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  • il y a 3 ans

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00:00 - Merci d'avoir été là. - Merci pour cet échange.
00:03 - On va passer tout de suite aux invités du soir et un témoignage très fort.
00:05 - Merci à vous tous. - On va recevoir Mostafa Salah pour un témoignage poignance.
00:08 Mostafa, c'est le chauffeur de taxi qui a été pris en otage par le terroriste de l'attentat du marché de Noël en décembre 2018.
00:13 Un attentat qui a fait 5 morts et 11 blessés.
00:15 Il a décidé de se raconter son histoire dans un livre avec l'excellent Frédéric Ploquin qui va être avec lui.
00:19 Vous allez voir cette histoire, je vous le dis, vous allez être dans une fiction.
00:23 On va rentrer là 15 minutes dans une fiction.
00:25 C'est un truc de fou. Regardez l'extrait du JT et ils seront avec nous juste après. Merci.
00:31 Ce soir-là, dans ces rues autour du marché de Noël de Strasbourg, un terroriste fait 5 morts et 11 blessés.
00:38 Quelques centaines de mètres plus loin, le destin de ce chauffeur de taxi va croiser celui du terroriste.
00:44 Shérif Shekat s'engouffre dans le taxi et force Mostafa Salah à démarrer.
00:49 Durant 15 longues minutes, Mostafa Salah imagine toutes les fins possibles. L'accident, la fusillade, la bombe.
00:55 Le chauffeur de taxi fonce prévenir la police qui trouvera et tuera le terroriste deux jours plus tard.
01:02 Merci d'être avec nous. Merci à vous deux. Merci Mostafa d'être là.
01:06 Chauffeur de taxi qui a conduit le terroriste de l'attentat de Strasbourg. C'est un truc de fou.
01:10 Merci en tout cas d'être avec nous et merci de vouloir témoigner ce soir.
01:13 Merci à l'excellent Frédéric, Frédéric Ploquin qui vient de voir souvent Frédéric, grand reporter.
01:17 Il se livre aux éditions Plouf et incroyable. 15 minutes pour sauver ma vie.
01:21 Là, vous allez être dans 15 minutes d'un récit incroyable. Frédéric, comment vous êtes rencontré avec Mostafa déjà ?
01:28 On a un certain nombre d'amis communs. On s'est découvert un certain nombre d'amis communs.
01:32 La plupart sont policiers. Parce que Mostafa, chauffeur de taxi, ancien vigile de boîte de nuit, connaît énormément de policiers à Strasbourg.
01:39 Et moi, je travaille sur la police depuis 40 ans. Donc déjà, ça nous a fait des passerelles, on va dire.
01:44 C'est comme ça qu'il est arrivé vers moi. On l'a recommandé et nous nous sommes rencontrés.
01:48 Et j'ai commencé à faire parler, à écouter Mostafa. Et en fait, il a accouché de ce récit absolument incroyable, de ce huis clos.
01:55 Qu'est-ce qui a fait l'état Mostafa quand vous l'avez rencontré ?
01:57 Écoutez, j'ai l'impression que ce livre lui a permis pour la première fois, parce qu'en fait, il s'est terré après l'attentat.
02:03 Ça a été très difficile pour lui. Ça a été une période beaucoup plus compliquée qu'on imagine.
02:07 Quand on est pris en otage comme ça pendant 15 minutes, on n'en sort pas indemne.
02:12 Il s'est terré, d'autant que vous le verrez en lisant le livre, c'est grâce à lui que le terroriste est identifié.
02:17 Donc à partir de là, et en même temps, la police ne le protège pas forcément comme il faut.
02:23 Donc bref, il y a eu quatre ans très, très difficiles pour lui.
02:26 Et là, je pense qu'à travers ce récit, c'est aussi celui d'une reconstruction.
02:33 Mais avant tout, moi, ce qui m'a scotché, c'est ce face à face, ce huis clos, finalement, entre un républicain,
02:39 parce qu'entre deux musulmans aussi, il faut le dire, parce qu'ils sont tous les deux musulmans de manière différente.
02:44 L'un est républicain, l'autre est assez anti-France, celui qui s'assoit derrière lui, qui s'installe de force dans son taxi
02:50 et qui le prend en otage et qui très rapidement, clac, lui met comme ça une arme dans le dos derrière.
02:55 Justement. Justement.
02:56 Moustapha est costaud, solide, mais justement.
02:58 15 minutes pour sauver sa vie, pour sauver ma vie, mais c'est pour sauver sa vie.
03:03 Pour sauver sa vie, pour sauver nos vies, parce que j'estime que le combat de Moustapha à ce moment-là dans ce taxi,
03:09 ce qu'il fait pour essayer de neutraliser cet homme, c'est aussi pour nous sauver, nous.
03:13 Parce que l'homme, l'individu en question, a pour objectif d'aller au commissariat de Strasbourg et de tuer le maximum de policiers.
03:19 – Moustapha, vous avez conduit le terroriste de l'attentat de Strasbourg, de cela, c'est l'histoire de votre livre.
03:24 C'était juste après qu'il ait commis l'attentat du marché de Noël.
03:26 – Oui. Donc, je suis dans son sillage, je suis la dernière personne avec qui il va échanger.
03:37 Et il venait de tuer la dernière victime qui était un touriste thaïlandais qui visitait Strasbourg,
03:45 qui était venu pour visiter Strasbourg.
03:47 Et donc, quand moi j'arrive sur cette place-là, il était caché derrière une camionnette,
03:54 en train d'attendre.
03:56 Et moi, une fois que mes clients sont descendus, ils ont laissé la porte arrière ouverte.
04:03 Et d'un seul coup, je vois un individu arriver avec un regard noir, la main dissimulée sur sa veste.
04:11 Il arrive, il s'installe dans la voiture, il ferme la porte, il me dit "dépêche-toi de rouler, vite,
04:15 ramène-moi dans un quartier qui était à proximité de Strasbourg, qui s'appelle Nudorf".
04:19 Et donc moi, je vois, j'ai quand même une expérience, cette fibre, autant qu'à l'époque,
04:25 dans une autre vie, j'étais physionomiste, mais aussi karatéka,
04:29 donc je connais ce genre de type, comment leur réaction.
04:33 Et je me suis dit "celui-là, il est pour moi ce soir".
04:36 Et la masque qu'il avait en dessous de sa doudoune, pour moi, c'était un sac qui venait sans doute
04:43 piquer un touriste américain ou anglais.
04:46 Et je me suis dit "bon, c'est pas grave, je vais l'amener plus loin et je vais m'expliquer avec lui, j'ai l'habitude".
04:52 Et donc il était très agressif, il bougeait dans tous les sens et en même temps, il transpirait.
04:59 Et ça m'interpelle, et tout de suite, je me suis dit "bon, je vais démarrer".
05:03 Et donc, lui, il me demande de rouler très très vite.
05:07 Et je lui dis "je peux pas, doucement, parce qu'il y a beaucoup de gens, c'est une place, elle est noire de monde".
05:15 Et j'essaie de comprendre, j'essaie d'essayer de décortiquer ce problème-là.
05:19 Qu'est-ce qu'il a, pourquoi il demande de rouler vite.
05:23 Et à un moment, c'est lui qui fait l'itinéraire, et à un moment, il me dit "bon, monsieur, donnez-moi votre adresse".
05:29 Et il me dit "non, non, je ne vous donne pas mon adresse, mais roule, je vais te guider".
05:34 Et donc on prend une route, et on commence à rouler, une grande route qui est droite.
05:40 Et on commence à rouler à ce moment-là, et il me dit "tu parles l'arabe ?"
05:45 Je dis "non, non, moi, je parle l'arabe, oui, bien sûr, mais..."
05:49 Et il me dit "est-ce que tu es musulman ?"
05:54 Je dis "oui, oui, je suis musulman".
05:55 Il me dit "ok, d'accord, roule".
05:57 Et je dis "je vois qu'il t'est pas bien, qu'est-ce qu'il se passe ?"
05:59 Il me dit "j'ai rien à te dire, tu roules, si tu veux rouler, tu roules".
06:03 Et donc on est à peu près à 200 mètres de là où je l'ai pris.
06:07 Et il m'annonce une patate chaude en me disant "je viens de faire un attentat à Strasbourg,
06:11 je viens de tuer 10 personnes, je crois que j'ai tué des musulmans,
06:15 j'ai tiré sur des militaires, je crois que j'en ai aussi tué des militaires, je suis blessé".
06:19 Il me dit "à partir de ce moment-là, tu vas aller plus nulle part, tu vas rester avec moi".
06:23 On va aller mourir ce soir ensemble, et donc il me met l'arme en dessous.
06:27 Il me dit "fais le malin, je t'allume".
06:29 "Calme-toi, range ton arme, d'accord, moi je suis là, je vais t'aider,
06:34 je vais faire mon maximum, je vais te permettre l'ordre que tu veux".
06:37 Il me dit "vas-y, roule".
06:39 Donc on roule, il commence à revendiquer par rapport à ce qui se passe en Syrie, en Irak,
06:44 et dans les autres pays, et il me dit "est-ce que tu es d'accord avec eux ?".
06:48 Je lui dis "d'accord avec qui ?", il me dit "oui, avec eux, c'est mes créants".
06:52 Je dis "non, non, moi je ne suis pas d'accord avec eux, j'ai rien à être d'accord avec eux".
06:59 Il me dit "si, si, ça se voit que tu es d'accord avec eux".
07:02 Je dis "non, non".
07:04 Et donc je continue, et à un moment, il commence à poser d'autres questions,
07:10 disant "est-ce que je fais mes prières, est-ce que je fais mon Ramadan,
07:14 est-ce que je pratique correctement mon islam ?".
07:19 Et je lui dis "oui, moi je n'ai pas de problème, je pratique mon islam,
07:22 on intégrerait l'un l'autre, on s'ensemble, donc moi je n'ai pas de soucis à ce niveau-là".
07:30 Et donc on fait ce circuit-là, et je vois qu'il transpire, qu'il n'est pas bien,
07:38 il me montre sa main gauche, là où ça saigne,
07:41 parce qu'elle a été touchée auparavant par des militaires.
07:45 Et on arrive pas très loin du commissariat, il reste à peu près 900 mètres du commissariat,
07:51 il me dit "tu tournes à gauche, tu ne peux pas y aller tout droit,
07:55 tu prends à droite et tu vas direction le commissariat, et on va au commissariat".
07:59 Et je me suis dit "si il va au commissariat, c'est là pour finir le travail".
08:05 Donc moi je me suis fixé une règle dans ma tête, j'ai dit "s'il veut aller tuer du policier,
08:10 on va se jeter tous les deux dans un canal qui passe juste à côté du commissariat, et je vais en finir".
08:15 Il y a une pression, au fait, quand on est dans un avion de chasse,
08:19 on n'est pas prêt à être là-dedans,
08:24 il y a tellement d'informations qui arrivent en même temps, sous arme,
08:27 et je me suis dit "à un moment, si les policiers arrivent, on sera éliminés tous les deux".
08:33 Donc c'est quelque chose aussi qui m'interpelle, c'est quelque chose qui est juste dans un coin de ma tête.
08:40 Et à ce moment-là, il a mal.
08:45 Il reste à peu près 700 mètres du commissariat, il a mal.
08:49 Il commence à hurler en me disant "j'ai mal, il faut que tu me soignes, tu as de quoi me soigner".
08:55 Je lui dis "oui, oui, pas de problème, où est-ce que tu veux que j'aille ?
08:59 À droite ? À gauche ? Je continue ? Non, non, d'abord tu vas me soigner, après on y va au commissariat".
09:02 Et donc on s'engouffre dans une ruelle, et là on avance,
09:07 et à un moment je fais une marche arrière, je me pose,
09:10 et donc il y a une conversation qui se fait à l'intérieur, qui est assez dure,
09:15 et elle est racontée dans le livre, je laisserai découvrir dans le livre,
09:20 et à ce moment-là, le téléphone sonne, et c'est un ami à moi qui m'appelle.
09:27 Il me dit "où est-ce que tu es ?" Je lui dis "écoute, je suis avec mon dernier client, je vais encaisser,
09:32 et j'arrive et je te ramène la voiture".
09:34 Et je lui dis "oh, t'es terroriste ? Voilà, moi je ne peux pas rester avec toi,
09:37 je dois y aller, je dois ramener la voiture à mon collègue, et je te laisse là".
09:42 Il me fait descendre de la voiture, il me met l'arme sous le ventre,
09:46 il me dit "tu fais le malin, je t'allume. Avec quoi tu vas me soigner maintenant ?"
09:50 Je lui dis "je sors un paquet de mouchoirs, de l'eau".
09:53 Donc j'ai le réflexe de lui mettre sur le bras, là où il saigne,
09:57 comme ça je sais qu'en tant que karatéka, quand quelqu'un est touché quelque part,
10:03 et là il est concentré sur la douleur, et je me suis dit "je vais appuyer là où ça fait mal".
10:10 Et donc je vois cette masse là, où je ne bouge pas,
10:15 je dis "Moustapha n'y va pas trop parce que sinon ça va exploser,
10:19 parce que dans le circuit ils me parlent de grenade".
10:23 Je lui pose la bouteille d'eau, le paquet de mouchoirs,
10:27 à un moment d'inattention, il rebaisse l'arme au niveau de sa ceinture,
10:33 commence à prendre les mouchoirs, et je dis "ça va, je vais te laisser là".
10:36 Et au moment où il prend, ça dure deux secondes, je monte dans la voiture,
10:41 j'accélère et je pars.
10:43 Je fais à peu près 150 mètres, je me retourne, je vois qu'il est en train de prendre les mouchoirs,
10:48 je prends la direction du commissariat, je fais le 17, le 17 ne répond pas,
10:52 direction du commissariat, je toque, j'arrive, parce que le rideau était fermé,
10:57 il y avait une alerte, et je donne les informations de ce type là.
11:02 Ça dure à peu près dix minutes, dix minutes après, ça commence à tirer dans tous les sens à l'extérieur,
11:07 et au fin de compte, il s'est nettoyé, il était en train de revenir par un chemin
11:11 qui est assez secret, en dessous de l'autoroute,
11:16 et là il a été intercepté par deux policiers quand ils ont entendu mon appel,
11:21 et derrière il y a eu des échanges.
11:25 Voilà l'histoire à peu près.
11:29 - J'ai discuté 40 heures avec lui pour reconstituer l'histoire,
11:35 donc là vous en avez un petit aperçu.
11:39 Juste une chose qui est intéressante je trouve, c'est qu'effectivement il arrive au commissariat,
11:43 c'est lui qui donne les éléments, il ne connaît pas le nom de ce terroriste,
11:49 et d'ailleurs on ne le nomme pas dans le livre, c'est volontaire,
11:54 Moustapha n'a jamais voulu lui donner un nom, parce qu'en fait il ne veut pas lui donner une existence,
11:58 il ne veut pas que le terroriste, il a raison, devienne le héros,
12:01 comme c'est arrivé dans un certain nombre d'attentats connus.
12:04 - Vous lui avez demandé son prénom ?
12:06 - Non, au fin de compte, une chose que j'ai compris, c'est que je n'ai jamais contrarié un adversaire,
12:10 parce que je sais comment ça fonctionne, et surtout quand c'est juste de trouver une solution.
12:14 Donc c'est d'abord observer, analyser et réagir.
12:19 Ça je sais faire.
12:21 Mais à aucun moment je devais le contrarier ou lui faire la morale.
12:26 Un, le primo, c'est rester longtemps avec lui, c'est s'exposer avec les policiers,
12:32 qui sans doute à un moment vont arriver, qui vont avoir l'alerte en disant qu'il est monté avec un chauffeur de taxi,
12:38 il est parti avec un taxi, et pour moi il faut que je me débarrasse le plus vite de ce type-là.
12:43 Plus je suis exposé, plus la mort est au bout.
12:47 - C'est ça qui est terrible dans le huis clos, c'est que par exemple,
12:49 normalement vous vous dites "la police va venir me sauver", mais là ce n'est pas ça,
12:53 parce que lui il est dans sa voiture, il conduit doucement, il se dit "si la police arrive, qu'est-ce qu'il va faire ?"
12:57 Lui il va sortir son ring, il va leur tirer dessus et on va mourir tous les deux.
13:00 Donc tout le long, c'est un face-à-face, et à un moment donné on passe devant la grande mosquée de Strasbourg
13:03 et le terroriste lui dit "fais ta prière maintenant, tu vas mourir".
13:06 Il y a une espèce de tension comme ça qui monte, et à la fin, il va pouvoir grâce à quelques petits indices
13:12 permettre à la police d'identifier ce terroriste, donc il va être retrouvé un peu plus tard,
13:16 on ne va pas tout raconter maintenant.
13:18 Et ce qui m'a beaucoup troublé dans le récit qu'il m'a fait,
13:22 c'est qu'après avoir apporté sur un plateau le terroriste à la police,
13:27 il va se retrouver, alors est-ce que c'est parce qu'il est arabe, j'en sais rien,
13:31 mais le lendemain, il va se retrouver dans la situation quasiment de suspect,
13:36 et ça je pense que c'est quelque chose qui a beaucoup contribué à le casser.
13:40 - Ça c'est ça qui est fou, Moustapha.
13:42 - Moi je trouve que c'est... oui.
13:43 - Ça qui est incroyable, si vous nous rejoignez à 21h09, on est en direct,
13:46 vous êtes passé de témoin, vous étiez en témoin, victime, et après suspect.
13:54 C'est ça qui est incroyable.
13:56 Racontez-nous ça, parce que c'est fou.
13:58 - Et en fin de compte, moi j'étais dans un désarroi complet,
14:01 quand j'étais au commissariat, j'arrive à 20h15 jusqu'à 5h du matin,
14:08 je repars chez moi, le lendemain...
14:10 - Tout seul ? - Oui, tout seul.
14:12 - Pas accompagné, tout seul dans la nuit, au volant de son taxi,
14:15 déjà c'est un petit peu curieux comme façon de traiter les victimes.
14:19 - Et donc, une fois arrivé à la maison, le lendemain je suis assailli de journalistes.
14:24 Et je décide de partir de chez moi, et y aller chez la famille,
14:30 et à ce moment-là, moi j'étais pas bien, j'étais vraiment, si vous voulez,
14:34 dans un état second, parce qu'on n'est pas préparé à ça, surtout.
14:39 Et je demande de l'aide, justement, s'il y a une cellule de crise,
14:45 justement pour s'y rendre, parce qu'il y a des psychologues, des psychiatres,
14:48 et donc on m'oriente vers des psychologues et des psychiatres,
14:51 ça se passe très très bien, sauf que le psychiatre, il en a dit d'oui,
14:56 que j'avais besoin de la sécurité, j'avais besoin d'être entouré en sécurité,
15:00 étant donné que le terroriste il est toujours dans la nature.
15:04 Et à ce moment-là, on m'oriente vers le commissariat, vers le chef de la police,
15:09 afin de pouvoir me mettre à disposition une protection,
15:13 et aussi m'aider justement pour ma famille, etc.
15:19 Les choses ne vont pas se dérouler, quand j'arrive,
15:21 je suis de nouveau réinterrogé par la police,
15:25 et donc là c'est plus la police de Strasbourg judiciaire,
15:29 c'est la police anti-terror qui arrive,
15:32 et là, ils me disent, avec le circuit que vous nous avez donné hier soir,
15:38 il y a quelque chose qui ne va pas, on ne comprend pas,
15:42 on va recommencer de toi à zéro.
15:44 – En gros, c'est un policier qui arrive de Paris,
15:48 qui n'a pas vécu la nuit avec eux, qui ne l'a pas interrogé la veille,
15:51 qui dit "c'est troublant votre histoire, peut-être qu'en fait vous attendiez",
15:55 en fait il pense dans sa tête que peut-être il attendait le terroriste
15:58 à l'endroit où il était garé.
15:59 – Et donc c'est là où se passe un espèce de renversement de situation,
16:03 qui va rendre la vie très difficile pour M. Macron.
16:07 – Le film est trop beau pour être vrai, comme on dit.
16:10 – Exactement, donc il y a un truc.
16:12 – Il finit son circuit mortifère, il arrive, il trouve le taxi,
16:15 il monte, c'est une Mercedes noire, on ne sait pas qui est là-dedans,
16:18 s'il y en a plusieurs, si les armes sont pleines,
16:21 le coffre est plein d'armes, donc on ne sait pas.
16:24 Et c'est normal, la critique, voilà, mais ils ont le droit de faire leur travail,
16:31 c'est normal, mais sauf c'est qu'entre témoin et victime,
16:36 il y a deux séparations, et là j'étais vraiment une victime,
16:40 et j'avais besoin d'un soutien, d'une assurance,
16:44 et finalement je pars, mais très très loin,
16:48 mais ça c'est dans le livre, j'en parle, qu'est-ce qui s'est passé après ?
16:52 – Vous avez cru mourir ou pas ?
16:54 – Ah oui, moi j'ai dit au revoir à mes enfants,
16:58 moi j'ai fait la prière avant de mourir, à trois fois,
17:01 et je voyais ma famille défiler quand il m'a annoncé…
17:04 – Vous avez envoyé des messages à votre famille ?
17:06 – Non, non, c'est dans son mental, il n'arrête pas de parler le gars derrière,
17:11 c'est un moulin à parole, et pendant ce temps-là,
17:14 Moustapha essaie de se concentrer, il fait ses prières,
17:17 il revoit défiler son fils, sa fille, d'ailleurs il a un fils policier,
17:21 il voit un peu défiler tout le monde, il dit au revoir,
17:24 en fait il pense qu'il va mourir, parce qu'il ne voit pas l'issue,
17:27 il n'y a pas l'issue de ce huis clos à ce moment-là, il voit bien,
17:30 et puis ce qui est terrible je trouve, je veux dire aussi bien,
17:33 je disais tout à l'heure Moustapha c'est un républicain,
17:35 et derrière il a quelqu'un qui déteste toutes les valeurs de la France,
17:38 et qui le dit, et qui essaie de lui… et qui le teste,
17:41 et qui lui dit "mais tu penses comme moi"
17:42 – Bien sûr, il ne pouvait pas le contredire.
17:43 – Voilà, il ne pouvait pas le contredire,
17:44 donc c'est assez compliqué de ce point de vue-là aussi,
17:46 c'est ça sa face.
17:47 – Merci Moustapha, merci Frédéric Ploquin,
17:49 15 minutes pour sauver ma vie, merci d'avoir été avec nous tout de suite,
17:51 c'est le moment d'aller à la salle,
17:52 on aura le scoop de Paul Ska la semaine prochaine,
17:54 ce n'est pas ouf non plus.
17:56 [Rires]
17:58 [Applaudissements]
18:00 - Oh la vie de pute ! - Oh la vie de pute !