00:00 mais aussi plus largement sur le continent européen, puisque c'est dans ce contexte qu'on a appris hier au même moment qu'un accord
00:05 avait enfin été trouvé au sein des 27. Au terme de trois années de négociations
00:09 aux forceps, l'UE s'est accordée sur un pacte migratoire européen sur l'asile et l'immigration.
00:15 Un nouveau pacte qui propose dans les grandes lignes de remédier aux failles de la politique d'asile européenne actuelle. On en parle avec vous,
00:22 Charlotte Boitio. Bonjour, d'infomigrant, journaliste à l'infomigrant.
00:26 La première question qu'on a envie de vous poser, c'était attendu de longue date, ça a donc été annoncé.
00:32 Concrètement, qu'est ce que cela veut dire au juste ? Alors concrètement, oui, attendu vraiment de longue date, trois ans qu'on négocie
00:38 en Europe pour réformer les règles de l'immigration.
00:41 Le deal européen, à l'heure actuelle, il tourne autour, on va dire, de trois gros points clés. Le filtrage
00:47 des migrants à l'entrée de l'Union européenne, le mécanisme obligatoire de relocalisation
00:52 et la gestion de crise. Que faire quand il y a une arrivée massive en Europe ? Il y a évidemment
00:56 beaucoup d'autres mesures, mais en fait, ce sont les trois axes principaux que l'on pourrait parler d'innovant, vraiment.
01:02 Le filtrage aux frontières, pour nous, ça ne veut pas dire grand chose. Il faut y voir quoi exactement ?
01:06 Alors, le filtrage aux frontières, concrètement, ça veut dire que quand un migrant en situation irrégulière va arriver
01:11 aux frontières de l'Europe, il va devoir passer plusieurs
01:15 contrôles, des contrôles d'identité. On va vérifier notamment qu'il n'est pas affiché comme une personne dangereuse.
01:20 Il va avoir ses empreintes relevées.
01:22 Il va être pris en photo. Enfin, voilà, les vérifications générales. Vous allez me dire "tout ça existe déjà". Oui, la nouveauté, c'est la manière
01:29 de faire, en fait. Toutes ces vérifications vont être faites via des tris et ces tris vont se faire dans des
01:34 centres. Et c'est toute la polémique autour de ces centres, des centres de transit, des centres fermés.
01:39 On voit les images derrière vous, d'ailleurs. Oui, voilà, mais des centres qui existent déjà. Il y en a, des "hotspots", qu'on appelle, mais
01:46 d'autres centres qui vont se construire dans différents pays de lieu, notamment
01:49 Italie, Espagne, Grèce, enfin tous ces pays d'arrivée, qui sont en première ligne, pour accueillir à terme 30 000 personnes. Donc ces centres, en fait, font polémique
01:58 pour certains, comme pour la députée Fabienne Keller, l'eurodéputée française que nous avons eu ce matin au téléphone.
02:03 En fait, tout ça fonctionne très bien. Tout ça est même plus plutôt efficace puisque pourquoi ? Puisque les demandeurs d'asile
02:09 qui peuvent prétendre à obtenir une protection internationale,
02:12 qui fuient un pays en guerre, par exemple, ne passeront pas par ces centres. Une fois le filtrage effectué, ils pourront
02:19 accéder au sol européen et faire une demande d'asile
02:22 classique, on va dire.
02:23 C'est un tri, en fait, qui va séparer, si j'ose dire, les bons demandeurs d'asile des mauvais,
02:28 puisque les "mauvais", ce qu'on appelle des migrants qui n'ont pas de chance d'obtenir l'asile, ou si peu, qui viennent de pays
02:34 dont l'asile est peu accordé quand on arrive en Europe, ces migrants-là vont passer dans ces centres de transit.
02:42 Ils passeront par une procédure d'asile
02:44 accélérée et surtout l'avantage, c'est que comme ils ne sont pas sur le sol européen, en cas de rejet de leur demande d'asile, ils seront
02:50 plus facilement expulsés du sol européen.
02:53 Y compris les femmes et les enfants, d'ailleurs ?
02:55 Oui, voilà, vous me demandiez qui est concerné.
02:56 Évidemment, tout le monde est concerné par ce filtrage aux portes de l'Europe.
03:01 Ça va concerner les personnes qui arrivent à pied, les femmes, les enfants, les familles qui arrivent par exemple par la route des Balkans,
03:06 les gens qui traversent la mer et qui vont arriver par bateau. Ça va même concerner les personnes qui vont réussir à déjouer
03:11 tous ces contrôles, qui vont réussir à rentrer sur le sol européen. S'ils sont interpellés, ils seront reconduits dans ces centres de transit
03:18 à la frontière. Fabienne Keller nous redisait ce matin qu'elle, personnellement, elle veille à ce que les droits humains soient
03:26 assurés, parce que dans ces centres de transit fermés par définition, les ONG s'inquiètent. Est-ce que les migrants vont avoir
03:32 accès à des avocats, à des traducteurs ? Est-ce que les femmes et les enfants vont être séparées des hommes ? Enfin voilà, beaucoup de questions
03:39 autour de ces centres. Il y a aussi ce fameux pacte de solidarité, on l'appelle ainsi. Il y aura une entraide entre Etats pour mieux répartir
03:46 les migrants sur le sol européen ? On a entendu l'Italie immédiatement s'en féliciter forcément.
03:51 Oui, alors c'est évidemment un pacte pour aider les pays comme l'Italie, les pays qui sont en première ligne d'arrivée des migrants, et qui
03:59 instaure un système de solidarité
04:01 obligatoire.
04:03 Alors la nouveauté, c'est vraiment, j'insiste, sur la notion d'obligation, parce que encore une fois, le système de solidarité
04:09 européen, il existe déjà, mais il ne marche pas parce qu'il n'est pas contraignant. Comme les pays ne sont pas obligés
04:13 d'accueillir des migrants et de participer à cette relocalisation, ça ne marche pas bien. Donc les 27, là, ont décidé que chaque pays devra accorder un certain nombre
04:22 de migrants via ce qu'on appelle des relocalisations. S'ils refusent ces relocalisations, ils devront apporter une
04:30 contribution financière. En gros, soit un pays accepte d'accueillir un migrant, soit il devra payer une amende de 20 000 euros
04:38 par migrant non relocalisé.
04:40 Et puis un dernier point, peut-être, les États membres ont également
04:43 décidé de créer un protocole gestion de crise en cas d'arrivée massive. Il faut comprendre quoi aussi là-dedans ?
04:48 Ah oui, alors c'est le fameux "qu'est-ce qu'on fait quand il y a énormément de migrants qui arrivent sur le sol européen ?"
04:53 En un instant T, ce qui est arrivé donc pendant la crise des réfugiés de 2015, et plus récemment pendant la crise de l'homédousa
05:00 au mois de septembre.
05:02 Donc en cas de fort afflux, le PAC va permettre de mettre en place un régime d'exception,
05:07 ce qui inquiète les ONG, c'est-à-dire un régime qui va être moins protecteur pour les demandeurs d'asile.
05:12 Notamment, on va pouvoir rallonger la durée de l'ensemble de rétention pour ces migrants qui vont être envoyés dans ces fameux centres de
05:19 filtrage aux portes de l'UE. Donc évidemment, les ONG sont vent debout contre
05:24 ce pacte. Elles dénoncent un pas de plus vers l'externalisation des demandes d'asile.
05:28 Elles pointent du doigt la fuite des responsabilités de l'UE et elles appellent plus que jamais l'Europe à travailler sur une politique d'accueil
05:36 des migrants et la mise en place de routes sûres et légales pour venir en Europe.