00:00Je me suis dit que c'est plus facile d'être une mauvaise comédienne
00:03que d'être une mauvaise infirmière.
00:05Ça va tuer moins de gens.
00:11Je vis de mon art aujourd'hui.
00:12Je suis intermittente du spectacle, entre les clowns, l'impro.
00:16Je suis plutôt Zaza sur scène ou à l'hôpital en clown.
00:20Et puis Isabelle, c'est la maman, c'est la copine, la sœur, la fille.
00:27C'est plutôt mon humain ordinaire et quotidien.
00:35C'est le petit diminutif qui m'est arrivé à La Réunion.
00:39Donc moi, j'arrive à La Réunion en 2000.
00:41Et depuis 2000, Zaza est arrivé.
00:45Zaza est montée sur scène.
00:47Zaza est devenue clown.
00:49Zaza a fait des milliers de choses.
00:51Donc c'est Zaza qui est restée.
00:53J'aime beaucoup Isabelle, mais c'est Zaza qui passe avant.
00:57La Créole
01:01Ah oui, bien sûr, mes cosses créoles.
01:04Le créole, ça rentre dans mes oreilles comme une langue presque maternelle.
01:08J'ai habité d'abord à Grand Galet, si vous connaissez Grand Galet.
01:11Là-bas, là-haut, dans les Hauts-de-Saint-Joseph.
01:14Et là, tout le monde était autour de moi, tout le monde était cosses créoles.
01:18Même mon petit garçon qui était servi à l'école là-bas,
01:20il était en rentrée de l'école en disant « Maman, mes gars n'ont pas fait ça,
01:22mes gars n'ont pas fait ci ».
01:24Et moi, mes gars n'ont même pas compris ce qu'ils avaient dit.
01:26Donc après, il m'a été obligée d'apprendre le créole.
01:29Cosses avec mon voisin, cosses avec le bout de la boutique,
01:32cosses avec tout le monde, Grand Galet.
01:34Et c'est comme ça que le créole, là, rentre dans mon habitude.
01:38La conservatoire
01:43Quand moi, j'ai décidé de devenir comédienne,
01:46et quand j'ai dit « Moi, j'aimerais bien faire le conservatoire
01:48plutôt qu'une école en sortant du lycée »,
01:52là, ça a fait alarme.
01:54On ne fait pas ça dans la famille, on n'est pas des saletins banques,
01:57ce ne sera pas une vie pour toi.
01:59Donc, il faut que tu aies d'abord un métier et après, tu seras comédienne.
02:04Donc, je suis montée à Paris pour faire des études d'infirmière,
02:07ce qui m'a plu énormément et j'adore le côté soins et contact avec les gens.
02:12Et puis, à un moment donné, la comédie, le plaisir de jouer,
02:17de partager sur scène a pris le dessus.
02:20Rire
02:24Être sur scène et partager des rires avec le public,
02:28donner au public l'opportunité de rigoler,
02:32ça me fait beaucoup de bien parce que je sais que je fais du bien aux gens.
02:37Ça rejoint un peu mon métier d'infirmière,
02:40c'est-à-dire que je n'ai pas l'impression de soigner les gens avec le rire,
02:43mais il y a quand même ce moment où on sait qu'on leur fait du bien,
02:48je sais que je leur fais du bien.
02:51Et ça, il n'y a rien de mieux dans la vie que de faire du bien aux gens.
03:02Il apparaît un moment assez dramatique de ma vie.
03:06Je perds le papa de mon deuxième fils qui s'en va dans les étoiles.
03:13Et là, je suis une espèce de dépression, ça n'étonnera personne.
03:18J'ai un peu de mal à remettre les pieds sur scène,
03:21surtout parce qu'à l'époque, je fais beaucoup de théâtre d'improvisation.
03:24Et c'est une copine qui me dit « mais il faut que tu ailles faire du clown,
03:30tu vas voir, le clown, c'est la liberté, c'est le lâcher-pris,
03:34c'est être soi, à 100%, on ne joue plus à rien, on ne joue qu'à être soi. »
03:39Ça a été une libération.
03:41Il m'a permis d'exprimer mon malheur,
03:45et au travers de mon malheur, de pouvoir en rire, de faire le pas de recul.
03:51La chance que j'ai eue, c'est que Eclat de Lille,
03:53une compagnie de clowns hospitaliers, après mes stages et tout ça,
04:00a fait des recrutements, donc on est en 2011-2012.
04:03Et puis, je vais aux auditions en me disant « super, je vais devenir clown à l'hôpital.
04:08En fin de compte, j'étais infirmière, je suis comédienne,
04:10qu'est-ce qu'il y a de mieux que de devenir clown à l'hôpital ? »
04:13Et bim, ça fonctionne.
04:20C'est d'avoir 53 ans, d'en paraître 22.
04:26Non, c'est surtout d'avoir grandi avec des gens qui m'ont fait grandir,
04:33d'avoir fait confiance à des gens que je ne connaissais pas,
04:36d'avoir fait confiance à moi-même, de ne pas toujours avoir écouté mes parents,
04:40d'avoir été un peu contre aussi l'autorité par moments.
04:44Et vraiment, quand je me suis retrouvée face à mon miroir,
04:47j'ai su me dire « je t'aime ».
04:49Ça, c'est une force.
04:51Et dites-le tous les jours.
04:52Regardez-vous tous les jours et dites-le-vous tous les jours.
04:55C'est vous, c'est vous qui est important.
05:06Sous-titrage Société Radio-Canada