00:00 Bonjour, merci d'être avec nous. Wani s'est décédé il y a quelques jours, il avait 18 ans.
00:04 Il était originaire de la Courneuve-Ville dont vous êtes maire depuis.
00:07 Thomas l'a dit, il y a eu quelques tensions, notamment cette nuit,
00:10 des échauffourées encore, tir de mortier, jet de projectiles.
00:13 Qu'est-ce qui s'est passé cette nuit ?
00:15 Quelques sporadiques incidents, trémétrisés.
00:21 On ne peut pas parler aujourd'hui d'un flammement de nos banlieues.
00:26 Pourtant la nuit était revenue au calme il y a quelques jours.
00:29 Pourquoi ça repart ?
00:31 Parce qu'il y a beaucoup de tensions, beaucoup de peines, beaucoup de douleurs,
00:36 beaucoup d'incompréhensions.
00:38 Le fait que ce soit toujours les mêmes qui ont le sentiment d'être les mêmes victimes,
00:43 tout cela produit un ressenti important.
00:47 Il y a besoin de faire le deuil, c'est d'ailleurs pour ça que ce soir la famille appelle
00:53 à une marche silencieuse pour justement pouvoir faire le deuil,
00:57 pour pouvoir faire de l'humanité,
00:59 à l'inverse de ces éléments de perturbation auxquels on insiste.
01:05 Une marche silencieuse dont Alice Yentif de la famille de Wanis,
01:08 vous craignez que ça dégénère.
01:10 Comment ça se prépare d'ailleurs pour vous ?
01:14 Moi je pense que, je souhaite que ça ne se dégénère pas ce soir bien évidemment.
01:19 Je pense que la famille fait tout pour que les choses se passent dans la sérénité,
01:23 parce qu'elle a besoin de cette sérénité, elle a besoin de cette solidarité,
01:26 elle a besoin d'humanité face au traumatisme,
01:31 de la disparition de son frère, de son fils,
01:35 pour les parents et pour les frères de Yanis.
01:39 Ils aspirent à ce que la justice puisse se faire,
01:44 que la transparence puisse se faire.
01:46 Et rien ne serait pire pour que la justice puisse travailler sereinement,
01:50 pour que toute la transparence soit faite,
01:52 que ce soit l'embrasement général qui de fait aurait une tendance à culpabiliser d'avance,
01:59 j'irais, l'attitude de Wanis.
02:01 Vous êtes inquiet ?
02:03 Je suis serein, on prend toutes les mesures avec la famille,
02:08 en les accompagnant, pour créer les conditions que les choses se passent bien.
02:12 Bien évidemment, je ne peux pas être complètement serein,
02:16 parce qu'il y a un tel ressenti en profondeur.
02:20 J'ai une de mes secrétaires qui a deux adolescents,
02:24 et qui sont ulcérés par ce qui s'est passé, à tort ou à raison,
02:28 mais ils sont ulcérés.
02:30 Ulcérés dans quel sens ? Ils ne participent pas au débordement ?
02:32 Non, ils ne sont pas participés au débordement,
02:34 mais ils sont ulcérés parce qu'ils disent,
02:36 "mais maman, c'est toujours nous qui sommes au bout du fusil".
02:40 Et on en a assez de cette société où nous n'avons plus de place,
02:44 et nous n'avons pas d'avenir.
02:46 Et donc, je crois qu'il faut entendre ça,
02:49 il faudra que cette société accepte de se poser ces questions-là,
02:52 une fois que les choses seront passées, revenues au calme.
02:55 Oui, parce que vous, vous avez joué la carte de l'apaisement,
02:58 vous demandez de la transparence, de la justice pour la famille de Wanis,
03:01 tout en prenant la défense des policiers.
03:03 Aujourd'hui, je suis dans une situation d'expectative,
03:08 il y a la justice qui doit faire son travail,
03:10 moi je souhaite que la justice fasse son travail,
03:12 je n'ai pas d'éléments probants qui disent que les policiers
03:16 sont des criminels dans cette affaire, il y a un accident.
03:19 Mais vous dites, ils peuvent être les boucs émissaires
03:21 des dysfonctionnements de la société, ça veut dire que concrètement,
03:24 ils seraient également victimes de la société et du système qui tourne par en haut.
03:28 C'est clair qu'aujourd'hui, on demande aux policiers
03:31 d'être dans une démarche excessivement répressive,
03:34 et peut-être faudra-t-il se poser la question du rôle de la police
03:37 dans notre pays, et que moi je ne vais pas accuser
03:39 des hommes et des femmes qui essayent de faire leur travail
03:41 dans des conditions parfois difficiles, a priori,
03:45 il faudra que ce soit à faire en question, la police, la justice,
03:49 soient capables d'investiguer sérieusement, en toute transparence,
03:54 pour faire en sorte que clairement les responsabilités soient établies.
03:58 Et s'il y a des responsabilités de policiers qui ont mal fait leur travail,
04:01 il faudra que je fasse aucune.
04:02 Il faut de la justice.
04:03 Bien évidemment.
04:04 Comment gère le maire que vous êtes actuellement, ce qui se passe dans votre ville ?
04:08 Est-ce que vous allez à la rencontre des jeunes ? Est-ce que vous leur parlez ?
04:11 Bien évidemment qu'on rencontre la population, les jeunes,
04:15 nos services, nos services jeunesse, services des sports, services enfance.
04:18 Et vous, et vous personnellement ?
04:20 Et moi personnellement aussi, on va dans la rue, on discute.
04:24 Qu'est-ce qu'ils vous disent ces jeunes ?
04:26 Ce qu'ils nous disent, ils sont peinés.
04:30 La première chose qu'ils me disent, faites passer toute notre solidarité à la famille,
04:34 parce qu'il n'y a rien de pire que de perdre un enfant.
04:36 Et donc il y a beaucoup de compassion de la part des familles,
04:40 de la part des gens que je rencontre, de la part des jeunes,
04:43 vis-à-vis de ce qui s'est passé.
04:45 Et ensuite ils me disent, il ne faudrait pas que ça dégénère,
04:48 parce que grosso modo notre ville avance plutôt bien depuis un certain nombre de temps.
04:54 Les choses ont tendance à plutôt s'apaiser,
04:56 et donc il faut qu'on puisse continuer à avancer dans la bonne direction,
04:59 et que, je dirais, nos banlieues qui sont tellement décriées,
05:02 soient enfin regardées pour ce qu'elles sont,
05:04 des villes pleines d'énergie, pleines de richesses, pleines de potentialités,
05:07 et c'est à ça qu'il faut qu'on travaille.
05:09 Et vous, vous leur dites quoi ?
05:10 Donc ça c'est ce qu'ils vous disent eux, qu'est-ce que vous dites vous ?
05:13 Moi je leur dis qu'il faut continuer à se battre pour se faire respecter,
05:15 se faire reconnaître, parce qu'il y a besoin que ces populations
05:18 qui ont été ces essentielles pendant le Covid,
05:21 et qu'on a très vite oubliées, reviennent pour être au cœur des politiques publiques
05:26 de notre pays, politiques publiques qui sont malheureusement encore parfois
05:30 discriminables sur des territoires comme les nôtres.
05:32 Et cette marche silencieuse, vous allez y être ?
05:35 Bien sûr, ce soir on va y être.
05:37 Elle part devant la mairie, on a construit en discutant avec la famille,
05:43 qui a fait preuve, je le redis, de beaucoup de responsabilités,
05:46 beaucoup de volonté d'apaisement pour pouvoir faire le deuil.
05:51 La famille Douanisse appelle à l'apaisement ?
05:53 Oui absolument, la famille Douanisse appelle à l'apaisement,
05:56 et on a construit les choses pour que ça se passe le mieux possible,
06:01 et que cette marche silencieuse puisse honorer la mémoire de Douanisse
06:06 et permettre à la famille de passer ce moment, même si elle ne restera jamais marquée.
06:11 Merci beaucoup Gilles Poux, je rappelle que vous êtes maire de la Courneuve,
06:14 vous serez donc présent cet après-midi à la marche silencieuse en hommage aux jeunes Douanisse.
06:18 Absolument, merci.
06:19 Merci à vous monsieur.