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  • il y a 3 ans
La députée MoDem Sandrine Josso, qui accuse le sénateur Joël Guerriau de l’avoir droguée à son insu, est venue témoigner ce mardi dans le Live Toussaint.

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Transcription
00:00 Il est 10h sur BFM TV, j'accueille Sandrine Jossot.
00:03 Bonjour.
00:04 – Bonjour.
00:05 – Vous êtes députée de Loire-Atlantique,
00:07 il y a une semaine votre vie a basculé,
00:11 vous prenez un verre avec le sénateur Joël Guerriot
00:15 et vous êtes droguée à l'ecstasie.
00:18 Vous trouvez, on va y revenir longuement bien sûr,
00:20 la force de quitter le lieu où vous vous êtes retrouvée
00:26 et vous évitez peut-être, probablement, sans doute,
00:31 quelque chose de bien plus grave encore, peut-être une agression.
00:36 L'affaire fait grand bruit, merci beaucoup d'avoir accepté.
00:39 Je sais, j'imagine que pour vous c'est difficile de revenir sur tout cela.
00:43 Merci encore d'avoir accepté notre invitation.
00:46 J'ai une toute première question, toute simple,
00:48 comment allez-vous, comment vous sentez-vous ?
00:51 C'était il y a une semaine, tout juste, mardi 14 novembre.
00:54 Comment allez-vous ?
00:56 Aujourd'hui, je me sens toujours sous un état de choc.
01:06 Je me dis que petit à petit, je vais aller mieux.
01:11 Et je prends conscience aussi de ce qui m'est arrivé.
01:18 Je me rends compte que j'ai eu aussi dans cette affaire,
01:24 dans ce malheur-là, beaucoup d'aide, beaucoup de soutien.
01:29 J'ai été tout de suite, d'abord, sauvée par le chauffeur de taxi.
01:37 Et d'ailleurs, je le remercie parce qu'il m'a sauvé la vie,
01:40 je pense à toutes ces victimes qui arrivent dans des endroits
01:45 où il n'y a pas de taxi.
01:47 On ne peut pas repartir en voiture,
01:48 on ne peut pas conduire quand on est dans un état comme ça.
01:51 On va y revenir dans quelques instants.
01:53 Je vais vous demander comment vous alliez,
01:55 parce que ce que vous avez subi,
01:57 je rappelle qu'il y a eu une hospitalisation,
01:59 a été quand même assez rude.
02:02 Je me demandais d'ailleurs si vous aviez encore,
02:04 à l'instant où on se parle, des troubles physiques,
02:06 psychologiques, évidemment, on le comprend,
02:10 mais physiquement, il vous a fallu combien de jours
02:13 pour reprendre, j'allais dire, un état normal ?
02:17 Alors aujourd'hui, je suis sur le qui-vive.
02:19 Je suis tout le temps sur le qui-vive.
02:22 Le bruit, dès que je me retrouve seule
02:24 dans un endroit que je ne connais pas,
02:26 je me mets à paniquer.
02:28 Donc c'est très désagréable, ça m'agace au plus haut point.
02:31 Mais là, je suis dans cet état-là,
02:33 mais je me dis que certaines personnes,
02:35 les victimes qui, eux, vivent un viol derrière,
02:39 mais comment ? Comment ils font pour s'en remettre ?
02:43 Comment ?
02:44 Vous aviez entendu parler de ce qu'on appelle
02:46 la soumission chimique, parce que c'est le terme
02:49 qui est utilisé pour évoquer ce que vous avez subi.
02:53 C'est quelque chose qui était venu jusqu'à vous
02:54 avant la semaine dernière ?
02:57 Oui, comme tout le monde, j'en ai entendu parler,
02:59 surtout pour des contextes plus festifs, en fait,
03:04 dans des bars, dans des soirées,
03:08 mais pas dans des contextes privés.
03:11 Et aujourd'hui, j'ai des témoignages.
03:13 Encore hier soir, j'ai une personne que je connais
03:16 qui m'a dit qu'elle a vécu la même chose
03:18 dans un contexte similaire,
03:20 plus dans un contexte privé, bien évidemment,
03:22 que dans un endroit habituel, qu'on croit habituel.
03:26 Alors, il y a eu une enquête, évidemment,
03:31 une mise en examen du sénateur Joël Coyot.
03:34 D'ailleurs, je crois qu'il y a eu aussi une confrontation
03:37 avec vous vendredi dernier.
03:39 Oui.
03:40 Comment ça s'est déroulé ?
03:41 Parce que j'imagine que c'était pénible pour vous, d'ailleurs,
03:45 de vous retrouver face à lui.
03:46 Très difficile, très difficile.
03:47 Ça a duré combien de temps ?
03:49 Deux heures.
03:52 Comment est-ce que vous avez vécu cela ?
03:54 Je ne pouvais pas le regarder.
03:56 J'étais derrière lui.
03:57 C'était épouvantable pour moi d'être derrière lui,
04:00 de sentir sa présence.
04:03 J'ai pleuré, en fait, tout simplement.
04:06 Est-ce qu'il a exprimé des regrets ?
04:11 Des regrets ? Non.
04:14 Des excuses ?
04:16 Qu'il était désolé.
04:19 Des explications ?
04:22 Oui.
04:24 Qui vous ont paru confuses ?
04:26 Je ne savais pas vraiment de quoi il parlait, en fait.
04:36 Pour moi, ça me paraissait assez lunaire.
04:40 Son chat, on n'a jamais parlé de ça, en fait, ensemble.
04:44 Oui, parce que dans les explications qu'il a pu donner aux enquêteurs,
04:48 c'est qu'il aurait été, en effet, attristé par la mort de son chat,
04:52 une chose dont il ne vous a jamais parlé.
04:54 Alors, si vous le voulez bien, et je sais à quel point ça peut être difficile,
04:58 et je vous remercie encore une fois d'accepter de le faire,
05:01 on va revenir sur ce qui s'est passé.
05:03 Et pour bien comprendre, d'ailleurs, vos relations avec ce sénateur,
05:07 c'est quelqu'un que vous connaissez depuis longtemps, en fait,
05:11 qui est du même département que vous.
05:13 Oui, c'est un sénateur de Loire-Atlantique que je connais depuis 10 ans.
05:15 Avec qui vous avez des relations amicales, cordiales ?
05:19 Amicales, politiques.
05:23 Jamais eu d'ambiguïté ?
05:25 Non.
05:26 Avec cette personne, oui.
05:27 Donc, le mardi 14 novembre, vous prévoyez de vous voir pour fêter sa réélection.
05:33 C'est ça le prétexte, entre guillemets.
05:37 Et ce qui se passe, c'est qu'au lieu de dîner au restaurant,
05:40 ce qui était prévu dans un premier temps,
05:42 il vous propose finalement d'aller chez lui.
05:44 Vous ne vous doutez de rien à ce moment-là ?
05:47 Absolument pas, dans le sens où moi, je l'ai juste appelé le jour même
05:51 pour lui confirmer ma présence, sans lui demander plus de détails.
05:54 Il m'a tout simplement dit que c'était plus chez lui
05:58 parce qu'il y aurait moins de monde, moins de bruit,
06:02 et qu'il allait cuisiner des faritasses.
06:05 Ça s'était déjà produit d'ailleurs ?
06:06 Vous alliez chez lui, ça s'était déjà produit ?
06:09 Je suis passée une fois chez lui parce qu'on allait à un événement,
06:14 il devait prendre quelque chose dans son appartement.
06:18 Donc, vous arrivez en toute confiance.
06:21 À quel moment vous avez une sorte de pressentiment ?
06:27 Est-ce que ce pressentiment arrive à un moment particulier ?
06:33 En fait, ce qui me paraissait bizarre, c'était son envie de trinquer
06:42 plusieurs fois pour que je boive une gorgée, puis une autre gorgée.
06:47 Ça, ça me paraissait bizarre.
06:48 Il me disait "mais tu ne bois rien".
06:53 Vous trinquez au champagne ?
06:55 Oui.
06:56 Mais c'est un champagne, une coupe de champagne
06:58 qu'il prépare dans la cuisine, c'est ça ?
07:02 Oui, oui, oui.
07:03 J'étais dans son salon, il a préparé les coupes de champagne dans la cuisine.
07:08 Je ne voyais pas, étant donné que je n'étais pas dans cette pièce-là.
07:12 Et il les a apportées sur la table.
07:16 Quand vous buvez ce champagne,
07:18 quelque chose qui vous apparaît un peu étrange, c'est ça ?
07:21 Oui.
07:22 Le champagne n'avait pas le même goût que d'habitude.
07:25 C'est-à-dire ?
07:26 C'est plus sucré.
07:27 Oui.
07:28 Et puis il y a un autre élément qui attire votre attention,
07:31 ou en tout cas qui éveille votre attention, c'est la lumière.
07:36 Vous dites qu'il joue avec l'intensité de la lumière dans cet appartement.
07:41 Et vous ne comprenez pas pourquoi ?
07:43 Oui.
07:44 Donc il se levait, il allait tourner son variateur,
07:47 il mettait la lumière très forte.
07:50 Ensuite, il la baissait tout à coup.
07:53 Et j'étais préoccupée de voir ça,
07:58 je ne comprenais pas pourquoi il faisait ça.
08:00 Et ce sont les médecins après qui m'ont expliqué
08:02 que pour activer les effets de la drogue,
08:05 comme par exemple en boîte de nuit, avec les thromboscopes,
08:10 on active l'efficacité de la drogue de cette manière.
08:15 Pendant tout ce temps, qui dure j'imagine plusieurs minutes,
08:19 le moment où vous commencez à boire du champagne,
08:22 vous avez une conversation normale ?
08:25 Vous parlez de quoi d'ailleurs ?
08:27 Alors, il me parlait, il m'a parlé d'un sujet,
08:32 je l'ai dit dans mon dépôt de plainte,
08:36 il me disait "est-ce qu'on fait les choses en conscience ou par plaisir ?"
08:44 Je trouvais ça, mais pourquoi il me parle de ça ?
08:49 Il y avait vraiment plein de comportements
08:51 qui me semblaient complètement décalés par rapport à la situation.
08:56 Et surtout, moi ce qui m'interpellait, c'était son insistance à me faire boire,
09:03 son insistance à varier la lumière,
09:09 et ses mots qui me disaient en disant "reste, on va faire la fête".
09:19 Il avait tout préparé, insurmontablement.
09:25 Vous remarquez quelque chose qui va avoir une importance énorme
09:30 dans la suite des événements ?
09:32 C'est-à-dire que vous remarquez lorsqu'il est dans la cuisine,
09:36 j'imagine à l'endroit où il prépare le champagne,
09:39 qu'il manipule un petit sachet.
09:42 Et qu'est-ce qu'il fait avec ce sachet ?
09:45 Quand j'étais dans le salon, je l'ai regardé dans la cuisine
09:51 et là, je le vois tenir dans ses mains un sachet,
09:55 tout petit sachet blanc, qu'il met dans le tiroir sous le plan de travail.
10:01 Et là, après avoir déjà eu tous ces symptômes, j'ai compris,
10:09 j'ai réalisé qu'il tenait dans sa main un sachet de drogue.
10:13 Et là, j'avais déjà dénausé, mon cœur qui s'emballait.
10:21 Et là, je me suis dit "mais Sandrine, sors, sauve-toi, il t'a drogué".
10:28 Voilà, c'est en voyant cette image que tout ce qui vous paraissait étrange
10:33 depuis plusieurs minutes, d'un seul coup, vous prenez conscience
10:37 qu'il y a un sens finalement à tout ça, que ce n'est pas le hasard.
10:42 Et quand je dis que ça va avoir une importance énorme,
10:44 c'est que quelques heures plus tard, lorsque vous allez porter plainte,
10:48 vous allez dire aux policiers qu'il y a quelque chose sous ce plan de travail,
10:54 qu'il y a cette drogue, et les policiers vont faire quoi ?
10:58 Oui, j'ai décrit aux policiers l'endroit précis où je l'ai vu ranger ce sachet de drogue.
11:06 Et lorsqu'ils ont fait la perquisition,
11:08 c'est effectivement là qu'ils ont retrouvé le sachet.
11:14 Alors on revient donc dans ce salon, vous êtes là,
11:17 vous comprenez que vous êtes en danger.
11:23 Oui.
11:24 Mais il faut trouver la façon de partir.
11:28 Un, la force de partir, et deux, la façon de partir, c'est ce que vous vous dites, non ?
11:32 Parce que physiquement, vous êtes comment à ce moment-là ?
11:36 Je tremble, je suis en sueur,
11:41 je comprends le guet-apens dans lequel je suis tombée,
11:46 et je me dis qu'il ne faut surtout pas que je lui montre un signe de faiblesse.
11:51 Je prends les dernières forces que j'ai, vraiment un instinct de survie,
11:55 et je quitte l'appartement.
11:59 En disant quoi d'ailleurs ? En prétextant quoi ?
12:02 Je retournais travailler.
12:06 Et il me suit en fait, et ça a été des minutes épouvantables,
12:12 il me suit sur le palier, dans l'ascenseur,
12:19 il me suit après dans la cour d'immeuble,
12:20 il me suit dans la rue jusqu'à ce que je m'assieds dans mon taxi.
12:25 Il vous dit quoi dans ces moments-là ?
12:29 Je ne sais pas, je ne sais pas ce qu'il me dit,
12:33 j'étais dans un état complètement second, j'avance,
12:38 je veux me sauver.
12:40 C'est un instinct de survie ?
12:41 Oui.
12:42 Parce que cette force, vous ne l'aviez plus en vous ?
12:45 Non.
12:47 Vous pensiez à quoi précisément dans ces moments-là ?
12:48 Vous avez pensé, je ne sais pas, à quelqu'un, à quelque chose ?
12:53 Vous avez eu une pensée particulière ?
12:59 Mes enfants, je me concentrais sur mon objectif,
13:04 sortir, échapper, échapper.
13:11 Alors vous arrivez à ce taxi,
13:14 et là vous montez dans le taxi,
13:16 et vous vous dites quoi, ça y est, je suis sauvée, j'ai réussi ?
13:23 Je m'assieds dans le taxi, je tremble,
13:30 pendant quelques minutes je ne dis rien,
13:34 j'appelle un collègue,
13:38 et j'envoie un SMS aussi à un autre collègue,
13:42 je lui écris "quelqu'un a mis de la drogue,
13:46 quelque chose dans mon verre, je tremble,
13:49 viens me chercher, j'arrive à l'Assemblée Nationale,
13:52 viens me chercher".
13:54 Et juste au moment où j'arrive à l'Assemblée Nationale,
13:57 je dis au chauffeur de taxi,
14:00 je ne vais pas pouvoir sortir tout de suite,
14:02 parce que je voulais bien attendre que mon collègue vienne me chercher.
14:07 Et le chauffeur de taxi me dit "mais qu'est-ce qui vous arrive ?"
14:11 et je lui explique que quelqu'un a mis quelque chose en verre,
14:16 il me dit "mais c'est qui, c'est la personne qui vous suivait ?"
14:21 Oui, je lui dis oui.
14:24 Et là le chauffeur de taxi a été formidable,
14:27 d'ailleurs je remercie parce qu'il m'a dit "mais ça arrive régulièrement madame ?"
14:32 Je me suis dit "mais c'est pas possible".
14:34 En fait c'est ça, je me suis dit "c'est pas possible que ça arrive régulièrement,
14:37 qu'on laisse les choses faire comme ça".
14:40 Et donc là, j'ai eu la chance d'avoir mes collègues
14:44 qui m'ont écouté déjà, c'est une première chose,
14:49 qui ont appelé directement le SAMU,
14:52 le SAMU est venu me chercher à l'Assemblée Nationale,
14:54 et là dans cet hôpital, ils ont fait vraiment tout le nécessaire,
15:00 et quand j'ai eu les résultats vers 6h30 du matin, 7h du matin,
15:06 j'étais encore complètement en détresse,
15:14 et là j'ai envoyé un SMS à la présidente de l'Assemblée Nationale
15:18 en lui disant "Yael, c'est urgent, c'est important, rappelle-moi".
15:22 Donc elle m'a rappelé, j'étais dans le haut de l'hôpital de La Riboisière,
15:27 je lui ai expliqué ce qui m'est arrivé, et mon Dieu,
15:29 elle a été exemplaire, elle m'a dit "Sandrine,
15:34 je t'envoie le numéro de téléphone
15:37 ainsi que la personne qui va pouvoir te recevoir au commissariat du 7ème".
15:42 Et vraiment je la remercie,
15:44 elle a été d'un grand soutien,
15:48 et c'est aussi parce qu'elle m'a accompagnée,
15:51 et elle m'a encouragée à porter plainte,
15:54 et ça c'est quand même déterminant pour toutes les victimes de ce genre d'empoisonnement.
16:02 - Pourquoi ça vous touche autant ?
16:03 Est-ce que vous avez eu peur à un moment donné qu'on ne vous croit pas ?
16:09 - Non, mon corps parlait,
16:14 je sentais bien qu'il y avait quelque chose d'étonnant,
16:20 faire confiance à son corps dès qu'on sent le moindre goût différent d'une boisson,
16:27 arrêter de boire tout de suite, en parler tout de suite à quelqu'un,
16:31 partir tout de suite et aller se faire faire une prise de sang,
16:37 ça je pense que c'est la première chose,
16:39 et si on peut uriner dans un flacon, immédiatement,
16:45 et porter plainte, le dire tout de suite.
16:48 - Le terme qui a été retenu pour votre plainte,
16:50 "administration d'une substance nuisible à son insu
16:54 dans le but de commettre un viol ou une agression sexuelle",
16:59 c'est un terme un peu technique,
17:01 qui illustre peut-être d'ailleurs aussi le fait que finalement,
17:06 ce fléau est encore méconnu,
17:12 et que la justice doit peut-être encore s'améliorer
17:16 dans la prise en charge de ces victimes.
17:19 - Alors oui, méconnu, finalement, beaucoup de personnes en parlent,
17:24 vous voyez, le chauffeur de taxi,
17:26 maintenant que je m'intéresse à ce sujet,
17:31 j'ai des témoignages d'hommes, de femmes,
17:36 qui m'expliquent ce qu'ils ont vécu,
17:37 l'état dans lequel ils se sont retrouvés,
17:39 ils n'avaient plus de sous-vêtements,
17:41 ils ne se rappelaient plus de rien.
17:43 Donc je pense à toutes ces personnes,
17:47 et tous ces témoignages de victimes,
17:51 vraiment, je peux leur dire, je vais continuer à en parler,
17:55 et surtout, quand vous avez autour de vous une personne
17:58 qui vous fait part de ce genre d'expérience,
18:03 aidez-la, soutenez-la, accompagnez-la
18:05 pour qu'elle aille porter plainte.
18:09 - J'imagine que ça fait une semaine que vous refaites le film,
18:15 que vous revivez tout cela.
18:18 Quel était le but de cette personne, selon vous ?
18:24 - En tout cas, ce n'était pas volontairement de me faire du bien,
18:30 je ne comprends pas, moi.
18:33 Si vous voulez ça, un ami de 10 ans qui en arrive
18:39 dans une situation à me proposer un alcool
18:44 avec quelque chose à l'intérieur,
18:46 me laisser boire ça, ce n'est juste pas possible.
18:50 - Au-delà de l'aspect malveillant, de l'aspect presque judiciaire,
18:58 au-delà de ça, à titre personnel,
19:01 vous avez vécu ça aussi un peu comme une trahison,
19:03 de la part de cette personne ?
19:05 - Oui, vous avez raison, mais aujourd'hui,
19:08 ce n'est pas ça qui m'intéresse.
19:09 Je ne vais pas être centrée sur moi, ça ne m'intéresse pas.
19:11 Par contre, ce qui m'intéresse, c'est tous ces témoignages,
19:17 toutes ces personnes qui ont vécu de près ou de loin,
19:24 tout ça, toutes ces victimes qui aujourd'hui
19:30 ont encore des conséquences de tout ça,
19:32 c'est comment on fait pour les accompagner au mieux,
19:36 pour qu'ils puissent retrouver une vie beaucoup plus sereine
19:40 et qu'ils puissent continuer à vivre, surtout.
19:42 - Mais justement, est-ce qu'aujourd'hui,
19:45 vous avez un doute sur le fait que cette personne
19:51 ait pu faire cela à d'autres femmes ?
19:55 Est-ce que vous vous posez la question ?
19:58 Est-ce que c'est quelque chose qui existe dans votre esprit ?
20:01 - Mais toutes les personnes qui font ça, c'est inadmissible.
20:06 Comment quelqu'un peut faire ça à un autre que lui ?
20:11 - Mais est-ce qu'il y a d'autres victimes ?
20:13 - S'il y en a, qu'elles parlent, ces victimes-là.
20:16 Parlez, parlez, même s'il y a longtemps.
20:21 Mais dites les choses, ne restez pas avec ça à l'intérieur de vous.
20:24 Parce que moi, ce que je ressens aujourd'hui, c'est épouvantable.
20:28 Mais vous imaginez toutes ces personnes
20:30 qui ont gardé ça en elles, en secret ?
20:32 Mais ce n'est juste pas possible.
20:33 Ça, il faut vraiment qu'elles parlent.
20:36 Et je les encourage à parler.
20:38 Et je les félicite aussi. Je les félicite de le dire.
20:43 Pour moi, ce n'est même pas du courage.
20:45 C'est tout simplement une évidence.
20:48 Parlez, et n'ayez pas peur de parler.
20:52 - Vous allez vous engager, donc, pour ce combat.
20:55 À titre de parlementaire, à titre de femme,
20:59 comment imaginez-vous d'ailleurs la manifestation de cette lutte ?
21:07 Qu'est-ce que vous allez faire ?
21:09 - Parler de ce sujet et le rendre beaucoup plus visible.
21:14 Dire que ça peut arriver à n'importe qui.
21:17 Donc ça, c'est vrai, c'est une première chose.
21:20 Sensibiliser, savoir que ça peut arriver dans un lieu privé,
21:25 dans un lieu public.
21:26 Quelles sont les manifestations ?
21:28 Soyez à l'écoute de tout ça.
21:30 Faire de la prévention, ça c'est très important.
21:33 Et puis dans un deuxième temps,
21:34 accompagner les victimes de tous ces empoisonnements.
21:42 Parce que je vous assure que le trauma,
21:45 c'est quelque chose d'horrible.
21:47 - Comment on peut se reconstruire d'ailleurs ?
21:49 - Je ne sais pas comment elles font.
21:52 Je les admire aujourd'hui parce que moi,
21:55 j'ai réussi à m'en sortir.
21:57 Mais pensons à toutes celles et à tous ceux
22:01 qui ont vécu après ça un viol.
22:08 C'est ça qui me préoccupe aujourd'hui.
22:10 Et leur dire qu'il faut vraiment faire tout notre possible
22:20 pour accompagner ces personnes victimes de l'horreur.
22:25 - Il y a une chose qui frappe aussi dans votre histoire
22:28 et dans votre drame,
22:30 c'est le milieu dans lequel tout cela se déroule.
22:34 Trop souvent, on pense que la drogue,
22:38 quelle que soit son utilisation malveillante,
22:41 est réservée à certains milieux sociaux.
22:44 Là, ce n'est pas le cas.
22:46 Et ça montre bien que la drogue touche toutes les couches de la société.
22:51 - Vous avez raison et lorsque...
22:53 - On n'imagine pas, pardon de vous couper,
22:55 mais en gros, on n'imagine pas un sénateur acheter de la drogue,
23:00 en consommer, ça, ça restera à prouver,
23:03 et tenter surtout et droguer une de ses consœurs parlementaires.
23:08 Vous voyez ce que je veux dire ?
23:09 C'est quelque chose qui n'est pas dans un schéma habituel.
23:16 Et pourtant.
23:17 - Oui.
23:18 En fait, c'est tout simplement de se dire que la drogue est partout.
23:21 Il n'y a pas un profil type de personne qui peut détenir
23:26 ou qui peut vouloir droguer quelqu'un à son insu.
23:30 Finalement, c'est partout.
23:33 Parlons-en.
23:34 Définissons quels sont les signaux pour alerter,
23:41 pour que chaque personne, chaque citoyen français
23:44 soit en capacité de détecter les signaux faibles
23:48 et qu'il ait, comme moi, l'alerte de se dire
23:51 "là, il y a un problème et là, aujourd'hui,
23:56 on doit tous être ensemble pour combattre ce fléau
24:01 qui touche malheureusement beaucoup plus de personnes
24:04 qu'on pourrait imaginer".
24:05 - Je vous ai déjà un peu posé la question tout à l'heure,
24:08 mais j'aimerais savoir, vous pensez qu'il faut légiférer différemment ?
24:12 Je suis un peu surpris par, encore une fois,
24:15 le terme de la plainte, "administration d'une substance".
24:17 Est-ce qu'il n'y aurait pas peut-être quelque chose de plus direct
24:21 pour parler de soumission chimique,
24:23 quelque chose qui serait aussi peut-être plus punitif ?
24:26 Est-ce que vous pensez à ça ?
24:27 Peut-être aussi que les auteurs de ces actes se sentent impunis.
24:35 Peut-être qu'il y a un problème de sévérité ?
24:40 - Oui, en fait, il faut que la peur change de camp,
24:44 oui, vous avez raison,
24:46 que toutes ces personnes qui font ces actes malveillants
24:50 aient peur de le faire et mesurent la gravité de faire cela.
24:56 Et ça, c'est une première chose.
24:58 Après, sur le plan technique, par la loi, mais pas que.
25:03 Il faut aussi sensibiliser à ce sujet-là,
25:06 être capable d'aider une personne qui a subi
25:10 ce que vous appelez la soumission chimique,
25:12 c'est tout simplement être droguée,
25:14 il faut parler beaucoup plus simplement,
25:16 parce que ça arrive à n'importe quel âge,
25:19 dans n'importe quelle situation finalement,
25:22 aussi bien dans des lieux publics que dans des lieux privés.
25:24 Et les témoignages de personnes que je reçois aujourd'hui
25:28 décrivent bien tout ça.
25:30 Le chauffeur de taxi me l'a dit,
25:32 les médecins à l'hôpital de la Riboisière m'ont dit…
25:35 - Ça arrive très souvent ?
25:37 - Plusieurs fois par jour.
25:41 - Vous avez entendu la défense de Joël Garriot,
25:47 plutôt son avocat, qui s'exprime et qui dit
25:50 "non mais c'est une erreur de manipulation"
25:52 et il n'y avait aucune intention malveillante ?
25:56 - Franchement, aujourd'hui, je m'occupe de quoi ?
25:59 De me remettre bien, de me remettre de tout ça.
26:05 Je ne m'occupe pas de tout ce qu'il peut y avoir autour de ça,
26:08 je m'occupe de me remettre pour continuer à combattre ce fléau-là.
26:13 Aujourd'hui, c'est que, il n'y a que ça qui m'intéresse.
26:16 Et de toute façon, c'est inadmissible,
26:18 vivre ça, c'est inadmissible.
26:20 Je l'ai vécu, d'accord, mais je ne suis pas venue pour parler de moi,
26:22 je pense à toutes ces victimes qui ont, dans leur mémoire,
26:29 dans leur corps, les conséquences de ces actes malveillants.
26:33 - Il y a beaucoup de colère chez vous ?
26:35 - Oui.
26:38 - Mais cette colère, elle peut aussi être un moteur pour la reconstruction,
26:41 et pour l'après.
26:43 - Oui.
26:43 - C'est ce que vous espérez, peut-être ?
26:45 - Transformer ça en action, pour qu'il y ait le moins possible de personnes
26:53 qui se fassent berner par des personnes malveillantes,
26:59 et qu'on soit tous ensemble, qu'on soit solidaires pour lutter contre ce fléau
27:03 qui a des conséquences dramatiques pour les victimes.
27:09 - Je voudrais préciser, pour conclure notre entretien,
27:13 qu'une association lutte contre la soumission chimique depuis quelques mois,
27:18 ça s'appelle "M'endors pas", et c'est Caroline Darian
27:22 qui est à l'origine de cette association,
27:25 qui elle-même, dans sa famille, a été touchée directement par ce fléau
27:30 qu'est la soumission chimique, "M'endors pas",
27:33 et stop à la soumission chimique, et je tiens à saluer,
27:36 à l'occasion de votre présence, le travail qu'elle fait de son côté.
27:41 Comme vous souhaitez, je crois, poursuivre vous aussi cette lutte,
27:46 je voulais aussi vous le signaler, parce que la mission qu'elle s'est confiée
27:52 est difficile, mais salutaire.
27:54 - Oui.
27:55 - Permettez de le signaler aussi.
27:56 - Oui, c'est remarquable soutenir toutes les victimes,
28:01 toutes les associations effectivement, qui se sont déjà emparées du sujet
28:06 depuis longtemps, et je continuerai ce combat pour les victimes,
28:13 et pour qu'elles puissent se réparer, et pour éviter que ces situations
28:18 arrivent dans notre pays, tous les jours.
28:22 Aujourd'hui, c'est plus acceptable de tolérer ça.
28:25 Merci beaucoup, merci d'avoir accepté de répondre à toutes nos questions.
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