00:00Aujourd'hui, légitimement, s'interroger sur le timing, pourquoi maintenant ?
00:03Alors, d'abord, il y a probablement des raisons, des paramètres qui,
00:10disons, tiennent compte uniquement de la difficulté de monter une opération pareille, comme l'a souligné Mathieu.
00:16Et donc, là, il y a peut-être le fruit du hasard. Mais, tout de même,
00:19là où il y a quelque chose d'assez surprenant, c'est à la fois...
00:24Prenons simplement, pour commencer, du point de vue turc.
00:26On voit, ces derniers temps, que la Turquie d'Erdogan ressort à nouveau des attitudes plutôt vindicatives,
00:34notamment à l'endroit d'Israël, à l'endroit de ce qui se passe au Proche-Orient,
00:38et que, généralement, quand il se passe ceci à Ankara, c'est une volonté d'être à la fois sur le devant de la scène,
00:46mais de deux façons. Souvent, Erdogan joue comme ça. Il est sur le devant de la scène.
00:50Donc, là, en l'occurrence, il se projette comme un adversaire d'Israël.
00:54Et, dans cette affaire qui nous occupe maintenant, c'est plutôt le facilitateur, le médiateur entre deux mondes, presque,
01:01entre le monde de l'OTAN, et vous voyez bien que, même physiquement, une partie de cet échange a lieu à Ankara,
01:06qui est presque considéré, pour le cas de figure, comme un territoire neutre.
01:10Bon. Et puis, vous avez d'autres signes qui indiquent cela.
01:15C'est notamment le fait que vous ayez, par rapport, et c'est là l'essentiel de mon propos, par rapport à l'Ukraine.
01:24Vous avez quantité, en ce moment, d'informations qui nous parviennent d'Ukraine, qui décrivent la difficulté croissante de l'armée ukrainienne.
01:33Une interview de Volodymyr Zelensky, hier, à nos confrères de l'AFP, si je ne m'abuse,
01:39et qui parle, éventuellement, de solutions diplomatiques. Alors...
01:42— Ça fait quelques semaines, déjà, qu'il a mentionné cette... — Bien sûr. Bien sûr.
01:46Mais... Alors... De deux choses. Une, soit on ne croit jamais aux concomitances, et alors on peut devenir complotiste,
01:52donc je m'en garderai bien. Mais enfin, il y a quand même, notamment par rapport à l'Ukraine, des choses qui sont assez significatives.
01:59On peut très bien dire l'inverse. On peut dire aussi que, d'une certaine manière, pour les États-Unis, par exemple,
02:04le fait de ne plus avoir de ressortissants aux mains de Moscou pourrait être considéré comme une façon d'être beaucoup plus à l'aise
02:11dans une posture politique, politico-militaire, quelle qu'elle soit.
02:15— D'avoir les mains plus libres. — D'avoir les mains plus libres.
02:17Mais là, c'est quand même autre chose, me semble-t-il. C'est que, d'une certaine manière,
02:21si on veut se mettre à la place de la manière dont non seulement les opinions publiques, mais les responsables politiques,
02:29par exemple en Europe, pourraient réagir, ça consisterait à dire, au fond, le canal du dialogue avec la Russie de Poutine
02:38est-il complètement fermé. Non. La preuve, une opération de cette ampleur-là est susceptible d'être montée et d'arriver à bon port.
02:49Ce que disait Mathieu est important aussi. On n'a pas encore tout à fait de précisions, mais un certain nombre d'opposants à Vladimir Poutine,
02:56dont, par exemple, Vladimir Karamurza, qui était un proche de Boris Nemtsov, qui avait été, lui, abattu, vous vous souvenez peut-être,
03:04c'était sur un pont devant le Kremlin. Ce sont des personnages qui comptent dans la dissidence, même s'ils sont relativement isolés,
03:12mais ce sont des figures, si vous voulez, que, d'ordinaire, le pouvoir de Poutine, on l'a vu avec Navalny,
03:18ce sont des figures que l'on s'emploie à faire taire, et puis, un jour, à faire mourir. Donc là, là aussi, il y a quelque chose qui interroge.
03:27La question, évidemment, ça va être de savoir si c'est un déclencheur ou si c'est simplement un épiphénomène.
03:33Mais, par rapport à ce que peut signifier le combat de l'Ukraine, il y a quelque chose qui peut...
03:41Enfin, en tout cas, qui doit nous faire réfléchir, même si ça n'est pas totalement avéré, c'est qu'au fond, pour le prix du dialogue, tel qu'il peut se rétablir,
03:50quand je dis dialogue, j'y vais un peu fort, ça veut dire simplement le fait qu'on a ce qu'on appelle, vous savez, des mesures qui créent la confiance.
03:57C'est-à-dire que, si cette affaire se passe bien, qu'il n'y a pas d'Annie Croche, on dira, tiens, eh bien, les Russes, cette fois-ci, n'ont pas été tortueux.
04:05Du même côté, les Russes pourront dire, on a pu faire confiance aux Américains, et c'est à partir de là qu'on se dit, est-ce que ça vaut bien le coup de s'affronter à propos de l'Ukraine ?
04:15Évidemment, la Russie dira non. Laissez-nous faire. Nous, qu'est-ce qu'on fera ? Eh bien, on verra.
04:20La Russie arrive à s'entendre avec l'Occident, un Occident dont s'éloigne peut-être l'Ukraine, c'est ce que vous dites.
04:26Oui et non.
04:27En tout cas, peut-être le soutien, en tout cas, on discute aujourd'hui et on s'entend avec la Russie sur un sujet important.
04:33Il y a une telle volonté de la part d'un certain nombre de gouvernants occidentaux.
04:38Alors, les États-Unis sont dans leur problématique actuelle, mais même en Europe.
04:42Cette volonté qui a dit, d'un côté, nous allons soutenir l'Ukraine jusqu'au bout, mais en même temps, si on pouvait arrêter la guerre.
04:48Alors, vous me direz, c'est parfaitement louable. Oui. Sauf que le prix à payer, c'est ça.
04:53C'est pas uniquement l'abandon de l'Ukraine. L'Ukraine, ce n'est pas la seule affaire dans la guerre entre la Russie et l'Ukraine.
04:59C'est aussi un choix politique et le choix de savoir comment on agit par rapport...
05:04Et ça, on n'avait pas prévu que ça reverrait le jour, par rapport au totalitarisme.
05:10Alors, vous allez me dire, c'est peut-être un peu excessif par rapport à ce qui se passe maintenant.
05:13On va bien voir. On va voir qui est membre de l'échange.
05:16Mais cette réflexion, me semble-t-il, ne peut pas être absente d'un événement pareil.
05:22Parce qu'encore une fois, c'est un échange auquel on n'avait plus... Enfin, par son ampleur, auquel on n'avait plus assisté depuis les époques de la guerre froide.
05:30Et du fameux plomb de Glinikey, qui était à Berlin à l'époque, qui est toujours, mais qui n'a plus aucune signification.
05:36Et vous l'avez dit, on attend donc de savoir l'identité des 24 ou 26 détenus qui sont donc échangés aujourd'hui entre la Russie et 7 pays occidentaux.
05:45Voilà ce qu'on pouvait dire. Merci beaucoup, Gauthier, pour votre éclairage.