00:00Son père a marqué l'histoire de Mayotte.
00:03Mon invité a repris son combat en s'engageant d'abord à droite,
00:07puis au Rassemblement National.
00:08Elle est devenue en 2024 la première députée ultramarine du RN.
00:26Bonjour, Anshia Bamana.
00:28Bonjour, monsieur.
00:29Vous êtes venue aujourd'hui dans ce studio avec une sorte d'écharpe que vous portez sur l'épaule.
00:35De quoi s'agit-il exactement ?
00:37C'est tout simplement le quichali, la tenue traditionnelle portée à Mayotte,
00:41qui s'appelle le salouva.
00:43Il y a un tissu en bas et puis l'écharpe qu'on porte.
00:47Donc avec un tissu d'ici, c'est pour marier Mayotte et la République.
00:52Et on vous voit en photo, ça c'était le premier jour, votre arrivée à l'Assemblée.
00:56Là, c'est un quichali maorais.
00:58À l'effigie de Zéna Mdéré, qui est la femme, la chatouilleuse, la chef des chatouesses,
01:06qui effectivement s'est battue pour Mayotte française.
01:10On va en parler d'elle, on va parler de votre père aussi,
01:13parce que vous êtes l'héritière d'une culture et d'une tradition qui sont propres à Mayotte,
01:16mais aussi vous avez un héritage politique familial.
01:20On va le découvrir dans cet archive qui est consacré à l'histoire de Mayotte.
01:24Le mouvement populaire maorais lutte activement pour le non à l'indépendance des Comores
01:30lors du référendum prévu en 1974.
01:34Pour Zéna Mdéré et Younusa Bamana, les chefs de file du MPM,
01:38Mayotte doit devenir un département français.
01:41« Respectez notre volonté, ne nous mettez pas avec les Comoriens, on ne veut pas d'eux ! Non ! »
01:51« Karvenze signifie nous n'en voulons pas de l'indépendance à la merde, à la con. »
01:57« Je m'excuse le terme. »
01:58Celui qui dit qu'on ne veut pas de cette indépendance de merde, c'est votre papa, Younusa Bamana.
02:04On va parler de lui dans un instant, mais d'abord un mot de cette femme dont vous avez prononcé le nom tout de suite.
02:10Zéna Mdéré, chatouilleuse. C'était qui et c'était quoi ces chatouilleuses ?
02:14C'est la femme avec bien d'autres femmes, les chatouilleuses, qui se sont soulevées il y a une soixantaine d'années
02:22pour sortir Mayotte des Comores parce qu'elles étaient très visionnaires.
02:26Elles ne voyaient pas d'avenir dans l'indépendance des Comores, proclamée en 1976.
02:34Et donc l'histoire actuellement nous donne raison.
02:38Et donc chatouilleuses, on dit que c'est parce qu'elles chatouillaient tous ceux qui étaient pour l'indépendance des Comores,
02:44pour leur faire changer d'avis.
02:45La garde comorienne, quand elle était à Mayotte, c'était leur arme de combat.
02:51Et vous à l'Assemblée, vous avez essayé les chatouilles quand il y a des désaccords politiques ?
02:56Non, ça peut fonctionner, ça, vous croyez ?
02:58Ça ne fonctionnera pas, c'est le combat quotidiennement pour mobiliser les collègues à l'Assemblée nationale
03:04pour que Mayotte puisse accéder aujourd'hui à l'égalité sociale, à l'égalité républicaine.
03:10C'est notre combat aujourd'hui.
03:12Quels souvenirs vous gardez de votre père ?
03:14D'un homme très humble, terre à terre, qui aimait fortement son peuple, vraiment, terre à terre.
03:22Et vous, alors, vous vous êtes lancé en politique un an après la mort de votre père.
03:27Pourquoi vous ne l'avez pas fait de son vivant ?
03:29Est-ce que vous aviez peur, peut-être, du regard qu'il pourrait porter sur vous ?
03:33Pas du tout, en fait, comme il était très, très, très pris pour défendre Mayotte.
03:39Il était lui-même député dans les années, fin des années 70.
03:44Donc, il était très absent.
03:46Donc, tous ses enfants disaient, non, on ne mènera pas cette vie.
03:49Il était trop absent.
03:51Mais il a essayé, comme il était enseignant de métier, je me rappelle, quand j'étais petite, en fin trimestre, enseignant de métier,
04:00il contrôlait systématiquement nos bulletins scolaires pour être sûr que la scolarité se passe bien, notamment pour les filles.
04:10C'est essentiel pour lui que les filles soient instruites.
04:14Et vous avez fait vos débuts en politique en 2008.
04:17Alors, c'était à l'UMP. Vous êtes devenu maire de Sada en 2014.
04:22Sauf que vous avez été exclu de l'UMP après votre défaite au municipal de 2020.
04:26Et finalement, c'est sous les couleurs du Rassemblement national que vous êtes présenté aux législatives de 2024.
04:33Est-ce que vous pensez que votre père aurait approuvé votre choix politique du Rassemblement national ?
04:39Le combat d'aujourd'hui n'est plus celui de mon père.
04:41Le combat d'aujourd'hui, c'est de faire en sorte à ce que Mayotte et sa population aient les mêmes droits que tous les Français de Navarre.
04:51Il n'est pas normal qu'aujourd'hui, les Mahorais ne puissent pas accéder à l'eau potable 24 heures sur 24.
04:58Ce n'est pas normal.
04:59On va en parler de ce problème.
05:00Donc, le Rassemblement national se bat pour que les Français aient leurs droits au sein de la nation.
05:08C'est le cas des Mahorais actuellement.
05:10Accès à l'eau, accès aux prestations sociales.
05:13Bref, à avoir les mêmes droits que les Français de l'Hexagone.
05:18J'aimerais qu'on revienne sur une phrase que vous avez prononcée en 2024.
05:21C'était quelques mois avant de rejoindre le RN.
05:23Vous avez dit, si c'est le Rassemblement national qui vient me chercher, si c'est Renaissance qui vient me chercher, si ce sont les LR, c'est Mayotte qui compte.
05:32Ça veut dire quoi exactement ?
05:33C'est-à-dire que finalement, ce n'est pas tant l'étiquette politique qui compte pour vous ?
05:38C'est l'état d'esprit des Mahorais actuellement, je le dis ici.
05:41Le territoire a été complètement abandonné depuis 2012.
05:45Raison pour laquelle les Mahorais se battent tous ensemble pour que les gouvernements puissent porter un regard nouveau sur ce territoire qui croule sous l'immigration illégale.
06:02Mais vous auriez pu vous présenter sur les couleurs d'un autre parti politique ?
06:07Si les autorités ici à Paris ne prêtent pas en charge ce problème de protection de nos frontières maritimes, éviter que toutes ces populations venant des Comores, une nouvelle filière d'immigration illégale venant d'Afrique des Grands Lacs,
06:24l'île n'est pas en capacité d'assumer cette pression démographique et Mme Marine Le Pen pourra mener ce combat en vue de faire des Mahorais, des vrais Français ayant les mêmes droits au sein de la nation française.
06:42C'est important pour le développement de Mayotte.
06:45Pour que les habitants de métropole prennent conscience, quelle est la part de la population à Mayotte qui vit son papier ?
06:51La moitié de la population est composée d'illégaux puisque le phénomène continue, même là, après le fameux cyclone Chido de décembre 2024, l'île continue à accueillir des barques clandestines.
07:08On va revenir à vos premiers pas à l'Assemblée, le jour de votre arrivée à l'Assemblée.
07:13C'est vers vous que Marine Le Pen s'est dirigée pour vous embrasser avec tous les autres députés de son groupe.
07:17Mais voilà, on voit, elle vous tombe dans les bras et elle n'a pas fait ce geste par hasard.
07:23Vous êtes un symbole pour le Rassemblement national.
07:25Marine Le Pen connaît, c'est le souci, les macronistes ne connaissent pas l'histoire des dom-toms, notamment celle de Mayotte.
07:33Ce qui était le cas de Nicolas Sarkozy, de François Mitterrand, même de M. Bayrou,
07:39qui avait travaillé avec mon père Feu-Younou Sabamana.
07:45Eh bien, Mme Marine Le Pen connaît parfaitement l'histoire des dom-toms, en particulier celle de Mayotte.
07:51Si elle vous tombe dans les bras, c'est que vous êtes la première députée ultramarine du Rassemblement national.
07:57Vous êtes donc un symbole politique.
07:59Nous sommes deux, il y en a un qui est à la réunion.
08:00Vous êtes deux, parce que vous avez été deux lors de ces élections, effectivement, à être élue.
08:04Lors de ces mêmes législatives de 2024, on a vu que plusieurs candidats du RN avaient tenu des propos qui étaient ouvertement racistes.
08:12Ça ne vous a pas dérangé, vous, femmes, noires, musulmanes, de vous présenter sous les couleurs du même parti que ces candidats ?
08:19Le contexte de Mayotte n'est absolument pas celui d'ici.
08:23Ça fait un an que je suis dans le groupe des députés du Rassemblement national.
08:28Je n'ai pas connu de difficultés.
08:30Nous sommes musulmans à Mayotte, un islam très modéré qui vit parfaitement avec la République.
08:39Donc, je n'ai aucune difficulté.
08:41Les Mahorais ne se sentent pas exclus des préoccupations du RN, à savoir s'occuper d'abord des Français qui sont en difficulté.
08:53Et les Mahorais, je le rappelle, actuellement n'ont même pas droit à l'eau potable.
08:58Alors, justement, j'y viens, parce que c'est votre autre combat, en plus de la lutte contre l'immigration clandestine, un combat contre la situation du réseau d'eau potable.
09:09Ces images-là, c'est vous qui les avez tournées chez vous.
09:12Ça, c'est l'eau qui coule parfois de votre robinet.
09:16Comment on fait pour vivre au quotidien dans ces conditions ?
09:17En 2023, la crise de l'eau a commencé en décembre 2016.
09:21J'étais maire de Sada à l'époque.
09:23Et ma commune faisait partie des huit communes du Sud qui étaient coupées.
09:28La crise dure jusqu'à maintenant.
09:29Chido est passé par là.
09:30La situation s'est empirée.
09:33Le gros problème que nous connaissons à Mayotte, c'est que même le représentant de l'État à Mayotte estime que les coupures d'eau constituent la solution à la pénurie d'eau.
09:43Et la nomination de préfet Eau, nous en sommes au troisième préfet Eau.
09:47Et comment vous faites quand il n'y a plus d'eau ?
09:48Parce que là, l'eau, elle est vraiment dégâts.
09:49Mais quand elle revient, elle revient comme ça et donc elle n'est pas potable.
09:54Les Mahorais continuent de la payer, la double peine et vivent en achetant des bouteilles d'eau.
10:01Vous le savez très bien que c'est le département le plus pauvre d'Europe.
10:06Et je crie ici à l'Assemblée nationale pour dire que ce n'est pas normal que les Mahorais, les Français de Mayotte, vivent sans eau potable tous les jours.
10:17J'aimerais qu'on revienne sur une petite polémique qui s'est produite fin 2024.
10:21On parlait de votre combat contre l'immigration clandestine.
10:24Et à ce moment-là, la presse s'est étonnée que vous demandiez au préfet des laissés-passés pour sept joueurs de foot sans papier
10:30qui n'étaient pas autorisés à se rendre en métropole pour disputer un match de Coupe de France.
10:35Est-ce que ce n'est pas un peu en contradiction avec vos positions très fermes sur l'immigration ?
10:39En réalité, il n'y a aucune polémique, monsieur.
10:42Le préfet actuel, monsieur Biéville, fait campagne ouvertement, combat ouvertement le Rassemblement national.
10:49D'ailleurs, il n'a pas hésité à transmettre mon courrier au canard enchaîné, à la presse ici en métropole,
10:59alors que ce sont des choses qui se font même ici, des laissés-passés pour des besoins sanitaires, pour le sport.
11:07Ce n'est pas une première, mais comme il combat le Rassemblement national, alors je suis une belle cible pour lui, raté.
11:15Sauf qu'il a envoyé le courrier ici avant de répondre à mes demandes.
11:21Donc il n'y a rien de nouveau, il n'y a rien de spectaculaire.
11:27Monsieur Biéville fait campagne contre madame Bamana à Mayotte.
11:31On va conclure l'émission avec le quiz de la politique et moi.
11:34Alors le principe est simple, je vous explique, je prononce un début de phrase et c'est vous qui allez devoir donner la suite.
11:40Quand on a 24 frères et sœurs, comment ça se passe les réunions de famille ?
11:46Il n'y a aucune difficulté, il a eu 4 femmes dans sa vie, pas tous en même temps.
11:51Parce qu'à l'époque, effectivement, la polygamie était autorisée à Mayotte.
11:55Qui est maintenant interdite, puisque nous sommes département français, oui, il a assumé en tant que bon musulman sa charge pour tous ses enfants, il a fait ce qu'il faut.
12:07Et vous arrivez à bien connaître tous vos frères et sœurs quand il y en a autant ?
12:10Évidemment, et ça a été un des objectifs de sa vie pour que ses enfants réussissent dans leur vie et on se connaît tous.
12:17Mon futur restaurant.
12:19Vous avez dit que vous aviez l'espoir d'ouvrir un restaurant à Paris pour promouvoir la gastronomie maorais à Paris.
12:30L'idée est en cours, pour le moment, je suis très prise par les dossiers de Mayotte.
12:36Ce n'est pas pour tout de suite.
12:37Et voilà, donc il y a des priorités pour permettre aux maorais de vivre dignement et ce n'est pas le cas actuellement.
12:42Enfin, comme on dit en maorais, vous avez un proverbe maorais qui permettrait de conclure l'émission.
12:49Si vous n'avez pas atteint le rivage, on n'arrête pas de ramer.
12:58C'est une belle fin.
13:00Merci à vous, Franchi Abamana, d'être venue dans La Politique et moi.
13:03Merci à vous.
13:03Sous-titrage Société Radio-Canada
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