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  • il y a 3 ans

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00:00 Ici Sud Radio, les français parlent au français. Je n'aime pas la blanquette de veau.
00:14 Sud Radio Bercov dans tous ses états.
00:17 Eh bien nous, on n'a pas envie de prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages comme disait Michel Audillard.
00:25 Et il n'y a aucune raison de prendre les agriculteurs pour, je dirais, des vaches à traire et à traire jusqu'à épuisement.
00:33 Hier, hier, avant-hier même, un débat au Parlement européen sur la situation des agriculteurs européens a eu lieu le 17 janvier.
00:41 Sur fond de manifestation, on sait ce qui se passe en Allemagne. T'as vu, aujourd'hui, ils sont à Berlin.
00:47 Manifestation dans toutes les villes allemandes, toutes les autoroutes bloquées, etc. etc.
00:51 On en a très peu parlé, mais là, là on va commencer à en parler beaucoup. Pourquoi ?
00:56 Parce que ça se passe aussi en France. A Toulouse, depuis mardi, plus de 400 tracteurs ont débarqué dans la ville pour exprimer leur colère.
01:05 Et aujourd'hui, jeudi, eh bien écoutez, de nouvelles actions sont entreprises autour de Toulouse.
01:11 Les automobilistes vont devoir s'adapter, plusieurs autoroutes vont être bloquées à partir de 14 heures.
01:17 Alors, de quoi s'agit-il ? Revendications, à commencer par la taxation sur le gazole non routier, le GNR, la maladie hémorragique,
01:27 enfin beaucoup, beaucoup de choses, mais plus largement. On voit très bien qu'il se passe quelque chose.
01:32 Et comme le dit Adrien Saint-Paul, le journaliste Adrien Saint-Paul,
01:37 même les chrétiens démocrates européens, comme les sociaux-démocrates,
01:40 estiment désormais que les lois européennes sur l'environnement ne devraient pas empêcher les agriculteurs d'exister.
01:47 Parce que le problème, il est là, est-ce que les agriculteurs doivent exister ?
01:52 Ou ce n'est plus la peine, il ne sert plus à rien, il faut s'en débarrasser.
01:56 Jean-Paul Pellerasse, bonjour.
01:58 Bonjour, Henri Bercoff.
01:59 Alors, vous êtes journaliste, vous êtes spécialiste de l'agriculture, vous avez été évidemment agriculteur vous-même,
02:04 et on vous a déjà reçu, et toujours avec plaisir, ici.
02:07 Et vous connaissez bien le problème.
02:10 Là, on a l'impression de quelque chose, d'un rejet ou d'un ras-le-bol, là ça fait très longtemps,
02:15 on a l'impression qu'on passe, à tort ou à raison, à la vitesse supérieure, notamment à Toulouse.
02:20 Est-ce le cas ?
02:22 Effectivement, il y a un ras-le-bol, et je pense que les...
02:27 Si vous voulez, quand on fait du syndicalisme, les responsables syndicaux du moment,
02:32 doivent... il faut qu'il y ait une capacité de mobilisation, nous allons le voir.
02:38 Ensuite, il faut qu'il y ait une capacité de gestion de la manifestation,
02:42 et ensuite, il faut qu'il y ait, quelque part, à un moment donné, des résultats.
02:47 Et c'est sur ces résultats qu'il manque.
02:49 Alors justement, Jean-Paul Pellerasse, on va vous faire écouter un sonore très cool, vous avez dû l'écouter,
02:53 c'était à Toulouse, c'était mardi, le représentant régional de la FNSEA est sorti,
03:01 les agriculteurs étaient là, et voici ce qu'on a entendu.
03:05 [Cris de joie]
03:21 Jean-Paul Pellerasse, on l'a bien et distinctement entendu, vendu, vendu,
03:24 qu'est-ce qui se passe par rapport au syndicat, et par rapport à une certaine base, en tout cas ?
03:29 Qu'est-ce qui se passe ? Je suis d'autant plus à l'aise avec ça,
03:31 puisque j'ai moi-même été président du Centre départemental des agriculteurs,
03:36 j'ai éligé à l'époque avec Christian Lambert le CNGA à Paris,
03:40 donc voilà, je suis d'autant plus à l'aise.
03:43 Il y a une espèce de rupture entre la base et les instances syndicales nationales FNSEA.
03:52 Bon, je vais dire, Boris, on ne peut pas manger avec un ministre, un président, un préfet le lundi,
04:00 et aller lui mettre une veine de fumier, ou manifester devant sa porte de mari.
04:04 Voilà un petit peu la synthèse, ce que je pense un peu résumer.
04:09 Et les gens en ont un peu assez de cette congestion, qui finalement devient complaisante,
04:14 et il n'y a plus de résultat, il n'y a plus de résultat.
04:16 Parce que quand vous amenez des gens sur une manifestation,
04:19 les gens viennent une fois, deux fois, trois fois, au bout d'un moment,
04:22 il y a un phénomène du jour, qu'il faut qu'ils ne reviennent pas,
04:24 parce qu'il n'y a pas de résultat, et on ne peut pas promettre des choses qui ne seront pas tenues.
04:31 Voilà, avec des saupoudrages, après on s'évoquera, j'imagine, les raisons de la manifestation.
04:36 Alors justement, je voudrais qu'on les évoque tout de suite, si vous voulez bien,
04:40 parce qu'on va parler aussi de l'Allemagne, Jean-Paul Pélaras,
04:42 mais les raisons des manifestations, les raisons, parce qu'elles sont nombreuses,
04:46 est-ce que vous pouvez nous dire quelles sont les raisons principales, en fait, aujourd'hui ?
04:50 Ce sont, globalement, ce sont les charges.
04:54 Ce sont les charges, et l'Europe, en dehors des pays émergents,
04:58 est en train de devenir trop chère.
05:02 Les charges sont trop élevées, et aujourd'hui,
05:05 c'est le moindes disant social qui l'emporte partout dans le monde.
05:09 Qu'on le veuille ou non, c'est comme ça.
05:11 Je vous cite un exemple, il y a 20 ans,
05:16 la France produisait 400 000 tonnes de pêche de nectarine,
05:20 elle n'en produit plus que 200 000 aujourd'hui.
05:22 L'Espagne, il y a 20 ans, produisait 500 000 tonnes de pêche de nectarine,
05:26 elle en produit 1,5 million aujourd'hui.
05:28 - Ah d'accord, oui, 20 ans.
05:30 - Et du simple au double selon que l'on se situe autour de l'autre du Pyrénées.
05:33 Uniquement cet exemple. Et vous pouvez le dupliquer à l'infini.
05:37 Mais alors c'est quoi ? Vous le dites très bien, et surtout en Europe,
05:41 vous dites qu'on a, et il y a aussi les accords avec le Mercosur,
05:45 la viande qui vient de Nouvelle-Zélande, le lait, etc.
05:50 On en a parlé. Ce qui est étonnant dans cette histoire,
05:53 c'est que la France, qui était LE pays agricole par excellence,
05:56 on va pas revenir, il y a moins d'un siècle, il y avait 50 ans,
06:00 qu'est-ce qui fait qu'aujourd'hui on a laissé faire ?
06:04 C'est ça que je voudrais comprendre, et que vous connaissez sûrement mieux que moi.
06:09 - On a laissé faire, c'est la géométrie variable.
06:14 C'est-à-dire qu'aujourd'hui Arnaud Rousseau s'indigne
06:17 parce qu'il y a des importations et d'éventuels accords bilatéraux
06:20 avec les pays du Mercosur et autres,
06:22 la FNSA, EGT, Maraîchers, dans le milieu de la France,
06:26 c'est très très peu inquiété,
06:29 des accords qui ont été signés depuis 30 ans,
06:32 qui ont régulièrement été signés, par exemple avec les pays du Maghreb.
06:34 Ça on s'en fout, parce qu'on envoyait des céréales par contre au Maghreb,
06:38 alors vous voyez un petit peu, voilà où on en est.
06:40 Bon ensuite, aujourd'hui, qu'est-ce qui pèse vraiment,
06:43 et dans la trésorerie, et sur le moral du monde agricole,
06:47 que ce soit les Allemands, les Français, peu importe,
06:49 c'est le dogme écologique.
06:52 C'est le dogme écologique et toutes les contraintes environnementales
06:55 qui sont imposées, le paysain ne peut plus se retourner.
06:57 C'est impossible.
06:58 Aujourd'hui en France, on ne peut plus produire de cerises,
07:01 parce qu'il y a un produit interdit,
07:03 alors qu'on peut continuer à les produire impunément en Espagne,
07:07 avec ce même produit qui est autorisé là-bas.
07:09 - Ah oui, dans la même Europe, nous faisons partie de l'Union Européenne,
07:12 ce qui n'est pas accepté en France, est légitimé en Espagne, c'est ça ?
07:16 - Bien sûr, mais puis après on ne va pas parler des contrôles sur,
07:20 parfois, sociaux, fiscaux, etc.
07:22 Il y a une certaine, je dirais, amplitude.
07:25 Et tout ça, à un moment donné, ça ne passe plus, c'est mécanique.
07:29 Ça ne peut plus passer, c'est impossible.
07:31 - Dites-moi, quand on dit, parce que d'autant plus je le dis pour les gens qui ne le savent pas,
07:36 et beaucoup ne le savent pas, et moi non plus, je ne le savais pas,
07:38 en Haute-Garonne, on dit que le salaire moyen d'un agriculteur
07:41 est de 6 000 euros net par an.
07:44 C'est-à-dire, moins de 600 euros, enfin, un peu plus de 600 euros par mois.
07:50 Est-ce que c'est le cas ?
07:52 - Vous savez, M. Bercoff, dans le midi,
07:56 il y a beaucoup d'agriculteurs, malheureusement,
08:00 c'est devenu une friche, c'est le pays de la friche maintenant,
08:04 alors que c'était les jardins de l'Europe.
08:06 Il y a beaucoup d'agriculteurs aujourd'hui qui font la circulation dans les écoles,
08:09 ou qui vont pousser les transpalettes chez les importateurs,
08:12 parce qu'ils ont dû plier boutique.
08:15 Vous savez, de 600 euros à la faillite, il n'y a que pas.
08:18 Ce qui attend, malheureusement, beaucoup d'agriculteurs,
08:21 dans des secteurs qui peuvent être totalement différents.
08:24 Vous parlez d'un département, où, effectivement,
08:27 après, vous avez des secteurs qui sont encore un petit peu,
08:31 disons, le nez hors de l'eau,
08:33 mais jusqu'en calme, à cause des charges qui augmentent en permanence.
08:37 Voilà, alors, il y a la loi d'orientation, évidemment,
08:41 c'est ce qui est en train de sortir, tout le monde est en train de parler de ça.
08:45 Mais la loi d'orientation, elle expliquait au type qui gagne 600 euros,
08:48 qui va déposer le bilan d'un zonant,
08:50 il n'en a rien à foutre, de la loi d'orientation agricole.
08:53 Absolument rien à foutre.
08:54 Ce sont des mots. Il y en a eu 6 depuis 1960.
08:57 Bon, allez, on a créé le label rouge, on a créé la SAFER,
09:00 on a fait beaucoup de bruit pour pas grand-chose.
09:02 Et ça, là, on est dans la cogition entre le syndicalisme et l'État.
09:05 Ils vont taper un touche, ils vont dire
09:07 "Attendez un peu, on va vous sortir une loi d'orientation."
09:09 Mais après, derrière, on reviendra de nouveau au point où on en est aujourd'hui.
09:13 - Donc, en fait, quelque part, cette cogition,
09:16 bon, très bien, il la faut, peut-être,
09:18 mais est-ce qu'il la faut pas sur le dos d'un certain nombre d'agriculteurs
09:23 qui, effectivement, se retrouvent la clé sous la pente ?
09:26 Donc, vous dites, les charges d'un côté, Jean-Paul Pelleras,
09:29 et d'un autre côté, la différence de normes entre pays européens.
09:32 Les herbicides, interdits ou pas interdits.
09:34 - Oui, c'est ça. C'est tout à fait ça.
09:36 Dans des domaines très variés, d'ailleurs,
09:39 y compris sur le plan social.
09:41 Vous avez aujourd'hui, si on sort un peu de l'Europe,
09:45 vous avez au Sahara occidental, des gens qui produisent de la tomate,
09:48 ils sont payés 5 euros, voire 5-6 euros par jour.
09:51 Comment vous voulez lutter contre ça ?
09:53 Quand ça arrive sur l'étal, le gars qui a le pouvoir d'achat un peu restreint,
09:57 il voit la tomate à 1 euro qui vient du Maroc,
10:00 et celle qui vient à 2 euros de France,
10:02 il va prendre celle du Maroc, et voilà, c'est la même couleur.
10:05 Donc, vous voyez ce que je veux dire.
10:07 - Donc, ce qui est hallucinant, c'est qu'il n'y a même pas de protectionnisme européen,
10:12 puisque vous avez vous-même montré entre l'Espagne et la France ce qui se passe,
10:16 il n'y a même pas de protectionnisme européen,
10:20 ne parlons pas du protectionnisme français.
10:22 Donc, quelque part, quand même, Jean-Paul Pelleras,
10:25 personne ne le souhaite, et il faut évidemment se battre contre,
10:29 mais quelque part, on a l'impression que
10:31 un certain nombre de la puissance du territoire agricole français,
10:37 et des hommes et des femmes qui le font,
10:40 sont tapassés par profit et perte.
10:42 - On est déjà passé de 10 millions d'agriculteurs,
10:47 bon, c'était une autre époque, après la guerre,
10:49 aujourd'hui, il y en a tout juste 400 000,
10:51 il y a eu une érosion prégnante,
10:53 mais il faut craindre ça, parce que demain,
10:55 on va dépendre, et ça je l'ai dit à votre antenne plusieurs fois,
10:57 on va dépendre demain, quand je dis demain,
10:59 c'est vraiment demain.
11:01 On va dépendre sur le plan alimentaire
11:03 de pays où les écologistes n'iront certainement
11:07 pas faire du zèle pour aller contrôler,
11:10 si vous voyez ce que je veux dire.
11:12 Ce sera la Chine, ce sera l'Inde, ce sera les Etats-Unis,
11:14 et là on n'aura plus rien à dire,
11:16 et on mangera ce qu'on nous mettra dans l'assiette.
11:18 - Surtout qu'on sait comment la Chine et l'Inde,
11:21 et la Russie et autres,
11:23 se foutent éperdument, pardon de la vulgarité du propos,
11:26 mais il faut le dire, des COP 21, 22, 23, 24,
11:29 ou 32, hein, voilà.
11:31 Donc, ce pays agricole fabuleux qu'est la France,
11:36 et bien, on est en train sciemment, quand même,
11:39 je dirais sinon, de le détruire,
11:41 de moins de le fendiller, de l'écarteler, quoi.
11:44 - Il y a en mon sens, trois choses
11:48 qu'il faudrait rapidement intégrer.
11:50 La première, c'est diminuer les charges,
11:53 voire surtout qu'il n'y ait pas une juxtaposition
11:56 de charges nouvelles là-dessus.
11:58 Ensuite, il faut que l'État fasse un choix,
12:02 très clair et très précis,
12:04 entre les souhaits des environnementalistes
12:08 et la nécessité de maintenir une agriculture conventionnelle
12:12 qui est la seule capable de nourrir 3 fois par jour,
12:15 365 jours par an,
12:17 67 millions de Français.
12:19 Et ensuite, bon, il faut aussi que,
12:22 bon, ça je parle pas pour vous,
12:23 mais bon, que certains médias arrêtent de s'acharner
12:25 sur l'agriculture avec des émissions stigmatisantes.
12:28 Voilà.
12:29 - Ça, ce sont ceux qui ne connaissent même pas,
12:32 même pas les grands distributeurs et tout,
12:35 parce qu'ils vont dans certaines officines restauratrices.
12:38 Mais enfin, ça c'est un autre problème.
12:40 Mais juste Jean-Paul Pellera,
12:42 est-ce qu'à votre avis, cette colère peut continuer,
12:45 peut augmenter,
12:47 ou allez, je vais vous poser la question,
12:49 vous personnellement, doit augmenter pour faire pression ?
12:52 - C'est difficile.
12:54 Moi-même, j'ai été syndicaliste à l'époque.
12:56 J'avais fait un peu de prison dans les années 90
12:59 pour avoir manifesté.
13:01 Et c'est très difficile parce qu'il faut tenir.
13:04 Il faut tenir longtemps.
13:06 Et ça, c'est...
13:08 Et les pouvoirs publics, évidemment,
13:10 c'est le vieux du chat et de la souris, ils comptent là-dessus.
13:12 J'ai été admiratif avec ce qui se passe en Allemagne.
13:15 Au début, c'est vrai, on n'y croit pas trop.
13:17 Et puis on regarde ça,
13:18 des dizaines de milliers de tracteurs, c'est incroyable.
13:21 Donc oui, pourquoi pas,
13:22 mais il faut que les syndicats soient solides
13:26 et arrivent à fédérer, mais vraiment,
13:29 et puis arrivent à passer devant et choisissent leur cas.
13:33 C'est les paysans, c'est pas l'État.
13:35 - Voilà, il faut de la cogestion et pas du coquuffiage.
13:38 - Ben voilà, vous avez trouvé la formule.
13:40 - Merci Jean-Paul Pelleras.
13:42 - Merci André d'avoir invité, merci.
13:44 - Merci Jean-Paul Pelleras d'avoir été avec nous.
13:46 Je rappelle que vous êtes journaliste spécialiste de l'agriculture.
13:49 On va se retrouver dans un instant.
13:50 Direction la mer Rouge avec vous, André.
13:52 On va parler des outils et ce qui se passe au Moyen-Orient.
13:55 A tout de suite sur Sud Radio.
13:58 Sud Radio Bercoff, dans tous ses états,
14:00 midi 14h. André Bercoff.
14:02 André Bercoff.

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