00:00 En une semaine, le gouvernement a fait toute une série d'annonces, de promesses.
00:04 Comment les jugez-vous ?
00:05 Alors je les salue, je trouve ça très bien, mais mon beau-père est agriculteur dans le Gers
00:12 et il me dit "j'en ai marre de vivre d'aide, j'ai juste envie de vivre d'un salaire".
00:17 Donc oui, c'est bien les aides.
00:18 400 millions d'euros d'aide d'urgence.
00:21 C'est très bien, mais je pense qu'encore une fois, on n'est pas allé assez loin.
00:25 Les éleveurs aujourd'hui, les agriculteurs veulent une rémunération à la hauteur de leur travail.
00:30 Déjà couvrir leur coût de production.
00:32 Mais les aides ne suffiront pas.
00:35 Moi je pense, et je l'ai poussé en amendement il y a 5 ans lors de EGalim 1 en 2019,
00:40 en disant "pourquoi n'inscrivons-nous pas dans la loi un contrat tripartite ?
00:45 Pourquoi n'inscrivons-nous pas dans la loi un minimum garanti, un prix minimum garanti pour un litre de lait ?"
00:51 C'est-à-dire que les négociations commerciales ne concerneraient pas que les industriels et les distributeurs.
00:57 Les agriculteurs seraient conviés à ces discussions.
01:01 Comment vous expliquez que ce ne soit toujours pas le cas, alors que quand vous le dites comme ça, ça paraît assez évident ?
01:05 Il y a plusieurs choses.
01:06 Depuis des décennies, comme le disait Julien Denormandie, ex-ministre de l'Agriculture,
01:10 il disait "entre les distributeurs et les industriels, c'est un jeu de dupe".
01:14 C'est exactement ça.
01:15 Il n'y a plus aucune confiance.
01:17 C'est que de la défiance permanente.
01:19 Pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas de transparence.
01:21 On est aujourd'hui dans un système où on nous annonce des choses.
01:25 Je prends juste les marques nationales qui sont quand même 70% de l'agroalimentaire en France.
01:30 Les marques nationales en France sont régies par une seule et unique loi, la loi de modernisation de l'économie.
01:36 Le seul pays au monde où il y a une loi qui nous dicte comment il faut négocier.
01:40 Cette loi dit quoi ? Il faut partir d'un tarif général de l'industriel,
01:43 dans lequel on ne sait absolument pas ce qu'il y a, qui est tout là-haut, qui sort du chapeau, je dis souvent,
01:48 et nous, distributeurs, nous devons vendre des services à l'industriel qui va faire une déflation de ce tarif.
01:54 Et les négociations dont on parle du 15 janvier, du 31 janvier ou plus généralement du 1er mars,
02:00 on ne négocie pas une matière première, on ne négocie pas un coût de production, on négocie des services.
02:06 D'où la création de centrales internationales de services qui est un vrai problème.
02:10 Parlez d'opacité, mais est-ce que dans ce problème autour des négociations commerciales,
02:14 il n'y a pas aussi des acteurs invisibles, si je puis dire ?
02:17 - Donc on n'a pas connaissance, mais qui joue un rôle prépondérant en réalité ?
02:21 - Écoutez, à mes yeux, non. Il y a un distributeur, il y a un industriel et il y a un agriculteur.
02:27 Aujourd'hui, on est dans une marche arrière, c'est-à-dire qu'on part d'un prix, on va discuter,
02:32 et l'agriculteur est la variable d'ajustement depuis trop d'années.
02:36 Ce qu'il faut aujourd'hui, c'est protéger le prix du litre de lait, du kilo de cochon ou du kilo de bœuf.
02:43 Et ensuite, l'agriculteur, il va régler les normes, toutes les contraintes administratives dont il parle,
02:51 il va les faire à partir du moment qu'il a un prix, à partir du moment qu'il a un revenu, qu'il lui permette de vivre.
02:56 Et après, nous, le distributeur et l'industriel, même si on se bagarre sur le prix, l'agriculteur est protégé de son revenu.