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  • il y a 1 an
La ministre Catherine Vautrin a présenté les grandes lignes de son projet de loi qui est attendu à l'automne. Parmi les mesures qui retiennent l'attention, imposer une CSG à 45 % pour les revenus de la drogue. Cela mérite évidemment une explication. On en parle avec : Tugdual Denis, directeur de la rédaction de "Valeurs actuelles". Fabrice Rizzoli, spécialiste de la grande criminalité et cofondateur de l'association "Crim'Halt". Mathieu Zagrodzki, consultant police-justice BFMTV. Et Charles Prats, ancien magistrat de la Délégation nationale à la lutte contre la fraude.

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Transcription
00:0118h34, BFM Story revient. On parle de la lutte contre la fraude sociale.
00:04La ministre Catherine Vautrin a présenté les grandes lignes de son projet de loi qui est attendu à l'automne.
00:09Et parmi les mesures qui retiennent l'attention, imposer une CSG à 45% pour les revenus de la drogue.
00:16Ça mérite évidemment une explication. Mais avant de parler de cette proposition de choc,
00:19on va aussi mesurer l'ampleur du phénomène de la drogue avec un dernier rapport qui vient de sortir et qui est assez inquiétant.
00:25On en parle avec nos invités sur ce plateau. Bonsoir Charles Pratz, vous êtes magistrat.
00:30Et ancien magistrat à la délégation nationale à la lutte contre la fraude.
00:34Tugdual Denis, journaliste à Valeurs Actuelles.
00:37Mathieu Zagrodski, chercheur associé au CESDIP, spécialiste de la sécurité quotidienne.
00:42Et puis Fabrice Rizzoli, spécialiste de la grande criminalité et cofondateur de l'association Crime Alt.
00:48Je commence par vous Tugdual. Vous publiez notamment ce fameux rapport de l'OFAS, l'Office de lutte contre le narcotrafic,
00:57qui parle, on va en parler, mais les chiffres sont assez impressionnants.
01:02On parle d'un tsunami blanc qui est en train de déferler, de s'abattre sur la France.
01:06Oui, effectivement, tsunami blanc par rapport à la production et à la consommation de cocaïne en France.
01:15Mais en fait, toutes les drogues sont concernées.
01:18Et on voit bien dans ce rapport que surtout tous les territoires sont concernés.
01:22C'est-à-dire qu'avant, circonscrite à quelques zones du territoire français,
01:27aujourd'hui les zones de deal sont en expansion partout dans le pays.
01:32Et on voit aussi que c'est extrêmement criminogène.
01:34350 à peu près tentatives d'assassinat, dont 110, entre guillemets, excusez-moi l'expression, réussies.
01:42Donc il y a 110 morts par an à cause de la drogue en France.
01:45On voit bien que l'État est débordé.
01:47D'ailleurs, Bruno Retailleau, le ministre de l'Intérieur, a parlé de submersion.
01:50C'est-à-dire que quand bien même les moyens alloués par la force publique sont les plus importants,
01:55et quand bien même de l'argent est investi par les différents gouvernements,
02:00et à commencer par celui-là, les trafiquants gardent un temps d'avance,
02:05à la fois sur le plan technique, sur le plan financier aussi.
02:11Et on atteint, je pense, une certaine cote d'alerte qui nous rapproche des narco-États,
02:19à la fois pour la violence par rapport à ce qui se passe en Amérique centrale ou en Amérique latine,
02:25mais aussi pour la manière dont sont gangrénés le fonctionnement de la société.
02:33Et là, on peut penser à des voisins plus proches comme les Pays-Bas.
02:35Fabrice Rizzoli, le ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau,
02:39a parlé aussi de menaces existentielles sur les chiffres qui sont sortis.
02:45Pourquoi la France est à ce point en première ligne, au fond, on a le sentiment,
02:48et c'est ce qui ressort de ce rapport,
02:50que la France est particulièrement visée peut-être plus que ses voisins européens ?
02:54Alors, à l'échelle européenne, tous les pays sont concernés par une grande augmentation de la consommation de cocaïne,
03:03tous, et depuis une dizaine d'années,
03:04parce que les cartels colombiens ont décidé d'augmenter leur production de manière massive.
03:08Il y a une ligne linéaire de la production depuis 2014,
03:12et qui recoupe les saisies, qui elles aussi explosent.
03:14C'est une corrélation, bien sûr.
03:16Donc c'est dans à peu près tous les pays.
03:18La petite différence peut-être ces dernières années,
03:20c'est que la France est devenue un pays un peu plus rebond de cette cocaïne,
03:23c'est-à-dire qu'elle n'est pas forcément avant à l'arrivée en France pour être consommée en France.
03:27Et il y avait aussi, bien sûr, des passages.
03:29Et là, il y a un petit peu de cocaïne qui repasse et qui est saisie par la France,
03:32mais qui était destinée à un autre marché.
03:34Je veux dire, encore avant-hier, on a arrêté un camion qui venait d'Espagne
03:37avec des centaines de kilos de cocaïne.
03:39Il était destiné au marché italien.
03:41Ça existait avant, mais ce côté rebond fait que, dans les enquêtes,
03:45il y a un peu plus de cocaïne, d'arrestations autour de la cocaïne.
03:48Quant à la violence, effectivement, les assassinats du crime organisé,
03:54ça a toujours existé.
03:55La guerre des boîtes de nuit années 90, la guerre des machines à sous années 80.
04:01Mais là, on a l'utilisation de Kalachnikov,
04:04avec un usage parfois totalement peu professionnel, entre guillemets,
04:08avec des gens beaucoup plus jeunes.
04:10Ça, c'est ce que dit le rapport.
04:11Pour les tueurs, pas sur l'implication des mineurs, je n'ai pas l'impression,
04:14mais sur les tueurs, oui, là, c'est une évidence.
04:16Et on a pas mal de victimes aussi qui ne sont pas liées au trafic.
04:19Il ne faut pas oublier qu'on a pas mal de victimes innocentes,
04:21des jeunes femmes qui sont décédées à Marseille,
04:23qui n'avaient rien à voir avec le trafic.
04:25Mathieu Zagrodski, on a clairement changé d'échelle, d'ampleur.
04:30Toutes les villes sont désormais concernées,
04:31plus uniquement les grandes métropoles.
04:34Là, il y a vraiment une mutation du trafic, selon vous ?
04:36Oui, il y a effectivement une trajectoire qui est inquiétante.
04:39On n'en est peut-être pas encore à la situation d'Amérique centrale
04:42ou d'Amérique du Sud, pour donner un chiffre, l'histoire de...
04:46Oui, parce qu'on parle souvent de mexicanisation,
04:48de cartélisation en France.
04:49Vous vous dites prudence sur les mots.
04:52Alors, prudence sur les mots quand même,
04:53parce que le taux d'homicide au Mexique,
04:56il est 20 à 25 fois supérieur à la France.
04:57Ça ne veut pas dire que la trajectoire n'est pas inquiétante.
04:59Attention, par ailleurs, au Mexique,
05:02vous avez des territoires entiers,
05:03je ne parle pas juste d'un quartier ou d'une ville,
05:04je parle de provinces qui peuvent être contrôlées
05:07par des narcotrafiquants.
05:09Encore une fois, ça ne veut pas dire que la situation
05:11n'est pas problématique, et ça vient d'être dit
05:12à plusieurs reprises, et on l'entend beaucoup,
05:14c'est qu'il y a de plus en plus de territoires
05:16qui sont concernés, de villes moyennes.
05:17Il y a 3 000 points de deal qui ont été recensés
05:19par l'OFAST, ça c'est une première chose,
05:21c'est qu'il y a beaucoup d'implantations géographiques,
05:24avec ce que l'on observe sur le terrain,
05:26pour y avoir été ces derniers temps,
05:28ces dernières semaines et ces derniers mois,
05:29des trafiquants des grandes villes
05:30qui vont un peu tester le marché dans les villes plus petites,
05:33qui vont tenter de s'implanter
05:34dans la ville moyenne ou plus petite
05:36de 20, 30, 40, 50 000 habitants,
05:39parce qu'ils se disent,
05:40il y a peut-être un marché à cet endroit-là.
05:42Et on voit également une plus grande volatilité,
05:46une plus grande circulation des petits trafiquants.
05:48Je m'explique, un trafic,
05:50c'est des petites mains sur le terrain,
05:51des guetteurs, des gens qui vont faire les transactions,
05:55et généralement, c'est très attaché à un quartier.
05:57Vous étiez de tel quartier du Val-d'Oise,
05:59vous y opériez.
06:00Maintenant, par le biais des réseaux sociaux,
06:02des messageries type Telegram, Snapchat,
06:05vous avez en fait des offres d'emploi
06:07qui circulent à travers toute la France,
06:08et des jeunes qui, par exemple,
06:10vivent en région parisienne,
06:10et l'été vont descendre dans le sud de la France,
06:12parce que le marché est plus grand là-bas,
06:14il y a des vacanciers,
06:15donc il y a plus de profits à faire.
06:16Donc, c'est un marché qui, en quelque sorte,
06:19se modernise,
06:21à l'image finalement du reste du secteur économique.
06:24Fabrice Rézolet, oui,
06:25il y a une ubérisation du trafic de drogue,
06:28et il y a un marché du travail parallèle,
06:29c'est ça qui est en train de se mettre en place ?
06:32Oui, alors, complètement.
06:33La consommation, par exemple, de cocaïne,
06:35augmente beaucoup en 10 ans,
06:36et alors que les points de deal peuvent un peu reculer,
06:39et que beaucoup de personnes maintenant
06:41n'ont pas envie d'aller dans un point de deal
06:43pour se fournir,
06:45évidemment,
06:45appellent le Uber Sheet,
06:47ou appellent toutes ces plateformes,
06:48et ça permet aussi une démocratisation du produit,
06:51parce que ça permet à certaines personnes
06:52qui peuvent se faire livrer sur leur lieu de travail,
06:55les femmes qui n'avaient pas envie d'aller sur un point de deal,
06:57et donc, dans l'augmentation de la consommation,
06:59il y a effectivement cette cocaïne
07:00qui est beaucoup plus disponible,
07:02il y en a beaucoup,
07:02ce qu'on a déjà dit.
07:03Et qui est beaucoup plus accessible,
07:06disponible en sociologie,
07:07disponible, il y en a beaucoup,
07:08accessible, plus facile à trouver,
07:10et moins cher,
07:10ça fait partie de l'accessibilité.
07:12Ce qui explique le boom de la consommation,
07:15et comme c'est une drogue qui est interdite au marché,
07:19des acteurs criminels s'en emparent,
07:20et les phénomènes de violence...
07:21Concrètement, là où le gramme de cocaïne
07:24valait 100 euros il y a 5 ou 10 ans,
07:26aujourd'hui il est tombé à 50, 60...
07:28Et le taux de pureté est passé de 50% à 60% en moyenne,
07:32sur une dizaine d'années.
07:33Les douaniers sont formés.
07:33Donc ça devient plus addictif,
07:35ça devient plus dangereux.
07:36Alors dans ce contexte inquiétant,
07:38des chiffres et du rapport de l'OFAST,
07:40il y a cette proposition du gouvernement,
07:43la ministre Catherine Vautrin
07:44veut taxer les trafiquants,
07:48en tout cas imposer une CSG à 45%
07:50pour les revenus de la drogue.
07:51Je me tourne vers vous,
07:53Charles Prats,
07:55les trafiquants sont des contribuables
07:57comme les autres,
07:57ils payent des impôts,
07:59on installe une CSG.
07:59C'est assez étonnant comme proposition,
08:02expliquez-nous.
08:03Les règles fiscales sont claires,
08:05mais depuis très très longtemps.
08:07Les revenus tirés du trafic de stup
08:10relèvent de l'impôt sur le revenu.
08:12Donc en théorie,
08:14un trafiquant de drogue
08:15qui se fait attraper,
08:16à partir du moment où on l'a démontré
08:18qu'il a tiré des revenus de son trafic,
08:20il peut être redressé fiscalement.
08:22Mais alors comment on trouve ça ?
08:24Parce que j'imagine que les trafiquants
08:25ne déclarent pas forcément leurs impôts,
08:27comme vous et moi.
08:27Les services fiscaux,
08:29qu'est-ce qu'ils font ?
08:30Ils font un droit de communication
08:31vis-à-vis de la justice,
08:33qui récupère la procédure pénale,
08:35ils récupèrent les évaluations financières
08:36qui sont faites,
08:37et puis derrière,
08:37ils font une taxation,
08:38ils notifient un redressement fiscal.
08:40Si je peux me permettre concrètement,
08:41en gros,
08:42un trafiquant est arrêté,
08:43on retrouve chez lui,
08:44par exemple,
08:44100 kg de cocaïne.
08:45Quand il y a des saisies.
08:46Voilà,
08:4615 kg de cocaïne,
08:47pour être un peu plus réaliste,
08:50on connaît le prix du marché,
08:52on connaît le prix sur le marché
08:53du gramme de cocaïne,
08:54on fait une multiplication,
08:55et on se dit que pour se fournir
08:57cette dose de cocaïne à revendre,
08:59le trafiquant a dû avoir tel ou tel moyen.
09:04Et que sur la base de ce capital investi,
09:08on réévalue ses revenus
09:10et donc ses impôts sur le revenu
09:11qu'on majeure de 80%
09:12puisque c'est de l'activité illicite,
09:14c'est comme ça qu'on réévalue.
09:15Pour les trafiquants,
09:16ils se font attraper ?
09:17C'est un petit peu différent techniquement.
09:19Techniquement,
09:20c'est un article du Code général des impôts
09:22qui a été introduit
09:22par la loi de finances rectificatives de 2009.
09:24Donc c'est applicable
09:25depuis le 1er janvier 2010.
09:27Article 1649-O-Bbis
09:29du Code général des impôts.
09:30On sent le magistrat en vous.
09:32Pour ceux qui...
09:32L'ancien de Bercy aussi.
09:33Oui, mais le nom en plus fait sourire.
09:35Oui, non, mais tout à fait.
09:36Ça, c'est le CGI.
09:38Et en réalité,
09:39vous avez une présomption réfragable,
09:41c'est-à-dire que la personne
09:42peut apporter la preuve contraire
09:44de perception au cours de l'année N,
09:46c'est-à-dire l'année de la saisie,
09:48de revenus équivalentes
09:50à la valeur sur le marché
09:51de la drogue saisie,
09:52mais ça concerne 5 types d'infractions,
09:55pas simplement la drogue.
09:56Et donc là, à ce moment-là,
09:57vous pouvez avoir une notification
09:59de redressement fiscal.
10:00La personne peut prouver
10:01qu'elle n'a pas eu à disposition
10:02les sommes, etc.
10:03Mais bon, en général,
10:03elle n'y arrive pas.
10:04Et donc, vous pouvez faire
10:05le redressement fiscal à ce moment-là.
10:07Si la personne fait la déclaration,
10:09une déclaration rectificative,
10:10elle n'aura pas du coup les pénalités
10:11puisqu'elle a fait des déclarations,
10:12mais elle aura l'imposition.
10:14Mais voilà, ça, c'est la théorie.
10:17Le truc, c'est qu'en général,
10:20quand quelqu'un se fait attraper,
10:21un trafiquant de drogue,
10:22si le travail est bien fait,
10:23on va lui saisir ses biens,
10:25on va bloquer les comptes bancaires,
10:26on va tout prendre.
10:27Déjà, au niveau pénal,
10:28on va le ratiboiser.
10:31Donc après, le fisc,
10:31il ne va pas avoir grand-chose
10:33à pondre à la sortie.
10:34Alors là, on nous annonce...
10:36Parce que, pour revenir sur la CSG,
10:38la proposition de la ministre,
10:39elle explique que taxer socialement
10:41les revenus licites avec une CSG à 45%,
10:43au lieu de 9,2%,
10:45ça pourrait rapporter des milliards.
10:47Ça ne rapportera rien.
10:49Alors, vous dites que ça ne rapportera rien.
10:50Mais non, parce que si le gars,
10:51il s'est déjà fait...
10:52Déjà, il encourt la confiscation de ses biens,
10:54de l'ensemble de ce qui a été saisi.
10:56Donc déjà, la justice est passée avant.
10:57Donc vous aurez une saisie pénale.
11:00Éventuellement, les impôts...
11:01Alors, le fait d'imposer une CSG à 45%,
11:04comme ça va arriver en cascade,
11:06selon que vous la mettiez déductible ou pas,
11:07vous savez, vous avez les règles fiscales
11:08d'ailleurs, après la CSG,
11:09au contraire, vous risquez de faire
11:11un abattement de 45%
11:12et donc de réduire
11:13le montant du redressement fiscal
11:14qui lui serait mis.
11:15Parce qu'il faudra l'imposer
11:17sur les revenus nets,
11:19donc nets de CSG.
11:21C'est créer une usine à gaz,
11:22c'est-à-dire que vous allez rajouter
11:23un redressement social
11:24sur un redressement fiscal
11:26complexifié des choses
11:27pour un résultat
11:29qui, en termes de montant,
11:30sera nul,
11:31puisque de toute manière,
11:32on lui aura déjà
11:33tendu complètement son patrimoine
11:35au niveau pénal.
11:36Donc, le seul intérêt,
11:37en réalité,
11:39de cette mesure fiscale
11:40de dire,
11:41voilà,
11:41on évalue les revenus
11:43du trafiquant de stup
11:44à la valeur
11:45de son trafic de stup,
11:46c'est en cascade,
11:48justement,
11:49sur les prestations sociales,
11:50puisqu'on parlait
11:50de fraude sociale
11:50dans ce projet,
11:52en cascade de dire,
11:53attention,
11:54vos revenus
11:54sont évalués à temps,
11:56donc vous dépassez
11:57les conditions de ressources,
11:58donc on vous sucre
11:58vos prestations sociales.
12:00Si vous aviez le RSA,
12:01si vous aviez,
12:02à l'époque,
12:02la semi-complémentaire,
12:03maintenant la puma,
12:03etc.,
12:04vous avez dépassé
12:05les conditions de ressources,
12:06terminé,
12:06vous ne les avez plus.
12:07C'est un peu l'intérêt
12:08de la mesure.
12:09En même temps,
12:10les minimas sociaux
12:10face à l'argent de la drogue,
12:12est-ce que ça pèse lourd
12:13pour des trafiquants ?
12:16Pour le trafiquant,
12:16c'est intéressant pour lui
12:17d'être, par exemple,
12:18au RSA, etc.,
12:19parce que ça donne
12:20une vitrine légale,
12:21puis ça gratte aussi
12:22un petit peu,
12:22puis surtout,
12:23ce sont les petits trafiquants,
12:24et ce qui est intéressant,
12:25c'est de la couverture maladie,
12:27parce qu'il faut bien
12:28être à la sécu.
12:29Puis c'est une profession
12:30quand même qui est à risque.
12:32– Fabrice Cédoli,
12:33sur cette CSG à 45%,
12:35vous dites que c'est
12:36de la communication.
12:36– Il y a beaucoup
12:37de communication.
12:38– Ou ça peut permettre
12:38de récupérer l'argent malgré tout ?
12:40– Non, mais bien sûr,
12:41mais d'abord,
12:42la fraude sociale,
12:44dite aux cotisations sociales
12:45ou aux prestations sociales,
12:47un ou deux milliards
12:48recouvrés chaque année,
12:50alors qu'il y a 15 milliards
12:51recouvrés de fraude fiscale.
12:53Et l'enjeu, il est là,
12:54il est estimé à 80 milliards,
12:56donc si on voulait prendre de l'argent,
12:57c'est plutôt là
12:57qu'il faudrait le prendre.
12:59Deuxièmement,
13:00quand on parle de crimes organisés
13:01ou de narcotrafic,
13:03on parle de confiscation avant tout,
13:04ce qui a été dit là.
13:06Alors, je lance un message
13:07à Madame la Ministre,
13:09nous avons fait voter,
13:10Crimalt,
13:11la confiscation obligatoire
13:12des produits
13:13et des instruments du crime
13:15dans la loi Warsman 2024,
13:16alors que ça ne l'était pas en France.
13:18Nous avons introduit
13:19un peu plus de confiscations encore
13:20lors de la loi narcotrafic,
13:21mais ont été refusées
13:22des confiscations
13:23sans condamnation pénale
13:24du propriétaire,
13:25qui nous paraissent absolument
13:27le lendemain
13:27de l'efficacité de la lutte
13:30contre les patrimoines illégaux.
13:32Il faut que ces personnes
13:33et leurs complices,
13:34qui a été démontré
13:35par une enquête
13:37de police judiciaire,
13:38justifient de l'origine légale
13:40de leur bien
13:41devant un tribunal civil,
13:42si vous voulez pénal,
13:43où ils ne risquent pas la prison.
13:44C'est ce type de confiscation
13:46qui est de l'avenir,
13:47qui existe en Italie,
13:48qui existe en Irlande,
13:50je parle pour le crime organisé,
13:51pour les gens qui tuent,
13:52qui font l'extorsion,
13:53du blanchiment, etc.
13:55Et là, on pourrait récupérer
13:55beaucoup plus d'argent,
13:56par exemple,
13:57un milliard par an
13:58en saisie en Italie.
13:59Ça, c'est les estimations
14:00que vous avez faites,
14:02un milliard par an ?
14:03Et je vais attirer
14:03votre attention sur un point.
14:04En France,
14:05la confiscation existe.
14:06Et depuis,
14:06la grâce fait un travail remarquable.
14:08Mais dans son rapport,
14:09elle explique qu'en France,
14:1130% du patrimoine
14:13saisit provisoirement,
14:14je vous prends 100 euros
14:15de votre trafic de drogue,
14:1730% seulement
14:18sont confisqués définitivement.
14:20Parce que cette confiscation pénale
14:21à la française,
14:22elle est difficile à enquêter,
14:25elle est difficile
14:25à amener au tribunal.
14:26Et en plus,
14:26il faut que la personne
14:27soit condamnée définitivement.
14:29Imaginez que quelqu'un
14:29qui est tué,
14:30c'est difficile de prouver
14:31le meurtre des professionnels.
14:33il soit acquitté.
14:34En Italie,
14:35il est acquitté,
14:35mais il peut perdre
14:36tout son patrimoine.
14:37Parce qu'on a démontré
14:38qu'il appartenait
14:38à une organisation mafieuse,
14:39avec un réseau,
14:40qu'il blanchit l'argent, etc.
14:41Mais en Italie,
14:42c'est plus de 60%
14:44de ses biens
14:44saisis provisoirement
14:46qui sont confisqués définitivement.
14:48Et ce 30% à 60%,
14:50c'est la confiscation
14:51sans condamnation pénale
14:52du propriétaire.
14:53Et ça, c'est l'avenir.
14:54Et donc, l'exécutif,
14:55à qui on avait proposé
14:57aux parlementaires,
14:58ça n'a pas été accepté,
14:58l'exécutif devrait
14:59se pencher là-dessus.
15:00Mathieu Zagroski,
15:01ça c'est le nerf de la guerre,
15:02la confiscation,
15:03plus qu'une CSG à 45%
15:04qui rapporterait peu,
15:07au fond.
15:08Disons que la question
15:10du trafic de stupes,
15:11elle s'attaque
15:12par plusieurs angles.
15:13Je ne vais pas me prononcer
15:13sur la question du taux de CSG,
15:15ça dépasse mes compétences.
15:16Il y a une personne à ma gauche
15:17qui maîtrise ce dossier
15:19à la perfection.
15:20Mais en fait,
15:20sur un phénomène
15:21aussi complexe et implanté,
15:23ce n'est pas juste
15:24à un moment
15:25où on nous a vendu
15:26l'amende forfaitaire
15:27délectuelle
15:27pour les consommateurs.
15:29Pourquoi pas ?
15:30Je ne suis pas forcément
15:31favorable à ça,
15:32mais c'est un angle
15:34parmi d'autres.
15:34Avec 30% de taux
15:35de recouvrement,
15:36il faut être modeste.
15:37On n'arrive même pas
15:38déjà à recouvrir
15:40les amendes
15:40aux gars qui se baladent
15:43avec une boulette
15:43de 5 grammes.
15:43Parce qu'il y a plein
15:44de conditions,
15:45il faut que la personne
15:45soit majeure,
15:46il faut qu'on puisse
15:48constater son identité.
15:49Bref, je mets ça de côté.
15:50Il y a eu les opérations
15:51place nette,
15:51c'est-à-dire ces opérations
15:52coup de poing
15:52sur des points de deal
15:53où on fait des contrôles,
15:54on fait des saisies.
15:55Chacune de ces politiques
15:58prises isolément
15:58est inefficace.
16:00En réalité,
16:01c'est l'attaque
16:02sous plusieurs angles,
16:03sous l'angle voie publique
16:03parce qu'il y a aussi
16:04des gens qui sont demandeurs
16:05d'interventions policières,
16:06d'interpellations.
16:07C'est sous l'angle
16:08flux financier.
16:09Il y a un point
16:10qu'on n'a pas évoqué,
16:11ce sont tous les commerces
16:11de blanchiment d'argent,
16:12ce sont tous les snacks,
16:14les magasins de téléphonie mobile,
16:16les barbiers.
16:17Il y en a qui sont légaux,
16:18je ne suis pas en train
16:18de cibler tous les commerces
16:19de ce type de France.
16:20Mais ça existe.
16:20Vous avez des rues
16:21dans certaines villes de France
16:22où il y a 5 barbiers.
16:24C'est peut-être à la mode,
16:25mais pas au point
16:25qu'il y en ait...
16:265 barbiers à cette table.
16:28Je ne me considère pas
16:28comme barbu,
16:29je me considère comme mal rasé.
16:30Mais bref,
16:31tout ça peut dire
16:32que ce sont très clairement...
16:33C'est aussi un des volets...
16:34Oui, mais c'est compliqué
16:35à démontrer
16:36parce que comment vous démontrez
16:37qu'un barbier, par exemple,
16:38est une blanchisseuse ?
16:39En fait, il faut mettre
16:40un agent de l'URSSAF devant
16:40qui va dire
16:41tiens, aujourd'hui,
16:43ils ont eu 5 clients,
16:44la tonte coûte 8 euros,
16:46donc le chiffre...
16:48Il ne peut pas générer
16:49je dis n'importe quoi
16:5040 000 euros par an.
16:51Mais il faut des agents
16:52pour constater ça.
16:53Donc, des moyens.
16:54Et donc, il faut des moyens.
16:55Charles Pratt,
16:56sur ce blanchiment,
16:58sur ces...
16:59C'est un volet important.
17:01Ce que dit mon voisin
17:02est effectivement important.
17:03Si vous voulez prendre
17:04le trafic de stupes
17:06dans sa globalité,
17:07effectivement,
17:07il faut l'attaquer
17:08par plusieurs billets.
17:09Je suis un ancien douanier
17:10et je commencerai par vous dire
17:11qu'il faut taper les flux.
17:14Ça veut dire quoi taper les flux ?
17:15Ça veut dire qu'il y a une partie
17:16de la cam qui est produite en France
17:18notamment qui pousse
17:19beaucoup de cannabis,
17:20mais la plupart de la drogue
17:22n'est pas produite en France.
17:23Donc, elle arrive
17:24par vecteur maritime,
17:26par vecteur aérien,
17:27par vecteur terrestre, etc.
17:28Donc, c'est taper les flux.
17:30Ça, ça veut dire
17:30que c'est du travail de renseignement,
17:32c'est de la coopération internationale,
17:34c'est du travail,
17:35j'allais dire,
17:35douanier classique,
17:37mais qui nécessite énormément
17:39d'investissement.
17:40Et on arrive à faire des saisies,
17:42mais on saisit
17:43une petite partie
17:44de ce qui passe.
17:45Après,
17:47vous devez prendre
17:48effectivement
17:49le volet financier.
17:50C'est un des plus efficaces,
17:52à mon avis,
17:53et peut-être même
17:54un des plus faciles
17:55à utiliser.
17:57C'est une petite discussion
17:58que j'avais eue
17:58très rapidement
17:59avec Bruno Retailleau
18:00quand il avait été nommé
18:01ministre de l'Intérieur.
18:02À l'époque,
18:02c'était Michel Barnier
18:03qui était premier ministre.
18:04Et notamment sur la nécessité
18:06de réactiver les GIR.
18:07Les GIR,
18:08ce sont 700 enquêteurs
18:09qui sont répartis
18:10sur tout le territoire.
18:11On parle beaucoup
18:12des enquêtes financières,
18:13le haut du spectre,
18:14les offices centraux,
18:16l'ancien service national
18:17de douane judiciaire,
18:18donc maintenant
18:18l'office national
18:18anti-fraude,
18:19etc.
18:20Mais en réalité,
18:20vous avez au niveau
18:22des SRPG,
18:24c'est parce que je suis
18:24un peu vieux,
18:25mais territoriellement,
18:26vous avez ces groupements
18:27d'intervention régionaux
18:28qui avaient été créés
18:29par Nicolas Sarkozy
18:31où ce sont des enquêteurs
18:32entre guillemets
18:32financiers et patrimoniaux
18:33qui sont répartis
18:34un peu partout.
18:34Ils sont 700.
18:35700 enquêteurs,
18:36c'est une énorme force
18:37de frappe en réalité.
18:38Et donc,
18:38si on a une vraie volonté
18:40de réactiver véritablement
18:42ce type de service,
18:43il y a une possibilité
18:44de faire quelque chose,
18:45notamment contre
18:45tous ces types
18:46de commerces de proximité
18:47qui font finalement
18:48du blanchiment de proximité
18:50pour pouvoir mener
18:51les enquêtes
18:52parce que c'est de l'enquête
18:53judiciaire,
18:53c'est de l'investigation,
18:54ça prend du temps.
18:55Un dossier,
18:56ça va nécessiter
18:574, 5, 6, 8 mois
18:58à être monté,
18:59ça ne se fait pas
18:59du saut dessus en flague.
19:01700 personnes,
19:01c'est suffisant ?
19:03C'est déjà bien.
19:04Moi, vous me donnez
19:05700 bonhommes
19:05pour faire ces enquêtes-là,
19:06on va rigoler deux minutes,
19:07il va y avoir du résultat derrière,
19:08je vous le garantis.
19:09Donc voilà,
19:11vous tapez sur ces volets financiers,
19:13pas forcément
19:13le très haut du spectre financier
19:15mais plutôt
19:16le bas-moyen spectre
19:17parce que c'est ça aussi
19:18qui crée le trouble
19:19à l'ordre public
19:20et puis après,
19:20vous avez quelque chose
19:21qui est très politiquement incorrect
19:22que je vais répéter,
19:24c'est de taper
19:25sur le consommateur
19:25parce que si vous n'avez
19:27pas de consommateur,
19:28vous n'avez pas de trafiquant.
19:29Vous savez,
19:29moi je me rappelle,
19:30j'étais vice-président d'instruction
19:31à Créteil à l'époque
19:32et je me rappelle de ce dossier,
19:33je récupère un espèce
19:34de dossier Uber cocaïne,
19:35vous savez,
19:36les gars qui livrent
19:36et donc ces gars-là,
19:38ils livraient dans toutes les soirées,
19:39ils avaient des clients
19:40un peu partout,
19:41dans Paris,
19:41machin, etc.
19:43Et j'avais tout le mal du monde
19:45à demander à la PJ
19:46d'aller m'interpeller
19:47les donneurs d'or,
19:48enfin les clients
19:49qui se faisaient livrer
19:50de la cocaïne
19:51parce que si vous n'avez pas
19:51les clients qui se font
19:53commande pour arroser
19:54leur soirée,
19:55etc. en coque,
19:57il n'y a pas le livreur.
19:59Et donc,
19:59il faut aller chercher
20:00le consommateur
20:01et une des manières
20:02d'aller chercher le consommateur,
20:03c'est à un moment donné
20:04de réfléchir à des tests
20:05anti-stupes
20:06chez les gens.
20:08Et alors,
20:08j'avais fait cette proposition,
20:09vous savez,
20:09quand il y avait eu
20:10ce député
20:11qui s'était fait attraper
20:12avec de la cocaïne
20:13à l'Assemblée nationale,
20:15etc.
20:16Et tout le monde
20:16qui disait,
20:16bah oui,
20:17mais bon,
20:17on sait qu'il y a
20:17de la cocaïne
20:18qui se répand
20:19un peu partout
20:19dans le milieu politique,
20:21économique,
20:21etc.
20:22On sait que le poisson
20:23pourrit par la tête.
20:25Je ne veux pas faire
20:26mon lénine de base.
20:28Mais...
20:28Qu'est-ce qu'on serait
20:29d'un politicien
20:29qui est testé positif ?
20:32Imaginez qu'on impose...
20:34Déjà qu'il n'y a pas de peine
20:34d'éligibilité pour corruption.
20:36Qu'on impose
20:36des tests
20:38en matière de stupéfiants
20:39aux ministres,
20:41aux parlementaires,
20:42aux membres
20:43de cabinet ministériel,
20:44sous l'égide,
20:44par exemple,
20:45de la haute autorité
20:45de la transparence
20:46de la vie publique.
20:47Et qu'on fasse ça
20:47tous les six mois.
20:48Vous savez,
20:48la cocaïne,
20:49elle reste dans les cheveux.
20:50Mais plus largement,
20:51vous dites,
20:51il faut commencer
20:53par le consommateur
20:55en termes de...
20:56Non, mais il faut commencer...
20:57Il faut prendre tout.
20:58À tous les niveaux.
20:58Mais c'est un niveau
20:59où vous dites
20:59qui est négligé aujourd'hui.
21:00C'est un niveau
21:01qui est négligé
21:02et l'exemplarité
21:03et cette histoire
21:04de tester
21:05sur la consommation
21:06de stupéfiants
21:07un certain nombre...
21:08Il y a un petit côté
21:08Élise Lucet,
21:09celle qui avait voulu
21:10faire ça
21:11et faire son avis
21:12à l'Assemblée nationale
21:13et je ne suis pas sûr
21:14que vous soyez
21:15abdapte des mêmes méthodes.
21:18C'est intéressant.
21:20Que ce soit pour le consommateur
21:21ou pour le dealer,
21:22ce qui est sûr,
21:23c'est qu'aujourd'hui,
21:24du point de vue des amendes
21:25et des contraventions,
21:26ce n'est absolument pas dissuasif.
21:27Vous avez des consommateurs
21:28qui, arrêtés avec
21:31soit quelques grammes de shit
21:32ou quelques milligrammes
21:34ou quelques grammes
21:34de cocaïne,
21:35ne risquent quasiment rien.
21:36Et aujourd'hui,
21:37vous avez aussi effectivement
21:38des dealers
21:38et c'est là où quand même
21:39la proposition de Catherine Vautrin
21:40n'est pas totalement hors sol.
21:42C'est-à-dire qu'elle sent bien
21:43qu'effectivement,
21:44il y a aujourd'hui des dealers
21:45dont les familles entières
21:47vivent à l'abri
21:48de la menace publique
21:49parce qu'effectivement,
21:51les revenus sont circonscrits
21:52soit via du blanchiment,
21:54soit à la personne
21:55du dealer elle-même.
21:56Et or,
21:57si vous frappez ces gens
21:58au portefeuille
21:58en les supprimant
21:59de loyers
22:00dans des HLM,
22:02en les supprimant
22:03d'allocations familiales,
22:04en les...
22:05Oui, en supprimant
22:05leurs allocations familiales
22:06à l'RSA, etc.
22:08C'est effectivement
22:08quand même une des manières
22:10d'attaquer le mal à sa racine.
22:11Mais cela étant,
22:11ce n'est pas nouveau
22:12parce que c'est quelque chose
22:13qu'on s'est sorti
22:14cette histoire-là.
22:15Je rappelle que cette...
22:16Rapidement.
22:17Oui, très rapidement.
22:18Cette méthode
22:19d'aller chercher
22:20les trafiquants de stupéfiants,
22:23de leur supprimer
22:23les allocations, etc.,
22:24c'est quelque chose
22:25qu'on avait mis
22:26au plan national
22:26de lutte contre la fraude.
22:27C'est Valérie Pécresse
22:28qui était ministre du budget.
22:29C'est moi qui avais
22:29rédigé le PLNF
22:30et on avait lancé ça en 2011.
22:32Et on avait commencé
22:32l'expérimentation
22:33à la CAF de Créteil.
22:35Et donc,
22:35c'est quelque chose
22:36qui a été conçu
22:37il y a 15 ans
22:37qui était censé
22:39être généralisé.
22:39Et maintenant,
22:40j'ai l'impression
22:40qu'on redécouvre l'eau chaude
22:41et qu'on se dit
22:47le plateau de BFM Story.

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