00:00 Retour en France demain s'ouvrira en appel le procès de l'attentat de Nice,
00:04 attentat qui avait fait 86 morts et des centaines de blessés sur la promenade des Anglais le 14 juillet 2016.
00:10 Le terroriste au volant de son camion avait été abattu par la police,
00:14 mais deux hommes ont été condamnés en première instance,
00:16 Mohamed Graïeb et Chokri Chafroud, proches de l'auteur de l'attaque.
00:21 Ils ont écopé de 18 ans de réclusion criminelle et ils comparaissent de nouveau devant la cour d'assises spéciale cette fois.
00:27 C'est un document européen que nous vous proposons.
00:30 A l'aube de ce nouveau procès, notre correspondant sur la côte d'Azur, Frédéric Michel,
00:34 a rencontré Thierry Vimal lors de cette nuit tragique.
00:37 Il a perdu Ami, sa fille âgée de 12 ans.
00:40 Il assistera encore au procès qui devrait durer deux mois.
00:43 Thierry Vimal, bonjour.
00:44 Bonjour.
00:45 Vous êtes le père d'Ami, l'une des 86 victimes de la folie meurtrière d'un terroriste islamiste,
00:52 Mohamed Laouech Boulel, qui le 14 juillet 2016, avec un camion, a affauché la vie de dizaines de personnes.
01:00 Votre fille avait 12 ans.
01:02 Le procès en appel se tient à partir de ce lundi.
01:06 Deux proches du terroriste comparaissent, Mohamed Graïeb et Chokri Chafroud.
01:11 Qu'attendez-vous de ce procès en appel ?
01:13 Ce procès en appel, j'en attends tout d'abord quelque chose qui n'est pas le sujet central.
01:17 C'est le débat qui va y avoir sur les prélèvements d'organes.
01:19 Un secret, j'ai envie de dire secret, de la médecine égale,
01:22 qui a sur 14 corps à prélever 14 organes, et n'a pas prévenu les familles.
01:27 Ces organes ont été sous-scellés dans l'Institut médico-légal de Nice.
01:32 Ma famille s'en est aperçue par hasard.
01:34 C'est une grosse histoire.
01:35 Moi, je n'ai encore pas fini d'inhumer ma fille.
01:37 Il me manque encore, je dois récupérer son cœur, son cerveau,
01:41 qui ne sont plus identifiés par des tests ADN tellement ça a été abîmé.
01:44 Il y a tout un scandale derrière l'attentat.
01:46 C'est une deuxième affaire qui vient derrière.
01:48 Pour moi, il est là, le gros morceau.
01:49 C'est pour ça que je vais y aller dès la première semaine.
01:53 Et puis ensuite, au niveau des deux accusés qui ont fait appel,
01:56 qui ont pris 18 ans chacun pour association de malfaiteurs terroristes,
01:59 il reste des zones d'ombre.
02:01 Moi, mon intime conviction, comme on dit, elle n'est pas faite.
02:04 Elle est faite sur M. Graieb, qui pour moi,
02:08 par rapport à un certain nombre d'éléments, par rapport au ressenti,
02:10 par rapport à comment j'ai vu les choses, etc.,
02:12 pour moi, est clairement coupable et mérite clairement les 18 ans.
02:15 Sur M. Chaffroude, je ne suis plus réservé, je ne comprends pas très bien.
02:20 Je crois que c'est quelqu'un qui n'est pas très malin.
02:22 Deux procès, deux procès très longs,
02:24 en même pas deux ans, c'est dur pour les familles.
02:27 C'est dur, oui, parce qu'on va revoir les accusés, ce qui ne fait jamais plaisir.
02:31 On va se rappeler les faits, on va écouter des témoignages,
02:34 on va livrer le nôtre si on a envie.
02:36 Ce sont des moments très durs.
02:37 Et en même temps, c'est des temps où on est sur ça.
02:40 Parce que nous, les gens vivent leur vie,
02:43 les gens pensent à autre chose.
02:44 Même les gens, même les Niçois, sont passés à l'état d'autre chose.
02:47 Et nous, on est un petit peu seuls là-dedans.
02:49 Et on se dit qu'il va y avoir plusieurs semaines
02:52 qui vont être centrées là-dessus.
02:53 On ne va parler que de ça.
02:55 On va éclaircir des points, on va se discuter,
02:58 et dans la salle d'audience, et autour.
03:00 C'est aussi des moments qui, par laxisme, font du bien aussi.
03:03 Il y avait eu un regret lors du premier procès.
03:05 C'était peut-être une couverture médiatique moins importante
03:09 que notamment pour les attentats du 13 novembre.
03:14 Vous craignez là aussi qu'on en parle beaucoup moins ?
03:19 C'est vrai qu'à un premier instant,
03:20 on pensait qu'il y aurait beaucoup de gens qui viendraient,
03:23 qui s'intéresseraient.
03:24 Et puis, l'attentat de Nice, il est terrible
03:27 parce qu'il y a beaucoup d'enfants.
03:29 C'est un des attentats les plus marqués en termes d'enfants.
03:32 C'était les vacances.
03:33 Moi, je dis que cet attentat, il est "maudit".
03:36 Il y a plein de choses qui font que les gens n'ont pas envie d'entendre parler.
03:39 De ce côté aussi, il n'y a pas d'armes de guerre,
03:41 il y a un camion.
03:42 C'est-à-dire que ça nous rappelle que ça peut arriver à n'importe qui, n'importe quand.
03:46 Pour moi, il y a un certain nombre de critères
03:47 qui font que les gens n'aiment pas cet attentat.
03:50 Vous avez écrit sur l'affaire plusieurs livres,
03:52 vous tenez un blog.
03:54 Vous avez perdu votre petite fille.
03:57 Vivre ses procès, c'est lui rendre hommage aussi ?
04:00 Vivre ses procès, c'est rendre hommage, c'est un devoir.
04:02 On l'entend tout le monde pour essayer de savoir quelle est la vérité.
04:05 Moi, ce que je peux faire pour la rendre ma fille,
04:06 c'est suivre ça du plus près pour essayer de comprendre.
04:09 Et puis comme vous dites, après, de mettre des mots,
04:11 d'essayer de donner du sens, d'écrire des chroniques d'audience.
04:15 Quoi d'autre sinon ?
04:16 What else ?
04:18 Ça apaise mais ça ne guérit pas ?
04:20 Non, ça ne guérit pas mais ça donne du sens.
04:23 Et comment dire ?
04:24 Je ne suis pas un cul-de-sac de douleur.
04:26 C'est plutôt d'essayer de balancer le courage qu'on doit montrer
04:29 et puis la façon d'essayer de transformer ça et de vivre avec.
04:32 Et tout n'est pas fini.
04:34 Thierry Wimald, ce procès en appel ne sera peut-être pas le dernier
04:37 puisqu'il y a une instruction à Marseille
04:40 sur la sécurisation de cette soirée tragique.
04:43 Et ça, pour vous, je crois que c'est très important.
04:45 L'instruction sur le dispositif de sécurité,
04:48 ça faisait à Nice.
04:48 En fait, ça a été beaucoup d'années où il ne s'est rien passé,
04:51 où il n'y a pas eu d'audition de témoins,
04:53 où toutes les demandes d'actes étaient refusées.
04:55 Enfin, il ne s'est rien passé, rien passé,
04:57 que de temps perdu quand j'y pense.
04:58 Puis, donc, Maître Leroy et d'autres ont réussi à faire requalifier les faits,
05:04 ce qui a permis de déplacer l'instruction à Marseille.
05:08 Tout redémarre à zéro.
05:09 Mais c'est un espoir.
05:10 Déjà, c'est un espoir en justice.
05:12 C'est un truc qui me fait dire,
05:13 la justice, quand même, peut des fois aller dans le sens des victimes.
05:18 C'est horrible de dire ça, mais oui, c'est un espoir
05:22 que la lumière soit faite, que les responsabilités soient établies.
05:26 Maintenant, on va laisser travailler Marseille
05:29 et puis, voilà, et centrer sur l'histoire des accusés,
05:33 de la vérité, de comment, parce que ça reste quand même la question
05:36 et un mystère, comment s'est goupillé cet attentat ?
05:38 Qu'est-ce qui s'est passé ?
05:40 Comment ça s'est mis en place ?
05:41 J'ai rêvé mal, merci.
05:42 Merci beaucoup. Merci à vous.