00:00De 13h à 14h, vous écoutez Céline Giraud sur Europe 1. Vous réagissez aussi au 01-80-20-39-21.
00:08Et pour décrypter l'actualité, vous êtes entourée, Céline, aujourd'hui de l'avocate Sarah Salman et du chroniqueur politique Jean-Claude Dacier.
00:15Bonjour Sarah, bienvenue. C'est votre première avec nous.
00:18Je suis ravie de vous accueillir et je salue évidemment Jean-Claude Dacier qui est en train de prendre des notes très studieux.
00:24On va décrypter ensemble l'actualité, si vous êtes d'accord, et je vais notamment revenir, pour commencer, sur ce projet de loi sur la fin de vie.
00:30Est-ce qu'il a encore du sens ce projet de loi ? On se pose la question pourquoi ?
00:33Parce que la commission spéciale de l'Assemblée nationale l'a totalement remanié, dépouillé de tous ses garde-fous.
00:39Plusieurs critères qui devaient encadrer le suicide assisté, comme le pronostic vital qui devait être engagé, ont été supprimés.
00:47Le TANASI fait son entrée dans le code de la santé publique.
00:50Écoutez la réaction ce matin sur Europe 1 d'Emmanuel Hirsch.
00:53Il est professeur émérite d'éthique médicale à l'université de Paris-Saclay et il était l'invité de Dimitri Pavlenko à 7h10.
01:00La personne aura le choix du suicide assisté ou de l'euthanasie.
01:04Dans aucun pays ça n'existe.
01:06Ce qui est intéressant, c'est qu'on parlait du pronostic vital, engagé ou pas, à courant moyen terme.
01:11Là, c'est une personne qui est atteinte d'une maladie incurable, donc grave, c'est un point important.
01:17Et effectivement qu'il y a un pronostic engagé, mais vous pouvez avoir un problème cardiaque, atteinte d'un cancer,
01:25sans être exposé au dilemme de se dire est-ce que je dois me suicider ou me faire euthanasier.
01:30Ce qui est le plus grave, c'est qu'on rentre dans une culture qui remet en cause les principes même du soin, de la sollicitude, de la solidarité.
01:37Ce n'est plus le suicide assisté et l'euthanasie d'exception, c'est le suicide euthanasie.
01:42La notion d'exception a sauté.
01:43La plupart des personnes aujourd'hui sont en train de lever le bouclier en disant
01:48jamais on n'acceptera ce type de déviance qui remet en cause l'esprit même du soin.
01:53Voilà, c'était donc Emmanuel Hirsch, professeur à mérite d'éthique médicale à l'université de Paris-Saclay ce matin sur Europe 1.
01:59Sarah Salman, par rapport à tous ces verrous, ce texte totalement romanier qui va donc être dans l'hémicycle.
02:05On n'est plus du tout dans l'esprit de la loi initiale. Emmanuel Macron parlait de fraternité et d'équilibre.
02:09Alors la fraternité, on peut peut-être encore la chercher. L'équilibre, on peut le chercher, mais on ne va pas le trouver.
02:13Néanmoins, il faut savoir qu'ils ont le temps de changer dix fois d'avis.
02:16Je pense qu'il ne faut pas s'alarmer non plus trop vite.
02:18Mais on n'est plus du tout dans l'esprit de la loi initiale.
02:20On laisse trop de choix aux patients.
02:22C'est l'un ou l'autre.
02:23Les directives anticipées, quid des directives anticipées qui existent quand même depuis 18 ans,
02:28me semble-t-il qu'ils ne sont pas assez pris en compte.
02:30Il y a à peu près un Français sur deux qui sait à peine que ça existe.
02:32Donc ils ne sont pas du tout...
02:34Pour moi, on n'est plus du tout dans l'esprit de la loi.
02:36Et je pense qu'on s'approche même des dérives qui existent en Belgique.
02:39C'est-à-dire ?
02:40Par exemple, vous regardez, j'ai regardé avant de venir, il y a une jeune fille en 2015
02:45qui a demandé l'euthanasie pour des troubles psychiatriques.
02:47Elle avait 24 ans.
02:48Ça, c'est une dérive extrêmement grave.
02:50Vous pensez qu'on pourrait arriver à ça en France ?
02:52Je pense, parce que quand on entend quelque chose comme ça, on se dit « non, jamais chez nous ».
02:55Et en réalité, ce qui se passe, c'est qu'à chaque fois, on va toujours un peu plus loin.
02:59Là, cette loi, ça devait être juste une transition.
03:01En réalité, ce qu'on veut, c'est un aboutissement.
03:04Je pense qu'on peut arriver à ce genre de choses progressivement.
03:07Et vers ces dérives, on va y arriver.
03:09Comme au Canada, comme en Belgique.
03:11Parce qu'on fait sauter les verrous en moins d'une semaine.
03:14Finalement, on s'approche beaucoup plus de la Belgique que ce qu'on voulait initialement.
03:18Et on s'éloigne de la loi Léonetti.
03:20Deuxième point, est-ce que c'était vraiment nécessaire ?
03:22C'est aussi une question qu'on peut se poser.
03:23Est-ce vraiment nécessaire de faire ça maintenant ?
03:25Moi, j'en suis pas convaincue.
03:26Jean-Claude Dassier, la députée LR Annie Gennevard a exprimé sa sidération après la suppression du verrou.
03:32Je suis complètement d'accord avec ce que Sarah vient de dire.
03:34Alors, on peut se rassurer tout de même en disant que c'est un travail de commission.
03:39On vote en commission.
03:40Une commission spéciale quand même, avec des personnalités, des auditions.
03:43Ce n'est pas neutre, ce n'est pas rien.
03:45Mais encore une fois, ce qui se dessine, c'est ce que va devenir la loi.
03:50Et on n'a toujours pas répondu, à mon avis, à l'essentiel.
03:54Qui va décider lorsque le patient, lorsque le malade, lorsque le souffrant n'est pas en état de le faire ?
04:00Qui va décider d'appuyer sur le bouton ?
04:03Et quand on aura appuyé sur le bouton, si quelqu'un accepte de le faire, tous les médecins sont contre.
04:08Je crois, à peu près tous les médecins sont contre.
04:11Et qui va prendre l'éprouvette et va délivrer la mort ?
04:16Mais enfin, qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
04:18On entre dans une espèce de suicide autorisé, dans beaucoup de cas, dans une euthanasie qui n'a plus...
04:25Ça a raison, qui n'a plus grand-chose à voir avec le projet initial du Président de la République.
04:30Encore une fois, je ne voudrais pas être critique systématique, mais on a un problème de calendrier.
04:36Honnêtement, vous pensez que l'heure est au débat sur une loi aussi complexe, aussi compliquée ?
04:41Aujourd'hui, sûrement pas.
04:43C'est un marathon qui démarre, parce qu'effectivement, vous avez raison, il y aura beaucoup d'allers-retours.
04:46Oui, ça va durer des mois et peut-être davantage.
04:47Lundi, la discussion va commencer à l'Assemblée Nationale.
04:51Le député modem à Olivier Falorni, qui est donc rapporteur général de ce texte,
04:56qui soutient justement ces amendements et qui salue, après le vote, une grande, belle loi républicaine.
05:02Qui est assez engagée aussi. Est-ce que c'est juridique ? Est-ce que c'est militant ? Il faut aussi voir les choses.
05:07Et l'esprit a changé. Il y a un moment, il y a un député ou une députée Renaissance
05:11qui avait évoqué l'idée d'un délit d'incitation à l'aide active à mourir.
05:15Maintenant, on est sur un délit d'entrave.
05:18Donc en fait, tout l'esprit de la loi a changé et c'est ça le problème.
05:21On est plus, mais c'est très personnel, dans le militantisme plutôt que dans l'intérêt général et dans le soin.
05:27Et ça, ça me pose un problème.
05:29Un délit d'entrave à mourir, il fallait quand même y penser.
05:33Ça va quand même générer des débats qui s'annoncent enflammés à l'Assemblée.
05:37Il y a des élections européennes. Est-ce qu'on ne pourrait pas aussi se centrer sur les élections européennes ?
05:41Je ne sais pas, à chaque fois qu'il y a quelque chose...
05:43On avait eu les agriculteurs, ils nous avaient fait l'IVG dans la Constitution.
05:45Maintenant, les européennes, on a ça.
05:48Donc pourquoi pas ? Est-ce que c'est le bon timing ? Je ne crois pas.
05:51Est-ce que ce n'est pas une stratégie aussi ?
05:53Mais moi, je me pose la question parce qu'il n'y a que sur les sujets de société qu'Emmanuel Macron est encore audible
05:57et où les gens l'écoutent un petit peu.
05:59À chaque fois qu'il y a des choses qui sont quand même importantes, les agriculteurs, c'était fondamental,
06:03on avait concomitamment l'inscription dans la Constitution de l'IVG.
06:08Alors qu'on soit pour ou contre, est-ce que c'était une urgence absolue ? Je ne crois pas.
06:12Et bien là, on a des élections européennes, on parle de tout, sauf d'Europe, et bien on nous parle de l'aide à mourir.
06:18Il y a une stratégie politique selon vous, Jean-Claude Dacier ?
06:20Je commence comme Sarah à me poser la question, parce que ça arrive quand même assez fréquemment.
06:25Qu'est-ce que vient faire un débat aussi complexe, je le répète, sur l'euthanasie,
06:29dans une période qui est quand même une période secouée, compliquée, vraiment.
06:34Donc, le Président de la République ayant des problèmes avec, comment dire, le climat social,
06:39l'économie de ce pays, je ne reviens pas sur le montant des dettes qui fait peur, etc.,
06:44nous sort souvent, presque à chaque fois, un sujet de société qui va durer des semaines et des semaines,
06:51et qui va aiguiser tous les avis sur la question.
06:54C'est bien, mais au jour d'aujourd'hui, le Président, je pense qu'on va en parler,
06:58s'embarque ce soir pour la nouvelle tradition, lui-même est en train de prouver par ses décisions
07:04qu'il y a peut-être autre chose à faire,
07:06et puis on aura les résultats, en effet, des élections européennes,
07:10le 9 juin, dans trois semaines.
07:15Donc voilà, on a peut-être autre chose à dire, à penser, tout aussi important
07:20que ce qui vient de nous occuper pendant quelques minutes.
07:22Alors c'est pour masquer l'échec à venir.
07:23C'est possible.
07:24Merci Sarah Jean-Claude, bien évidemment on reste ensemble,
07:26on se retrouve dans quelques instants pour parler de la Nouvelle-Calédonie,
07:29vous en avez parlé, TikTok aussi, on en discute aujourd'hui au Conseil d'État,
07:33l'interdiction, on va en parler, et puis la CCI qui vient de chiffrer un milliard d'euros
07:38le coût des émeutes, de huit jours d'émeute en Nouvelle-Calédonie.
07:42Restez bien avec nous, on vous attend.
07:4401 80 20 39 21 pour réagir avec Céline Giraud de 13h à 14h sur Europe 1.