00:00Il s'appelait Dominique Bernard, il était professeur de lettres et ce qu'on sait de lui c'est qu'il était
00:10passionné par l'oeuvre de Julien Gracq, c'est à dire par ce qu'il y a de plus beau, de plus subtil
00:16et de plus intelligent dans la littérature. Dominique Bernard a été assassiné aujourd'hui
00:25par un jeune d'origine tchétchène né en 2003 pour ce que l'on en sait peut-être ancien élève de ce
00:37collège. Il a été assassiné dans des circonstances que pour l'instant on ne maîtrise pas mais selon
00:46toute vraisemblance par un jeune homme qui a voulu tout simplement rejouer l'assassinat de Samuel Paty.
00:52On est trois ans après la mort de Samuel Paty, trois ans après le moment où un professeur a été
01:01décapité en France. Et depuis trois ans, tout le monde s'était habitué, comme on s'est habitué à vivre
01:10dans un pays où des dessinateurs ont été massacrés pour avoir simplement voulu rire des religions,
01:18comme on s'est habitué à vivre dans un pays où des jeunes gens ont été tués, là aussi massacrés dans
01:27une salle de concert, comme on s'est habitué à vivre dans un pays où en 2012 déjà des enfants avaient
01:34été tués à bout portant parce qu'ils étaient juifs. On s'habitue à tout cela à chaque fois, on voit des
01:43débats surgir dans les quelques jours qui suivent. Et là, on espère qu'on va pouvoir poser la question
01:48du statut de l'assassin qui visiblement avait vu sa demande d'asile refusée mais qui n'était pas expulsable
01:57parce qu'arrivée en France avant l'âge de 13 ans. On sait que l'assassin de Samuel Paty était lui-même,
02:05Tchétchène, là aussi radicalisé comme l'assassin de Dominique Bernard sans que l'on ne puisse faire quoi que ce soit.
02:17La question de l'islamisme, de la façon dont il se diffuse chez des gens qui ont été accueillis par la France
02:29pour être protégés parce que menacés dans leur pays, cette question-là doit être posée, comme doit être posée
02:35le rôle des associations qui ont empêché visiblement que la famille de cet assassin ne soit expulsée quand elle devait l'être.
02:47Mais plus largement, c'est la question de la diffusion de l'idéologie que portent ces gens qui doit être posée.
02:57C'est-à-dire le rôle des réseaux sociaux, la capacité que nous avons à lutter contre cette propagande,
03:06la capacité que peuvent avoir les professeurs seuls, abandonnés en première ligne face à cela,
03:17dans une société où on en est encore à se poser la question de savoir comment nommer les choses.
03:23Certes, maintenant on prononce le mot islamisme, ce n'était pas le cas après Mohamed Merah, même après les frères Kouachi.
03:34Certes, on peut espérer qu'il faudra un tout petit peu de temps cette fois-ci pour voir surgir les pas d'amalgame
03:42alors que c'est en général la première chose qui surgit avant même la condamnation des actes terroristes.
03:53Globalement, il y a un combat culturel à mener.
03:57Un combat contre l'idéologie islamiste qui s'attaque d'ailleurs en premier lieu aux citoyens français de confession musulmane
04:12en essayant de les capter, en essayant de les enrôler de force.
04:15C'est tous les citoyens français de quelque confession que ce soit qui doivent aujourd'hui se faire entendre,
04:24qui doivent aujourd'hui considérer que nous sommes en guerre contre une idéologie mortifère.
04:30Mais c'est une guerre culturelle qui nécessite d'avoir les armes, qui nécessite de ne pas continuer à fermer les yeux,
04:42qui nécessite de se poser la question de l'obscurantisme et de sa diffusion.
04:48Au moment de l'assassinat de Samuel Paty, nous écrivions dans Marianne que les mêmes qui étaient incapables de nommer cette idéologie
04:56avaient pendant des années œuvrer à faire en sorte que l'école ne puisse pas transmettre des savoirs,
05:04c'est-à-dire justement les armes pour lutter contre l'obscurantisme.
05:11Aujourd'hui, un professeur passionné de Julien Gracq a été assassiné par un bigot,
05:24persuadé qu'on gagne des points de paradis en massacrant d'autres êtres humains.
05:33C'est contre tout cela que la philosophie des Lumières, l'humanisme, ont voulu lutter.
05:41Nous sommes censés être les héritiers de cette philosophie qui entend lutter contre la bigoterie,
05:51contre l'obscurantisme religieux.
05:57Nous avons oublié cet héritage, et c'est un héritage pourtant qui doit être transmis à tous les enfants
06:03qui arrivent sur le sol français, à tous ceux qui ont vocation à vivre en France.
06:11C'est ça la principale arme, et c'est cela le minimum que nous devons à tous ceux qui sont morts jusqu'à présent,
06:19et pour lesquels on se contente de déplorer, de dire plus jamais ça, avant de se féliciter de la résilience de notre société.