00:0013h, 14h, Europe 1 Info.
00:03La suite à 13h34 sur Europe 1, vous écoutez Kelly Mathias,
00:06c'est chroniqueur Sébastien Ligné et Xenia Fedorova qui vient de nous rejoindre en studio, Kelly.
00:11Bonjour, bienvenue Xenia Fedorova.
00:12Bonjour.
00:13On va commencer par ce qui se passe en Iran.
00:14Écoutez, Frank Derich Merz, le chancelier allemand,
00:16qui a estimé que le régime iranien vivait ces derniers jours et semaines.
00:19Il a pris la parole lors d'un déplacement en Inde tout à l'heure.
00:25Lorsqu'un régime ne peut se maintenir au pouvoir que par la violence,
00:28il est de facto à bout de souffle.
00:30Je pars du principe que nous voyons là les derniers jours et semaines de ce régime.
00:35De toute façon, ce régime n'a aucune légitimité acquise par les élections.
00:39La population se soulève désormais contre ce régime.
00:42J'espère qu'il existe un moyen de mettre fin pacifiquement à ce conflit.
00:46Le régime des Mollahs doit maintenant en prendre conscience lui aussi.
00:50Et nous sommes en contact étroit avec les Américains.
00:52Xenia Fedorova, vous y croyez ?
00:54Vous pensez que le régime iranien vit ces derniers jours ?
00:58Non, je ne pense pas.
00:59Pourquoi ?
01:00Je pense que pour changer le régime iranien,
01:05les manifestations ne sont pas suffisantes.
01:08Et même les frappes, si Donald Trump décide de frapper iranien,
01:13je ne pense pas que c'est suffisamment.
01:16Ce qui était très intéressant, c'est Alain Jouyé qui a dit ce dimanche sur CNews
01:20que pour changer le régime iranien, il faut éliminer les personnalités dans ce régime.
01:26C'est-à-dire pas seulement Khameini, je ne pense pas qu'il a été éliminé,
01:30mais en tous les cas, pour cibler, faire ce changement, il y a plusieurs personnalités.
01:38Et donc, en fait, s'il y a des frappes, par exemple, à mon avis,
01:42ça peut avoir un effet contre-productif,
01:46parce que les Iraniens ne sont pas très favorables aux États-Unis.
01:52mais l'Iran vit sous sanction depuis un moment.
01:56Et je pense que les manifestations qui sont commencées pour les raisons économiques,
02:01et aujourd'hui on voit que le régime iranien utilise sa manifestation
02:06pour dire qu'ils sont soutenus par les Américains,
02:13c'est la gérance étrangère, en fait, elle utilise cette carte-là.
02:16Je pense que l'EFRA peut juste donner une justification à le régime
02:20pour dire, voilà, c'est une tentative.
02:23Donc, je pense que ça sera compliqué.
02:26Mais on ne sait pas encore comment les États-Unis pourraient intervenir
02:28s'ils interviennent un jour, bien sûr, évidemment.
02:31Pour l'instant, il y a une sorte de...
02:32Donald Trump a menacé d'une asphyxie économique
02:34avec le relèvement des droits de douane.
02:37Mais on a vu ce qui s'est passé entre les États-Unis et le Venezuela,
02:41et notamment Nicolas Maduro, qui a été capturé et extradé aux États-Unis.
02:46Est-ce qu'on ne peut pas envisager cette solution
02:48qui pourrait faire tomber la tête du régime iranien ?
02:50Non, mais oui, tout est possible.
02:52Mais dans ces cas, ce n'est pas qu'une personne doit être capturée.
02:55Il y a un certain nombre de personnes
02:58qui doivent être retirées du pouvoir.
03:01Après, l'Iran, c'est une puissance qui vit sous sanction
03:05et qui est très adaptée, en fait,
03:07et attend n'importe quel scénario.
03:12Donc, je pense qu'on ne peut pas vraiment faire cette comparaison
03:14avec Venezuela.
03:16En tous les cas, je pense que changer le régime iranien
03:19sera beaucoup plus compliqué qu'il y ait changé,
03:21et même en Venezuela aujourd'hui, pardon,
03:23mais je veux dire, le régime n'est pas changé.
03:25C'est Maduro qui n'est plus là,
03:27mais c'est toujours la même équipe qui dirige.
03:30Sous contrôle des États-Unis.
03:31Ce qu'ils disent, oui, exactement.
03:33Sébastien Ligné, vous, vous êtes optimiste pour l'Iran ou non ?
03:36Je suis modérément optimiste, on va dire.
03:38C'est-à-dire qu'en effet, je suis d'accord avec Zenia,
03:40la situation avec le Venezuela est incomparable.
03:42C'est-à-dire qu'au Venezuela,
03:44les États-Unis ont enlevé Maduro,
03:46mais l'objectif de cette capture
03:47n'était absolument pas de changer le régime vénézuélien,
03:49mais simplement de placer potentiellement un pantin
03:52à la tête du Venezuela
03:52pour pouvoir exploiter les ressources du Venezuela.
03:55Si on capture Ramény ou les Molas,
04:01là, on parle de changer de régime.
04:03Et on ne change pas de régime
04:04simplement en enlevant une personne.
04:06C'est-à-dire qu'il faudrait enlever
04:07tout un gouvernement,
04:09une partie des dignitaires iraniens,
04:11une partie des forces militaires iraniennes.
04:13Enfin, ça demanderait plus qu'une capture.
04:15Ça demanderait un impact militaire extrêmement fort.
04:19Le problème, c'est que Donald Trump
04:20ne peut pas se permettre,
04:22d'un point de vue national,
04:24de faire un conflit direct armé avec l'Iran.
04:27Parce que rappelons quand même
04:28que la base républicaine aux États-Unis,
04:30on est en année électorale aux États-Unis,
04:31la base républicaine est contre
04:33les interventions américaines
04:35à l'extérieur du pays.
04:38Donald Trump a été élu en partie
04:39sur le principe d'un plan de paix massif,
04:41du fait que les Américains allaient en finir
04:43avec les interventions occidentales.
04:45Donc ce serait, d'un point de vue national,
04:46très mal vu d'un point de vue politique.
04:48Maintenant, là où je pense que je suis,
04:50on va dire, modérément optimiste,
04:52c'est qu'on sent quand même
04:54que le régime des Molas
04:55n'a jamais été aussi aux abois.
04:57On sent que, pour la première fois depuis longtemps,
04:59la communauté internationale,
05:01notamment Donald Trump,
05:03semble être soudée
05:03autour des manifestants.
05:06Je ne sais pas si le régime va tomber.
05:08En tout cas, je pense qu'il est plus près
05:09de tomber aujourd'hui
05:09qu'il y a cinq ans, si vous voulez.
05:11Donc c'est déjà une avancée.
05:13La chose qui me fait douter,
05:15c'est qu'il manque encore
05:15à cette manifestation,
05:18à ce mouvement de masse,
05:20une incarnation.
05:22Il n'y a pas encore...
05:23Le fils du chat ?
05:24Oui, mais le fils du chat,
05:25déjà, il est assez contesté
05:27au sein même du peuple iranien.
05:28Souvenez-vous que la révolution
05:29qui a conduit les Molas
05:30et qui a fait démettre
05:33le père du fils du chat,
05:37donc le premier chat,
05:38le régime du chat
05:39était très, très, très mal vu en Iran.
05:42Et il y avait des exactions
05:43et c'était un régime
05:44qu'on parfois qualifie de dictature.
05:46Je ne suis pas certain
05:46que mettre le fils de cet homme-là
05:49soit très bien vu par le peuple.
05:50Il faudrait une figure
05:51venue de la société civile
05:53qui incarnerait la révolution
05:55venue du peuple.
05:56Aujourd'hui, cette figure n'existe pas
05:58et peut-être que c'est
05:59ce qui va manquer
06:00pour que cette révolution
06:01aille à son comble.
06:02Autre question,
06:02Zéna Federova,
06:03puisque les lignes géopolitiques
06:06en ce moment bougent énormément.
06:07Est-ce que ce qui se passe
06:08en Iran,
06:10la manière dont se positionnent
06:11aussi les différents blocs,
06:12est-ce que cela pourrait avoir
06:13une conséquence
06:13sur la guerre
06:14entre la Russie et l'Ukraine ?
06:16Volodymyr Zelensky est estimé,
06:18il a déclaré,
06:18même ce qui se passe actuellement
06:20en Iran est un signe clair
06:21que la situation
06:21ne va pas s'améliorer
06:22pour la Russie.
06:23Je rappelle que Téhéran
06:24est un des partenaires
06:25de la Russie.
06:26Oui, c'est vrai qu'il y a
06:27un partnership stratégique
06:29entre l'Iran et la Russie.
06:31Les militaires ?
06:32Surtout, oui,
06:33sur les questions militaires,
06:34par exemple,
06:34la livraison des drones.
06:36Mais aujourd'hui,
06:37la Russie est capable
06:38de produire
06:39leurs propres drones.
06:41Donc, je ne pense pas
06:43que ça va changer énormément
06:45la situation pour la Russie.
06:47Ce qui se donne,
06:47en fait,
06:47ce qui se change,
06:48ça montre encore une fois
06:49et ça donne à la Russie
06:50une raison de parler
06:52avec Sud Global
06:53et de dire qu'aujourd'hui,
06:54les États-Unis
06:55continuent une politique
06:57étrangère
06:58violente,
06:59des changements
07:00des régimes,
07:01des incitations
07:01de révolutions colorées,
07:03toutes ces choses.
07:04Et la Russie va encore
07:07une fois dire
07:07que c'est pour ça
07:08qu'on a besoin
07:08d'un monde multipolaire
07:10et d'une contre-puissance.
07:12Je ne pense pas
07:12que, par exemple,
07:14sur l'Ukraine
07:15et sur les conflits ukrainiens,
07:17le changement
07:17des régimes en Iran
07:18va changer grand-chose
07:19pour la Russie.
07:22Sébastien Ligné, pardon.
07:22Oui, je suis d'accord.
07:24Déjà, rappelons quand même
07:25que cette question iranienne,
07:27elle perdure
07:28dans le débat public
07:29depuis des décennies,
07:31si ce n'est plus,
07:32et qu'elle est finalement
07:32assez isolée
07:33du reste
07:34des terres de conflits.
07:36Là où je suis d'accord,
07:37c'est que je ne vois pas
07:37trop le lien
07:38entre les répercussions
07:39pour avoir la chute
07:40du régime des Mola
07:41sur l'Ukraine
07:42ou sur la politique
07:43d'expansion américaine
07:44en Amérique latine.
07:46Ce qui est certain,
07:47c'est que ça aura
07:47des conséquences
07:47dans la région directement,
07:49notamment sur Israël.
07:50On entend Benyamin Netanyahou.
07:51Ça déstabilise, oui.
07:52Oui, mais Benyamin Netanyahou,
07:53aujourd'hui,
07:54il est extrêmement favorable
07:55à ce que cette révolution iranienne
07:56aille jusqu'à son terme
07:57et que le régime des Mola
08:00puisse tomber.
08:01Maintenant, la question,
08:02comme d'habitude,
08:02avec les révolutions,
08:03si celle-ci va à son terme,
08:04c'est qu'est-ce qui vient après ?
08:06Parce qu'on a souvent,
08:07ou quand je dis on,
08:08c'est en temps occidentaux,
08:09on a souvent renversé
08:10des dictatures laïques
08:12aux Moyennes et au Proche-Orient.
08:14On a vu,
08:15hélas,
08:15que la plupart du temps,
08:16si ce n'est que tout le temps,
08:17ce qui vient après ces interventions
08:20est souvent pire
08:21que ce qui était alors en place.
08:23Donc, ce qui est certain,
08:24c'est que si les Occidentaux,
08:25notamment les Américains,
08:27aidaient, pourquoi pas,
08:27des Israéliens,
08:28renversent ou aident
08:29à renverser le régime des Mola,
08:31il faut s'assurer cette fois
08:32que ce qui vient après
08:33soit une vraie transition démocratique
08:35dans laquelle le peuple iranien
08:36aura le pouvoir,
08:37dans lequel on pourra faire les choses
08:39dans le bon ordre,
08:40pas aller trop vite,
08:41pas imposer des choses aux Iraniens,
08:42parce que le risque,
08:43c'est évidemment que cette situation
08:44se retourne contre les Occidentaux
08:45et qu'un pays aussi immense
08:47et puissant que l'Iran
08:48finisse dans les mains
08:50d'un homme potentiellement
08:51beaucoup plus fou
08:52que le régime des Mola.
08:53Oui, c'est possible.
08:54Et il y a une autre opinion
08:56parmi les experts
08:57qu'encore une fois,
08:58Donald Trump cible la Chine
08:59parce qu'après,
09:00Venezuela qui était
09:01l'évreur de pétrole
09:02pour la Chine,
09:03c'est l'Iran qui livrait
09:05le pétrole à la Chine.
09:06Oui, qui est un des partenaires.
09:07Et si, par exemple,
09:10le régime change,
09:11et déjà,
09:12Donald Trump va essayer
09:13d'imposer les mesures
09:14contre le Float Phantom,
09:16comment dire,
09:17ça touche directement
09:18la Chine.
09:19Pékin a répondu d'ailleurs,
09:21la Chine défendra résolument
09:22ses intérêts,
09:23a répondu Pékin là-dessus.