00:00 - Europe 1, il est 6h41.
00:02 - Les ravages écologiques de la fast fashion, la mode jetable,
00:05 dans le viseur d'une proposition de loi portée en ce moment à l'Assemblée nationale.
00:10 Alors faut-il réguler ces géants du textile qui écoulent des montagnes de produits,
00:15 de vêtements à prix cassés, vite portés, vite jetés ?
00:17 On en parle ce matin sur Europe 1.
00:19 - Alexandre Lemaire, vous recevez Anne-Cécile Violand, députée horizon de Haute-Savoie,
00:23 auteure de cette proposition de loi.
00:24 - Bonjour Anne-Cécile Violand. - Bonjour.
00:26 - Vous allez présenter votre proposition de loi aujourd'hui en commission
00:29 à l'Assemblée nationale.
00:31 Elle a déjà pris trop de place, cette tendance de la mode jetable.
00:34 D'abord, il faut peut-être définir ce que c'est la mode jetable.
00:36 - Absolument. Alors, on va dire trois critères pour être très rapide.
00:40 Une production excessive en masse de produits textiles,
00:44 avec des renouvellements de référence par jour démesurés
00:49 par rapport à nos entreprises françaises. - Par jour, hein.
00:50 - Par jour.
00:52 Et on a aussi des très très bas coûts, puisque production en très gros volumes,
00:57 donc très bas coûts, donc pas très bonne qualité.
01:00 Et puis enfin, une publicité, un marketing ultra agressif.
01:03 - Donc une mesure phare de votre texte que vous portez, Anne-Cécile Violand,
01:06 vous voulez mettre en place un malus, un malus pour les produits achetés sur ces plateformes.
01:12 C'est quoi ? C'est le même principe que lorsqu'on achète une voiture trop polluante, par exemple ?
01:15 - Exactement. C'est exactement. Donc c'est un dispositif qui existe déjà,
01:19 qui s'appelle la responsabilité élargie des producteurs, pollueurs-payeurs.
01:22 Et c'est dans le cadre d'une loi anti-gaspillage d'économie circulaire.
01:26 Et en fait, cette idée, c'est de pouvoir pousser le dispositif existant.
01:30 On veut pénaliser très fort les entreprises qui font très mal,
01:33 et pénaliser peut-être d'une moindre mesure celles qui ont vraiment engagé une vraie transition écologique.
01:39 Donc c'est distinguer l'ultra fast fashion qui, vous l'avez dit,
01:42 prend trop de place à envahir notre territoire en très peu de temps.
01:45 - Alors, pénaliser très fort, je sais pas, prenons un t-shirt, on parle de prix cassé,
01:48 donc prenons un t-shirt à je sais pas, 3 euros, 5 euros, il serait de combien ce malus ?
01:54 - S'il ne coche aucune des cases et critères, il est à 5 euros, il sera à 7,50.
02:00 De 50, pourquoi ? Parce qu'on est dans la limite de 50% du prix.
02:05 Ceci dit, on est dans une trajectoire où on veut atteindre 10 euros en 2030,
02:09 alors toujours dans cette idée 50% du prix,
02:11 mais c'est vraiment l'idée de pouvoir être significatif.
02:14 Aujourd'hui, on parle de quelques centimes.
02:16 - Vous voulez casser le prix cassé en quelque sorte, c'est ça l'idée ?
02:19 - C'est ça l'idée, c'est ça l'idée.
02:21 C'est surtout informer, sensibiliser le consommateur.
02:24 Et juste, c'est pas une taxe, j'insiste, c'est une pénalité imposée au producteur.
02:28 - C'est pas une taxe, mais il vous aura pas échappé à ne cesser le violent
02:31 quand on était en pleine crise de pouvoir d'achat, en pleine période d'inflation.
02:34 Est-ce que vous craignez pas que cette proposition de loi,
02:36 dont on comprend l'objectif verteux,
02:38 soit assimilée à une mesure d'hostilité aux ménages les plus modestes,
02:41 qui compte justement sur ces vêtements à bas prix pour se vêtir ?
02:44 - Bien sûr, bien sûr.
02:46 La vérité c'est que cette mode-là, elle est dans une incitation permanente à la surconsommation.
02:50 Donc en fait, la question qu'on pose aussi à travers ça, c'est comment on peut
02:54 essayer de faire évoluer notre consommation ?
02:57 Et donc l'idée c'est peut-être d'acheter moins, parce que
02:59 pourquoi cette mode est extrêmement problématique ?
03:03 On a doublé le nombre d'articles achetés en disant
03:07 on est à 48 vêtements par personne par an,
03:10 c'est deux fois plus qu'il y a dix ans.
03:13 - On achète plus parce que derrière on gèle plus aussi, ça tient pas aux lavages.
03:16 - Exactement, il y a la problématique effectivement de la durabilité de ces vêtements.
03:19 - C'est la mode jetable, le trafas fashion mode jetable.
03:22 - Si on parle de malus, alors une fois qu'on a défini la mode jetable,
03:24 est-ce qu'on a déjà une idée, est-ce que vous avez déjà une idée des enseignes
03:28 qui seraient concernées justement, qui seraient visées par votre texte ?
03:31 Quelle chaîne de vêtements ?
03:32 - On n'a pas raisonné en termes de marques, c'est pas une loi anti-Chine, anti-Timu.
03:39 - Là ce sont des enseignes chinoises que vous citiez en l'occurrence.
03:43 - Parce que c'est les pires, parce que c'est les pires en termes d'envahissement du marché
03:47 et de pertes du coup pour notre entrepreneuriat français.
03:51 - Donc vous avez déjà identifié les moutons noirs d'une certaine façon ?
03:54 - On en a identifié certains, mais justement la lumière des auditions
03:58 a permis vraiment vraiment de comprendre que c'est beaucoup plus fin que ça.
04:02 Et du coup l'idée c'est aussi de pouvoir associer un autre critère
04:05 qui est l'affichage environnemental.
04:07 Ce score en fait qui correspond un peu si vous voulez au Nutri-Score,
04:10 de pouvoir vraiment pondérer par différents critères
04:15 et c'est ce qui permettra de moduler justement la pénalité.
04:18 Et cette pénalité, il faut le dire aussi, est associée à un bonus.
04:21 Un bonus pour les entreprises vertueuses qui permettront d'être réinjectées
04:24 dans toutes les filières de l'économie circulaire
04:26 et pourquoi pas aussi dans tout ce qui peut soutenir l'entrepreneuriat français.
04:31 - Alors vous citez Timu, vous citez Chine, il faut rappeler ce chiffre,
04:34 100 milliards de vêtements vendus chaque année dans le monde,
04:37 deux fois plus qu'il y a 20 ans pour rebondir sur ce que vous disiez Anne-Cécile Violon.
04:40 Là si on parle de transition écologique, effectivement,
04:43 tout reste à faire dans le textile.
04:45 - Absolument, on parle d'impact environnemental, d'impact social,
04:48 c'est des conditions de travail déplorables.
04:50 - D'impact social, un tee-shirt à 1,50€ ou 2€,
04:53 on se demande où est le partage de la valeur.
04:55 On se demande où est la valeur, tout court.
04:57 - Tout à fait, tout à fait.
04:58 Et ça questionne bien aussi ce sens-là bien sûr.
05:01 Et une exposition aussi pour les gens qui travaillent
05:04 mais qui achètent aussi à des produits polluants.
05:06 On a de plus en plus d'allergies qui se développent avec ces vêtements.
05:09 - Autre mesure de votre proposition de loi, importante aussi,
05:12 les marques concernées seraient aussi interdites de pub.
05:15 Et alors là, sur tous les supports.
05:16 C'est-à-dire aujourd'hui, on voit l'influence des influenceurs justement,
05:19 eux aussi seraient écartés de la possibilité de faire de la pub
05:23 pour les marques de fast fashion.
05:25 - Oui, c'est vraiment la première fois qu'une loi va s'attaquer à cette problématique-là
05:30 et elle se veut vraiment ambitieuse.
05:31 Effectivement, cette disposition-là, c'est une ligne rouge.
05:34 C'est-à-dire qu'on doit absolument interdire toute publicité.
05:38 Je vous l'ai dit, c'est extrêmement agressif, c'est extrêmement intrusif,
05:40 et notamment chez les jeunes, via les réseaux qu'ils utilisent au quotidien.
05:43 - C'est une loi éveint de l'habillement que vous nous proposez en quelque sorte ?
05:46 - On peut faire le parallèle.
05:48 Il y a des vrais enjeux de santé derrière aussi,
05:51 vous faites le lien avec Eman, de santé, environnement encore une fois,
05:53 compte tenu de l'envahissement.
05:55 On n'a pas parlé des gaz à effet de serre, première industrie polluante,
05:58 beaucoup plus que les transports maritimes, aériens,
06:01 pollution des eaux, pollution des sols.
06:04 On est dans une catastrophe, une véritable catastrophe environnementale.
06:08 - Il est accueilli comment votre texte, votre proposition ?
06:10 Un de ces cils violents parmi vos collègues de l'Assemblée.
06:12 Il y a un large consensus, il a de bonnes chances d'être adopté.
06:15 Là vous êtes en commission aujourd'hui, mais quel va être son parcours ?
06:18 Qu'est-ce qui va déboucher ?
06:19 - Alors, il est plutôt très bien accueilli.
06:21 On a travaillé de manière transpartisane aussi,
06:23 puisque j'ai pu réunir mes collègues pour travailler sur justement les possibilités d'amendement.
06:27 On a un travail très intéressant qui est fait.
06:29 Alors bien sûr que de part à d'autre de l'hémicycle,
06:32 il y a peut-être des volontés d'aller un petit peu plus loin sur certains sujets.
06:35 Je suis confiante, mais après un vote reste un vote,
06:38 parce qu'il peut y avoir des points vraiment très irritants
06:40 et potentiellement de blocage chez mes collègues.
06:42 Mais globalement il est bien accueilli.
06:43 - Eh bien nous verrons le devenir de cette proposition de loi que vous portez,
06:46 qui vise à instaurer un malus à l'achat sur les produits de fast fashion, de mode jetable,
06:50 et d'interdire la publicité pour ces vêtements à très bas prix,
06:54 ces vêtements jetables en quelque sorte.
06:56 Merci Anne-Cécile Violand, députée Horizon des Hauts-de-Savoie,
06:58 auteure de cette proposition de loi, je le rappelle, pour réguler la fast fashion.
07:01 Merci. - Merci beaucoup.
07:02 Merci beaucoup.