00:00 Écoutez, je n'avais pas des relations amicales comme Roselyne a pu les évoquer, la concernant,
00:06 ou je ne regardais pas comme professionnel, comme Bruno Jeudy.
00:10 Moi, ce que j'avais pu observer et remarquer, c'est qu'une des premières fois où je l'ai rencontré,
00:15 c'était à l'occasion d'un déplacement d'État de Nicolas Sarkozy effectué en Tunisie.
00:21 Et il y avait avec lui Serge Moati et Frédéric Mitterrand.
00:25 Et à l'occasion de ce déplacement, je connaissais bien sûr l'homme de télévision,
00:29 l'homme de lettres, l'homme de culture, mais nous avions sympathisé.
00:34 Et j'entends tout ce qui est dit sur le côté inclassable, le côté personnel, le côté amical.
00:39 L'annonce qui m'a été faite par un de vos confrères tout à l'heure, je ne le savais pas,
00:45 me renvoie à un épisode très précis.
00:49 C'est que j'avais quelques contacts avec lui depuis 2012, mais assez peu.
00:54 Mais j'ai été confronté à un deuil familial, comme beaucoup.
00:58 Mais ce deuil familial m'éprouvait beaucoup.
01:01 Et Frédéric m'a envoyé un mot manuscrit, avec les mots choisis, les mots attentionnés,
01:11 les mots amicaux, les mots affectueux, les mots de compréhension.
01:16 Et je me souviens que ce mot, parmi tous les autres, était un mot qui m'avait marqué,
01:21 que j'ai d'ailleurs certainement dû conserver.
01:24 Et puis j'ai un deuxième souvenir, c'est que Roselyne ne me contredira pas,
01:29 lorsqu'on quitte le gouvernement, il y a des épisodes où on se sent un peu plus seul.
01:34 Et Frédéric Mitterrand, qui était toujours ministre de la Culture, c'était au début de 2012,
01:39 m'avait appelé pour que nous déjeunions en tête à tête.
01:42 Et à l'occasion de ce déjeuner, nous avions évoqué des choses qui étaient très éloignées de la politique,
01:48 très éloignées de la vie publique, même si d'ailleurs, à l'occasion de ce déjeuner,
01:53 il m'avait aussi évoqué toute la reconnaissance qu'il avait pour la confiance de Nicolas Sarkozy.
01:59 Donc je ne pense pas, j'écoutais ce que disait Bruno, je dis,
02:03 je ne pense pas du tout que c'était une prise de guerre, c'était même pas un ministre d'ouverture.
02:06 Oui, il y a eu des ministres d'ouverture, Nicolas Sarkozy s'appuyait sur des hommes de droite et du centre,
02:11 et c'est vrai qu'il avait voulu rassembler par l'ouverture, c'était le cas avec, bien sûr, Bernard Kouchner,
02:16 c'était le cas aussi, dans une certaine manière, avec Jean-Marie Boquet au début,
02:20 mais Frédéric Mitterrand, il était ailleurs, et cela revient au mot qui a été utilisé, il était inclassable.
02:26 C'est ça, c'est ce que j'allais vous demander. Vous diriez qu'il détonnait dans ce monde politique ?
02:31 Ah, totalement, totalement, par ce qu'il était, aussi par le nom qu'il portait,
02:38 qu'il ne considérait ni comme un avantage, ni comme un handicap, mais comme un état de fait,
02:43 et que cela, effectivement, n'engageait en rien ses convictions,
02:46 même si on pouvait supposer que, du fait de ce nom,
02:48 ce qui n'était effectivement pas le cas, comme l'a dit Bono Jeudy, mais il était effectivement à part.
02:54 Je pense que c'est aussi ce qui restera.
02:58 Et ce que vous décrivez, finalement, si on doit le résumer assez simplement,
03:03 c'est que c'était un homme gentil, profondément gentil et solidaire ?
03:07 Gentil, attentionné, sachant trouver les mots, ce qui compte, parce que la langue française est une langue riche,
03:15 donc il faut choisir les mots, et il choisissait les bons mots.
03:19 Et je vous dis, j'ai ce message, et je me souviens que pour lui répondre,
03:23 je m'étais d'ailleurs donné beaucoup de mal pour essayer d'être un peu à la hauteur de son message affectueux
03:28 qu'il m'avait adressé.
03:30 Donc c'est vrai que, comme Roselyne, ceux qui l'ont côtoyé, pour des raisons multiples,
03:37 pour des raisons différentes, pour des raisons parfois aussi complémentaires,
03:40 eh bien, j'ai été très ému.
03:42 Et à titre personnel, vous ne me voyez quasiment jamais prononcer des mots à l'occasion du décès d'une personnalité.
03:51 Je n'aime pas ça. Je l'ai fait pour Charles Pasqua, dont je n'étais pas un proche, mais que je connaissais assez bien.
03:55 Et pour Frédéric Mitterrand, que j'étais un peu saisi quand je l'ai appris,
03:59 mais c'est pour ça que je l'ai accepté, parce que je suis sincèrement ému.