00:00 L'offensive sera faite par une opération redoutée par les Occidentaux,
00:04 une stratégie qui interroge.
00:05 Vous venez l'entendre, Anthony Blinken, à l'instant,
00:08 évoquer le Hamas, qui sera toujours présent, selon lui,
00:12 même en cas d'offensive d'ampleur.
00:15 Ludovic de Foucault, bonjour.
00:17 Vous êtes notre envoyé spécial en Israël,
00:19 vous vous trouvez à Jérusalem.
00:20 Comment ces propos sont-ils accueillis en Israël aujourd'hui ?
00:24 Bonjour Elisabeth.
00:27 Ces propos font écho à de nombreuses critiques, de nombreux reproches
00:30 qui sont adressés à Benjamin Netanyahou ici en Israël,
00:33 que ça vienne de la gauche, de la droite,
00:35 des observateurs de la vie politique, des experts militaires,
00:37 des anciens ministres.
00:39 Il y a beaucoup d'interrogations sur, d'une part, la stratégie militaire
00:42 et d'autre part, la stratégie politique.
00:44 Au niveau militaire, beaucoup s'interrogent et se demandent
00:47 pourquoi l'armée israélienne semble condamnée ou obligée à revenir
00:51 dans des zones qui auraient dû auparavant être déjà sécurisées.
00:55 Beaucoup se demandent si les objectifs de guerre
00:57 sont même atteignables.
00:59 Le Hamas n'est pas détruit, il continue de tirer des roquettes,
01:02 il se reconstitue même, tente de reconstituer ses forces
01:05 dans certains endroits de la bande de Gaza,
01:07 de la Vemem, de l'armée.
01:09 Les otages ne sont pas tous libérés.
01:10 L'écrasante majorité des otages qui ont été libérés
01:13 ne l'ont pas été dans le cadre de combat,
01:14 mais dans le cadre de négociations.
01:16 Donc ça, c'est l'aspect militaire.
01:19 Et puis sur l'aspect politique, et ça c'est vraiment en phase
01:21 avec ce qu'a dit Anthony Blinken,
01:23 beaucoup s'interrogent sur qui mettre au pouvoir
01:26 dans des territoires qui ont été sécurisés,
01:28 c'est-à-dire quand même ravagés, sinistrés par la guerre.
01:31 Tant qu'il n'y a pas de plan crédible,
01:33 alors le Hamas reviendra inexorablement.
01:36 Que dit Benjamin Netanyahou à ce sujet ?
01:38 Il a dit que de toute façon, il ne voulait pas
01:40 de l'autorité palestinienne.
01:42 Et puis il y a quelques jours, il a évoqué,
01:44 lors d'une interview avec Dr Phil,
01:46 c'est une star de la télévision américaine,
01:48 il a évoqué un plan pour établir une sorte d'administration civile
01:52 avec la participation d'autres pays qui veulent la stabilité,
01:55 comme les Emirats Arabes Unis par exemple.
01:58 Réaction immédiate à Abu Dhabi,
02:00 nous ne sommes pas consultés, nous ne sommes pas au courant,
02:03 nous ne sommes liés par aucun mandat légal avec Israël
02:05 pour un projet de ce type, et nous ne nous laisserons pas entraîner
02:08 dans un quelconque plan de ce type.
02:10 Si, comme nous le souhaitons, les Palestiniens eux-mêmes
02:14 se retrouvent en charge et qu'ils font appel à nous,
02:16 alors évidemment, nous leur fournirons de l'aide.
02:17 Donc l'impression, c'est qu'on est quand même
02:19 au niveau politique dans une improvisation totale,
02:22 et essentiellement, au fond, la critique, c'est cette guerre,
02:26 de la manière dont elle est menée, à quoi sert-elle ?
02:28 Aujourd'hui en Israël, on est en plein temps de commémorations,
02:32 on commémore le jour du souvenir,
02:34 dans une atmosphère très lourde, vous allez nous le dire.
02:39 Effectivement, Israël est rentré dans une séquence de commémorations,
02:43 de cérémonies officielles et nationales depuis hier soir.
02:49 Yom Hazikaron, c'est le jour du souvenir,
02:52 pour rendre hommage à tous les soldats tombés
02:54 et les victimes civiles du terrorisme cette année écoulée,
02:57 selon des décomptes officiels israéliens,
02:59 cette année qui vient de s'écouler a été la plus meurtrière
03:01 pour Israël en 50 ans.
03:03 Il y a eu des prises de parole officielles ce matin,
03:05 notamment celle du ministre de la Défense, Yoav Galant,
03:08 qui a dit que cette guerre était en train de façonner
03:11 la vie des Israéliens pour des années et des années à venir.
03:14 Un peu plus tôt dans la journée, le Premier ministre,
03:16 Benjamin Netanyahou, s'est lui aussi exprimé.
03:17 Il a une nouvelle fois dit que les objectifs de guerre
03:21 seraient atteints au cœur de ces objectifs,
03:24 la libération des otages.
03:25 Et au moment où il disait ces mots,
03:27 des gens qui l'écoutaient se sont levés de l'audience
03:29 et sont partis en signe de protestation.
03:31 A noter aussi que d'autres interventions ailleurs en Israël,
03:35 lors d'autres cérémonies, ont été chahutées,
03:37 celles d'Itamar Ben Gvir et de Bezalel Smotrich,
03:40 qui sont des ministres d'extrême droite alliés
03:41 à Benjamin Netanyahou dans ce gouvernement.
03:44 Des noms d'oiseaux ont été échangés
03:47 entre opposants et partisans de ces personnalités politiques.
03:50 Tout ça montre quand même des divisions
03:52 au sein de la société israélienne dans ce contexte de guerre.
03:54 Quant aux familles des otages,
03:57 elles ont prévu d'organiser leur propre cérémonie
04:00 parallèlement à celle de l'État.
04:02 Parce qu'à la fin de la journée,
04:04 le jour du souvenir marquera sa fin.
04:07 Mais on va entrer dans une autre séquence nationale
04:10 de commémorations pour les fêtes de l'indépendance.
04:12 Merci beaucoup, Ludovic, en direct de Jérusalem pour France 24.