00:00 Et avec nous pour en parler, Karine Duc, coprésidente de la Coordination rurale du Lot-et-Garonne,
00:03 Paul De Vidaire, membre du Conseil d'administration du Syndicat Jeunes Agriculteurs,
00:07 Bruno Jeudy et Gaëtan Mellin, chef du service Éco de BFM TV.
00:11 Gaëtan, juste pour qu'on se remette un peu, qu'est-ce que les agriculteurs ont obtenu ?
00:15 Qu'est-ce qui a été promis par le gouvernement ?
00:17 Alors, ce qui a été promis et qui est en train d'être mis en place,
00:21 tout d'abord la fameuse taxe Génère, la taxe sur le gasoil non routier.
00:25 Le guichet pour se faire rembourser a été ouvert et la procédure est en cours.
00:31 Autre mesure en place également, les procédures d'indemnisation contre la MHE,
00:37 la maladie hémorragique épisodique, qui a concerné un certain nombre de bêtes.
00:45 Le déploiement du fonds d'urgence aussi pour la Bretagne, qui a été impacté par deux tempêtes.
00:51 Et puis, dans le cadre de la loi EGalim,
00:53 le gouvernement a annoncé qu'il y avait 124 procédures en cours.
00:58 Alors attention, ce sont des procédures,
01:00 puisqu'il nous précise que ces irrégularités peuvent encore être corrigées.
01:05 Et puis, il y a bien évidemment toutes ces consultations autour du projet de loi agricole,
01:10 puisque les consultations seront prises en compte
01:12 et le texte normalement devrait être soumis au Conseil d'État avant la fin février.
01:17 Le plan Eco-FITO qui est mis en pause,
01:21 et puis des discussions également sur les 4% de jachères.
01:25 Pour le moment, on est un peu en stand-by,
01:27 mais effectivement, tout cela est en cours de négociation.
01:30 Et puis, bien évidemment aussi, il y a cette simplification
01:33 qui est appelée par toutes les organisations professionnelles,
01:37 que ce soit les jeunes agriculteurs ou bien la coordination rurale.
01:40 Mais tout ceci, effectivement, prend du temps, mais est en cours de discussion.
01:44 Paul De Villers, Karine Duc, d'abord, il y a eu beaucoup de promesses.
01:47 Donc, vous avez vu quoi, vous, depuis 10 jours ?
01:51 Nous, concrètement, on ne voit rien du tout.
01:53 On ne voit rien se faire.
01:53 On est revenus dans nos fermes.
01:55 Le quotidien est exactement le même qu'avant de partir.
02:00 Les brefs points sur lesquels il y a eu quelques avancées,
02:06 ce n'est pas ça qui va permettre aux agriculteurs de se remettre à flot
02:11 et de permettre de produire 2024 correctement
02:15 et d'avoir, on va dire, les capacités financières d'honorer toutes les charges.
02:21 On a maintenant deux ministres qui sont à l'agriculture.
02:24 On a le Premier ministre et on a le Président de la République,
02:27 visiblement, qui se focalisent sur le sujet.
02:30 Il serait temps de passer un coup d'accélérateur.
02:32 Ce qui est fait aujourd'hui n'est absolument pas satisfaisant.
02:36 Justement, Paul De Villers, vous allez tout à l'heure voir le Premier ministre.
02:39 Après, il y aura le Président.
02:41 Vous allez nous en dire quoi ?
02:42 En fait, nous, ce qu'on voit, c'est que tout ne pourra pas se faire
02:47 dans un délai de temps très court.
02:49 Parce que l'objectif, c'était avant le Salon de l'Agriculture.
02:51 Oui, il y a des choses qui pourraient être traitées avant le Salon de l'Agriculture.
02:55 Après, il y a des thèmes qui commencent à toucher à l'Union européenne
02:57 où là, le délai, on va être conscient, responsable.
03:01 On ne pourra pas avoir des réponses aussi vite
03:03 que quand on traite un problème franco-français.
03:05 Donc oui, on va tout faire pour obtenir un maximum de lignes
03:10 avant le Salon de l'Agriculture pour que ça reste un bel événement
03:13 où on va y représenter et où on va voir une belle image de l'agriculture française.
03:18 Mais voilà, nous, on est conscient.
03:21 On est en mode travail actuellement avec le gouvernement,
03:26 que ce soit à tout niveau, que les échelons départementaux,
03:30 les préfectures et nous aussi à Paris,
03:34 directement avec les cabinets des différents ministres.
03:37 Mais voilà, le travail est en cours.
03:40 Il reste quand même beaucoup à faire, c'est sûr.
03:44 Mais voilà, il y a quand même quelques avancées.
03:46 Karine Duc, on entend les mots conscience, responsabilité.
03:50 Vous, on a entendu que vous n'aviez rien vu venir sur le terrain.
03:52 Je vais vous poser la question cash.
03:53 Est-ce que vous avez l'impression de vous être fait avoir ?
03:57 Écoutez, on est en train de se poser la question, concrètement.
04:00 C'est un peu le ressenti des troupes en ce moment.
04:02 Donc, il va falloir passer un sacré coup d'accélérateur
04:07 si on ne veut pas que l'amertume gagne trop les campagnes
04:11 et remette des actions en œuvre.
04:14 Et sinon, justement, vous reprenez les barrages, c'est ça que ça veut dire ?
04:18 Ça veut dire qu'il va y avoir des actions, évidemment.
04:21 Écoutez, on ne peut pas passer 15 jours avec autant de mobilisation
04:24 et se satisfaire de si peu.
04:27 Nous aussi, nous sommes dans la construction.
04:29 Nous avons fait des propositions.
04:30 Nous sommes en relation avec les services de l'État en permanence.
04:34 Mais quand on veut mettre un coup d'accélérateur,
04:36 on peut.
04:37 Donc, il va falloir le faire là très, très vite.
04:40 Et évidemment que les actions sont en cours de préparation
04:45 parce que s'il ne se passe absolument rien,
04:48 c'est malheureux de parler de cette façon-là,
04:50 mais s'il ne se passe absolument rien,
04:52 forcément, les actions reprendront parce qu'on ne peut pas rester comme ça.
04:56 On ne peut pas se satisfaire de ce qui est fait aujourd'hui.
04:58 Bruno, je dis justement, le chef de l'État surveille ça comme le lait sur le feu.
05:02 Oui, il met la pression sur son gouvernement
05:05 en rentrant la semaine dernière d'une visite dans le Doubs,
05:08 une visite chez un exploitant agricole,
05:09 le président des Jeunes agriculteurs.
05:11 Le soir, il a demandé à ce qu'on lui remonte le nombre de préfets
05:14 qui avaient engagé effectivement les négociations département par département
05:18 avec les responsables syndicaux.
05:20 Ce week-end, je peux vous dire qu'il n'avait toujours pas le nombre exact
05:23 de départements où les discussions étaient engagées.
05:26 Ça veut dire quoi ?
05:27 Ça veut dire que les mesures, le mois de simplification annoncé par Gabriel Attal
05:31 le 1er février, c'est-à-dire il y a 12 jours,
05:34 pour l'instant, on ne sait pas trop où ça en est.
05:36 Et on voit bien que Emmanuel Macron met la pression directe sur son Premier ministre.
05:39 C'est un peu un test aussi pour le Premier ministre.
05:41 Très fort dans la communication, très fort dans les annonces.
05:43 Maintenant, il va falloir passer au concret.
05:45 Alors, lui-même a annoncé 10 mesures de simplification,
05:48 curage des eaux, diminution des recours contre les projets agricoles.
05:51 Mais les agriculteurs département par département,
05:54 ils veulent avoir du concret, notamment sur la simplification des normes.
05:57 Justement, vous, représentants syndicaux, vous les avez vus ?
05:59 Les préfets, vous les avez vus ne serait-ce qu'au téléphone ?
06:02 Dans les départements, il y a eu les rencontres qui ont été organisées.
06:05 En tout cas, mon département et le préfet
06:09 ont rencontré les jeunes agriculteurs et aussi les autres organisations.
06:13 Mais effectivement, on attend maintenant des choses concrètes.
06:16 Il y a des choses, on va dire, toutes bêtes,
06:18 qui peuvent être faites assez rapidement,
06:21 qui nous simplifieront la vie de tous les jours.
06:24 Quand je pense à ça, je pense à la gestion des haies.
06:28 Quand on a des haies qui poussent sous les clôtures
06:31 et qu'on veut refaire la clôture,
06:32 si demain on vient à vouloir enlever cette haie, on ne peut pas.
06:36 Alors qu'en fait, c'est pour refaire la clôture
06:38 et qu'avant la clôture, la haie n'était pas là.
06:41 Donc ça veut dire quoi ?
06:42 Ça voudrait dire que la clôture, il faut qu'on la mette 1,50 m avant l'autre.
06:47 Donc une perte de foncier agricole,
06:49 c'est des choses logiques qu'on demande et concrètes.
06:52 Et il y a plein d'autres exemples comme ça qui peuvent nous faciliter la vie.
06:55 Karine Duc, le préfet du Lot-et-Garonne,
06:57 on l'a beaucoup vu à l'occasion de la visite de Gabriel Attal tout près de chez vous.
07:01 Mais est-ce que vous avez le sentiment d'avoir été entendu ?
07:03 Est-ce qu'il y a des choses qui ont bougé ?
07:06 Alors pour l'instant, pas grand-chose n'a bougé.
07:10 Je sais qu'il est attentif à nos demandes.
07:13 Il reçoit un courrier par jour de sous-sensation.
07:18 Et concrètement, nous, l'intérêt, ce n'est pas de le rencontrer une énième fois
07:23 parce qu'il connaît tous les sujets.
07:24 On l'a vu suffisamment de fois pour qu'il sache la teneur et les demandes pressantes.
07:30 On lui écrit tous les jours avec la Chambre d'agriculture.
07:35 Ce qu'on veut maintenant, c'est des actes et des réponses.
07:39 Ça suffit maintenant.
07:39 Les échanges, les débats, les réunions NIT, il faut que ça s'arrête maintenant.
07:45 Ils connaissent suffisamment tous les sujets.
07:47 Maintenant, il faut qu'ils prennent des mesures exemplaires
07:51 et exemplaires à l'échelle de chaque département
07:54 pour qu'on sente qu'il y a réellement une volonté de simplification.
07:58 Gaëtan, il y a une ministre déléguée à l'agriculture qui vient d'être nommée,
08:02 Agnès Pannier-Runacher.
08:03 Ça peut changer quelque chose ?
08:05 Ça peut accélérer les choses ?
08:07 Oui, parce qu'effectivement, toutes les organisations professionnelles
08:10 estiment que toutes ces choses prennent du temps.
08:12 Mais il y a ce projet de loi sur l'agriculture qui est très attendu
08:16 et dans lequel on retrouvera un certain nombre de mesures,
08:20 notamment sur la simplification,
08:22 notamment sur la transmission des exploitations.
08:24 Ce sont des attentes de ces organisations professionnelles,
08:27 mais malheureusement, effectivement,
08:28 ce texte, encore une fois, il sera présenté avant la fin du mois de février
08:32 au Conseil d'État.
08:33 Après, il arrivera bien sûr à l'Assemblée nationale.
08:36 Tout ceci prend du temps.
08:37 Mais il y a des choses...
08:38 Il y a de l'argent à débloquer, aussi.
08:39 Exactement.
08:39 Le GNR, le fameux gasoil non routier.
08:42 La taxe est censée être remboursée tout de suite.
08:44 Le guichet est ouvert.
08:45 Il faut maintenant en faire la demande.
08:46 Mais l'argent n'arrive pas.
08:47 Et l'argent arrivera dans les toutes prochaines semaines.
08:49 Mais encore une fois, là aussi,
08:51 ce sont des procédures qui prennent un peu plus de temps.
08:54 En revanche, il y a eu des réponses très concrètes,
08:56 notamment sur la volaille ukrainienne,
08:59 avec une décision au niveau européen
09:01 qui, pour le coup, est en faveur des agriculteurs français.
09:05 Mais effectivement, tout ceci prend beaucoup de temps,
09:07 et notamment sur la question, finalement, des revenus des agriculteurs.
09:11 Et ça, ça sera beaucoup plus complexe,
09:13 parce qu'aujourd'hui, que demandent les agriculteurs ?
09:14 C'est de pouvoir vivre de leurs revenus.
09:16 Et ça, malheureusement,
09:18 on ne peut pas d'un coup de maguet de magique leur assurer cette rentrée d'argent.