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  • il y a 3 ans
Nous avons rencontré 3 agriculteurs aubois. Ils nous disent leurs difficultés et ce qu'ils pensent du mouvement actuel. Images : Rédaction L'Est éclair / Réalisation : Mattéo Clochard

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Transcription
00:00 On est producteur depuis 1982, de base avec que des fraises.
00:04 Et puis après on a mes parents diversifier avec des fruits et légumes divers,
00:08 donc des tomates, tout ce qu'on peut faire en maraîchage dans notre région.
00:11 Notre exploitation est en polyculture élevage bio.
00:13 Donc ça fait depuis 1968 qu'on suit un cahier des charges d'agriculture biologique.
00:19 Sur la partie élevage, on élève des vaches chétières.
00:23 Ensuite on produit aussi des veaux de boucherie, des bœufs et des porcs.
00:27 Nous avons un atelier de culture végétale où on produit du blé, de la févrole, du tournesol
00:35 et des céréales pour nos animaux, donc notamment pour nos porcs.
00:38 Je produis des céréales, blé, orge, avoine, des légumineuses,
00:47 veste, lentilles, pois, des fourragères luzernes, du tournesol, du champ,
00:56 tout en bio depuis 26 ans.
00:58 Alors quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez aujourd'hui sur votre exploitation ?
01:04 Nous, les plus grosses difficultés, c'est au niveau de l'élevage,
01:07 où au final le lait qu'on produit avec nos vaches n'est pas suffisamment valorisé à notre goût.
01:13 C'est-à-dire que l'élevage, c'est quand même beaucoup de travail.
01:17 Donc grosso modo, on travaille quasiment tous les jours de l'année.
01:20 On prend une semaine de vacances par an et quelques week-ends
01:24 et ensuite le reste, c'est du travail.
01:27 Donc le lait qu'on produit ne couvre pas toutes les charges de travail qu'on a
01:33 et donc ne valorise pas dignement notre métier.
01:36 Donc aujourd'hui, ce qui est plus compliqué,
01:38 c'est que la partie administrative est de plus en plus lourde, il n'y a pas de secret.
01:43 Et puis aussi le côté management, qu'il faut aussi être chef d'entreprise
01:47 et plus producteur comme on l'était à la base.
01:50 Au moins, les aides à hectare, c'est un peu une aberration.
01:53 Ça pousse à la grande surface, bien sûr, forcément.
01:58 Et la disparition des fermes, il y a un tas de choses à faire.
02:02 J'espère qu'on aura un homme un jour fort et capable pour nous,
02:07 et convaincu pour changer cette politique-là agricole.
02:12 Alors c'est très compliqué quand on fait de la péliculture comme ici.
02:14 On a à peu près une trentaine de produits, même 40 produits différents.
02:20 Donc on ne peut pas être bon dans tous les domaines.
02:22 Et on a des coûts de fonctionnement qui sont beaucoup plus élevés
02:25 qu'un producteur de tomates, par exemple, qui va faire que de la tomate
02:28 dans une serre qui sera vraiment adéquate à ça.
02:31 Il va faire trois fois ou quatre fois plus de rendement que nous.
02:33 Comme beaucoup de mes confrères éleveurs dans le secteur,
02:37 je pense que l'une des grosses questions, c'est de se dire,
02:39 est-ce qu'on continue ou pas l'élevage laitier ?
02:42 Parce qu'en fait, nos fermes continueraient,
02:44 même si on n'avait pas d'élevage, on trouverait des solutions.
02:47 Parce qu'en fait, comme je vous ai dit,
02:49 l'élevage, c'est beaucoup de contraintes, beaucoup de temps
02:52 pour une rémunération assez faible.
02:54 Et donc se pose la question d'arrêter ou pas.
02:56 Donc on importe.
02:58 De toute façon, je pense qu'il n'y a pas le choix.
03:01 Mais par contre, qu'on exige des cahiers des charges précis,
03:06 ça pour moi, c'est inévitable.
03:08 Pour que la concurrence soit un petit peu plus égale.
03:11 On a des successeurs, je ne sais pas comment ils vont faire.
03:14 Mais moi, j'ai deux enfants, j'espère qu'ils seront agriculteurs.
03:18 Enfin, ils feront bien ce qu'ils voudront,
03:20 mais ils seront dans la branche agricole.
03:22 Mais j'espère qu'ils auront la possibilité de faire le travail
03:26 qu'ils ont envie de faire et de continuer.
03:29 Bon, après, voilà.
03:31 Ce n'est pas gagné si on ne change pas.
03:33 De toute façon, on va se morder les doigts.
03:37 Mais bon, rien n'est perdu, on changera.
03:40 Un grand mouvement national qui a aussi bien marché
03:44 dans l'aube qui est en cours au niveau des agriculteurs.
03:46 Est-ce que vous le soutenez ?
03:47 Et si oui, quelle revendication vous intéresse plus
03:50 personnellement par rapport à votre expérience ?
03:53 Alors oui, évidemment, je soutiens à 100% mes confrères.
03:56 La seule chose aujourd'hui, pour soutenir avec eux
04:03 le côté administratif, c'est sûr.
04:08 Mais par contre, le côté où on casse tout,
04:11 je ne suis pas partisan de cette partie-là.
04:14 Ça peut se passer de manière beaucoup plus pacifique.
04:17 Et puis comme ça s'est passé dans l'aube,
04:19 d'ailleurs, il n'y a eu aucune casse.
04:21 Par contre, on voit des régions où ils vident les camions
04:23 qui viennent de l'étranger, où je ne suis pas forcément
04:25 pour cette pratique-là.
04:27 Moi, je soutiens en partie le mouvement de couverture
04:29 des agriculteurs.
04:31 Après, j'ai des revendications propres à moi
04:33 et je ne partage pas forcément toutes les revendications non plus.
04:36 Lesquelles par exemple ?
04:38 Eh bien, moi, personnellement, je revendique l'application
04:42 de la loi EGalim, qui consiste en fait à avoir
04:46 des plus planchers sur les différentes productions agricoles.
04:50 Moi, je serais plutôt aussi pour l'arrêt des traités
04:53 de libre échange avec les pays étrangers à l'Europe.
04:58 Une revendication plus propre au bio,
05:00 c'est donc là encore avec la loi EGalim,
05:03 c'est le respect des 20% de bio dans les cantines scolaires
05:07 et la restauration collective.
05:10 Or, actuellement, on n'est qu'à 7%.
05:12 Et en fait, aujourd'hui, la bio connaît une grande crise
05:15 qui a quasiment pas de précédent en fait.
05:18 Et c'est vrai que l'application stricte de cette loi
05:20 permettrait de valoriser nos productions bio.
05:22 Une grogne que vous partagez ?
05:24 Non, je ne comprends pas bien la grogne de ces réuniers surtout.
05:30 C'est sûr que s'ils sont en solidarité avec les éleveurs
05:35 et les maraîchers, pourquoi pas ?
05:38 Mais en tant que céréalier moi-même en bio,
05:41 moi, je ne me plains pas.
05:42 Même si on passe actuellement avec une petite crise,
05:46 on en a eu d'autres.
05:48 Donc, vous vous sentez plutôt privilégié en tant que céréalier
05:51 contrairement à d'autres agriculteurs et d'autres branches de l'agriculture ?
05:54 Oui, on est assez privilégié.
05:56 Les éleveurs, les maraîchers, beaucoup de filières souffrent.
06:01 Effectivement, il faut changer de système.
06:03 Je pense que les revendications actuellement,
06:07 on est à côté de la plaque.
06:09 Il y a autre chose qu'il faut changer.
06:11 [Musique]
06:22 [SILENCE]

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