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Transcription
00:00On poursuit tout de suite avec votre rendez-vous quotidien, c'est l'heure de Derrière l'image,
00:04notre rendez-vous pour prendre le temps de décrypter l'info à partir de photos qui font sens.
00:08C'est le prix le plus prestigieux du Festival international de photojournalisme, Visa pour l'image.
00:13Le Visa d'Or News a été décerné ce week-end, ce samedi 7 septembre, c'était à Perpignan.
00:19Il a été remis au photographe palestinien de l'agence France Presse, l'AFP, Mahmoud Hams,
00:24pour son travail sur la guerre à Gaza, un festival dominé par le conflit à Gaza.
00:30Et cette image donc, Cyril Paillin, bonjour, on se rend à l'exercice ensemble aujourd'hui avec ce cliché.
00:37C'est lui qui a mis à l'honneur, au milieu de ce décor, la bande de Gaza.
00:40Effectivement, une fois n'est pas coutume, on va parler de cet homme qui incarne,
00:45d'une certaine manière, l'honneur de cette profession, mais il est lui-même le sujet.
00:50En général, évidemment, on montre des images et non pas le photographe.
00:54Mais là, on voit bien le contexte dans lequel se trouve Mahmoud Hams.
00:58On est le 2 novembre, dans le centre de la bande de Gaza, dans un camp de réfugiés.
01:04De ces réfugiés qui sont donc déplacés par les ordres d'évacuation lancés par l'armée israélienne.
01:09Je rappelle que l'offensive sur Gaza de l'armée israélienne a commencé le 27 octobre.
01:13Donc on était au début de ces énormes bombardements sur Gaza,
01:16qui avaient déplacé toute la population de Gaza City au nord.
01:20Y compris le photographe Mahmoud Hams.
01:22Et donc, il est au milieu de cet endroit. On voit bien la dévastation.
01:26Il y a de nombreux mois, cet homme de 44 ans se photographe à Guéry.
01:31Puisque ça fait 20 ans qu'il travaille pour l'agence France Presse à Gaza.
01:35C'est un enfant de Gaza. Et lui et sa famille, comme certains autres, ont choisi de quitter Gaza.
01:42Puisqu'il est parti en février, où il travaille depuis le Qatar.
01:45C'est aussi une des demandes de son employeur, l'AFP.
01:48C'est effectivement le prix le plus prestigieux de cette grande messe du photojournalisme international à Perpignan.
01:56Et on salue l'ensemble de l'oeuvre de ce photographe.
02:00Et nous montrons effectivement cet homme au milieu de ces gravats, de ces bombardements, de ces victimes.
02:08Puisqu'il le documente depuis le début de l'offensive israélienne, en prenant énormément de risques.
02:13Et je vous propose de lire cette phrase en épitaphe qu'il a tenue à envoyer.
02:18Puisque la réalité du terrain, c'est aussi qu'il n'a pas pu être présent par défaut de visa.
02:23Il est au Qatar. Tous les lauréats gazaouis, on va en parler, n'ont pas pu venir à Perpignan. Pas de visa.
02:28Donc j'espère que les photos, je le cite, que nous prenons disent au monde que cette guerre et les souffrances doivent prendre fin.
02:35Pourquoi il dit ça ? Parce qu'il incarne ce métier.
02:38Il est le sujet. Lui et sa famille ont dû partir.
02:41130 journalistes gazaouis ont été tués.
02:43Le bureau de l'agence France Presse a été visé par un tir de char.
02:47C'est totalement avéré. L'AFP l'a dénoncé. Donc l'employeur de Mahmoud Hams.
02:52Mais lui est le sujet. Les journalistes sont pris pour cible.
02:55Et surtout, ce sont nos yeux.
02:57Puisque c'est totalement inédit dans les conflits modernes que nous avons beaucoup couverts.
03:02C'est fermé hermétiquement.
03:04L'armée israélienne ne permet pas à un journaliste indépendant, en venant de manière indépendante, de se rendre à Gaza.
03:11Ça fait 12 mois et personne n'a pu rentrer de manière indépendante pour faire son métier à Gaza.
03:17Donc on dépend de ces journalistes.
03:19Nous avons Rami Abou-Jamouz, celui qui ne fait pas de photos, mais qui est la voix francophone qui sort de Gaza.
03:24Mais il fallait mettre à l'honneur le travail de ce photographe.
03:27C'est un travail indispensable pour documenter cette guerre au Proche-Orient.
03:32C'est un symbole.
03:34Deux autres récompenses attribuées à des photographes palestiniens.
03:38Et un à un Israélien.
03:40Effectivement. On voit bien que Gaza a complètement dominé cette grande messe du photojournalisme.
03:45Comme l'Ukraine à d'autres époques.
03:47Mais avec des questions beaucoup plus clivantes.
03:51On sait que ça cristallise beaucoup de passions.
03:55Dans ce conflit israélo-palestinien, est-ce qu'on est pro ou est-ce qu'on est contre ?
04:00C'est difficile de trouver une place médiane.
04:02On répète que ce sont des professionnels, des journalistes aguerris, avérés.
04:07C'est Loé Ayoub et Samar Abou Elouf qui ont également, et c'est extrêmement rare qu'une nationalité récolte autant de prix,
04:16qui sont des pigistes pour le New York Times et le Washington Post.
04:19Deux journaux américains qui ont également été récompensés.
04:24Eux non plus n'ont pas pu venir.
04:26L'un est en Égypte et l'autre encore à Gaza.
04:28Pour défaut de visa.
04:30Et c'est aussi un rappel sur la difficulté et la réalité de la guerre.
04:33Ces gens ne se dépassent pas.
04:35Et effectivement, il y avait dans les lauréats, Niv Koren,
04:38qui est un photoreporteur israélien,
04:41et qui a documenté des images absolument terribles.
04:44Et puis c'est l'horreur contre l'horreur.
04:46Les images du 7 octobre, l'attaque terroriste du Hamas sur le sud d'Israël,
04:49où il était l'un des premiers à avoir fait des photos absolument abominables.
04:53Et on n'imaginait pas que ça allait être le prélude à toute cette horreur qui se poursuit depuis le 7 octobre.
05:02Ça va faire maintenant 12 mois, bientôt un an.
05:04Et on voit bien que ce conflit dépasse largement les frontières du Proche-Orient, de Gaza aussi,
05:10pour susciter des polémiques au sein même, au cœur même du festival cette fois.
05:15Oui, parce qu'une fois n'est pas coutume, les trois lauréats gazaouis n'étaient pas présents.
05:19Mais le maire de Perpignan, lui non plus, n'était pas présent.
05:22Louis Alliot, qui représente l'extrême droite française, Rassemblement National,
05:26qui dès le début, puisqu'il y a un dépris qui doit traditionnellement être remis par l'édil de Perpignan,
05:31il avait annoncé refuser catégoriquement que lui ou un membre de son administration soit présent
05:37pour remettre le prix à Loé Ayoub, parce qu'il reprochait, Louis Alliot,
05:41il reproche à ce lauréat qui est en Égypte d'avoir des sympathies pour le Hamas,
05:47ce qui a été évidemment totalement contredit par l'ensemble des professionnels qui lui ont donné ce prix.
05:52Mais effectivement, la politique française s'est ingérée dans un festival de professionnels,
05:59de journalistes professionnels, pour les raisons qui appartiennent à M. Alliot,
06:04mais qui a effectivement défrayé la chronique et qui renvoie encore à ce côté clivant de ce conflit
06:11pour ou contre, horreur contre horreur, où finalement on a beaucoup de mal à rester neutre
06:16et d'arriver à départager les passions.
06:18Vous revenez vous-même du Proche-Orient.
06:21Cyril, vous y avez passé deux semaines, à Jérusalem et en Cisjordanie.
06:25Vous avez été correspondant de France 24 dans la région pendant de nombreuses années.
06:30Quelles impressions vous en tirez aujourd'hui ?
06:32Quelque chose d'une impression assez terrifiante, puisqu'on est dans une spirale de violence qui,
06:38je suis entré il y a dix jours, une spirale de violence qui ne s'arrête pas,
06:42qui s'amplifie avec même un déplacement, on dirait, du centre de gravité de la guerre
06:46qui a été beaucoup, sur Gaza, à la Cisjordanie, occupé.
06:49Près de 700 morts, quand même, depuis plusieurs mois.
06:52Et puis évidemment, le sud Liban, avec ce nouveau front qui menace entre la milice prochite iranienne
06:59du Hezbollah libanais et l'armée israélienne.
07:02Mais surtout, sur un plan plus personnel, ayant vécu trois ans à Jérusalem,
07:06et la vieille vie de Jérusalem, il y avait, depuis les années 2010,
07:10des tentatives de cohabitation, de coexistence, un peu fragiles et précaires, certes,
07:14mais une cohabitation entre les communautés, notamment arabes et juifs.
07:19Et là, on sent bien que la vieille ville, le côté arabe de la vieille ville de Jérusalem,
07:23est totalement morte, il n'y a plus personne.
07:25C'est une sorte de petite mort d'agonie.
07:28Et on voit bien que beaucoup d'habitants ont fait presque le deuil, ont tiré un trait sur la cohabitation,
07:35et on ne se parle plus.
07:36Et il y a un côté assez irréversible, assez dramatique.
07:39Et surtout, quelle issue à ce drame, qui touche des millions de gens de part et d'autre à Gaza,
07:45en Cisjordanie, mais aussi en Israël.
07:47Comment expliquer le fait qu'il n'y ait pas eu de trêve depuis de longs mois ?
07:51Les Américains n'ont cessé de dire qu'il y aura bientôt un accord, c'est éminent,
07:54c'est ce qu'on disait la semaine dernière encore.
07:57Il faut garder espoir, ou pas ?
08:00Il faut garder espoir de toute façon.
08:02Mais on est sans doute déjà entré dans une troisième intifada qui ne dit pas son nom,
08:06avec un déferlement de violences en Cisjordanie occupée.
08:09On voit l'émergence de quelque chose qui est extrêmement nouveau,
08:12et qui est porté par l'extrême droite pro-colonie israélienne.
08:16C'est ce qu'on appelle déjà un terrorisme juif.
08:18Je pèse, évidemment, je mets des guillemets sur ce mot,
08:21mais de plus en plus d'attaques de colons israéliens en Cisjordanie occupée, avec des morts.
08:27Une activiste turque américaine a été tuée vendredi,
08:31visée par un tir de sniper israélien.
08:35Donc on est effectivement dans un antagonisme.
08:38Les deux parties sont résolument dos à dos.
08:40Je rappelle qu'il n'y a pas eu de trêve de cesser le feu depuis novembre 2023,
08:43avec un premier échange d'otages, de libération de prisonniers,
08:45et puis surtout cette trêve humanitaire qui était impérieuse.
08:50On n'arrive pas à négocier, puisque vous avez le chef des négociateurs,
08:53Ismaël Agné, le chef du bureau politique du Hamas,
08:56qui a été visé par une frappe à Téhéran le 31 juillet.
08:58Donc il n'y a plus de négociateur.
09:00Il y a maintenant le nouveau chef du Hamas, Yair Yarsinouar,
09:02qui est lui-même l'instigateur des attaques du 7 octobre.
09:05Donc on voit bien que c'est compliqué de négocier.
09:07Et puis du côté israélien, le premier ministre Benyamin Netanyahou
09:11volontiers va-t-il en guerre avec sa coalition gouvernementale d'extrême droite,
09:15où beaucoup de ses gardes rapprochés n'ont même pas envie de faire amener les otages.
09:19Donc c'est extrêmement compliqué.
09:22On voit qu'il y a une impulsion diplomatique importante de la part des Américains.
09:25On voit bien que notamment le président américain ne se risquera plus
09:28à dire qu'il sent qu'il va y avoir des bonnes nouvelles bientôt.
09:30Il l'a dit il y a de nombreuses semaines et rien n'est arrivé, hélas.
09:33Des nouvelles peut-être du terrain Gazaoui, Rami, que vous citiez tout à l'heure,
09:38qui est en quelque sorte nos yeux et nos oreilles dans la bande de Gaza.
09:42Quelles sont les nouvelles ? Vous l'avez eu ?
09:44Comme tous les jours, nous sommes quelques-uns à suivre au quotidien.
09:48Donc il y a toujours un message, toujours vivant.
09:50Bonjour les amis.
09:51Donc il est toujours vivant avec ses enfants.
09:53Il refuse, lui en tout cas, de partir.
09:55C'est un journaliste professionnel.
09:57Il aurait pu y avoir une exfiltration vers l'Égypte.
10:01Ça lui a été proposé deux fois.
10:03Il a refusé.
10:04Il a dit, moi, cette voix francophone de Gaza, je dois rester.
10:08Sa femme est enceinte.
10:09Je le cite aussi, c'est pour replanter des nouvelles fleurs à Gaza.
10:13C'est sa manière d'exprimer à travers cette terreur et cette horreur humanitaire
10:17que vivent ces Gazaouis chaque jour, de dire qu'on garde,
10:21et je réponds donc à votre question, on garde un peu espoir.
10:23Donc lui, il va bien.
10:24Il est toujours vivant.
10:25Mais tout cela, évidemment, est extrêmement fragile et précaire.
10:28Merci beaucoup Cyril.
10:30C'était Derrière l'image.
10:32Votre rendez-vous qui se poursuivra demain.
10:35Merci à vous.

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