00:00Le lendemain, au matin, une vingtaine de soldats de la garde présidentielle
00:04se sont présentés chez nous et ont tiré.
00:06C'était un meurtre massif sur une échelle inconnue depuis la seconde guerre mondiale.
00:10Les gens se sont identifiés à des bestiaux, à des animaux nuisibles.
00:14Un seul mot pour qualifier la situation au Rwanda, l'apocalypse.
00:19Il y a 30 ans, le génocide au Rwanda fait 1 million de victimes en seulement 3 mois,
00:22soit environ 10 000 morts par jour.
00:24Un crime orchestré par les extrémistes Hutus, qui étaient au pouvoir à l'époque,
00:28contre la population et les minorités Tutsi.
00:30À cette échelle, il ne convient plus de parler de guerre tribale,
00:34mais bien d'extermination de masse.
00:37Et voilà l'endroit où on va faire l'interview.
00:40À l'époque, Dorsi Rwamba n'avait que 25 ans,
00:42et sa famille s'est faite tuer par des militaires Hutus de la garde présidentielle.
00:46C'est plus un livre pour la vie d'avant, la vie d'après,
00:51pour redonner vraiment de la vie aux victimes,
00:53et qu'ils ne soient plus identifiés uniquement par les conditions atroces de leur départ.
00:58Aujourd'hui, Dorsi Rwamba est comédien, auteur et metteur en scène.
01:02Il vient de sortir un livre magnifique et très émouvant qui s'appelle
01:05« Awa Rwanda, lettres aux absents »,
01:07et il a accepté de revenir avec moi sur le traumatisme qu'il a vécu le matin du 7 avril 1994,
01:12le jour où il a perdu 8 membres de sa famille en quelques minutes.
01:16Le 6 avril, moi j'étais dans la seconde ville du pays, à Butaré.
01:21Et j'aurais dû rentrer à Kigali, parce que nous habitions à Kigali,
01:25sauf que mon père m'a décommandé de voyager la nuit,
01:29en me disant « Non, c'est mieux que tu restes à Butaré,
01:33que tu dormes là-bas et que tu reviendras demain, le lendemain. »
01:36Et le lendemain, au matin, un bataillon,
01:40je ne sais pas comment on décrit une vingtaine de soldats de la garde présidentielle
01:46se sont présentés chez nous,
01:48et ont tiré, vraiment fusillé l'essentiel de notre famille.
01:54Nous étions une famille de dix enfants,
01:57et sur les dix, nous avons survécu à quatre.
02:02– Vous, donc, vous n'êtes pas là. – Non.
02:05– Qu'est-ce qui se passe à ce moment-là pour vous,
02:06quand vous apprenez qu'une partie de votre famille a été massacrée ?
02:10– Je me trouvais à Butaré, comme je l'ai dit,
02:12et donc Butaré se trouve pas très loin de la frontière bourgondaise.
02:16Et donc la première chose qu'on a cherchée, c'est comment quitter le pays,
02:21se mettre à l'abri.
02:24J'ai un frère qui était dans la maison de mes parents, qui était blessé.
02:30La première chose qu'on a cherchée, vraiment, c'est comment le sortir de là.
02:34Une fois qu'il est sorti, nous-mêmes, on a essayé de sortir du pays et d'échapper.
02:40– Et comment, justement, vous avez réussi à récupérer votre frère ?
02:43– Il y a un ami de la famille qui a réussi à aller et le prendre,
02:47et qui, lui-même, quittera le pays avec lui.
02:50Et donc on se retrouvera au Burundi plus tard.
02:52– Elle ressemblait à quoi la route jusqu'au Burundi ?
02:54Il y avait beaucoup de gens, ou c'était encore le début,
02:57donc tout le monde ne prenait pas la mesure de ce qu'il était en train de se passer ?
03:01– Non, en fait, c'était une situation au tout début,
03:04où beaucoup de gens pensaient que ça n'arrivera pas à Butaré.
03:08Parce que c'était pas un bastion de l'opposition,
03:11et le génocide y est arrivé beaucoup plus tard.
03:14Et par contre, quand les gens de Butaré ont commencé à vouloir sortir,
03:19ça sera trop tard, tout simplement, la machine s'était refermée sur eux.
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