00:00 Et les regards se tournent maintenant forcément aussi vers Kharkiv, deuxième ville d'Ukraine.
00:05 Près d'un million cinq d'habitants avant la guerre, un million trois cent mille toujours selon le gouverneur régional.
00:10 Beaucoup d'Ukrainiens ont décidé de rester, même de revenir pour poursuivre le cours de leur vie malgré la guerre.
00:16 Le ton est peut-être toutefois en train de changer.
00:19 Kiev annonçait ce matin l'arrivée d'un nouveau commandant à la tête des troupes de la ville.
00:23 Les explications d'Emmanuel Chass sur place.
00:28 On sent vraiment qu'il y a une atmosphère très particulière.
00:30 Je viens régulièrement ici à Kharkiv.
00:32 On a vraiment vu différentes phases en 2022 lors de la période de libération.
00:37 Donc en septembre, il y a eu une ville qui était assez vide finalement,
00:42 où on sentait vraiment une angoisse par rapport à ce qui se passait.
00:46 Ensuite, 2023, on a vu Kharkiv reprendre des couleurs, reprendre vie finalement,
00:51 avec énormément de gens qui sont revenus, qui étaient partis, qui avaient fui la première année de la guerre.
00:56 Il ne faut pas oublier que Kharkiv, c'est aussi une ville dans laquelle on retrouve beaucoup de déplacés internes,
01:01 des personnes qui ont fui la région de Donetsk devant les avancées russes.
01:06 Donc c'est une ville qui a déjà une culture d'accueil et qui a l'habitude de recevoir ces déplacés internes.
01:13 On se rend compte finalement que des milliers de personnes arrivent à nouveau.
01:16 Donc c'est un peu une redite.
01:18 Et ce qui fait très peur ici aux personnes à Kharkiv, ce n'est pas forcément une invasion de la ville,
01:23 parce que comme on l'a dit, une ville de cette taille-là, c'est très compliqué à prendre.
01:27 Et avec les forces russes qui sont en ce moment stationnées de l'autre côté de la frontière,
01:31 ça ne semble simplement pas réaliste pour le moment.
01:33 Mais effectivement, il faut quand même garder à l'esprit que c'est sans doute un but du Kremlin,
01:40 que sinon d'envahir, au moins de détruire cette ville.
01:43 Et c'est cette peur-là qui étreint les habitants ici.
01:48 Ils ont peur de ces bombes.
01:49 On a vu que Kharkiv ces derniers mois, ces dernières semaines, a vraiment subi extrêmement,
01:55 très souvent des bombardements, que ce soit avec des drones, avec des missiles.
01:59 Et depuis cette année, de plus en plus de bombes planantes.
02:05 Donc c'est cette angoisse vraiment qu'on ressent ici.
02:08 Juste avant qu'on prenne l'antenne ensemble, nous avons eu une alerte qui a duré près de trois quarts d'heure.
02:14 Ces alertes, elles sonnent en permanence ici dans cette ville.
02:17 Donc on ne peut pas oublier qu'Aline Defront est prête et qu'elle se rapproche de jour en jour.
02:23 Voilà, Gauthier Rabinski, Emmanuel nous disait tout à l'heure,
02:25 ça paraît complètement irréaliste d'imaginer que Kharkiv, deuxième ville d'Ukraine,
02:31 où je le disais, 1,3 million d'Ukrainiens ont décidé de rester et de poursuivre le cours de leur vie
02:36 le plus normalement possible malgré la guerre.
02:38 Ça paraît impossible de s'imaginer qu'elle puisse tomber, être prise par les forces russes.
02:43 Est-ce que c'est vrai ?
02:45 Non, ça n'est malheureusement pas impossible.
02:48 Tout dépend de la capacité de résistance justement des forces ukrainiennes.
02:52 Comme vous disiez, les habitants essayent de mener une vie normale.
02:56 Beaucoup, il y a des serments en ce moment à Kharkiv où on dit
02:59 "je jure de ne pas quitter la ville quoi qu'il m'en coûte".
03:02 Et ce que disait Emmanuel aussi, il y a des personnes déplacées d'autres régions d'Ukraine,
03:08 notamment de l'Est, du bassin du Donbass, qui ont trouvé refuge dans cette grande ville de Kharkiv.
03:16 Et donc, oui, il y a un esprit de résistance et il y a l'esprit aussi que les choses ne sont jamais perdues.
03:23 Au début de la guerre, Kharkiv était, souvenez-vous, très mal en point.
03:26 Et elle a été... pas libérée, mais les Ukrainiens ont repoussé les Russes très largement.
03:33 Là, il y a cette crainte, ce que soulignait Emmanuel, c'est que envahir la ville qui est grande, qui est très grande,
03:42 c'est un peu compliqué, d'autant qu'en plus, ce que l'on voit des qualités de l'armée russe aujourd'hui,
03:48 c'est surtout la capacité à bombarder...
03:52 - Les bombes planantes notamment, qui sont particulièrement dévastatrices.
03:55 - Voilà, dévastatrices. Et puis, je vais dire la même,
03:58 le peu de valeur que la vie humaine a dans l'esprit des dirigeants russes,
04:03 nous sommes un petit peu comme à Stalingrad, souvenez-vous, enfin nous n'étions pas là,
04:08 mais ce qui se passait, c'était que quand vous aviez 100 soldats soviétiques qui mouraient,
04:13 on en envoyait 200, et quand les 200 étaient morts, on en envoyait 400.
04:17 - La fameuse chère à canon.
04:18 - Totalement, totalement, et c'est comme ça que les troupes allemandes ont été vaincues,
04:22 non pas par la qualité des soldats soviétiques, mais par le nombre, par le surnombre.
04:28 Et là, effectivement, c'est ça aussi le problème pour les Ukrainiens,
04:31 c'est que vous avez, à Kharkiv ou ailleurs, une réserve démographique
04:36 qui est d'autant plus docile que précisément, les citoyens russes sont très largement, comment dire, enfumés.
04:43 Ils ne savent pas ce que c'est cette histoire, très concrètement,
04:46 ils sont persuadés qu'il y a des néonazis à Kiev.
04:49 - Ces changements tactiques sur le terrain qui s'accompagnent aussi de modifications au sommet,
04:54 l'un des visages de l'assaut russe.