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Transcription
00:00 Et on revient avec notre correspondant Mathieu Mabin à Washington sur la déclaration de Joe Biden.
00:05 Le président américain a fustigé la demande du procureur de la CPI.
00:09 On vient de l'entendre, malgré les récentes critiques contre Netanyahou, dont on parle souvent avec vous, Mathieu,
00:17 on ne touche pas à l'allié israélien.
00:19 Oui, un peu comme si les États-Unis étaient les seuls autorisés à critiquer la politique d'Israël.
00:27 Un peu comme si, en famille, on pouvait critiquer la famille,
00:31 sans pour autant supporter qu'un élément extérieur se permette le moindre commentaire.
00:36 Mais en réalité, c'est un peu plus compliqué que ça.
00:38 Les États-Unis ne reconnaissent pas la CPI, on vient de le voir.
00:41 D'abord parce qu'il faut bien le reconnaître, il y a une idée persistante ici,
00:45 selon laquelle les institutions américaines suffisent largement à l'Amérique.
00:49 On a vu souvent des présidents américains, démocrates comme républicains d'ailleurs,
00:54 s'affranchir de la vie des organisations internationales.
00:57 C'est un euphémisme.
00:58 Nous ne prendrons que le cas emblématique de l'engagement américain en Irak, évidemment, en 2003.
01:04 Mais au-delà de cela, la démarche du procureur Karim Khan, c'est son nom,
01:10 qui consiste à incriminer dans la même déclaration les leaders d'une organisation islamiste
01:16 qualifiée de terroriste par l'Occident, et les représentants d'Israël démocratiquement élus,
01:22 à qui personne de censé ne reconnaît pas le droit de se défendre.
01:27 Cette juxtaposition n'est pas insupportable que pour Joe Biden.
01:32 Et ici, au congrès des États-Unis, en dehors de quelques élus isolés
01:36 et personnellement concernés par le conflit à Gaza,
01:40 personne ne soutient cet amalgame, disons-le.
01:42 Et enfin, il faut le dire, si les États-Unis reconnaissent la légitimité de ces poursuites-là,
01:48 cela réveillerait le douloureux et lourd dossier irakien, encore une fois,
01:55 et la multitude des interventions américaines à travers le monde au cours des dernières décennies,
02:00 lesquelles interventions ont parfois eu des conséquences absolument catastrophiques
02:04 et sans bénéficier de l'aval d'une juridiction internationale, pas même d'un consensus.
02:10 En clair, ce qui inquiète l'Amérique, c'est qu'un jour, un magistrat de la CPI
02:14 décide de poursuivre George Bush sur l'Irak, Nixon sur le Vietnam,
02:19 ou post-mortem également, par exemple, Madeleine Albright sur la Serbie et le Kosovo.
02:24 Et vous voyez bien qu'on n'en finirait pas.
02:26 Karim Khan est un procureur élu par les représentants des pays adhérents à la CPI.
02:32 Il faut le rappeler, alors qu'il était avocat, il a défendu le fils de Muammar Kadhafi et Charles Taylor.
02:38 Et le simple fait que ces éléments de sa biographie soient rappelés avec insistance ici aux États-Unis
02:44 et globalement par la presse occidentale indique que cet épisode pourrait bien, à terme,
02:50 fragiliser la notion même de juridiction internationale.
02:54 La France, sur cette question, Mathieu, dit soutenir la Cour pénale internationale,
02:59 soutenir son indépendance et la lutte contre l'impunité, ce sont les mots du communiqué,
03:03 même si on précise à l'instant qu'il n'y a pas d'équivalence entre le Hamas et Israël.
03:09 Dans quelles mesures, Mathieu, ces positions sont-elles liées à la politique nationale des États ?
03:14 Alors, le meilleur moyen de se tromper dans nos analyses et tentatives de compréhension
03:21 de l'évolution du conflit à Gaza, puisque c'est de ça qu'on parle,
03:24 ce serait de faire l'impasse sur les calendriers de politique intérieure des pays impliqués
03:30 ou de faire l'impasse aussi sur les réalités historiques et sociologiques de ces pays.
03:36 Et ce qu'il s'agisse des puissances occidentales ou des pays arabes voisins d'Israël, d'ailleurs.
03:41 Pour ce qui est des pays occidentaux qui contiennent, on l'a vu, tant bien que mal,
03:46 les effets de la guerre à Gaza sur leurs opinions publiques respectives.
03:51 On distingue clairement toutes les nuances de gris dans cette affaire, et on vient de le voir,
03:56 des nuances qui vont de la protestation ferme de Joe Biden, de la condamnation ferme
04:01 contre l'initiative du procureur de la CPI, jusqu'au silence embarrassé
04:06 de plusieurs membres de l'Union Européenne, il faut le dire.
04:09 Mettons à part les États-Unis, dont la politique s'est mêlée ces dernières années à celle d'Israël,
04:14 tellement les liens entre les deux pays sont serrés, on le sait,
04:18 même s'il y a eu quelques coups de canif dans le pacte ces dernières semaines, on l'a rappelé.
04:22 Rien qu'en Europe, les positions françaises que vous avez évoquées et allemandes se distinguent,
04:27 et là encore, c'est l'Histoire, avec un H majuscule, qui impose leur posture aux nations.
04:32 Évidemment, il demeure aujourd'hui un complexe allemand, appelons-ça comme ça,
04:37 pour tout ce qui peut toucher à Israël ou à l'histoire du peuple juif,
04:41 et comment pourrait-il en être autrement ? Évidemment, côté français, c'est bien plus,
04:46 et vous l'avez souligné, un attachement à ce que la France incarne dans le monde,
04:51 qui lui dicte sa posture, cette troisième voie, cette célèbre troisième voie,
04:56 portée par Dominique de Villepin en son temps à l'Assemblée Générale des Nations Unies.
05:00 Posture d'ailleurs qui consiste bien plus à défendre l'idée d'une justice internationale
05:06 que les positions d'un procureur qui, dans le fond, ne fait que passer.
05:10 Ensuite, évidemment, de l'université de Columbia à New York, à Sciences Po à Paris,
05:15 et aux rues de Berlin ou Londres, les leaders occidentaux ont pu mesurer
05:21 à quel point la cause palestinienne pouvait se transformer en une forme de dénominateur commun
05:27 des frustrations des minorités en Europe et aux Etats-Unis.
05:31 Et côté arabe, c'est encore autre chose.
05:34 Les réactions aux déclarations du procureur d'une institution que les opinions arabes découvrent globalement,
05:39 ces réactions ne peuvent être favorablement accueillies que pour une mauvaise raison,
05:44 cette raison que dénoncent Washington et Berlin, le renvoie dos à dos d'une organisation islamiste
05:50 qualifiée de terroriste par l'Occident et la seule démocratie du Moyen-Orient.
05:56 Merci beaucoup Mathieu Mabin.

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