00:00 glissait à l'oreille, je ne passerai jamais ma vie sans tuer quelqu'un. Je savais que c'était moi qui
00:03 était sur la liste. Il allait finir par arriver à ses fins, c'est-à-dire soit moi je me donnais la
00:09 mort ou soit ça allait arriver d'une manière ou d'une autre. En novembre 2010, j'ai subi ce qu'on
00:15 appelle une tentative de féminicide à la sortie de l'école de mon fils. C'est mon ex-conjoint
00:21 qui est venu avec une arme à feu. C'est né de trois tirs, dont un à la tête, un à l'épaule et un
00:27 dans le pli de laine. La séquelle la plus grave, c'est ce qui a donné une amputation du bras droit.
00:34 Il a été condamné à 20 ans de réclusion criminelle. On s'est rencontrés, moi j'avais 17 ans, lui une
00:43 vingtaine d'années. Au début tout allait bien et la première gifle c'est quand je suis tombée
00:48 enceinte de notre premier enfant. Oui il était alcoolisé, donc on a mis ça sur le dos de l'alcool.
00:54 Je me suis emportée et c'est pas revenu tout de suite, c'est un peu plus tard. Ça a d'abord été
00:59 les paroles. Il y a eu du harcèlement psychologique, du harcèlement sexuel, la subtilisation des papiers
01:04 d'identité, la mise sous indépendance financière. Tout ça s'est instauré petit à petit. J'étais
01:10 sous surveillance et impossible de m'y échapper. Au départ non, parce qu'il ne faut pas oublier
01:19 qu'on est en 2010 et à l'époque il y avait très peu de prise en charge. Effectivement quand je me
01:25 suis rendue à la gendarmerie, à l'époque je n'ai eu absolument aucune prise en charge. J'ai pris la
01:29 décision d'écrire au procureur de la république en expliquant que j'étais en danger, que les
01:34 enfants étaient en danger. Malheureusement ces courriers ont été reçus, lus le 15 novembre 2010
01:42 et malheureusement le lendemain, le 16 novembre, il vient me trouver à l'école de notre fils. Il est
01:48 venu vers moi, il m'a demandé d'embrasser son fils. Il m'a serré la main et il m'a dit "maman,
01:53 papa il a le fusil". Je me savais menacée de mort. Mon fils s'est mis à hurler "attention maman,
01:59 papa il va te tirer dessus". Donc le premier tir je m'en souviens parfaitement mais ensuite ça a
02:04 été black out. J'étais en urgence vitale. J'ai eu de la chance, j'ai eu énormément de chance parce
02:10 que les blocs étaient vides, le chirurgien qui est intervenu était disponible donc ils ont
02:17 pratiqué tout de suite ce qu'il fallait faire. Mais pendant 48 heures j'ai été entre la vie et
02:23 la mort. Ils m'ont transféré dans la nuit au centre hospitalier de Lille et là à nouveau ils ont
02:29 dû pratiquer des gestes d'urgence vitales parce que j'étais à nouveau partie. Et là s'en est suivi
02:35 une très très longue hospitalisation, à peu près cinq mois et demi au centre hospitalier de Lille
02:40 et ensuite j'ai intégré le centre de rééducation de la fondation Opale à Berck où c'est là a débuté
02:47 une toute autre vie. J'y étais du dimanche soir au samedi midi donc pour moi c'était ma maison,
02:58 c'était une sorte de famille. A la fin j'étais quand même une assidue de la salle de sport parce
03:04 que musculairement il a fallu que je me renforce. Il y a le golfe de Saint-Omer qui
03:10 souhaite mettre en place, ouvrir une école en digolfe et ils sont à la recherche de patients
03:17 potentiels. Alors moi je lui ai un peu rayonné j'avoue. Je lui ai dit "bah oui enfin t'es gentil mais je
03:23 tiens pas debout, je suis fatigable, je respire très mal et en plus jouer d'un bras et en plus du
03:29 bras gauche ça me semblait un peu un peu ironique". Et puis j'ai été au-delà de ça. C'est un sport
03:36 qui est accessible contrairement à ce qu'on peut imaginer. Il faut beaucoup de travail, il faut
03:41 du temps, il faut de la persévérance et il faut aimer se faire mal quelque part. Il faut
03:47 beaucoup de mental. Qu'on soit handi ou valide, on joue de la même manière. Je peux participer
03:53 aux compétitions de club. Je suis d'abord et avant tout une golfeuse. Personnellement chez les
03:58 dames Stabelford, haut ranking mondial ou amputée de bras, je suis numéro un. Ensuite chez les dames
04:07 actuellement je suis 19e. L'important de mon témoignage, j'ai accentué vraiment sur le
04:16 parcours judiciaire. J'ai pointé du doigt les lacunes du parcours qu'une victime a affronté et
04:25 elle l'affronte seule. La justice ne rend pas des comptes à une victime, elle rend des comptes à
04:30 une société. Dernièrement j'ai eu l'opportunité de présenter ce parcours à des gendarmes. Des
04:39 référents vifs d'abord sur la gendarmerie de la Somme et ensuite à Rony Soubois, surtout avec
04:48 des référents vifs nationaux. Et ces échanges sont extrêmement riches et constructifs.
04:53 Il ne faut pas avoir peur de franchir un poste de gendarmerie, un poste de police parce qu'il y a
05:04 des référents dans chaque commissariat, dans chaque brigade de gendarmerie. Et si elle ne se sent pas
05:09 à la hauteur, il faut savoir que vous pouvez écrire au procureur de la République de votre
05:17 circonscription. Il y a des associations, il y a plein de numéros de téléphone, notamment le 3919.
05:23 Et une fois que vous faites cette démarche, dites-vous qu'il faut aller jusqu'au bout parce que la
05:27 liberté n'a pas de prix. Et une fois qu'on se libère, c'est long. Il ne faut pas croire que ça se
05:33 déroule comme ça du jour au lendemain. Mais quand on commence à goûter à la liberté, croyez-moi
05:37 que vous vous dites après "ouais, ça valait le coup".
05:39 [Musique]