00:00Ici Nord, un réveil 100% local.
00:05Ici Matin.
00:06Bienvenue 7h43 sur Ici Nord et c'est donc aujourd'hui, ce jeudi, la journée nationale de prévention du suicide.
00:12Et nous recevons ce matin le cofondateur de l'association Zoé pour la vie,
00:16qui oeuvre pour la santé mentale des jeunes et souhaite mieux prévenir les passages à l'acte chez les adolescents.
00:22François Bogdals répond à vos questions Stéphane Barberot.
00:25Bonjour François Bogdals.
00:26Bonjour.
00:27Votre association s'appelle Zoé pour la vie, vous venez donc, vous vivez à Niep.
00:32Alors c'est le nom que vous avez choisi parce que c'était le prénom de votre fille qui a mis fin à ses jours le 6 mars 2025, elle avait 15 ans.
00:40Quand et comment vous vous êtes aperçu de son mal-être ?
00:44Je me suis aperçu de son mal-être vraiment de façon très brutale, début juillet 2024, 9 mois avant son départ.
00:52Il y a vraiment eu Zoé avant et le Zoé qui a basculé dans cette dépression à partir de juillet 2024.
00:59C'était quoi les symptômes à l'époque ?
01:01Peut-être juste avant, la Zoé d'avant, c'était une Zoé pleine de vie, toujours en projet, passionnée par le sport,
01:10toujours plein d'idées, de désirs, de créer des liens très très entourés.
01:15Là c'est vraiment la Zoé telle qu'on l'a connue, telle qu'on la garde à l'esprit.
01:20Et du jour au lendemain, fin du collège, dernier jour de 3ème,
01:24on sent Zoé apathique et elle vient vers nous et elle nous dit de but en blanc, les yeux dans les yeux,
01:34« Papa, maman, je n'en peux plus de ce monde, de cette vie, de cette souffrance que je vois autour de moi et je veux en finir. »
01:42Et ça a vraiment été extrêmement brutal pour nous.
01:46À partir de là, il y a une prise en charge, j'imagine, qui va débuter ?
01:49Oui, à partir de là, on met en place tout ce qu'il faut avec l'ensemble des soignants,
01:55une première hospitalisation très rapide pour évaluer l'état de santé de Zoé.
02:02Et puis s'est enclenchée toute une série d'accompagnements pédopsychiatriques, psychologiques,
02:09également des périodes d'hospitalisation.
02:12Comment on reçoit des mots pareils de la part de son propre enfant ?
02:16Très clairement, ce jour-là où elle nous a dit qu'elle ne voulait plus vivre,
02:22où elle nous a dit « Je vous préviens, cet été-là, profitez bien, ce sera le dernier avec moi. »
02:28C'est vraiment le sol qui s'effondre sous nos pieds, profondément,
02:32et on ne sait pas réagir.
02:34On ne sait pas réagir, on se fie aux soignants et on cherche des solutions.
02:40Mais vraiment, ce début d'été 2024, pour nous, a été absolument terrible.
02:458h moins le cas.
02:47Vous êtes sur Isineur, notre invité ce matin,
02:49et François Bogtals, papa de Zoé et cofondateur de Zoé pour la vie.
02:53Il y a donc cette prise en charge qui débute et il doit y avoir un espoir, j'imagine.
02:58Oui.
02:59Tout au long de l'accompagnement, il y a un espoir.
03:02Il y a même, je dirais, un paradoxe.
03:04C'est-à-dire qu'au fil du temps, l'idée du suicide qui demeure dans l'esprit de Zoé, pour nous, s'atténue.
03:13On se dit, on prend du recul par rapport à cela et on voit que les prises en charge s'enchaînent.
03:19Et je dois reconnaître que, quelques semaines avant son départ, en mars 2025,
03:25nous étions assez confiants au regard des prises en charge et au regard de son évolution.
03:31Et vous dites pourtant, elle ne cochait pas, entre guillemets, les cases habituelles du suicide.
03:37Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?
03:38Avant de m'intéresser de plus près au suicide,
03:42j'avais un stéréotype en tête de la jeune plutôt déprimée,
03:48ou peut-être harcelée, ou pleinement dans les réseaux sociaux,
03:51avec des addictions, coupé du monde.
03:56Alors que Zoé, c'était tout sauf ça, cette passion que j'évoquais tout à l'heure,
04:00cette passion pour les cours, cette passion pour la vie.
04:04Et c'est vrai que de ce point de vue-là, c'est un choc pour des parents de se dire
04:08mais attention, même s'il n'y a pas de signe au préalable,
04:13le suicide peut être là, pas très loin.
04:16Malgré tout ça, elle va parvenir à mettre fin à ces jours.
04:19Quel message, du coup, vous voulez adresser aujourd'hui,
04:23à travers votre association, à travers un livre que vous êtes en train de préparer également ?
04:28Parmi les messages, il y en a...
04:30Est-ce qu'on pourrait se dire que c'est une fatalité ?
04:31Oui.
04:32On ne peut rien y faire.
04:33On pourrait craindre cela, mais pour nous peut-être,
04:35le plus grand message, c'est que, et ça nous en sommes profondément convaincus,
04:40c'est que le dernier choix conscient de Zoé, c'était le choix de la vie.
04:44Le jour de son départ, Zoé nous a dit qu'elle n'en est pas bien,
04:47qu'elle sentait des pulsions suicidaires et a demandé à être protégée.
04:51Et c'est tourné vers le système de soins, vers le système de santé,
04:55qui n'est pas parvenu à la protéger.
04:57Mais en tout cas, pour nous, le fait que Zoé nous ait dit
05:01« S'il vous plaît, je veux vivre, protégez-moi »,
05:05eh bien, c'est un signal qui nous donne envie d'avancer,
05:08parce que la vie était là, au cœur de son destin.
05:12Il y a un espoir, c'est ce que vous voulez dire.
05:15Et vous, aujourd'hui, c'est quoi ?
05:17Vous vous raccrochez aussi à cette association, à ce livre,
05:21je disais, que vous préparez,
05:22qui va d'ailleurs être basé sur des écrits que votre fille avait commis à l'époque.
05:26– Zoé, très tôt, dès le primaire, avait commencé sur des petits carnets
05:32à noter ses pensées au fil du temps.
05:35Elle aimait beaucoup écrire, elle passait beaucoup de temps,
05:37et particulièrement sur sa dernière année,
05:40où elle confie ce regard sur le monde.
05:45Et c'est vrai qu'on s'est rendu compte, après son décès,
05:48en lisant ses écrits, à quel point l'image que renvoient les médias sur le monde
05:53a été dévastateur pour elle,
05:54est extrêmement sensible à l'ensemble de ces radiations du monde.
05:58Et pour le coup, on a cette chance de pouvoir s'appuyer sur
06:03ce qui s'est passé dans l'esprit de Zoé,
06:06pour pouvoir peut-être aider à la prise de conscience,
06:10à la fois sur la réalité de ce que vivent nos adolescents aujourd'hui,
06:15mais également sur les failles du système de santé,
06:19telles que on les a, nous, en tant que parents, éprouvées.
06:21– Est-ce que ça reste tabou d'évoquer tout cela aujourd'hui ?
06:26Est-ce que, je ne sais pas, vous voyez parfois des regards fuyants,
06:30des attitudes qui vont faire qu'on essaye d'éviter de mettre de côté tout cela ?
06:36En tout cas, à travers les témoignages que nous avons reçus,
06:40notamment de parents ayant traversé cela,
06:43nous nous rendons compte à quel point, pour des parents,
06:46il est difficile de l'évoquer, il est difficile d'en parler.
06:50Je me rends compte moi-même, à travers celles et ceux que je croise,
06:54qu'il y a souvent une gêne de ne pas vouloir évoquer le sujet,
06:58sans doute pour nous protéger,
06:59alors que nous, en tant que parents, nous sommes fiers de son parcours,
07:03nous sommes fiers d'en parler.
07:05Et d'ailleurs, derrière l'association que nous avons montée,
07:09il y a cette conviction que par la parole, par le témoignage,
07:12nous pouvons aider d'autres parents, peut-être d'autres jeunes aussi.
07:15– Merci François Boktal,
07:18c'est donc cofondateur de l'association Zoé pour la vie.
07:22Vous vouliez ajouter un mot ?
07:23– Oui, simplement inviter les auditeurs à aller sur le site,
07:26nous avons fondé un site zoépourlavie.fr,
07:29qui est vraiment une association entre une histoire singulière
07:32et un ensemble d'enseignements.
07:33Donc vraiment, j'invite largement les auditeurs à aller sur le site.
07:36– Merci à vous, et on renvoie aussi vers ce numéro de téléphone,
07:39prévention suicide, c'est le 31 14.
07:42Bonne journée, merci.
07:43– Merci.
07:43– 8h10, vous êtes sur ICI Nord.
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