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  • il y a 11 mois
Cette semaine dans la Victoire est en Elles, Typhaine Soldé est l'invitée de Virginie Masse. La jeune para-athlète est une étoile brillante, montante, au firmament de l’athlétisme tricolore. Spécialiste du saut en longueur, elle a porté les couleurs de la France aux Jeux paralympiques de Tokyo et vise désormais les Jeux de Los Angeles 2028. Elle revient sur son parcours et ses ambitions.

Catégorie

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Sport
Transcription
00:00Musique
00:00Bonjour, bienvenue dans la Victoire Éternel, l'émission consacrée au sport féminin.
00:22Aujourd'hui, on va faire la connaissance d'une para-athlète qui allie puissance, détermination et vitesse.
00:30Elle brille sur le 100 mètres, le 200 mètres et le saut en longueur.
00:33J'ai la chance de recevoir Tiffen Soldé.
00:36Salut Tiffen !
00:36Salut !
00:37Alors tu as 23 ans, tu pratiques le para-athlétisme depuis 2017.
00:42Est-ce que le sport, ça a toujours fait partie de ton quotidien ?
00:45En fait, le sport, ça a toujours fait partie, une partie énorme dans ma vie.
00:50En fait, depuis toute petite, j'ai toujours fait du sport.
00:53Donc à n'importe quel âge, dans n'importe quel sport, avec ou sans handicap justement.
00:59Donc oui, ça prend une énorme place dans ma vie.
01:01Tu es donc sportive de haut niveau depuis plusieurs années.
01:05Est-ce que tu peux un peu revenir, tu le disais un peu là, sur ton histoire ?
01:09Qu'est-ce qui s'est passé l'année 2013, l'année de tes 11 ans ?
01:13Oui, exactement.
01:14Alors en 2013, malheureusement ou heureusement, je ne sais pas ce qu'on va en dire aujourd'hui.
01:19Mais à l'époque, c'était malheureux, on peut le dire.
01:23J'ai subi un cancer.
01:25Donc on m'a diagnostiqué un ostéosarcome au pied, assez tardivement, malgré que...
01:33Enfin, on l'a pris à temps, mais c'était trop tard.
01:36Donc j'ai été vite sous chimiothérapie.
01:38J'ai fait énormément d'opérations.
01:40Donc tout s'est enchaîné très très vite en fait.
01:43Dès qu'on l'a su, en une semaine après, j'étais déjà sous traitement, etc.
01:47Donc c'était très rapide.
01:48Et comment est-ce que tu l'as su justement ? Comment on l'a détecté ?
01:51C'est un petit peu compliqué parce que moi, à l'époque, en fait, j'avais déjà des douleurs.
01:56Mais les douleurs en fait se cachaient.
01:58C'est un petit peu comme les femmes qui font des dénits de grossesse par exemple.
02:01Et bien moi, c'était exactement la même chose, mais sauf avec un cancer.
02:05Et je disais j'ai mal, j'ai mal.
02:06Personne ne me croyait.
02:07Les médecins ne me croyaient pas à mes parents.
02:09Je faisais du jus de doigt à l'époque, les douleurs aux pieds.
02:12Ça y passe aussi.
02:13Voilà.
02:14Donc je l'ai su comme ça.
02:16Et au bout d'un moment où en fait les douleurs étaient insoutenables.
02:18Et en fait, on a découvert justement que j'avais des os de fracturés.
02:22Et puis de suite en suite, bah...
02:23Ah oui, qu'est-ce que c'est un mot ?
02:24Ouais.
02:25En fait, la tumeur avait fracturé mes orteils à l'intérieur.
02:28C'est pour ça que j'avais des fortes douleurs.
02:30Et quand on a su que j'avais un cancer, la tumeur n'a jamais redégonflé.
02:35En fait, elle dégonflait et a regonflé ma tumeur.
02:37Mais elle a dégonflé que la nuit quand j'étais seule en fait.
02:41Et le jour où on l'a su, le pied n'a jamais redégonflé.
02:44Et comment est-ce que toi, tu as appris un peu cette nouvelle ?
02:47J'imagine que c'est un choc quand on a 11 ans.
02:50Alors honnêtement, on ne se rend pas compte de ce qui se passe entre les allers-retours à l'hôpital, etc.
02:56Mais je pense que, personnellement, j'étais consciente qu'il y avait quelque chose de grave.
03:00Parce que moi, je sentais depuis des mois que ça n'allait pas à l'intérieur de moi.
03:04Et c'était un peu comme une délivrance, le fait qu'on croit enfin qu'il y ait quelque chose qui n'y aille pas.
03:10Parce que j'avais l'impression d'être pas moi-même, malgré à 11 ans.
03:13Oui, qu'on mette des mots sur ta douleur.
03:14Exactement. J'étais assez mature, en plus, à cet âge-là.
03:17Et en fait, je l'ai accepté, tout simplement.
03:19Je n'avais pas le choix, de toute manière.
03:21C'est vrai.
03:22Mais bon, à 11 ans, quand on t'a tout de suite parlé d'amputation ?
03:26Pas du tout.
03:27Ah, OK. Comment ça s'est passé, du coup, le processus ?
03:29Très compliqué. En fait, pour moi, c'était un choc.
03:32Parce que, du coup, j'ai commencé par 6 mois de chimiothérapie très intense.
03:37Par la suite, je savais qu'il allait y avoir opération.
03:40Mais pour moi, l'opération, c'était on va enlever la tumeur qui est encore présente, si elle y est encore.
03:46Malheureusement, elle y était encore.
03:48Et vu que mes os s'étaient fracturées, ça avait quand même fait des dégâts.
03:51Mais ce n'était pas monté plus haut.
03:52Donc, j'en avais de la chance, quand même, malgré tout.
03:55Donc, j'ai eu cette opération-là pour enlever tous les résidus de cellules cancéreuses qui restaient.
04:01Et pour ça, il fallait qu'il y ait moins d'un millimètre de cellules cancéreuses
04:06qui restent dans mon pied.
04:08Et malheureusement, mon chirurgien n'a pas réussi à tout enlever.
04:12Il a tout essayé, mais il n'a pas réussi.
04:15Et mon pied était tellement abîmé à l'intérieur qu'en fait, ils m'ont dit
04:19qu'il faut que tu te fasses imputer.
04:23Et là, comment tu réagis, du coup, à 11 ans ?
04:24Eh bien, je ne voulais pas.
04:26Sauf que le problème, c'est que j'avais, je pense, moins de 24 heures pour réfléchir.
04:33Parce qu'ils m'ont annoncé ça en jeudi, le jeudi 12 décembre 2013, vers 18...
04:41Enfin, pas 18 heures, mais très tard, je me rappelle.
04:43Et je devais donner réponse le lendemain matin pour me faire amputer à midi.
04:48Un choix très difficile et très rapide à devoir prendre.
04:53Et du coup, tu as pris la décision, puisque tu as été opérée le vendredi 13 décembre 2013.
05:00Oui, c'est ça.
05:00Une date porte-bonheur, on peut dire, un peu pour ta nouvelle vie ou pas du tout ?
05:04Honnêtement, je pense que oui.
05:07Alors, c'était un malheur ce que j'ai eu, mais ça m'a apporté chance, je pense.
05:11Donc, ceux qui sont superstitiaux, ils comprendront.
05:15Mais oui, je pense que le 13, ça m'a apporté chance.
05:17Parce que c'était une délivrance, finalement.
05:19Oui, bien sûr. Et comment tu as géré, du coup, après l'opération ?
05:22Alors, l'après-opération, pour moi, en fait, quand je me suis réveillée,
05:25j'avais l'impression que, un peu, c'est bizarre à dire,
05:29mais le démon qui était en moi, la chose qui me mangeait, n'était plus là.
05:33J'avais l'impression d'être une autre personne, libérée.
05:37Et bon, après, le tout, après, c'est compliqué.
05:40Mais franchement, non, honnêtement, sur le moment, je ne l'ai pas mal vécu.
05:44Je ne voulais pas.
05:45Et une fois que je me suis fait amputer, j'étais contente,
05:47parce que je me sentais libre.
05:50Ah ouais, libre, carrément, contente.
05:52Et tu n'as pas eu un peu, tu sais, ce syndrome du membre qui n'est plus là ?
05:57Ça doit faire bizarre, quand même, de se réveiller, de ne plus avoir...
06:00Parce que toi, tu es amputée en dessous du genou.
06:02Oui, c'est ça.
06:03Donc, oui, je suis amputée, donc j'ai encore mon genou,
06:06j'ai quelques centimètres de tibia,
06:07donc en soi, il manque ma cheville et mon pied.
06:10Ok.
06:10En soi. Enfin, un peu plus, mais...
06:12Ouais, c'est un peu comme ça.
06:13Et oui, oui, ces douleurs du membre fantôme, je les ai,
06:19même encore à l'heure actuelle, en fait.
06:22Souvent, quand on se fait amputer dans sa vie,
06:25quand on est sans un membre,
06:27on n'a pas tout ce système qui est présent
06:30et le cerveau qui est connecté à ça.
06:31Quand tu te fais amputer...
06:34Là, tu ne penses que ça.
06:35Ce n'est même pas, en fait, toi, tu penses consciemment,
06:37c'est inconsciemment.
06:38Et en fait, c'est des nerfs qui t'envoient des messages,
06:41qui renvoient au cerveau,
06:42et en fait, il comprend qu'il n'y a pas de renvoi.
06:44Donc, c'est pour ça que tu as des douleurs.
06:46Et ouais, ces douleurs-là, elles arrivent au début, tout le temps.
06:49C'est affreux, ça fait mal, on est sous médicaments.
06:53On fait aussi des...
06:55J'ai fait les techniques du miroir avec des kinés pour essayer de...
06:59Ce n'est pas une légende, ça existe vraiment.
07:00Ça existe vraiment.
07:00Après, moi, c'était assez rapide,
07:03mais je prenais aussi beaucoup de médicaments à l'époque
07:05pour justement calmer ces douleurs-là,
07:07parce que j'étais encore sous traitement en plus de ça.
07:09Donc, je ne pouvais pas...
07:11Mon cerveau, il ne comprenait rien du tout.
07:12Et comment tu gérais à cette époque-là le regard des autres,
07:14des autres enfants de ton âge ?
07:16Alors, pendant toute la période,
07:18jusqu'à temps que je finisse mon traitement,
07:20pendant les un an de chimio, etc.,
07:22je n'ai pas vu grand monde,
07:23parce que je n'étais pas déscolarisée,
07:26parce que j'avais quand même des cours un peu à l'hôpital.
07:28Bon, c'était il y a 10 ans,
07:29donc ce qu'il y a aujourd'hui...
07:31Enfin, je ne suis pas vieille,
07:31mais ce qu'il y a aujourd'hui à l'hôpital,
07:34et je l'ai vu encore il y a quelques temps...
07:35Beaucoup mieux que toi, à l'époque.
07:36Ça a grandement changé et c'est génial.
07:38Je ne voyais pas énormément.
07:40J'étais tellement faible que je ne pouvais pas suivre non plus.
07:43Donc, je ne voyais pas.
07:45Mais par contre, le après au collège,
07:46là, c'était plus compliqué.
07:47Ah oui, pourquoi ?
07:48Le regard des enfants, des adolescents au collège,
07:52ils sont très méchants, en fait.
07:54Moi, je viens d'un endroit où tout le monde me connaissait.
07:58Je suis arrivée au collège, j'étais en primaire,
08:00tout le monde était au même endroit.
08:01Je suis revenue du jour au lendemain,
08:03ils ont vu la Tiffaine grande, cheveux longs,
08:06jusqu'aux fesses, etc., sportives,
08:09à une Tiffaine, plus de cheveux, 29 kilos,
08:12une jambe en moins.
08:13Oui, c'est vrai que ça fait un choc.
08:15Que ce soit des enfants ou pas,
08:17on était tous choqués.
08:18Et je pense que du coup, le refuge,
08:19quand on est choqué ou quand on ne connaît pas,
08:21c'est l'attaque, la défense.
08:24Ils sont sur la défensive.
08:25Et c'est un peu ce que j'ai vécu, du coup.
08:27Oui, bien sûr.
08:27Et toi, comment tu as géré ça au niveau de ta santé mentale ?
08:29Est-ce que tu as été accompagnée là-dessus ?
08:31J'ai eu...
08:32Alors, tout le long de ma chimiothérapie,
08:34je n'ai pas eu de rendez-vous chez le psychologue
08:36parce que je ne voulais pas parler à Kalia.
08:38J'étais un peu testée sur ça.
08:40Oui, et puis je n'ai pas eu forcément...
08:42Alors, je n'en veux pas du tout à mes parents,
08:43mais je sais que psychologue, etc.,
08:45au début, ce n'était pas trop notre truc à la maison.
08:48Oui.
08:48Donc, je n'ai pas eu besoin.
08:51Mais le après-paronte, j'en ai vu
08:52et ça m'a fait grandement du bien.
08:53Sur le moment, je pense que j'en aurais peut-être eu besoin,
08:56mais avec des cires, on ferait le monde.
08:58Oui, oui.
08:59Tu as fait des choix que tu pouvais au moment où tu fais.
09:01Exactement.
09:01Et mes parents aussi m'ont accompagné sur ça.
09:03Et tes parents ont parlé de toi,
09:05mais je pense que pour eux aussi, ça a dû être un choc.
09:07Comment est-ce qu'ils ont géré ça ?
09:08Ah ben, c'était très dur pour eux.
09:10Je pense que pendant même des années après,
09:12ça a été compliqué parce qu'il faut accepter aussi
09:15que ton enfant, il soit en situation de handicap maintenant
09:17toute sa vie.
09:19Oui.
09:19Et comment je fais pour l'accompagner ?
09:21Sachant que dans ma famille, le handicap,
09:22on ne connaît pas plus que ça, en fait.
09:23Oui, oui.
09:24Donc, il faut adapter, il faut connaître,
09:27il faut être ouvert d'esprit sur le handicap,
09:29le handisport, etc.
09:30Et oui, je pense que pour eux aussi, c'était un nouveau.
09:33C'était un pas dans quelque chose.
09:35Puis, comme je dis, il y a 10 ans,
09:37on ne parlait pas du handisport comme on en parle aujourd'hui.
09:40Oui, bien sûr.
09:41Des personnes en situation de handicap dans la rue,
09:42on voyait beaucoup moins qui s'assumaient en tant que telles
09:45qu'aujourd'hui.
09:46Oui, et encore aujourd'hui.
09:47Et encore aujourd'hui, c'est un peu problématique.
09:49Et du coup, là, en 2016,
09:50tu vas faire une rencontre qui va un peu bouleverser ta vie.
09:54Est-ce que tu peux nous dire qui c'est ?
09:56Alors, oui, en 2016, j'ai rencontré Marie-Amélie Le Fur,
09:58donc la championne paralympique de son longueur,
10:01400 mètres, 200 mètres pour toutes les disciplines,
10:04lors d'un événement d'où mes prothésistes organisaient,
10:09Prothéor.
10:10Et en fait, elle était présente pour, je crois,
10:12présenter ses médailles de Rio.
10:15Et je me suis dit, waouh, genre vraiment,
10:18moi, je l'avais vu à la télé, c'était incroyable.
10:20Je me suis dit, waouh, mais je peux faire du sport et tout,
10:21comme ça, aussi, avec des prothèses comme ça.
10:24Et je me suis dit, bah, vas-y, j'ai envie d'essayer.
10:26Et au final, ça a complètement bonheur.
10:27J'ai essayé et je m'y suis, oui, à 100%.
10:30Sachant qu'en plus, je crois que tu n'aimais pas trop courir, non ?
10:32Ah, mais j'aime toujours pas ça.
10:34Ok.
10:35Non, courir longtemps.
10:36Tout est courir.
10:37Courir longtemps, j'aime pas.
10:38C'est pas trop mon dada, mais non, du sprint, ça va, ça passe.
10:42On va revenir après, du coup, sur ce que tu fais aujourd'hui.
10:44Mais avant ça, tu as quand même aussi fait du hand avec des valides.
10:48Oui, exactement.
10:49Bah, en fait, j'ai fait du hand avec des valides juste après mon amputation.
10:54Parce que j'adorais le hand, j'ai toujours vécu dans une famille de handballer.
10:57Donc, pour moi, ça faisait sens.
10:59Mais pas du hand de fauteuil, parce que c'était loin de chez mes parents, etc.
11:03Donc, je me suis dit, bon, bah, du hand valide.
11:05En tant que gardienne, j'étais.
11:06Et j'ai vraiment adoré ces années-là, c'était vraiment chouette.
11:09J'étais avec une équipe, il n'y avait pas de différence.
11:11Même si j'avais une prothèse, et je venais de me faire amputer.
11:13Donc, le déplacement et tout, c'était pas foufou, hein ?
11:17Mais franchement, non, je me sentais appartenir dans un groupe.
11:21Et ça, ça me faisait du bien.
11:22Oui, bien sûr, tu t'identifiais à des gens qui te ressemblaient, en tout cas, d'aspect.
11:27Oui, et mon handicap ne se voyait pas.
11:29Oui, voilà, c'est ça.
11:29Justement.
11:30Et ça, ça me faisait du bien.
11:31Et du coup, après, donc, Marie-Amélie Lefeur va bouleverser ta vie.
11:34Mais toi, comment est-ce que t'as choisi tes disciplines ?
11:37100 mètres, 200 mètres, 100 longueurs ?
11:38Je sais aussi que t'as fait du lancer de poids.
11:42En fait, ce qui est à voir quand on fait du para-athlétisme,
11:47enfin, du para-athlétisme, il y a d'autres disciplines aussi, comme la natation.
11:50Mais quand du para-athlétisme, en fait, on teste un peu tout quand on est jeune
11:53pour savoir à peu près où est-ce qu'on est bon et ce qu'on aime.
11:56Après, des fois, on fait des choix parce qu'on aime ce qu'on fait.
12:00Mais d'autres choix, des fois, on aime moins et on est meilleur.
12:04Donc, il faut faire aussi le parallèle des choses en fonction d'où il y a de la disponibilité
12:08aussi dans les disciplines.
12:10Et moi, j'ai choisi parce que j'aimais faire.
12:13J'aime toujours faire ces disciplines-là.
12:15Et je trouvais que de faire du soin en longueur, ça me procurait des sensations
12:18que je ne retrouvais pas forcément dans des disciplines.
12:20Oui, bien sûr.
12:21Et là, du coup, dans ton quotidien, est-ce que tu peux nous parler un peu
12:24comment est-ce qu'une semaine avec toi, ça se construit ?
12:26Comment est-ce que tu cales tous tes entraînements ?
12:28Alors là, depuis cette année, du coup, j'ai repris à travailler.
12:32Parce que les dernières, j'avais fait une année off pour justement me préparer
12:36des championnats.
12:38Donc là, avec le travail, etc., je travaille le tôt le matin.
12:43Après, souvent, je vais potentiellement m'entraîner à la musculation.
12:46D'accord.
12:46Je me repose un petit peu, je repars au travail et je repars à l'entraînement.
12:51Et ça, ce n'est pas tous les jours, mais j'ai deux ou trois jours dans la semaine
12:54où c'est deux entraînements par jour.
12:56Et donc, tu fais plus de sauts en longueur que de sprints, c'est ça ?
12:59Alors, je fais les deux parce qu'à l'entraînement, je m'entraîne à courir justement parce que
13:02plus tu cours vite, plus tu sautes loin.
13:04Théoriquement, c'est comme ça.
13:06Donc, à l'entraînement, je fais beaucoup de sprints et une séance de sauts par semaine
13:10parce que c'est quand même très impactant, le saut en longueur.
13:13Et en compétition, par contre, oui, je fais beaucoup plus de sauts que de courses.
13:17C'est quoi aujourd'hui ta relation avec ton entraîneur, Paul ?
13:21Comment est-ce que tu l'as rencontré ? Est-ce que lui t'accompagne ?
13:24Tu n'as que lui d'ailleurs comme entraîneur ?
13:25Alors, non, j'ai deux entraîneurs.
13:27Donc, j'ai une entraîneuse de musculation qui me suit sur toute ma partie prépa physique
13:32et Paul, justement, qui est mon entraîneur de sport, d'athlétisme, pardon, de ma SP.
13:40Paul, en fait, je le connais...
13:43Enfin, là, je m'entraîne avec lui depuis un an.
13:45Mais en fait, je le connais depuis très longtemps.
13:46Parce que quand j'ai commencé l'athlétisme, où j'ai rencontré Marie-Amélie Le Fur,
13:50c'était à cet endroit-là.
13:51C'était là où... Lui, il était athlète encore.
13:53Enfin, il était athlète à ce moment-là.
13:55Et après, il est devenu entraîneur.
13:57Et moi, j'ai changé de club, etc.
13:59Et en fait, quand j'ai changé d'entraîneur il y a un an,
14:02je cherchais quelqu'un sur qui je pouvais avoir confiance
14:05et être sur des bases solides.
14:08Et j'ai appris que Paul était entraîneur.
14:10et qu'il était vraiment intéressé pour entraîner du para.
14:13Donc, je me suis dit, bah, parfait, je suis là.
14:16Ta mère dit que tu as la niaque et que tu es très mature pour ton âge.
14:20Toi aussi, tu le disais tout à l'heure.
14:22Tu vis ta vie de jeune femme,
14:23mais tu sais aussi qu'il faut que tu restes sage
14:26pour pouvoir être performante.
14:28Qu'est-ce que tu penses de ça ?
14:30Oui, bah, après, c'est un discours de maman.
14:32On ne lui dira pas ce que tu fais vraiment.
14:35Non, non, elle a raison.
14:37C'est vrai qu'elle protège énormément
14:41par rapport même à ce qui m'est arrivé.
14:43Elle ne veut pas qu'il m'arrive d'autres choses.
14:46Après, rester sage, je pense que, comme elle dit, je suis mature.
14:50Je pense qu'elle sait que je peux me fixer mes limites.
14:52Elle sait ce que je peux faire et ce que je ne peux pas faire.
14:54Et je le sais aussi.
14:56Et puis, en plus, toi, tu te fixes tes objectifs.
14:59Oui, exactement.
15:00Si je n'y réussis pas, c'est de ma faute.
15:01Ce n'est pas la faute des autres.
15:02Donc, derrière, je ne peux m'en vouloir qu'à moi-même.
15:04C'est sûr.
15:05Et donc, on va parler de tes objectifs.
15:07On va parler des jeux para.
15:09Tu as participé à Tokyo 2021.
15:11Ça te fait quoi de vivre cette compétition-là ?
15:13Raconte-nous un peu les émotions.
15:14Ça doit être dingue.
15:15C'est incroyable.
15:16En fait, participer aux jeux,
15:17c'est la plus belle compétition qui peut exister pour tous les sports.
15:20Oui, grave.
15:20Donc, franchement, ça m'a mis un trop-plein.
15:24Mes émotions, c'était incroyable.
15:25Après, j'étais assez jeune.
15:27Je pense que j'aurais pu gérer un peu mieux.
15:29Mais c'est vrai que c'était une expérience de ouf.
15:31Après, Tokyo, c'est incroyable.
15:34Le Japon, sous Covid, c'est au moins ouf.
15:36Oui, c'est vrai que ce n'était pas les jeux les plus sympas.
15:38Ce n'était pas les jeux les plus sympas.
15:40Après, ça reste des jeux.
15:42Ça reste des performances ou des titres à aller chercher.
15:46Donc, c'était vraiment chouette.
15:48Et si tu devais nous raconter The Souvenir,
15:51le meilleur de ces jeux, ce serait quoi ?
15:54Bah, c'était mon concours.
15:56Je pense que c'était le jour de mon concours.
15:58Ou même le concours.
16:00Enfin, j'en ai même deux.
16:01Mon concours qui était incroyable.
16:03Et le concours de mon amie Manon.
16:06Manon Jeunesse, qui était ma collègue de chambre
16:09pendant le stage préparatoire et aussi aux jeux.
16:11Et en plus de ça, qui était enceinte à ce moment-là.
16:15Et personne ne le savait, sauf pour moi, les médecins.
16:17Donc, je me suis dit, waouh, elle va être maman
16:19et qu'on court avec son bébé dans le ventre.
16:21C'est incroyable.
16:22C'est une expérience et des souvenirs de dingue pour elle.
16:25Et toi, du coup, pour Paris 2024, qu'est-ce qui s'est passé ?
16:28Pourquoi est-ce que tu n'as pas pu participer ?
16:30Alors, pour Paris 2024, comme pour tous les jeux,
16:34il y a des minimas respectés à faire.
16:36Moi, j'étais en dessous des minimas A.
16:39Donc, c'est des minimas entre guillemets obligatoires.
16:42Et on a des minimas B.
16:43Donc, moi, les minimas B, je les ai réalisés plusieurs fois.
16:46Mais les minimas A, je n'y étais pas.
16:47Mais j'étais à 3 centimètres.
16:49Il y a des sélections.
16:52Et ils ont décidé de ne pas me prendre pour la sélection,
16:57pour les jeux de Paris.
16:58Là, du coup, l'objectif, j'imagine que c'est Los Angeles 2028.
17:01Oui.
17:02Est-ce que tu penses que là, tu as des chances
17:04qu'en 100 mètres, 200 mètres, soit en longueur ?
17:07C'est quoi ton objectif ?
17:09Je pense qu'on va rester sur la lancée du son en longueur.
17:11Après, si je peux rajouter des disciplines en plus
17:13qui me font plaisir, où je performe
17:17et que je vois qu'il y a des résultats, pourquoi pas ?
17:20Je vais en rajouter.
17:21Après, oui, je pense que je serai prête d'ici quelques années.
17:25Je suis bien entourée.
17:27Je m'entraîne énormément.
17:29Et on connaît bien les objectifs et on les définit bien.
17:32Alors là, on parlait de ton côté sportif.
17:34On espère que tu iras, bien sûr, à Los Angeles.
17:36Mais pour ça, il faut aussi que tu aies des partenaires.
17:39Aujourd'hui, est-ce que tu es athlète professionnelle ?
17:40Tu le disais tout à l'heure, tu travailles à côté.
17:42Est-ce que tu recherches des partenaires ?
17:44Alors, nous, les athlètes, on est toujours en recherche de partenaires, bien évidemment.
17:49Déjà, juste une saison d'athlète.
17:52Pour un athlète, ça coûte très cher.
17:54J'ai des partenaires qui me suivent, justement, depuis quelques années,
17:58comme Allianz, où ça fait...
18:00Quand j'ai tout juste commencé, je crois en 2019, qu'ils me suivent.
18:03J'ai Danone, j'ai Adidas.
18:04Donc, c'est vrai que j'ai des beaux partenaires.
18:06Mais derrière, sans ça, on est quand même obligés de travailler à côté.
18:10On a des financements très chers.
18:13Et ce qu'il ne faut pas oublier, c'est qu'on fait partie aussi du handisport et le handicap.
18:19Et le handicap, ça a des avantages, mais ça a aussi des inconvénients.
18:23Donc, il y a des choses qui ne sont pas gratuites et qui coûtent très cher.
18:26Comme quoi ?
18:27Comme les prothèses, tout simplement.
18:29Une prothèse, ça coûte très cher.
18:31Qui suce, qui se casse, qui machin.
18:33Oui, parce que tu en as une pour ta vie de tous les jours,
18:35une pour l'entraînement et une pour les compétitions, c'est ça ?
18:37Oui, j'en ai trois au total pour le sport.
18:40Donc, heureusement qu'il existe des associations qui prennent en charge des prothèses,
18:44qui font bénéficier des jeunes pour découvrir, etc.
18:48Mais sans ça, s'il y a de plus en plus de jeunes en situation de handicap
18:51ou de personnes qui veulent faire du haut niveau,
18:53ils ne pourront pas aider tout le monde.
18:55Sauf que moi, demain, je ne suis pas capable de donner 10 000 euros
18:57pour pratiquer un sport, sachant qu'elle ne va me durer pas longtemps.
19:01Donc, c'est pour ça qu'on travaille et il faut des partenaires pour réussir.
19:06Est-ce que toi, tu as conscience d'être un modèle, justement,
19:09par rapport à des jeunes filles qui peuvent avoir la même chose que toi,
19:11ou même des garçons ?
19:12Mais est-ce que tu as conscience de ça, de l'image que tu peux impacter ?
19:17Je pense que j'en ai de plus en plus conscience
19:20et c'est vraiment ce que j'essaye de montrer, justement.
19:24Pas du fait que je suis telle personne, j'ai fait ci, j'ai fait ça.
19:28C'est vraiment pour l'éducation, même que ce soit des jeunes filles
19:32ou des jeunes garçons, même des adultes, des anciens,
19:35peu importe, n'importe quelle personne, en fait,
19:38juste dire que ça existe, ça, ça peut arriver,
19:41on peut faire ça, on peut faire ça, c'est cool,
19:44venez tester, venez faire des choses.
19:45C'est vraiment de la sensibilisation, en fait, tout simplement.
19:49J'ai vraiment envie juste d'être...
19:51Si on peut appeler ça un modèle, je n'aime pas ce mot,
19:53mais si je peux être une personne qui sensibilise les gens,
19:57je le fais avec grand plaisir.
19:59Eh bien, en tout cas, Tiffen, tu as à peine 23 ans,
20:02tu es une sportive très inspirante, comme on vient de le voir,
20:05et une sacrée championne.
20:06C'est justement la rubrique que l'on va évoquer maintenant
20:09avec Julie Caron.
20:16Salut Julie !
20:17Bonjour Virginie, enchantée, Tiffen.
20:19Alors, aujourd'hui, j'ai envie de vous parler d'une athlète
20:22qui incarne à la fois la puissance, la résilience,
20:25et puis l'élan d'un mouvement bien plus grand qu'elle,
20:28donc un peu comme vous, d'ailleurs.
20:29C'est une femme qui court très vite,
20:31et je vais vous parler de Martina Caroni.
20:33Alors, Martina Caroni, c'est d'abord une histoire de renaissance.
20:37À 18 ans, elle perd sa jambe dans un accident de scooter,
20:40à un âge où, en général, on se demande encore quoi faire de sa vie.
20:43Elle, elle doit réécrire presque de zéro la sienne.
20:47Et donc, elle a choisi la voix peut-être la plus folle
20:50ou la plus audacieuse, c'est celle de la performance.
20:53Elle se met à courir, à sauter, à défier les limites,
20:56et très vite, elle rejoint l'athlétisme paralympique,
20:59et là où son talent s'est révélé.
21:02Et par talent, tu entends gagner des médailles.
21:04Alors oui, les résultats y parlent pour elle.
21:06Martina, c'est une multiple championne paralympique du 100 m,
21:09notamment à Londres en 2012 et à Rio en 2016.
21:13Mais c'est aussi une championne du monde,
21:15une record woman de sa catégorie,
21:17une sprinteuse qui transforme chaque course
21:20en démonstration de puissance et de détermination.
21:23Mais elle a une autre spécialité, le saut en longueur.
21:26Et là encore, elle ne vient pas pour participer.
21:29Elle vise le podium, elle bouscule les repères,
21:32et elle réinvente la façon d'aborder la discipline
21:35avec une prothèse.
21:36Et grâce à ses résultats,
21:37elle a pu devenir aussi une voix pour ses combats.
21:39Oui, en effet, en fait, Martina Keroni
21:40s'est devenue une figure incontournable du sport mondial
21:43parce que son engagement,
21:45il va dépasser ses médailles et ses performances.
21:48Elle porte une parole, une vraie conviction,
21:51celle que le handicap, ce n'est pas une limite,
21:53mais bien une diversité.
21:55Elle milite activement pour l'inclusion,
21:57pour une représentation plus juste des athlètes paralympiques,
22:00mais aussi pour que les femmes en situation de handicap
22:03aient leur place, leur espace et leur visibilité.
22:06Elle a même utilisé la mode,
22:09notamment sur les podiums,
22:10pour revendiquer fièrement sa prothèse
22:13et la rendre visible, esthétique, assumée.
22:17Une façon de dire que ce n'est pas une différence qu'on cache,
22:20mais une force qu'on va exposer.
22:23Et dans une émission qui célèbre la victoire des femmes,
22:25elle nous rappelle une grande vérité.
22:27La victoire n'est pas seulement sur la ligne d'arrivée,
22:30elle est dans la capacité à se relever,
22:32à transformer l'épreuve en ressort et à entraîner les autres avec soi.
22:37Et donc, Martina, elle court vite,
22:39mais c'est surtout une femme qui fait avancer le monde.
22:41Merci, Julie.
22:42Et tu te reconnais, Tiffaine, un peu, en cette Martina ?
22:46Sur ses combats, oui.
22:47Après, dans sa personnalité, on est différentes,
22:50mais c'est vrai que c'est une athlète très chouette
22:54parce qu'avec tout ce qu'elle a vécu,
22:56déjà d'une, c'est devenue une grande championne.
22:58Donc, déjà, sa grand bravo à elle et puis son combat sur le handicap.
23:02Je sais que, en fait, quand on la voit en compétition,
23:05parce qu'on s'est déjà croisées plusieurs fois, etc.,
23:08elle s'en fiche.
23:10Elle a des prothèses très extravagantes,
23:12des cheveux toujours extravagants.
23:14On l'entend, on la voit.
23:15Elle est en situation pleinement.
23:16Mais pas... Elle n'est pas là pour se montrer, en fait.
23:20C'est vraiment dans sa personnalité.
23:21Et en fait, elle ne va pas se renfermer sur elle-même
23:23parce qu'elle est en situation de handicap.
23:24Et c'est ça qui est beau parce que, justement,
23:27elle en fait profiter tout le monde
23:29et elle montre qu'on s'en fiche.
23:31On s'en fiche de la prothèse.
23:32Et c'est incroyable.
23:34Et Julie, la photo de la semaine que tu as choisie ?
23:36Alors oui, c'est Pauline Ferrand-Prévot
23:39qui a pris quelques mois de repos bien mérités
23:42et de le temps de se remettre de quelques pépins physiques
23:44qui a repris la route de l'entraînement.
23:46En 2026, ça va avoir forte affaire
23:48puisqu'elle va notamment devoir défendre son titre
23:51au Tour de France féminin.
23:52Merci beaucoup, Julie.
23:54Merci à vous.
23:55Tiffen, toi, dernière question avant de se quitter.
23:57Qu'est-ce qu'on pourrait te souhaiter pour la suite ?
24:01Plein de choses, mais de performer dans mon sport,
24:05que ce soit en 2026, 2027 et 2028.
24:09On a le temps jusqu'à 2028
24:10puisqu'il y a plein de choses avant,
24:12mais d'être performant sur mes compétitions
24:13et pas de blessures.
24:14Oui, on te souhaite ça.
24:16Merci beaucoup d'avoir été avec nous aujourd'hui.
24:18On te souhaite le meilleur pour ta carrière.
24:22Merci aux équipes techniques en régie
24:24avec Anthony Drevet à l'édition,
24:26Nicolas Beillet, notre réalisateur,
24:28Paul Lebrette au son
24:30et Sandrine David au maquillage.
24:32Merci à vous de nous avoir suivis.
24:34On se retrouve très vite
24:35pour un prochain numéro de La Victoire éternel
24:38sur Sport en France, bien sûr.
24:39Salut !
24:40Sous-titrage Société Radio-Canada

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