00:00 Donc le mardi 14 novembre, vous prévoyez de vous voir pour fêter sa réélection, c'est ça le prétexte, entre guillemets.
00:10 Et ce qui se passe, c'est qu'au lieu de dîner au restaurant, ce qui était prévu dans un premier temps,
00:14 il vous propose finalement d'aller chez lui. Vous ne vous doutez de rien à ce moment-là ?
00:19 – Absolument pas, dans le sens où moi je l'ai juste appelé le jour même
00:23 pour lui confirmer ma présence, sans lui demander plus de détails.
00:27 Il m'a tout simplement dit que c'était plus chez lui parce qu'il y aurait moins de monde,
00:33 moins de bruit et qu'il allait cuisiner des faritas.
00:37 – Ça s'était déjà produit d'ailleurs ? Vous alliez chez lui, ça s'était déjà produit ?
00:42 – Je suis passée une fois chez lui parce qu'on allait à un événement,
00:46 il devait prendre quelque chose dans son appartement.
00:51 – Donc vous arrivez en toute confiance, à quel moment vous avez une sorte de pressentiment ?
00:59 Et est-ce que ce pressentiment arrive à un moment particulier ?
01:05 – En fait, ce qui me paraissait bizarre, c'était son envie de trinquer plusieurs fois
01:16 pour que je boive une gorgée, puis une autre gorgée, ça me paraissait bizarre,
01:21 il me disait "mais tu ne bois rien" et…
01:25 – Vous trinquez au champagne ? – Oui.
01:28 – Mais c'est un champagne, une coupe de champagne qu'il prépare dans la cuisine ?
01:33 C'est cela ? – Oui, oui, oui.
01:35 Donc moi j'étais dans son salon, il a préparé les coupes de champagne dans la cuisine,
01:40 moi je ne voyais pas, étant donné que je n'étais pas dans cette pièce-là,
01:44 et il les a apportées sur la table.
01:48 – Quand vous buvez ce champagne, quelque chose qui vous apparaît un peu étrange, c'est ça ?
01:53 – Oui, le champagne n'avait pas le même goût que d'habitude, c'est plus sucré.
02:00 – Et puis il y a un autre élément qui attire votre attention,
02:04 ou en tout cas qui éveille votre attention, c'est la lumière.
02:09 Vous dites qu'il joue avec l'intensité de la lumière dans cet appartement.
02:14 Et vous ne comprenez pas pourquoi ?
02:15 – Oui, donc il se levait, il allait tourner son variateur,
02:19 il mettait la lumière très forte, très forte, ensuite il la baissait tout à coup,
02:26 et j'étais préoccupée de voir ça, je ne comprenais pas pourquoi il faisait ça.
02:32 Et ce sont les médecins après qui m'ont expliqué que pour activer les effets de la drogue,
02:38 comme par exemple en boîte de nuit, avec les thromboscopes,
02:43 on active en fait l'efficacité de la drogue, de cette manière.
02:48 – Pendant tout ce temps, qui dure j'imagine plusieurs minutes,
02:52 le moment où vous commencez à boire du champagne,
02:54 vous avez une conversation normale, vous parlez de quoi d'ailleurs ?
02:59 – Alors, il me parlait, il m'a parlé d'un sujet, je l'ai dit dans mon dépôt de plainte,
03:08 il me disait "est-ce qu'on fait les choses en conscience ou par plaisir ?"
03:17 Je trouvais ça, mais pourquoi il me parle de ça ?
03:21 Il y avait vraiment plein de comportements qui me semblaient
03:24 mais complètement décalés par rapport à la situation.
03:29 Et surtout moi ce qui m'interpellait c'était son insistance à me faire boire,
03:36 son insistance en fait à varier la lumière,
03:41 et ses mots qui me disaient en disant "reste, reste, on va faire la fête".
03:52 – Il avait tout préparé, inscrutablement.
03:58 Vous remarquez quelque chose qui va avoir une importance énorme
04:03 dans la suite des événements, c'est-à-dire que vous remarquez
04:06 lorsqu'il est dans la cuisine, j'imagine à l'endroit où il prépare le champagne,
04:11 qu'il manipule un petit sachet.
04:14 Et qu'est-ce qu'il fait avec ce sachet ?
04:17 – Quand j'étais dans le salon, en fait je l'ai regardé dans la cuisine
04:23 et là je le vois tenir dans ses mains un sachet, tout petit sachet blanc,
04:29 qu'il met dans le tiroir sous le plan de travail.
04:34 Et là, après avoir déjà eu tous ces symptômes, j'ai compris,
04:41 j'ai réalisé qu'en fait il tenait dans sa main un sachet de drogue.
04:46 Et là, j'avais déjà dénausé, mon cœur qui s'emballait.
04:54 Et là je me suis dit "mais Sandrine, sors, sauve-toi, il t'a drogué".
05:00 – Voilà, c'est en voyant cette image que tout ce qui vous paraissait étrange
05:05 depuis plusieurs minutes, d'un seul coup, vous prenez conscience
05:09 qu'il y a un sens finalement à tout ça, que ce n'est pas le hasard.
05:14 Et quand je dis que ça va avoir une importance énorme,
05:16 c'est que quelques heures plus tard, lorsque vous allez porter plainte,
05:20 vous allez dire aux policiers qu'il y a quelque chose sous ce plan de travail,
05:26 qu'il y a cette drogue, et les policiers vont faire quoi ?
05:30 – Oui, j'ai décrit en fait aux policiers l'endroit précis
05:35 où je l'ai vu ranger ce sachet de drogue.
05:38 Et lorsqu'ils ont fait la perquisition,
05:41 c'est effectivement là qu'ils ont retrouvé le sachet.
05:47 – Alors on revient donc dans ce salon, vous êtes là,
05:50 vous comprenez que vous êtes en danger.
05:55 – Oui.
05:56 – Mais il faut trouver la façon de partir.
06:00 Un, la force de partir, et deux, la façon de partir,
06:03 c'est ce que vous vous dites, non ?
06:04 Parce que physiquement, vous êtes comment à ce moment-là ?
06:08 – Je tremble, je suis en sfeur, je comprends ce qui…
06:16 en fait le guet-apens dans lequel je suis tombée,
06:19 et je me dis il ne faut surtout pas que je lui montre un signe de faiblesse,
06:22 donc je prends les dernières forces que j'ai, vraiment un instinct de survie,
06:28 et je quitte l'appartement.
06:32 – En disant quoi d'ailleurs, en prétextant quoi ?
06:34 – Je retourne travailler.
06:36 Et il me suit en fait, et ça a été des minutes épouvantables,
06:44 il me suit sur le palier, dans l'ascenseur,
06:51 il me suit après dans la cour d'immeuble,
06:53 il me suit dans la rue jusqu'à ce que je m'assieds dans mon taxi.
06:58 – Il vous dit quoi dans ces moments-là ?
07:02 – Je ne sais pas, je ne sais pas ce qu'il me dit,
07:05 là j'étais dans un état complètement second, j'avance, je veux me sauver.
07:13 – C'est un instinct de survie là ? – Oui.
07:15 – Parce que cette force, vous ne l'aviez plus en vous ?
07:18 – Non.
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