'euros pour soutenir, si vous voulez,
10:15 une sorte de programme de distribution alimentaire.
10:17 Et on sait que sur les années passées,
10:19 du fait des dérèglements climatiques qui ont entraîné une certaine sécheresse,
10:23 il y a eu moins de 40% de la production céréalaire du pays
10:27 qui a été amputée.
10:28 De sorte qu'aujourd'hui, on se retrouve dans une situation
10:31 où il faut l'équivalent de plus de 300 000 tonnes de céréales
10:36 pour pouvoir combler ce qu'il faut pour pouvoir couvrir les besoins du pays
10:40 en termes de consommation acceptable et équilibrée.
10:44 Et donc de ce point de vue, nous pensons que si aujourd'hui
10:48 le pays qui est dans une telle situation de précarité, de fragilité,
10:51 si cette dirigeance se met dans une position de s'exposer
10:54 à des sanctions internationales, dans une telle situation,
10:57 ceux qui vont payer le prix, ce n'est pas forcément le pouvoir,
11:00 mais ce sera suite à la population.
11:01 Quand on va parler après des réactions des instances sous-régionales,
11:05 d'abord, on ne pense pas avoir des sanctions venir les cibler de suite.
11:12 Poursuivons, s'il vous plaît, avec maintenant, effectivement,
11:16 ce dialogue national inclusif bricoté par une grande partie
11:19 de l'opposition de la société civile, dont quelques 42 des 47 groupes
11:22 représentés à Doha avaient apposé leur signature en août aux côtés du pouvoir.
11:27 Quel est le bilan de cette séquence et déjà, pourquoi le Qatar comme choix
11:31 pour abriter cette...
11:34 Le Qatar, c'est un peu une sorte de soft power, une sorte de garant moral,
11:37 on va dire, pour les pays qui sont sur une partie
11:41 de la façade orientale de l'Afrique.
11:46 Le Qatar attire, on va dire, par son soft power à l'égard de tous ces États-là.
11:53 Alors, concernant le dialogue national inclusif et souverain,
11:59 ça a été justement l'occasion de réitérer les formes que nous avons connues
12:04 dans les années 90 de résolution des conflits et d'ingénierie constitutionnelle,
12:09 en ce sens qu'on devrait, dans une sorte d'opération cathartique,
12:13 c'est-à-dire de laver les cœurs, les pleurs de la nation,
12:17 de parler justement pour exorciser certains maux,
12:20 de repartir de l'avant, une sorte de tabula rasa.
12:24 Et donc, c'est dans cette optique-là que le jeune président a décidé de convoquer,
12:28 on va dire, l'ensemble des forces vives de la nation tchadienne.
12:32 Dans l'absolu, c'est quelque chose de très intéressant et de souhaitable
12:36 pour essayer, n'est-ce pas, d'épurer tous les griefs politico-militaires
12:40 parce que nous avons parlé de l'aspect militaire tout à l'heure,
12:44 mais il y a aussi des opposants, il y a aussi des contestations politiques
12:48 et même sociales qui se manifestent.
12:50 Le pouvoir débit a été contesté il y a quelque temps d'un point de vue syndical,
12:54 corporatiste, et il en a même conçu une idée justement pour harmoniser
12:58 ou du moins pour réviser la constitution tchadienne
13:01 et la rationaliser eu égard à certains postes qui étaient jugés un peu superfétatoires.
13:06 Et donc c'est une occasion pour apaiser les cœurs, comme je le disais tantôt,
13:10 mais l'occasion a été refutée puisque d'aucuns y ont vu une manœuvre, n'est-ce pas,
13:16 un bavardage inutile et dispendieux qui allait, bien entendu,
13:20 lorsqu'on choisit les délégués, on connaît déjà la trame et la finalité de leur choyer.
13:26 Bon, alors, comme vous l'avez dit tout à l'heure dans l'entame de l'émission,
13:30 un coup de canif, n'est-ce pas, à des militaires qui devaient ne pas se présenter
13:35 pour les compétitions électorales et présidentielles en particulier à venir.
13:41 Un coup d'État dans le coup d'État.
13:44 Sans grande surprise, le dialogue national inclusif et souverain se prononce
13:49 pour une prolongation de la transition avec la possibilité pour le chef, n'est-ce pas,
13:57 de la junte de pouvoir se présenter.
13:59 Alors, on va parler aussi de l'éligibilité du nouveau président de la transition.
14:05 Sur le bilan, c'était une mascarade, ça a été perçu par beaucoup comme ainsi,
14:11 où il faut tenir compte d'un certain effort, même s'il y avait des absents notables.
14:17 Alors, il est clair que dès le début, il y a eu des voix qui se sont élevées pour contester
14:22 et pas le principe de réunir un dialogue national parce que c'est un classique de la politique africaine.
14:28 Chaque fois qu'il y a une crise, il est recommandé déjà en tant que mécanisme
14:32 par les organisations internationales, soit de mettre en place un gouvernement d'union nationale,
14:36 ce sont les deux mécanismes phares dans la proposition des organisations internationales,
14:41 soit de mettre en place un gouvernement d'union nationale
14:43 ou éventuellement de convoquer une sorte de conférence nationale pour, disons,
14:48 exorciser tout ce qui avait donc comme répercussions internes.
14:51 Le démon.
14:52 Alors, le problème n'est pas tellement le mécanisme qui a été mis en place,
14:55 mais c'est le contenu et surtout les missions assignées qui, d'une certaine façon,
14:59 à travers le choix de ceux qui ont été appelés à diriger, disons, cette commission,
15:05 ont permis plus ou moins aux détracteurs de l'initiative de pouvoir se braquer contre,
15:10 voilà, cette initiative politique du président Mahama Idris.
15:13 Et ils l'ont dit dès le début que l'intention, c'était de pouvoir fournir un cas de légitimation
15:18 qui soit accepté au président en place pour pouvoir se maintenir et se présenter éventuellement.
15:23 Et quand ils l'ont dit, ils ont été bien sûr au début décriés comme étant dans une sorte d'opposition,
15:29 d'opposition systématique, voilà.
15:32 Mais aujourd'hui, à la fin du processus, on se rend compte que finalement, ils ont été profettes.
15:36 Parce que tout ce qu'ils ont dit, notamment, Susey Masra, le principal opposant, disons,
15:41 de cette initiative aujourd'hui, c'est exactement ce qui s'est produit.
15:44 Donc, finalement, aujourd'hui, on se rend compte que l'intention des dirigeants, c'est vrai,
15:50 ça a été l'intention annoncée, ça a été de réunir les partis présents de ce pays autour d'une initiative
15:57 qui puisse, disons, dégager une nouvelle feuille de route pour la politique nationale.
16:02 Mais au final, c'est que cette initiative-là a été en quelque sorte, si vous voulez,
16:06 personnalisée au profit du président qui était en place.
16:10 Et donc, il reste là pour non seulement deux ans, ce qu'on n'a pas accepté ailleurs.
16:15 Et en plus, il a le droit, après ces deux ans, de supporter candidats, ce qui n'est pas également accepté ailleurs.
16:21 À l'élection présidentielle. Le silence des institutions régionales, il est accablant.
16:28 On s'interroge, on va parler de l'Union africaine, on va commencer déjà par les institutions de la sous-région,
16:36 à savoir la CEMAC et la CEAC. Qu'est-ce qui se passe, monsieur ?
16:41 Ils ont tellement déçu, mais à la vérité, est-ce vraiment une surprise ?
16:45 Alors, mis l'un dans l'autre, j'ai lu ailleurs que la CDAO était beaucoup plus attachée aux textes
16:53 et beaucoup plus progressiste, si je peux m'exprimer ainsi, que la CEAC et la CEMAC,
17:00 qui sont bien entendu, je dirais, moins progressistes, à tout le moins, peut-être un peu réactionnaires.
17:06 Alors, peut-être qu'il faut voir au niveau de la CDAO le nombre d'alternances politiques qu'on a eues,
17:12 alternances politiques, bien entendu, civiles, et celles qu'il y a eues en Afrique centrale.
17:19 Vous voyez que, sauf le cas de la Centrafrique, vous avez, depuis les années 80, les mêmes pouvoirs qui sont mis en place.
17:26 Alors, donc, ils n'allaient pas contester ce que eux-mêmes font.
17:30 Et donc, il y a eu, à tout le moins, un soutien dans le silence, ou bien même un soutien par le biais des personnes
17:39 qui ont été là, présentes, pour appuyer ces nouvelles autorités lors de cette seconde, comment dirais-je,
17:47 "investiture" du général Mahmoud Karka.
17:50 Et donc, on voit qu'en tout cas, il ne faudrait pas attendre grand-chose, comme vous avez dit,
17:56 de la part de ces institutions régionales, là, pour condamner ce qui apparaît comme un double coup de force.
18:02 Sous le terme assez large de la stabilité, n'est-ce pas, on fait entre toutes sortes de considérations,
18:10 en se disant que, dans tous les cas, il n'y a que lui qui puisse gérer les choses, c'est le moindre mal,
18:16 laissons-le essayer, a fortiori...
18:18 Après lui, le chaos ?
18:20 Après lui, le chaos, il n'est pas comme son père, il fera forcément mieux dans l'état actuel des choses.
18:26 Et donc, finalement, c'est une sorte de blance qui est accordée à ce nouveau régime,
18:31 par ces institutions régionales dont vous parliez.
18:35 Donc, là-bas, on n'a pas rien de personne à vous écouter.
18:39 Pour l'instant, en tout cas.
18:40 Et maintenant, l'Union africaine aussi.
18:42 On a vu qu'elle n'a pas assisté à l'investiture, il n'y a pas de représentant,
18:46 mais ça va suffire, cette politique du siège vide.
18:50 Qu'est-ce qu'on va faire concrètement face à ce non-respect ?
18:53 Il est quand même...
18:54 Le texte.
18:55 Je veux dire, nous sommes dans un terrain différent, comparé, bien sûr, à la situation en Afrique de l'Ouest,
19:00 avec la CEDEAO, pour la simple raison qu'aujourd'hui, si l'Union africaine pouvait prendre des sanctions,
19:06 on l'a vu dans le cas du Mali et du Burkina, c'est simplement d'exclure de ces instances,
19:10 de la participation à ces différentes instances,
19:14 le pays qui est concerné, c'est-à-dire aujourd'hui le Tchad.
19:19 On ne peut pas appliquer autre chose, je veux dire, dans le cas de l'Union africaine,
19:22 qu'une exclusion de ces institutions.
19:26 Mais en Afrique de l'Ouest, ça marche parce qu'il y a, si vous voulez,
19:29 une sorte d'inclusion économique, en termes d'échanges économiques,
19:32 qui font que généralement, quand un pays est sous sanction,
19:35 il y a la possibilité de la mettre dans une situation de privation d'un certain nombre de services
19:41 qui vont avec le contexte régional.
19:43 On sait aujourd'hui qu'en termes d'inclusion, aujourd'hui, au niveau de la CEMAC,
19:46 les échanges commerciaux entre les différents pays de la CEMAC ne représentent que 4%
19:51 dans, disons, les activités au niveau de cette région-là,
19:57 parce que la plupart des pays sont connectés plus à l'extérieur qu'à des échanges entre eux-mêmes.
20:01 Et au-delà de cela, on sait aujourd'hui que le premier fournisseur du Tchad au niveau africain,
20:06 c'est le Cameroun.
20:07 Et au Cameroun, aujourd'hui, chaque fois qu'il y a une situation au Tchad,
20:10 le premier réflexe des Tchadiens, c'est d'envoyer une délégation pour expliquer,
20:14 avant que cela n'éclate dans les médias,
20:16 lorsque le président Mahmoud Idris a pris le pouvoir après son père,
20:22 dans les jours qui ont suivi, avant qu'on n'organise l'investiture,
20:25 ils ont envoyé automatiquement une délégation au Cameroun
20:27 pour aller rassurer le partenaire camerounais.
20:29 Et on le sait aujourd'hui, la région, même si c'est une région de régime dysfonctionnel,
20:33 que ce soit la CEMAC, que ce soit la CAA,
20:36 que ce soit les différents pays qui participent à ces différentes institutions régionales,
20:41 nous sommes dans un espace dysfonctionnel.
20:43 Et quand vous n'êtes pas vous-même un exemple,
20:45 on est d'accord que vous n'avez pas la capacité de faire la morale à la leçon aux autres.
20:49 – On est d'accord, ça suppose qu'il faut la crédibilité, la légitimité,
20:54 mais on n'en parle pas souvent, on fait le comparatif avec la CDAO,
20:58 mais comparaison n'est pas raison,
21:01 on a l'impression que nous aussi on est en train de basculer vers ça,
21:06 des régimes militaires qui viennent de plus en plus au pouvoir.
21:09 Vous voyez, on est en train de prendre…
21:11 parce qu'au fond, qu'est-ce qu'on reproche finalement à ces institutions sous-régionales ?
21:15 Ce de n'avoir aucune légitimité pour pouvoir donner des leçons de morale
21:18 ou donner des bons ou mauvais points aux autres.
21:21 Et chez nous aussi, ça va devenir de plus en plus difficile.
21:24 – Oui, la question de la légitimité se pose avec acuité.
21:27 Dans la CDAO, avec certains régimes civils,
21:30 certaines modifications constitutionnelles pour projeter certains mandats,
21:35 qui sont assimilés bien entendu à des coups d'État constitutionnel.
21:38 Mais là n'est pas forcément le premier problème,
21:41 il y a aussi un souci quant aux effets réels.
21:44 Alors mon collègue disait tout à l'heure que le Tchad n'avait pas vraiment beaucoup d'échanges,
21:48 bon, bien entendu, il a révélé la situation assez particulière
21:51 qui lie le Tchad au port de doigt là,
21:54 qui est un des grands pourvoyeurs, n'est-ce pas, de ce pays-là.
21:57 À la CDAO, c'est vrai aussi qu'il y a eu pas mal de mesures, n'est-ce pas,
22:02 avec les embargos, avec aussi l'activation d'une autre organisation,
22:06 c'est-à-dire l'UEMOA, pour essayer de serrer les taux
22:11 autour des pays qui sont un peu peu refractaires.
22:15 Et bon, il ne tenait qu'à ces pays d'avoir deux choses,
22:18 soit d'être faillitaires et d'implorer justement la CDAO
22:22 pour que les sanctions soient levées, ou soit de s'en sortir,
22:25 y compris au prix d'une inflation sans cesse galopante
22:30 ou de difficultés économiques réelles.
22:33 Aujourd'hui, on voit que les sanctions au niveau de la CDAO
22:36 n'atteignent pas forcément les buts.
22:39 Et on va dire de facto, on aboutit à une nouvelle solution,
22:43 et je le disais tantôt à certains collègues en disant
22:46 "mais il y a quelque chose d'assez intéressant concernant la CDAO en particulier
22:49 avec ses coups d'État à double détente, vous voyez,
22:52 et le Tchad vient de rentrer en l'espèce, c'est-à-dire que
22:55 je suis membre d'une force d'élite spéciale, entre guillemets,
22:58 ou républicaine, etc. J'ai des missions particulières pour emploi, etc.
23:04 Il y a une situation qui se présente, je prends le pouvoir,
23:08 je duplique les institutions républicaines,
23:11 et puis je trouve ça non fonctionnel et je refais un coup d'État.
23:14 Et vous avez vu qu'à l'exception peut-être de la Guinée,
23:17 les trois pays dont on parle là ont la même situation,
23:20 vous voyez que au Tchad, ce double coup d'État vient de se passer.
23:23 Mais bien entendu, il y a des condamnations féroces qui sont faites d'une part,
23:27 on va dire pour le cas du Mali en particulier,
23:30 et une sorte de complaisance, y compris de la part de puissances occidentales
23:36 qui apparaissent un peu comme étant difficiles à accepter.
23:39 Oui, la France et l'Union européenne étaient représentées lors de l'investiture,
23:43 ce qui paraît surprenant et qui va encore peut-être faire accroître
23:47 ce sentiment qui est d'abord anti-français
23:50 et qui va peut-être s'étendre à anti-occidental.
23:53 Il est clair que la situation de la France, quand même,
23:55 si on veut être réaliste, est un peu délicate, particulière.
23:58 Parce que le Tchad, tout à l'heure le collègue en a parlé,
24:01 est dans une sorte de doctrine de projection régionale,
24:04 de sorte que le Tchad, que ce soit dans la gestion de la crise liée à Boko Haram,
24:10 ou encore de l'insécurité transfrontalière aujourd'hui qui sévit dans la région sahélienne,
24:16 le Tchad a été le seul pays qui a été capable de proposer ses forces
24:21 pour se déployer dans ces situations de conflit qui étaient plus ou moins redoutées
24:26 par les autres nations.
24:28 La France avait techniquement besoin de cet appui militaire du Tchad
24:32 pour éviter à ses troupes barcades de se retrouver dans une situation
24:37 de gestion d'un conflit au niveau du Mali,
24:40 mais qu'il y avait, si vous voulez, des appuis sahéliens,
24:43 de sorte que même quand vous combattez la situation locale,
24:46 elle se reconstruit à l'extérieur du Mali pour revenir encore plus fort.
24:51 Et donc le Tchad s'est révélé un allié de première main,
24:55 non seulement pour le Nigeria, pour le Mali, la France aussi à travers le Mali,
25:00 et également pour le Niger dans une certaine mesure.
25:03 Et donc aujourd'hui, ce pays se retrouve dans une situation de crise politique
25:08 où, si vous voulez, il y a une sorte de réjouissance du régime Idriss Déby.
25:14 C'est vrai qu'Idriss Déby lui-même est mort,
25:16 mais son fils remet en scène le même système sécuritaire.
25:20 Et donc aujourd'hui, le regard de la France,
25:22 aujourd'hui, ce n'est pas de voir tellement les dysfonctionnements institutionnels,
25:26 mais c'est de voir son intérêt, comme dans chaque situation en Afrique,
25:29 c'est qu'elle voit en premier son intérêt.
25:31 Mais il se trouve qu'aujourd'hui, son intérêt, justement,
25:33 est en défaçage avec les valeurs qu'elle a défendues jusque-là.
25:37 Et donc je crois qu'aujourd'hui, elle a le preuve de la réalité, de la réalité politique.
25:42 On attend de voir ce qu'elle dira de cette situation,
25:44 parce que jusque-là, il n'y a que l'Union européenne qui s'est prononcée,
25:47 qui s'est juste dit, disons, inquiète de la situation, préoccupée de la situation,
25:51 sans ni donner l'impression de prendre prochainement des sanctions,
25:55 et sans donner également l'impression qu'elle rétablirait son soutien à ce pays.
26:00 – Mais après, on veut tout et son contraire, parce que là, si les sanctions tombent,
26:03 on va dire qu'on va nous parler d'ingérence, et dire que nos pays sont souverains,
26:07 que les Occidentaux ne nous respectent pas.
26:09 Écoutez, c'est toujours la même musique, quand ils interviennent,
26:12 on leur demande de s'occuper de leurs affaires,
26:14 et quand ils n'interviennent pas, on dit qu'ils ont un silence quasi-complice.
26:17 Mais comme on n'a pas beaucoup de temps,
26:19 j'aimerais qu'on s'intéresse au nouveau Premier ministre.
26:22 Ils étaient deux en lice, en tout cas, annoncés.
26:25 On a bien sûr, Succès Massra, et puis Salé, Kebzabo.
26:29 Bon, on parle de lui comme l'opposant historique.
26:31 Alors, j'ai compris que c'est un terme que vous appréciez peu,
26:34 Didriss Débyperre, c'était plutôt… – Oui.
26:37 – Oui, M. Morganine Goran. Qu'est-ce qu'on peut dire de lui ?
26:40 – Alors, Kebzabo… – M. Salé Kebzabo.
26:42 – Kebzabo est journaliste de formation, il a même officié à Jeune Afrique.
26:48 Alors, c'est un, comment dirais-je, c'est un opposant,
26:53 à tout le moins, ce qu'on peut lui concéder, c'est de s'être opposé de façon civile,
26:57 d'un point de vue de la politique politicienne,
26:59 c'est-à-dire c'est quelqu'un qui n'a jamais pris les armes.
27:02 Vous savez, le régime Déby, ou les régimes précédents,
27:05 ont été confrontés à deux types d'opposants.
27:07 D'une part, les civils, d'autre part, les militaires, ou hybrides, les deux.
27:11 Vous avez des gens qui étaient d'abord dans une opposition civile,
27:15 qui se sont transformés en chefs militaires,
27:17 ou les chefs militaires qui ont vu, comme disait Klaus Witz,
27:20 que la guerre et la continuation de la politique par d'autres moyens,
27:23 de se dire que la guerre n'arrivera à rien,
27:25 et que finalement, ils sont devenus des opposants civils.
27:28 Alors, Khemzabou est resté quand même dans cette droite ligne-là,
27:32 même s'il a eu quand même quelques strapotins ministériels,
27:34 il a été député, etc.
27:36 C'est une silhouette qui, pour les observateurs particuliers du Tchad, est familière.
27:40 C'est quelqu'un qui a 65 ans, qui est âgé,
27:43 ça fait peut-être un contrepoids avec le jeune âge du président de la transition.
27:48 Et donc, c'est ce personnage, il semble tout à fait polissé,
27:52 qui est mesuré dans ses propos, qui est courtois,
27:55 qui est peu radical, à qui on a affaire.
27:59 – Monsieur Saleh Khemzabou, ce qu'on peut considérer comme,
28:02 si vous voulez, le contrepoids du régime autoritaire,
28:06 le contrepoids civil du régime autoritaire,
28:08 qui a été le régime de Idriss Déby-Hitno,
28:11 quand vous regardez dans la région, pratiquement,
28:13 que ce soit au Gabon, que ce soit au Congo,
28:15 de Sassoum-Guesso, disons à l'opposé,
28:18 sinon dans l'opposition, il y a toujours eu,
28:21 ce qu'on peut considérer comme des opposants
28:24 qui ont servi à légitimer le pouvoir autoritaire.
28:27 Et c'est ce rôle-là qu'il a joué.
28:28 – Des opposants factices ?
28:30 – Bon, pour moi, en tout cas, des opposants factices,
28:32 parce qu'aujourd'hui, au niveau du cadre du jeu politique
28:36 opposé au pouvoir actuel, il a dit clairement
28:39 que sa nomination est une récompense,
28:41 parce qu'il a toujours été au service de la famille Déby.
28:43 Voilà, c'est comme ça que cela est interprété
28:45 par les acteurs politiques nationaux qui n'ont pas participé.
28:48 – Success Massara aurait été plus légitime à vos yeux ?
28:50 – Éventuellement, parce que, déjà, ce premier ministre
28:52 qui vient d'être nommé, je rappelle qu'aux dernières élections de 2021,
28:56 où il y a eu une plateforme dénommée Victoire
28:58 qui a été mise en place par l'opposition
28:59 pour dégager une candidature unique,
29:01 on a proposé donc des faits primaires
29:03 pour que l'opposition puisse dégager de ses candidatures.
29:06 Il a été battu, en tant que candidat unique,
29:09 il a été battu pour dire qu'aujourd'hui,
29:11 ce titre d'opposant historique, ce titre d'opposant, je dirais,
29:16 bon, chef de file de l'opposition, ne tient pas.
29:19 Parce qu'en 2021, les primaires de l'opposition ont démontré
29:22 qu'ils n'avaient pas ce grade de chef de file de l'opposition.
29:25 Et aujourd'hui, je pense que si on part du principe
29:29 que M. Saleh Kadzabo a été le vice-président de la commission
29:36 qui a été mise en place pour le dialogue national inclusif souverain,
29:40 on comprend qu'il fait partie de ceux qui, dès les premières heures,
29:42 ont donné leur soutien au régime militaire qui a été mis en place.
29:46 On considère qu'il fait partie du, si vous voulez, de la tendance pro-CMT.
29:51 Il aurait été bon, il aurait été bon que le Premier ministre
29:54 sorte de la tendance qui soit plutôt opposée,
29:56 c'est-à-dire ceux qui ont manifesté le lendemain de la mise en place
29:59 de cette commission, de sorte qu'on se retrouve dans une situation
30:02 où, même si le régime militaire nous était imposé,
30:05 il y a quand même l'autre tendance adverse là,
30:07 qui vient faire de contrepoids pour qu'on soit dans une situation...
30:10 - Est-ce que ça aurait été vivable ?
30:13 - Oui, c'est possible.
30:14 Ça aurait été un peu difficile, mais ce que je voulais ajouter,
30:17 c'est que ce n'est pas la première fois que ça se passe ainsi.
30:19 Ce n'est pas la première fois qu'Idriss Déby, père en tout cas,
30:23 excusez-moi, père, parce qu'Idriss Déby, père,
30:25 avait déjà donné le poste de Premier ministre
30:28 à des opposants irréductibles, etc.
30:31 Les choses ne se sont pas passées de la meilleure des manières.
30:34 Bien entendu, s'il y a un dysfonctionnement,
30:36 parce que l'opposant venant, comme l'a dit mon collègue tout à l'heure,
30:40 c'est-à-dire ayant beaucoup plus de légitimité
30:43 concernant le succès Maastricht, etc., avec son parti des transformateurs,
30:46 une légitimité somme toute assez populaire aussi de ce point de vue,
30:50 ou bien une visibilité, une réputation beaucoup plus grande de ce point de vue,
30:54 un contrepoids, une sorte de yin-yang.
30:56 Oui, alors il aurait lui aussi peut-être créé des déçus, n'est-ce pas,
31:00 dans son cas, en lui disant, de toute façon, on a compris que,
31:03 finalement, il part à la soupe.
31:04 - Trahison.
31:05 - Même si, dans les conclusions du DNIS,
31:08 c'était justement d'avoir un gouvernement de réconciliation nationale.
31:12 Vous savez, de deux choses l'une, d'un point de vue,
31:16 on peut se dire que c'est le moins de mal,
31:18 de l'autre point de vue, on peut se dire que c'est la course à la soupe,
31:21 c'est un mélange de crabe, de...
31:23 Vous connaissez l'expression un peu en Côte d'Ivoire.
31:26 Donc, ça s'est déjà fait.
31:27 Moi, je me pose une question.
31:29 Quant à la place de Paimi Padaké, qui lui-même était opposant avant
31:33 et qui a été récupérée comme Premier ministre,
31:36 de se dire que, est-ce que ça va vraiment régler les problèmes,
31:39 ça reste à voir.
31:40 - D'accord. Ce sera le mot de la fin, messieurs.
31:43 Merci de vos interventions.
31:45 On se quitte sur cette citation.
31:47 "La démocratie est fragile comme la dictature",
31:51 de Bernard von Urden.
31:53 Merci de nous avoir suivis.
31:55 Agréable suite des programmes.
31:57 A bientôt, merci.
31:58 (Générique)

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