00:00Les Nouvelles Têtes, Mathilde Serrel. Ce matin, votre invitée appartient à la génération
00:05dite Z, mais au cinéma, en ce moment, elle est plutôt Y. La comédienne Angélina Vorett
00:11est dans notre studio.
00:12Bonjour Angélina Vorett, on est tous vieux autour de ce plateau, on ne connait pas
00:41par cœur l'anecdote. C'est sorti en 1992, Under the Bridge, mais vous aussi vous la
00:46connaissez par cœur maintenant ?
00:48Oui, j'ai appris par cœur pour le film, parce qu'il y avait plein de musiques qui
00:52étaient déjà au scénario, donc on savait déjà à peu près à quelle sauce on allait
00:56être mangé. Je la connaissais mais j'ai dû la prendre par cœur et j'ai dû la
01:02chanter évidemment sur le plateau.
01:04Parce que dans leurs enfants après eux, donc l'adaptation du prix Goncourt de Nicolas
01:08Tuch, il y a une scène où vous chantez ça dans la piscine face à Paul Kirchherr,
01:11votre personnage de Steph, vous fredonnez.
01:13Je le fredonne, mais sur un plateau, quand il y a une musique, il n'y a pas vraiment
01:18la musique. Donc tu chantes avec un plateau en silence, tu chantes vraiment. Je chantonnais
01:25comme ça dans l'eau glacée, à un moment j'arrivais plus à chanter, j'avais plus
01:29de voix parce que j'avais trop froid.
01:30Il y a eu un phénomène avec l'amour ouf, c'est quand on s'est rendu compte que les
01:36acteurs de la première vie, c'est les mêmes producteurs, l'amour ouf et leurs enfants
01:40après eux, ils avaient envie de vivre dans les années 80.
01:42Il y a eu ça comme effet, les spectateurs aussi.
01:45Est-ce que ça vous a donné envie de vivre dans les années 90 ? Est-ce que c'est vraiment
01:48un personnage de ce film et de ce roman de Nicolas Mathieu ?
01:51Non, ça ne m'a pas forcément donné envie de vivre dans les années 90, mais ça m'a
01:57permis de découvrir un petit peu plus peut-être une époque avec laquelle j'étais familière,
02:02dûe aux musiques, aux films, toute la pop culture qui résulte de ma génération.
02:09En tout cas, on est vachement brillants de ça, j'ai l'impression.
02:12Donc, ça m'a permis d'être en immersion dedans et de vivre une adolescence différente
02:18pendant le petit temps d'un tournage.
02:20Le petit temps du tournage.
02:21Donc, leurs enfants après eux, donc Prigoncourt et Nicolas Mathieu, adaptés par des trentenaires,
02:25les jumeaux Bouckermin, vous incarnez le personnage de Steph, fille de Notable dans
02:29Tombe amoureux, le personnage d'Anthony, ado d'un milieu beaucoup plus modeste incarné
02:33par Paul Kirchherr.
02:34Paul Kirchherr, la bande-son, elle est totalement 90, je le disais, les rédotes entre autres
02:38que vous chantez dans une piscine et qui est dans une fête.
02:41Cette fête, elle est très importante parce qu'elle incarne la rencontre des différentes
02:45strates sociales.
02:46C'est un roman sur les inégalités, c'est un film sur les inégalités.
02:49Dans cette fête, il y a les différentes strates auxquelles les uns et les autres sont
02:52enfermés, dans lesquelles ils sont enfermés.
02:54Plus tôt, on a ceux qui sont d'un milieu plus aisé, ceux qui sont d'un milieu plus
02:59prolo et ceux qui sont carrément d'un milieu prolo, issus de l'immigration et qui sont
03:03presque dans la strate en dessous.
03:04Comment vous aviez ressenti, vous, ce livre et ce qu'il raconte de ces différences
03:11dans l'adolescence ?
03:12Déjà, ce livre, je l'avais adoré et je l'avais lu avant de savoir qu'il y avait
03:20ce projet qui allait se faire.
03:21Je l'ai relu au moment du film, bien sûr.
03:24J'avais trouvé déjà que c'était un film, que tout était très parlant, très imagé,
03:32en lisant, très détaillé.
03:33J'ai trouvé que c'était assez universel, que ça touchait à des choses que n'importe
03:40quel adolescent peut vivre.
03:41Moi, ce qui m'a touchée dans le personnage de Steph, c'est que c'est le personnage
03:48le mieux né, finalement, de l'histoire et c'est un peu le seul qui va ressentir
03:54un complexe de classe parce que c'est le seul qui va sortir un peu de cette arène
03:58d'élange et qui va se confronter à une autre réalité, celle de Paris, et qui va
04:04vivre une grande désillusion.
04:05Paris, c'est aussi une forme de déclassement parce qu'on se rend compte qu'il y a une
04:09hiérarchie.
04:10Même quand on est bien né, si on est bien né dans la région Grand Est, à Paris, on
04:13devient un peu moins né que les autres Parisiens, etc.
04:16Vous, vous avez quitté l'école à 16 ans, dans un autre milieu, ça aurait été
04:20pour aller bosser à l'usine, entre autres, et vous, ça a été grâce à votre père.
04:25Il vous a aidé à partir de l'école, c'est rare ça, qu'est-ce qu'il s'est passé ?
04:28Je ne dirais pas qu'il m'a aidé, c'est surtout parce que moi, j'avais vraiment
04:33des difficultés à l'école, c'était compliqué, ça se passait très mal et je
04:38pense qu'à ce moment-là, ça a été une discussion.
04:41Évidemment, mes parents étaient catastrophés, ils n'avaient pas du tout envie que j'arrête
04:45l'école, ils n'étaient pas genre youpi, mais je pense que certainement, on arrivait
04:52à un stade où ça devenait trop compliqué et mon père, comme lui, il n'a pas fait
04:55d'études et il était autodidacte, je pense que quelque part, il s'est dit, bon, j'ai
05:03dû te faire confiance, mais alors tu vas faire quoi ? C'est bien gentil, mais tu ne
05:09vas pas arrêter l'école pour rien faire, ce n'est pas possible, et comme ce n'était
05:14pas une vocation pour moi de devenir actrice, mais que j'ai grandi dans un milieu artistique,
05:18il était très fil, vous avez baigné dedans, je me suis dit, je vais faire du théâtre.
05:23Et là, pourquoi pas ? Et là, c'est le frisson quand même ?
05:29J'ai fait du théâtre, mais ça ne s'est pas forcément très bien passé, j'avais
05:36une peur bleue de monter sur scène, c'était violent pour moi, et puis sur un plateau,
05:42je me suis retrouvée comme un poisson dans l'eau.
05:44Finalement, vous avez trouvé votre espace, votre milieu, mais vous dites que vous ressentez
05:49comme le personnage qui est censé prendre Paris, Steph, et qui va être déçu, vous
05:54avez ressenti aussi cette difficulté, ce sentiment de ne pas être à sa place.
05:59Il y a des films qui vont être très importants quand même pour vous, qui sont deux films,
06:03d'abord un film de genre, Jessica Forever de Jonathan Vinel et Caroline Poggici, absolument
06:08génial, et puis vous allez jouer dans Les Rascales de Jimmy Laporal, très score, ça
06:12c'est votre premier rôle, et vous jouez le rôle d'une jeune femme skinhead.
06:17Vous avez eu peur depuis d'être enfermée, vous disiez, dans un rôle de skinhead ?
06:22Non, pas du tout.
06:24En fait, dans Les Rascales, ce n'est pas vraiment un personnage qui est skinhead, c'est
06:31un personnage qui se laisse embrigader, parce qu'il se passe quelque chose dans sa vie
06:35personnelle qui l'amène à ça, ça ne veut pas dire que je justifie ce qu'elle pense
06:41mais en fait, il se passe un événement d'une grande violence, et en fait, le film, en tout
06:47cas mon personnage, raconte un petit peu comment on en vient à avoir ce genre de pensées
06:53en fait, sans les justifier, mais en tout cas, ce qui a été intéressant dans ce film,
06:57dans ce projet pour moi, c'était d'essayer de la comprendre en fait, d'essayer de comprendre
07:03comment on en arrive là, et voilà, la violence, comment ça arrive en fait.
07:08Alors, vous êtes donc, depuis échappé de ce personnage, vous êtes Steph, donc dans
07:13Leurs Enfants Après Eux, qui est une très belle adaptation du roman de Nicolas Mathieu
07:17avec votre partenaire qui est incroyable aussi au cinéma, Paul Kirchherr, on vous souhaite
07:21bonne route Angéline Lavorette, sur une moto éventuellement !