00:00Bienvenue sur Europe 1, il est 8h16, la grande interview Europe 1 avec Benjamin Lucalendi, bonjour !
00:06Bonjour à vous !
00:07Député écologiste et social des Yvelines, la décision est tombée hier soir,
00:12le Conseil constitutionnel a tranché au nom du principe de précaution
00:15et jugé la réintroduction de l'acétamipride contraire à la charte de l'environnement.
00:19Alors Benjamin Lucalendi, vous êtes sans doute soulagé ce matin,
00:22mais tout de même, pouvons-nous nous réjouir que 9 juges non-élus s'arrogent un pouvoir législatif
00:27et censure partiellement une loi adoptée au Parlement ?
00:32Enfin, monsieur, pardon, vous me demandez si je me réjouis que l'État de droit existe dans ce pays ?
00:35Oui, je m'en réjouis !
00:36Que le droit soit plus fort que les lobbies de l'agrochimie et leurs perroquets gouvernementaux et médiatiques,
00:41je m'en réjouis, ça s'appelle l'État de droit.
00:42Si on peut se parler librement ce matin, je peux répondre à votre interview,
00:45vous pouvez poser les questions que vous voulez,
00:46c'est parce que nous sommes dans un État de droit et pas dans une dictature.
00:48Et donc, la loi, la loi constitutionnelle, elle s'impose à tous,
00:52et elle est plus forte que tous, et c'est pas des parlementaires, des ministres,
00:56qui seraient au-dessus des lois, au-dessus de la norme constitutionnelle.
00:59Je me rappelle que la charte de l'environnement, et je lui rends hommage,
01:00elle a été inscrite dans l'ordre constitutionnel par Jacques Chirac,
01:04qui, à ma connaissance, n'était pas un dangereux gauchiste,
01:08adversaire du pouvoir populaire et législatif.
01:11Donc là aussi, je crois que le débat public gagnerait un peu plus de sérénité,
01:14un peu plus d'intelligence collective.
01:16L'État de droit, c'est précieux, c'est ce qui protège nos libertés fondamentales,
01:18c'est ce qui protège notre démocratie.
01:20La remise en cause à laquelle on assiste depuis hier soir est une remise en cause poutchiste.
01:23Mais vous êtes parlementaire vous-même, vous ne regrettez pas que ce ne soit pas à vous
01:27que revienne le pouvoir d'interprétation de la constitution ?
01:31Mais il y a des juges constitutionnels qui sont là pour cela.
01:33Qui sont nommés par le président de la République, qui ne sont pas élus.
01:37Oui, et c'est pourquoi je suis pour une réforme constitutionnelle.
01:39D'ailleurs, je note quand même que si M. Ferrand est président du Conseil constitutionnel,
01:42c'est grâce à Mme Le Pen, pas grâce à moi.
01:44Puisque nous, avec les députés du Nouveau Front Populaire,
01:46nous avons voté contre sa nomination justement,
01:48parce que nous considérions que M. Ferrand n'avait pas les qualités propres
01:51à la présidence du Conseil constitutionnel.
01:53C'est Mme Le Pen qui, dans un espèce de deal sordide,
01:55avec lui, sans doute lié à ses ennuis judiciaires,
01:57lui a permis d'être président du Conseil constitutionnel.
01:59Donc aujourd'hui, ces jérémiades sont assez indécentes.
02:03Moi, ce que je sais, c'est que je veux changer évidemment la constitution,
02:06notamment pour qu'elle protège davantage l'environnement,
02:08pour qu'elle protège davantage la planète,
02:10et pour qu'elle intègre davantage la préoccupation constante
02:12que doit avoir la loi, que doit avoir le droit,
02:14pour l'avenir des générations futures,
02:16et pour la préservation de notre environnement.
02:17Bon, ce n'est arrivé que 14 fois que les juges constitutionnels
02:20s'appuient sur la charte de l'environnement,
02:22depuis qu'elle est entrée en vigueur par Jacques Chirac.
02:24Mais tout de même, là, il y a une absence de consensus scientifique.
02:27D'une part, l'Autorité européenne de sécurité des aliments
02:30a validé l'usage du pesticide.
02:32L'Agence nationale de sécurité sanitaire sur l'alimentation l'a validé.
02:35Il n'est plus nécessaire d'avoir une complète certitude scientifique
02:38pour mettre en place une mesure contraignante ?
02:41Non, ce que vous dites n'est pas vrai,
02:42et contredit les études que j'ai sous les yeux.
02:44Il y a un consensus scientifique aujourd'hui sur la dangerosité...
02:46L'Agence nationale de sécurité sanitaire n'a pas validé l'usage du pesticide ?
02:50Et il y a, je vous le dis, un consensus scientifique aujourd'hui
02:54sur la dangerosité de l'usage de ces pesticides.
02:57Il y a une mobilisation populaire de 2 millions de nos constituants
02:59qui sont inquiets.
03:00Il y a des gens victimes de cancers qui se sont mobilisés.
03:03Il y a eu, par ailleurs, une procédure législative vicieuse
03:05pour faire aboutir ce texte.
03:08Et donc, nous, nous abrogerons ce texte,
03:10qui, par ailleurs, même s'il a été partiellement censuré,
03:11contient encore des horreurs.
03:12Les méga-bassines, les fermes-usines,
03:15et qui ne répond pas à ce qu'est aujourd'hui l'urgence
03:17de nos agricultrices et nos agriculteurs,
03:19qui nous disent qu'il faut arrêter avec les traités de libre-échange,
03:22qui les mettent dans une situation de concurrence déloyale.
03:24Vous avez raison de reconnaître la situation inégale à travers l'Europe.
03:27Donc, il faut mettre fin à ce nombre de traités de libre-échange,
03:30le CETA notamment, le Mercosur, etc.
03:32Et il faut mieux se battre en Europe pour des normes qui soient communes.
03:37Et pour ce que nous proposions, nous, dans le cadre de l'examen de cette loi,
03:40les écologistes avaient déposé un amendement
03:41qui a été qualifié d'amendement d'obstruction par la ministre,
03:44mais qui, enfin, permettait qu'on interdise de vendre en France
03:46des produits qui, justement, utilisaient des pesticides
03:49que nous interdisons chez nous, ce qui paraît être du bon sens.
03:52Donc, nous, nous abrogerons cette loi
03:53et nous nous intéresserons aux vraies préoccupations des agriculteurs,
03:55c'est-à-dire leur pouvoir d'achat, leur capacité à produire,
03:57et puis un modèle d'agriculture, oui, qui soit respectueux des hommes et de la planète.
04:00Bon, deux agences indépendantes n'ont pas statifié sur la dangerosité de ce pesticide
04:05et ce qui permet, notamment, à 26 pays européens,
04:09aujourd'hui, de pouvoir utiliser l'acétamipride.
04:11Ça veut dire qu'in fine, eh bien, cela va se retrouver dans l'assiette des Français.
04:15Eh bien, c'est pourquoi, je vous le dis, nous nous avons demandé
04:18et nous continuerons à proposer des normes plus restrictives à l'échelle européenne.
04:21Nous continuerons à proposer que les assiettes des Français
04:23soient protégées par une législation qui soit seule.
04:26Mais vous ne pouvez pas me dire d'un côté, il n'y a pas de consensus scientifique,
04:28et de l'autre, ah, ça va quand même se retrouver dans l'assiette des Français
04:30et c'est dangereux.
04:31Voyez-vous, donc, nous, nous considérons qu'aujourd'hui, il faut de la précaution,
04:34aujourd'hui, il faut protéger la santé des Français.
04:35Les cancers pédiatriques augmentent.
04:37Les expositions aux perturbateurs endocriniens,
04:39on élargit le sujet, là, mais aux perturbateurs endocriniens,
04:42un certain nombre de produits toxiques,
04:43elles augmentent ces dernières années, ces dernières décennies,
04:45à cause d'un modèle agricole qui n'est pas un modèle respectueux
04:47ni des agriculteurs, qui sont les premières victimes de ces pesticides,
04:50ni des Français, ni de la planète.
04:51Merci.
04:52Merci.
04:53Merci.