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00:00Florent Parmentier, bonjour à vous. Vous êtes politologue, cofondateur du site
00:04Eurasia Prospective, vous enseignez notamment Sciences Po Paris, vous êtes
00:07l'auteur de cet ouvrage, Les chemins de l'état de droit, la voie étroite des
00:10pays entre l'Europe et la Russie, aux éditions presse de Sciences Po.
00:13Merci d'avoir accepté notre invitation. Cette question d'abord centrale autour de
00:17ces échanges en ce moment à Washington, des discussions autour de cette
00:20possibilité d'envoyer à Kiev des missiles longue portée, des missiles qui
00:24peuvent, je crois, frapper jusqu'à 300 km, pour quelles cibles et qu'est-ce qui
00:29peut être visé, selon vous ? Premièrement de réponse, je pense qu'il faut
00:36comprendre la stratégie derrière l'idée de livrer des missiles à longue portée.
00:40Cette stratégie, c'est contribuer à la désorganisation de l'adversaire sur un
00:44plan militaire, en cassant des lignes logistiques et en cassant la possibilité
00:48pour la Russie de continuer à progresser dans le Donbass et à mettre
00:52une certaine pression sur le front ukrainien.
00:56Et puis c'est également un autre enjeu qui est important pour les Ukrainiens,
01:01c'est d'épuiser ces lignes logistiques militaires et puis également de cibler
01:04des institutions, des opérateurs énergétiques, avec une idée simple qui
01:11est que s'il y a moins de pétrole à fournir aux forces armées,
01:18leur progression s'en trouverait ralentie.
01:21Donc il s'agirait, si je vous suis, de frapper des sites stratégiques,
01:25notamment ce qui peut être considéré comme des réserves en carburant,
01:29est-ce que ces frappes pourraient aller jusqu'à toucher la capitale ?
01:34C'est assez peu probable que l'on livre...
01:37Ce qu'il faut voir, c'est qu'utiliser de tels missiles suppose d'avoir à la fois
01:43une très grande précision et puis une coordination qui peuvent s'avérer
01:47extrêmement complexes à mener.
01:49Donc l'idée selon laquelle ces armes serviraient à bombarder Moscou
01:55serait pour le coup un cas de la Suisse-Bellis et pour le coup
01:59mettraient en place une dynamique d'escalade.
02:01Ce n'est pas ce que cherchent probablement les dirigeants ukrainiens.
02:07Je pense que ce que cherchent les dirigeants ukrainiens,
02:09c'est avant tout casser l'effort et la machine de guerre russe,
02:12de manière à tout simplement pouvoir mieux se défendre et pouvoir enrayer
02:18les efforts faits par la Russie ces derniers mois pour progresser sur le front.
02:21C'est ça le véritable objectif.
02:23Et il pourrait bien sûr y avoir un peu plus en profondeur
02:26des actions de sabotage, des actions liées aux drones,
02:31mais certainement pas des missiles à longue portée.
02:34Donc l'Ukraine y voit la nécessité de frapper fort
02:36pour amener ensuite la Russie à négocier ?
02:40L'Ukraine cherche effectivement à frapper fort sur le plan logistique,
02:43comme on l'a dit, mais également à avoir un effet psychologique sur cette guerre.
02:48Et là on voit bien, et ça a été très bien dit par Stéphane Chion juste avant notre intervention,
02:54il y a à la fois une logique de la part des Ukrainiens
02:56qui met en avant la légitimité pour l'Ukraine de pouvoir se défendre,
03:00et donc de pouvoir se défendre en profondeur,
03:02de pouvoir taper ce qui permet aux Russes d'envahir l'Ukraine.
03:07Et puis il y a, par rapport à cet élément de légitimité incontestable pour les Ukrainiens,
03:12des réticences du côté des partenaires,
03:15aussi bien des États-Unis que des Européens, quant au risque d'escalade.
03:19Et là, de ce point de vue-là, on voit très certainement
03:21qu'il y a encore du jeu diplomatique entre les Américains,
03:26les Européens et l'Ukraine d'autre part sur ce plan-là.
03:30Dans un contexte, il faut le rappeler, où les États-Unis regardent à la fois en interne
03:35ce que seront les résultats des élections entre Donald Trump et Kamala Harris,
03:40et regardent également, c'est important, d'autres fronts,
03:42comme celui de la Chine, dont on parle moins,
03:45mais qui reste extrêmement important dans l'échelle de décision,
03:49dans les priorités de décision de la politique américaine.
03:51Alors justement, quelles sont les positions de l'un et de l'autre,
03:54de Joe Biden et de Keir Starmer, qui est en ce moment à Washington,
03:57sur cette question de l'envoi de missiles longue portée ?
04:01Jusqu'à présent, ils l'ont refusée.
04:03La question est donc de savoir ce qui pourrait les amener à aller plus loin
04:08dans le soutien de l'Ukraine, en tout cas plus loin dans les modalités
04:10que l'Ukraine a de pouvoir se défendre.
04:13Je pense que ce serait à la fois un aveu de force et un aveu de faiblesse,
04:19paradoxalement.
04:19Un aveu de force qui consiste à dire,
04:21nous n'avons pas peur d'un risque d'escalade,
04:25pour la bonne et simple raison qu'effectivement,
04:28aucun des partenaires, aucun des membres de l'OTAN
04:31ne sera frappé d'un point de vue nucléaire.
04:34Mais ça pourrait paradoxalement apparaître également comme,
04:38j'allais dire, une forme de reconnaissance du fait que la Russie
04:43est aujourd'hui tellement avancée dans son attaque dans le Donbass,
04:48qu'il faut progressivement aller vers davantage de lignes rouges.
04:52Donc il faudra évidemment regarder avec beaucoup d'intérêt
04:54à la fois les décisions américaines et britanniques à cet égard,
05:00voir quelles sont les capacités organisationnelles,
05:03logistiques, opératives de l'Ukraine, de les mettre en œuvre véritablement,
05:07et quel sera l'effet finalement recherché par rapport à la Russie,
05:10qui ne manquera pas en effet de, en quelque sorte,
05:13se montrer comme une espèce de victime d'une forme de vendetta de l'OTAN.
05:20C'est comme ça que les pouvoirs institués en Russie vont essayer de communiquer.
05:24Et qui pourrait aller jusqu'à une véritable riposte.
05:26Comment regarder justement cette déclaration du président Poutine ?
05:29Un feu vert des Occidentaux signifierait que les pays de l'OTAN
05:31sont en guerre contre la Russie.
05:32C'est une réelle menace ou c'est un coup de pression selon vous ?
05:37On peut imaginer que c'est un coup de pression.
05:39Il y a naturellement des menaces.
05:41Ensuite, la question qu'il faut regarder de près,
05:44c'est que Vladimir Poutine et sa diplomatie continuent de parler,
05:50très certainement loin des regards avec les États-Unis,
05:54pour savoir quelles sont les véritables lignes rouges de part et d'autre.
05:57Et donc que le président russe agite ces menaces,
06:00et ça a été très bien dit précédemment,
06:02quelque chose qu'il fait depuis maintenant deux ans et demi,
06:04qu'a duré cette guerre.
06:06Mais pour autant, on peut estimer que la réalisation de cette menace
06:12semble encore aujourd'hui assez éloignée,
06:15quand bien même, effectivement,
06:17la perspective de sa réalisation serait effrayante.
06:19Mais je pense que ce qu'il faut regarder,
06:20c'est en termes probabilistes, en quelque sorte,
06:23la Russie ne serait acculée à faire ce type de menaces,
06:27ou à réaliser ce type de menaces,
06:29que si elle était véritablement menacée dans son existence même.
06:34C'est le sens de la doctrine nucléaire russe.
06:38Et donc on peut estimer aujourd'hui qu'il n'y a pas de menaces existentielles
06:44pour la Russie.
06:45Et donc la possibilité de mettre en œuvre ces menaces sont très limitées.
06:51Merci beaucoup Florent Parmentier.
06:52Merci d'avoir pris le temps de répondre à nos questions.

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